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vendredi 14 novembre 2025

Mie Novembre

 Quelques nouvelles revigorantes, pour changer d'une actualité qui nous fatigue.
L'année dernière (en décembre) Li-An s'étonnait "que le premier roman d'Elisa Shua Dusapin (Hiver à Sokcho) ne soit pas adapté en BD" (ça lui aurait paru justifié, disait-il, parce qu'il y est question d'un auteur de BD). 
Je ne le savais pas encore (je ne l'ai appris que récemment, trop tard pour vous dire d'aller le voir en salles, sinon je le l'aurais dit à Li-An): Hiver à Sokcho a été adapté, pas en BD, mais en film de cinéma! Les auteurs de BD sont des héros, Li-An!
Sapin, encore (les sapins sont à Novembre et Décembre ce que les marronniers sont au reste de l'année): Christian Bourgois, éditeur qui a pris le temps de bien étudier la cuisine hobbite, et sait, par conséquent, de quel côté une tartine doit être beurrée*, vient de publier une nouvelle édition de Bilbo le Hobbit, et pas n'importe laquelle: celle avec les fameuses illustrations de Tove Jansson, dont vous avez tous entendu parler sans jamais les voir en vrai! Bien reproduites, sur du bon papier, et en grand format; et hop sous le sapin des petits Hobbits.

*Demandez à n'importe quel Hobbit, il vous le dira: une tartine, ça se beurre des deux côtés.


dimanche 16 février 2025

Pour en finir avec H...

 Allons donc, qu'est-ce que j'ai failli écrire? Je dois être très fatigué. "Pour en finir provisoirement avec l'actualité récente concernant Harlan Ellison", voilà le titre que j'aurais dû donner à ce billet (si je n'avais pas été si fatigué).
Le numéro 117 de Bifrost est consacré à Harlan Ellison, voilà ce qu'il y a de récent dans l'actualité. Un épais dossier comprenant une longue biographie par Laurent Queyssi, une bibliographie aussi complète que possible (ça n'a pas dû être facile: il semé des articles, des préfaces, des critiques et des micro-nouvelles un peu partout!) et un "guide de lecture en terres ellisoniennes". Ce qu'il vous faut pour combler les trous qu'il pourrait éventuellement y avoir dans votre culture ellisonienne - ou harlanique, si vous préférez. Et si votre culture n'a pas de trou, allez directement à la nouvelle, jusqu'ici introuvable en français.

mardi 28 janvier 2025

A Barrel of Laughs, a Vale of Tears, and a ghost writer

Il est affamé, ce mois de Janvier.
À cause de lui nous n'avons plus de Gabriel Yacoub (de Malicorne) pour nous faire danser au son de l'épinette, de Jules Feiffer (de Mad, du NewYorker et d'un peu partout) pour nous faire rire de choses qui pourraient nous donner envie de pleurer, et de Bertrand Blier (du cinéma et de papa) pour nous tendre des mouchoirs (au cas où les deux autres n'auraient pas réussi à nous égayer).
Jean-François Kahn - ultime pirouette - a créé une dernière fois l'événement, en mourant un jeudi. Et ça ne suffisait pas à Janvier: Henri-Fréderic Blanc, le plus Marseillais de mes écrivains préférés, m'a fendu le cœur. Henri, j'ai le cœur fendu par toi. Alors, alors nous jouons plus alors? Ne crois pas t'en tirer comme ça, je parlerai encore de tes livres. Pourquoi pas du Discours de réception du Diable à l'Académie Française? Un peu de publicité pour tes talents de ghost writer, ça ne peut pas faire de mal à ta carrière posthume - parce que même devenu ghost pour de bon, je n'arrive pas à t'imaginer posant ta plume. 

Gabriel Yacoub 1952-2025
Jules Feiffer 1929–2025
Bertrand  Blier 1939-2025
Jean-François Kahn 1938-2025
Henri-Fréderic Blanc 1954-2025

 

 Au cas où le titre de ce billet vous laisserait perplexe: il emprunte à celui d'un recueil de Feiffer:   A Barrel of Laughs, a Vale of Tears (1996) 


mercredi 18 décembre 2024

Calendrier de Pas-en-Avance

 Oh la la, la saison où, sur les blogs sérieux, on suggère des listes de livres à déposer au pied du sapin est de retour!
Yossarian, par exemple, propose, images à l'appui, neuf titres que je n'ai pas eu l'occasion de lire ni même de feuilleter:
Tiny Tango, de Judith Moffett; Conque, de Perrine Tripier; Les champs de la Lune, de Catherine Dufour, OVNI 78, de la bande à Wu Ming; La maison des soleils, d'Alastair Reynolds; Pour mourir, le monde, de Yan Lespoux; Pays de fantômes, de Margaret Killjoy; Un détail mineur, d'Adania Shibli; Jour de ressac, de Maylis de Kerangal...
... et seulement deux que j'ai lus: La sonde et la taille de Laurent Mantese et Le voyage de Shuna de Hayao Miyazaki. Comme ces deux-là, je vous les aurais moi aussi signalés (j'en reparlerai, si, si!), et puisque Yossarian ne recommande pas n'importe quoi (en général), je fais un geste un peu vague dans la direction de son blog (il les tous chroniqués; cliquez sur les images!)


Tiens, puis qu'on parle de sapin, je m'avise que je ne vous ai pas encore parlé d'Eliza Shua Dusapin (ça aussi, j'aurais dû!) sa bibliographie est courte mais bonne, cherchez-la sur le net!

 

dimanche 10 novembre 2024

Une affaire à régler


Les personnages des romans en savent parfois plus long, sur les romanciers qui les ont imaginés, que ces romanciers eux-mêmes. Et il n'est pas sans exemple qu'ils aient eu, davantage que ceux-ci, le souci de leurs intérêts.
Voyez Simon Tanner, désigné dès le premier roman de Robert Walser comme exécuteur testamentaire d'un jeune poète que le froid devait mettre encore cinquante ans à tuer.

Le troisième jour le conduisit dans une ville imposante et belle où il  n'avait qu'une affaire à régler: trouver un rédacteur  auquel il pût  remettre les poèmes de Sebastian.  
Arrivé devant la maison qu'on lui avait indiquée, 
il pensa brusquement qu'il ne serait pas très malin d'apporter lui-même les poèmes de quelqu'un  qu'il avait trouvé mort. 
Il écrivit donc sur la couverture du cahier bleu 
ce titre: 
Poèmes d'un jeune homme trouvé mort de froid 
dans une forêt de sapins, 
aux fins de publication, si possible, 
et il jeta le cahier dans la grande boîte aux lettres prétentieuse, 
où il tomba bruyamment. 
Cette chose faite, Simon reprit sa route.

Les enfants Tanner (1907) 
traduit par Jean Launay 
Gallimard, Du Monde entier 1985
Gallimard,  Folio n° 2380 1992

mardi 6 août 2024

Métal miaulant

Continupns à chercher si nous trouvons quelque part de bonnes nouvelles ...

Mais oui!

Métal Hurlant a sorti un hors-série spécial chats! Métal Hurlant a sorti un hors-série spécial chats! Métal Hurlant a sorti un hors-série spécial chats! Métal Hurlant...

Bon, vous allez sans doute me dire que c'est du réchauffé (financé en Février sur KKBB, le hors-série est sorti en Mai) et que c'est pas malin de réchauffer quelque chose en pleine canicule... mais justement, ce hors-série pourra servir à vos éventer, votre chat et vous, sur la chaise longue que vous partagez équitablement (je suppose)... 

 

vendredi 14 juin 2024

So it's June? QuIck, some news from July!

 Vous vous demandiez sûrement, depuis un certain temps: "Mais que devient Miranda July?"... n'est-ce pas?
Si vous vous intéressez à ce qu'elle fait (en ai-je parlé, par le passé, avec assez de chaleur pour vous en convaincre? dites-le moi, n'hésitez pas), vous savez comment elle procède (pour ses romans comme pour ses nouvelles ou ses scénarios): elle écrit quelque chose, puis fait un pas de côté. Puis encore quelque chose, et encore un pas de côté; à la fin, il a été question de beaucoup de choses, et on ne se retrouve pas forcément là où on s'attendait à aller.
Elle vient de publier un nouveau roman, All Fours, et c'est justement encore une histoire de pas de côté.
Sorti aux États-Unis il y a juste un mois, sa traduction en français n'est pas annoncée pour le moment. Mais si vous êtes impatient et polyglotte, en cherchant bien, vous devriez pouvoir le trouver; demandez-le, par exemple, à votre libraire. 

Miranda July: All Fours, A Novel
Penguin publishing, 2024

vendredi 15 mars 2024

Seuls sont les indomptés

Ce n'est pas un concours, ce n'est pas un classement, il n'y aura pas de remise de prix...


 Celui qui sort du saloon sur ses deux pieds, c'est le Lucky Luke de Blutch. Blutch, il met de la passion dans tout ce qu'il fait, ce coyote.
 
image © Dargaud et Blutch, évidemment. 
Seuls sont les indomptés c'est le titre d'un film de David Miller, sans Lucky Luke, mais avec Kirk Douglas qui fait aussi très bien le cowboy solitaire.

mercredi 13 mars 2024

Nous sommes tous de pauvres cow-boys solitaires

 En ce début d'année je me suis posé pas mal de questions à propos des reprises, hommages, tributs, reboots et toutes ces sortes de choses dont on a parlé récemment.
Ces questions, je n'ai pas réussi à me les sortir de la tête (ce n'est pas pour ça, rassurez-vous, que j'ai peu posté en janvier et février: c'est que j'ai eu pas mal de trucs à faire, qui ont consumé trop d'heures pour me laisser le temps de bloguer)... les reprises de séries qui ont enchanté notre enfance  -  notre jeunesse - notre âge mûr, qu'on croyait à l'abri du temps et du changement bien au chaud dans notre mémoire, c'est devenu un phénomène saisonnier.

Mars étant un mois sérieux - pour se différencier de ses voisins immédiats Février et Avril plus portés aux facéties - revenons aux questions sérieurses, que nous avions laissées en suspens en Décembre.
Il semble qu'il y ait une sorte de consensus chez les éditeurs - pardon, je veux dire les fournisseurs de contenu: "Que veut le public? Plus de ce qu'il a déjà vu! Plus de la même chose!"... Aussi le malaise desdits éditeurs est-il palpable, quand l'auteur d'une série à succès vient à disparaître. Ils ne lui en voudront pas trop de tirer sa révérence, si encore il passe le relais à un continuateur, comme Rob Vel à  Jijé, puis à Franquin, et ensuite Franquin à Tome et Janry pour Spirou... ou s'il a le bon goût de renoncer à toute prétention à la paternité d'un  personnage, comme Ub Iwerks pour Mickey... mais le malaise s'accroît quand l'auteur  manifeste explicitement son refus de faire reprendre par d'autres une série, comme l'ont fait Jacobs  pour Blake et Mortimer, ou Franquin pour Gaston... grande est la tentation, pour l'éditeur, de faire comme s'il n'avait rien entendu...

Le choix, par un éditeur, de faire reprendre une série en sommeil par un autre que son créateur n'est-il pourtant pas défendable? Quand j'ai eu en mains L'Étrange rendez-vous, le premier album de Blake et Mortimer "sans Jacobs",  j'ai sauté de joie de pouvoir lire une nouvelle aventure qui s'insérait parfaitement dans la série, résultat du travail acharné d'un scénariste et d'un dessinateur aussi fortement motivés l'un que l'autre. Quelques années passèrent, pour les lecteurs les déceptions s'accumulèrent, et les véritables intentions de l'éditeur ne devinrent que trop claires: gagner des sous, vite si possible,  sans en dépenser trop, et pour cela embaucher dessinateurs et scénaristes pressés de toucher leur chèque, sans que le respect pour leur modèle risque de les ralentir.

Il en alla autrement pour les continuateurs de Spirou: la prolifération de spin-offs, de reboots, de relectures, d'hommages, autour de ce personnage vieux d'un siècle est plutôt réconfortante; elle prouve que nous ne sommes pas tout seuls à regretter de ne pas pouvoir nous coiffer comme Spirou (j'ai essayé - pas vous? - ça n'a jamais rien donné de bon); tous ceux qui ont repris Spirou l'ont fait avec enthousiasme, à leur manière, et si inégales ces variations soient-elles, on trouve parmi elles de véritables pépites (mille bravos à Émile Bravo!).

La démarche de Dupuis pour Gaston est ambiguë: personne ne conteste que Delaf soit un brillant pasticheur de Franquin. Si Dupuis avait signé un contrat avec un fabricant de yaourts (Monsieur De Mesmaeker devait bien en avoir un dans sa serviette, dommage qu'elle soit toute mouillée) pour une série de publicités dans lesquelles Gaston aurait chanté (après qu'on eût mis sous clé son gaffophone) les qualités du lait emprésuré, Delaf aurait été parfait pour fournir des illustrations bien lisses, comme les publicitaires les aiment. Seulement voilà: s'agissait-il de vendre des yaourts, ou de vendre les aventures de Gaston comme si c'était des yaourts? Dupuis ne répond pas à la question, mais son choix parle pour lui.

Mais... dans le titre, il est bien question de cowboys solitaires? Et Lucky Luke dans tout ça?  

À suivre...




mercredi 10 janvier 2024

M'enfin

 Ils se sont tous (Alias, Imaginos...) creusé la tête pour trouver comment parler du "nouvel album de Gaston" sans hausser le ton.   Li-An a eu un peu de mal à garder son sang-froid ("Franchement, je me demande quel serait le sort le plus adéquat pour l’éditeur et l’auteur du nouveau Gaston : la pendaison ou le goudron et les plumes?").  J'ai moi aussi tourné ma plume un certain nombre de fois dans mon encrier (mon stock de goudron est au plus bas, mais de l'encre, ça peut peut-être faire l'affaire?).

J'ai retenu de l'affaire deux enseignements:

- Essayez de dessiner comme Franquin, essayez encore, autant que vous voudrez, ça ne peut pas vous faire de mal;

- N'essayez pas de vous faire passer pour Franquin, ça ne peut pas vous faire  de bien.

 


 Crédit de l'image: pas Franquin.

mercredi 13 décembre 2023

Combat de titans

Boulet mène une lutte de tous les instants contre son cerveau, qui, au grand dam de l'illustre auteur de BD, aimerait bien faire tout ce qui lui passe par la tête sans demander l'avis de son propriétaire. 

Qui va l'emporter? Les deux camps sont d'une force presque égale. Découvrez la chronique de ce combat de titans, dans Rogatons (tomes 1 et 2).


Édité par Exemplaire, une maison d'édition alternative qui laisse les auteur(ice)s  faire tout ce qui leur passe par la tête, sauf qu'en contrepartie ils doivent faire eux-même leur pub (avec, à l'occasion, un petit coup de pouce de leurs copains). 


lundi 9 octobre 2023

Sempéternel

 Hé bien, il semble que vous soyez divisés assez équitablement, chers lecteurs, entre partisans des livres pleins d'images et amateurs de livres pleins de mots. Qui va vous mettre d'accord? Mais Sempé, bien sûr (qui d'autre?).  «En fait, il n’y a pas d’équivalent à Sempé», remarquait naguère Li-An. Du haut de la cime ennuagée où son petit vélo a fini par le conduire, Sempé continue à veiller à notre bien-être en inspirant des éditeurs.

Le numéro 114 de l’Atelier du roman (trimestriel dont il se trouve que c'est aussi le trentième anniversaire) rend hommage à Sempé, un an après son décès. Dans le dossier Sempé pour toujours, contributions de Frédéric Pajak, Benoît Duteurtre, Philippe Delerm, Yves Hersant, Denis Grozdanovitch, Pavel Schmidt, Philippe Garnier...  Ils en parlent beaucoup, du mieux qu'ils peuvent (Frédéric Pajak : « Il connaît par cœur la vanité des grands discours, leur pédantisme. Un dessin, une légende, et tout est dit, comme un coup de poing dans la figure infligé avec une infinie douceur. ») mais ça ne laisse pas beaucoup de place aux dessins...

.... ne partez pas déjà! pour les dessins, il y a Les Cahiers Dessinés (maison d'éditions indispensable, si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer: vous avez déjà leurs cahiers sur Gébé et sur Topor, je suppose?) qui ont publié il y a deux ans les Carnets de Bord  de Sempé, pleins de dessins jamais vus (ce sont des croquis pris sur le vif, des brouillons, des notes, des premiers jets).

Voilà, tout le monde est servi?

 L’Atelier du Roman n° 114

 Sempé, Carnets de Bord
Éditions Les Cahiers Dessinés 2021
ISBN: 979-10-90875-94-4

lundi 24 avril 2023

Pourquoi les souvenirs d'Éric Losfeld tiennent dans un seul tome

 Dans un précédent billet sur les mémoires d'éditeur d'Éric Losfeld, je posais la question: aimait-il les livres? Sans doute; mais apparemment, même dans l'édition il n'y a pas d'amour heureux.

Pendant toute une période de ma vie, j'ai beaucoup lu, je lisais un livre par jour. Par la suite, j'ai beaucoup moins lu, parce que lorsque je lisais un bon livre paru ailleurs, cela me faisait rager. J'en étais jaloux. Je suis très possessif, très impérieux. Dans les dernières années, j'ai regretté de ne pas avoir publié Les Immortelles, de Pierre Bourgeade, que j'ai publié seulement dans sa version théâtrale, ou encore le livre de Robert Antelme, son seul livre, mais quel livre! L'Espèce humaine, l'ouvrage le plus émouvant, le plus déchirant sur la déportation.
[...]
J'aurais aimé être l'éditeur d'Histoire d'O, et celui du Voleur de Georges Darien. Ce dernier livre, Jean Galtier-Boissière, qui fut le véritable redécouvreur de Darien, me l'avait proposé à une époque où ma trésorerie était au plus bas. Je me serais réjoui d'être l'éditeur des œuvres complètes de Francis Picabia, enfin réunies depuis lors chez l'éditeur du présent ouvrage*. J'aurais passionnément désiré publier La Négresse muette de Michel Bernard, paru chez Christian Bourgois, le Raymond Roussel de François Caradec, paru chez Pauvert, le Jarry de Noël Arnaud, paru à La Table Ronde; les Poésies de Blanchard, parues chez Plasma; Raconte pas ta vie de Marcel Duhamel, au Mercure de France; La Maison de rendez-vous  de Robbe-Grillet, aux éditions de Minuit; Les meilleurs dessins de l'Assiette au beurre chez Simoën; Madame Putiphar chez Régine Deforges; les volumes de l'Histoire de la poésie de Robert Sabatier chez Albin Michel; L'Enfant nue de Frantz-André Burguet chez Gallimard; Sexus de Henry Miller chez Buchet-Chastel; Le Château de Cène de Bernard Noël chez Martineau; l'Histoire du surréalisme de Maurice Nadeau aux éditions du Seuil; Une femme par jour de Walter Lewino chez Albin Michel; et Roberte ce soir de Klossowski paru aux éditions de Minuit (encore, de ce dernier ouvrage, puis-je dire que j'ai distribué la monnaie vivante, entre chair et cinéma).
J'aurais aimé mettre mon nom sur la couverture de Thérèse de José Pierre, paru au Soleil Noir. Mais un deuxième tome ne suffirait pas à énumérer mes frustrations éditoriales. 

*c'est à dire Pierre Belfond

Et voilà pourquoi c'est à l'imagination des lecteurs qu'est laissé le soin de dresser une liste (conjecturale) des frustrations d'Éric Losfeld.

Voyez comme la vie est faite: John Coulthart, amoureux de tout ce qui est graphique, consacre justement aujourd'hui un billet à un des projets de bande dessinée (en français dans le texte) menés à bien par Le Terrain Vague,  projet qu'on peut sans mystifier le lecteur potentiel qualifier de pharaonique (ne serait-ce qu'en raison du nombre d'égyptiens et d'obélisques figurant dans l'album): l'énorme et longtemps introuvable Saga de Xam de Nicolas Devil (et al.), qui vient d'être réédité par Revival.

Éric Losfeld, Endetté comme une mule  
ou la Passion d'éditer, Paris, Éditions Belfond, 1979
Réédition: Endetté comme une mule,
avec une préface de François Guérif, Tristram, 2017


dimanche 23 avril 2023

Entre amateurs d'art éclairés

 Continuons de feuilleter le bouquin d'Éric Losfeld, Endetté comme une mule, d'accord?
En 1967, la librairie Losfeld déménage rue de Verneuil! Le libraire-éditeur décide d'annoncer l'événement en grand style, dans un prospectus qui commence ainsi:

UNE VISITE À LA GRANDE LIBRAIRIE
"LE TERRAIN VAGUE"

Parmi les curiosités de Paris, la librairie de M. Éric Losfeld est au nombre des plus attrayantes. On entre: l'impression d'immensité ressentie est intense... Tournons à gauche, voici de vastes rayons où les plus grands écrivains, connus et méconnus, ont laissé un témoignage de leur génie. Tournons à droite, notre émerveillement ne fait que croître à la vue d'autres livres, d'auteurs différents, mais qui ne le cèdent en rien, sur le plan de la qualité, à ceux de gauche.

Et ça continue sur plusieurs paragraphes, parmi lesquels brille cette pépite:

Au-dessus de l'étage des livres, on trouve les autres rayons auxquels le visiteur peut accéder par l'un des escaliers à quatre révolutions figurant l'Épargne, la Confiance, l'Abondance et le Travail.

Losfeld poursuit:

Un après-midi, je reçois un client très distingué, du genre amateur d'art éclairé, qui manifeste un grand effarement devant l'exiguïté des locaux et me demande, en toute simplicité, à accéder à l'escalier à quatre révolutions. Je me marre, lui explique qu'il n'a rien compris aux finesses du texte, et il part en claquant la porte. Un mois plus tard, je suis convoqué chez le juge d'instruction: le con avait déposé une plainte pour publicité mensongère. La plainte n'a pas dépassé le bureau du juge et j'ai bénéficié d'un non-lieu.

De toutes les procédures judiciaires passées en revue dans le livre c'est sans doute celle qui eut l'issue la plus satisfaisante; pourtant, Losfeld les rappelle toutes avec la même bonne humeur.


Éric Losfeld, Endetté comme une mule  
ou la Passion d'édite
r, Paris, Éditions Belfond, 1979
Réédition: Endetté comme une mule,
avec une préface de François Guérif, Tristram, 2017


samedi 22 avril 2023

Des soupçons confirmés

 C'est la publication d'un ouvrage intitulé Le Gigot, sa vie, son œuvre (encore de la bidoche, me demanderez-vous? je n'y peux rien, c'est un fait historique) écrit par l'un, édité par l'autre, qui les fit se rencontrer: et dès ce moment, Éric Losfeld ressentit pour Benjamin Péret une sympathie qui se révéla réciproque et ne faiblit jamais; après la mort prématurée de Péret, Losfeld entreprit la publication de ses Œuvres complètes. Sans doute l'auteur de Trois cerises et une sardine et celui de Cerise ou le moment bien employé était-ils faits pour se comprendre. Les mémoires de Losfeld sont parsemés de récits de petits miracles liés d'une façon ou d'une autre à Benjamin Péret:

Il faut remarquer que cette mutation de la réalité, grâce à la voyance du poète, devient en fait, hors de l'écriture, réalité banale. En 1923, Benjamin publiait un texte en prose intitulé Au 125 du boulevard Saint-Germain dont on peut extraire ces lignes:
"...Aussitôt, la pensée leur vint qu'un crime avait été commis à cet endroit. Une baignoire, jetée d'un quatrième étage et venant s'écraser à leurs pieds, confirma leurs soupçons."

Or, quelques jours après la publication de ce récit, Pierre Naville attestait dans la Revue européenne que "les journaux annoncèrent qu'une baignoire avait été projetée dans la rue par l'éclatement d'un chauffe-bain au 125 du boulevard Saint-Germain, et qu'elle avait écrasé dans sa chute une femme enceinte qui passait d'aventure..."

Bon, je répète ce que j'ai lu, je n'étais pas boulevard Saint-Germain ce jour-là; mais ce doit être vrai, puisque c'est dans un livre, non?  Et pas n'importe quel livre:

Éric Losfeld, Endetté comme une mule  
ou la Passion d'éditer
, Paris, Éditions Belfond, 1979
Réédition: Endetté comme une mule,
avec une préface de François Guérif, Tristram, 2017

vendredi 21 avril 2023

La recette de succès d'un romantique oublié

 Il y aurait beaucoup à citer du livre de souvenirs d'Éric Losfeld, Endetté comme une mule: on y trouve de tout, littéralement de tout. Des considérations sur le métier d'éditeur, évidemment, et sur l'art délicat de l'endettement; sur différentes "affaires", certaines judiciaires, d'autres pas; sur les rapports ambigus entre l'autobiographie et la mythomanie, entre la dipsomanie et la graphomanie, sur des coïncidences heureuses, sur de malheureux concours de circonstances; des gentillesses et des vacheries, en parts presque égales, sur les centaines de gens qu'il a côtoyés, et encore bien des choses qui n'entrent dans aucune des catégories ci-dessus. Il y a même une blague belge (une seule, il faut bien la chercher). Surtout, il est question de livres, de livres et encore de livres. Il devait aimer ça, les livres, Losfeld, c'est pas possible autrement.
Et voilà que je tombe sur une page qui me fait ressouvenir qu'il y a bien longtemps que je n'ai rien posté sous la rubrique "À table!" - où je range surtout des recettes picorées dans des livres où  l'on ne s'attend pas forcément à en trouver. Réparons cette carence; nous venons de sortir du carême, voilà l'occasion:

On doit pouvoir encore dénicher chez José Corti, qui l'a réédité, sous couverture rose rosbif, un charmant petit livre d'autrefois que Philippe Audoin tient en grande estime. Il n'y est pas tellement question de ripailles, mais l'auteur, Émile Cabanon, un romantique oublié, avouait n'avoir pas trouvé de titre pour son roman, et l'avait astucieusement, quoique abruptement, conclu par une recette de cuisine, qui devait lui valoir un succès auprès des cordons-bleus. D'ou le titre accrocheur: Un roman pour les cuisinières. 

Hélas, Losfeld ne cite pas cette recette romantique conclusive. Il se rattrape ainsi:

Je pratiquerai le même genre de collage littéraire, en vous livrant ici la recette du pot-au-feu de René Girard:

Vous prenez un morceau de paleron que vous mettez dans la saumure pendant trois jours. Vous le faites cuire avec les légumes habituels. La saumure a la particularité de faire affluer le sang à l'extérieur, de sorte que la viande a dans la bouche la texture normale d'un pot-au-feu, mais son apparence est rouge comme celle d'un rôti. Vous la servez coupée en tranches sur un lit de pâtes fraîches parfumées au basilic après l'avoir nappée d'un coulis d'écrevisses.

Si c'est trop cher pour vous, le paleron et le coulis d'écrevisses, ne vous en faites pas, les pâtes fraîches parfumées au basilic, c'est déjà très bon, vous savez.

 

Éric Losfeld, Endetté comme une mule
Belfond, 1979; réédition Tristram 2017
ISBN 978-2-35719-058-7

jeudi 19 janvier 2023

Esprit festif

 Je n'irai pas cette année au festival d'Angoulême: la seule chose qui aurait pu me motiver pour y aller, c'était l'exposition Bastien Vivès, prévue de longue date et dont les organisateurs ont annoncé au dernier moment qu'ils la déprogrammaient, "en raison de pressions et de menaces". Cherchez vous-mêmes de quelles sortes de pressions il s'agit, et excusez-moi un instant, je dois lutter contre une forte nausée (pour le reflux gastrique, un peu de bicarbonate fera l'affaire; pour le malaise moins localisé que j'ai ressenti en constatant l'absence de réaction appropriée des secteurs de la création et de l'édition, le remède sera, j'en ai peur, moins facile à trouver). Qui donc disait: "Vous avez choisi le déshonneur pour vous épargner la guerre: vous aurez la guerre, et il vous restera le déshonneur", déjà? Ah oui, Churchill. Il n'aurait pas fait une longue carrière comme organisateur de festival, celui-là. 


mercredi 11 janvier 2023

Éditions nouvelles, nouvelles éditions

 Peut-être vous en souvenez-vous? Il y a neuf ans (ouf! déjà?) j'avais mentionné les éditions CMDE (Collectif des Métiers de l’Édition) dans un billet à propos de Julio Cortazar. Cette  maison d'édition a un nouveau nom: Ici-bas, et un site tout neuf (La racine de l'Ombù figure toujours au catalogue, parmi d'autres choses intéressantes).

Quant au roman de Sofia Samatar, Un étranger en Olondre, je vous l'avais signalé il y a quelques mois: il a trouvé un nouvel éditeur, Argyll, qui, non content d'avoir un catalogue déjà bien fourni, se fait remarquer par la sobre élégance de ses couvertures; à mon avis, la nouvelle présentation d'Un étranger en Olondre est plus réussie que celle de la précédente édition, alors cette fois, ne le ratez pas!


Mais, me direz-vous, n'y a-t-il pas aussi des maisons d'édition qui n'ont pas changé de nom et/ou qui vont publier des livres encore jamais parus? Ma foi oui: très bientôt (la semaine prochaine si tout va bien) les célèbres Moutons électriques vont publier un nouveau roman de  Jean-Philippe Jaworski: Le Tournoi des Preux (un roman qui aura des suites, car l'inventeur du Vieux Royaume, vous l'avez sans doute déjà remarqué, a de la suite dans les idées) et l'illustre Bélial' le troisième tome de La maison des jeux, de Claire North, dont les deux premiers tomes ont été (pour moi) deux des meilleures surprises de 2022. Mais ceux-là, il vaudra mieux que je vous en parle quand ils seront là, vous ne pensez pas?

samedi 24 décembre 2022

Brins d'amour

 Aujourd'hui est un jour important, mes enfants.

C'est aujourd'hui que vous allez glisser discrètement dans les petits souliers (ou les grandes chaussettes de laine) de tante Adélie, de cousin Sigismond et de la pétulante Persille les exemplaires de La Tresse que vous avez ramenés de la bonne librairie (on les trouve dans toutes les bonnes librairies) cachés sous votre manteau.

La Tresse, un récit de Laetitia Colombani, scénarisé par Lylian, dessiné et mis en couleurs par Algésiras: une garantie de qualité.

Et demain sera aussi  un jour important, puisque c'est demain qu'en vous prenant toutes et tous par la main, vous danserez, joyeux, une ronde autour de l'arbre.

image © éditions Soleil et Algésiras

samedi 17 septembre 2022

Un roi est mort, un phénix ne reviendra pas

 Deuxième semaine de septembre. Toujours peu d'occasions de se réjouir.

Vous n'avez pas oublié, lecteurs attentifs, l'académicien don Gregorio Salvador faisant la leçon à Arturo Pérez-Reverte: Julián Marías, qui a été notre collègue à l'Académie, le père de Javier Marías, le romancier... Et voilà qu'il est mort, Javier Marías, le romancier...

Je dois confesser mon ignorance totale de l'oeuvre de Marías père et, presque totale, de celle de Marías fils; et, ne connaissant pas davantage l'opinion du professeur Salvador sur les institutions monarchiques, je ne saurais vous dire pour quelle raison il omettait de mentionner la dignité singulière dont avait été revêtu Javier Marías: il avait reçu la récompense traditionnellement promise par les chevaliers errants à leurs écuyers: une île pour royaume. Ça, au moins (vous connaissez mon intérêt pour la préservation des moeurs chevaleresques) j'en avais entendu parler. Le 6 juillet 1997, Javier Marías devint roi d’un îlot des Caraïbes, quand le monarque du royaume de Redonda, Juan II (l’écrivain John Wynne-Tyson, ardent défenseur des droits des animaux) abdiqua en sa faveur. Le titre de roi de Redonda (nous dit Wikipedia) se transmet dans la sphère des lettres pour perpétuer l’héritage littéraire des rois précédents (n'est-ce pas joliment tourné?): Felipe Premier (Matthew Phipps Shiel, l'auteur azimuté du Nuage pourpre) et Juan Premier (John Gawsworth, un des biographes d'Arthur Machen). Javier Marías accepta de perpétuer la légende et prit le nom de Xavier Premier. C'est une tradition, chez les souverains redondiens, d'afficher des préférences qui ne sont pas celles de tout le monde. Interprétant cette tradition à sa manière, Marías créa sa propre maison d’édition, Reino de Redonda (Royaume de Redonda) spécialisée dans la littérature fantastique.

La popularité de l'idée de monarchie connaît des hauts et des bas, en l'île Redonda comme ailleurs (cette île ronde n'a-t-elle pas été facétieusement surnommée "l'île de trop de rois", alors même que ses seuls habitants permanents sont des oiseaux de mer?); il reste cependant communément admis qu'au moment de la mort d'un roi il convient de crier "Vive le roi!".

 Mais que convient-il de crier quand meurt Axel Jodorowsky, éphémère phénix dans le Santa Sangre de son père Alejandro?