Hier le soleil était un petit peu cassé, mais il est réparé maintenant.
Magritte, tiens donc.
Stephane du Mesnildot (toujours lui!) nous présente un manuel fantastique - non, pas de lien direct avec la Zoologie fantastique de Borges, bien qu'on puisse être tenté d'en chercher un... ce sont les images qui sont fantastiques; elles sont d'un artiste très discret, Mori Baien (1798–1851).
... il entendit une voix qui appelait "Guidolino!";
il leva la tête et vit l'oiseau.
Les Oiseaux de Fra Angelico
Je vous ai longuement parlé d'Antonio Tabucchi, mais (si ma mémoire est bonne) la dernière fois c'était il y a longtemps. L'occasion vient de se présenter pour moi de lire un de ses recueils les plus discrets, certainement pas celui qui a fait le plus de bruit dans le monde des lettres (en plus, il ne prend pas beaucoup de place sur une étagère!): Les Oiseaux de Fra Angelico .
Courte lecture, mais bien plaisante: des textes brefs, dont le ton semblera familier aux fidèles de l'écrivain: on connaît le goût de Tabucchi pour les conversations imaginaires, les lettres jamais envoyées, les confidences jamais entendues, les petites équivoques sans importance...
Modeste, Tabucchi en dit dans sa préface: "En tant que romans et récits ratés, elles ne sont que de pauvres hypothèses, ou d'impures projections du désir. Leur nature est larvaire: elles s'exhibent comme des créatures conservées dans le formol... "
À vous de décider si Tabucchi est trop sévère avec les douze petites proses qui constituent la deuxième partie du livre; en revanche, la première, celle qui donne son titre au recueil, je suis prêt à la défendre du bec et des ongles! Le texte qui se démarque des autres, celui que j'ai le plus aimé, celui où Fra Angelico rencontre trois oiseaux qui lui parlent.
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| Un rêve? Non, une visitation. |
Un coin de voile levé sur un mystère... non, deux mystères: Tabucchi nous révèle un des secrets les mieux gardés de l'Angelico - ignoré même de Vasari, son biographe - et en même temps, à mots couverts, il nous parle de son propre rapport à la création.
Le soir même il avait fini.
Le crépuscule tombait et il se sentait un peu las.
Il était la proie de la mélancolie
que procurent les choses une fois terminées,
quand il n'y a plus rien à faire
et que le temps a passé.
Les Oiseaux de Fra Angelico
(I volatili del Beato Angelico, Sellerio, 1987),
traduit de l'italien par Jean-Baptiste Para,
Paris, Christian Bourgois, 1989
ISBN 2-267-00649-9
Poche: 10/18, 2009
ISBN 2-264-02778-9
Vous avez envie de vous changer les idées? vous avez un peu de temps devant vous (et de bonnes chaussures)?
Dans les semaines précédant sa mort, Glen Baxter préparait encore une exposition à Paris, à la galerie Semiose. Prévue du 23 mai au 20 juin 2026, elle sera maintenue. Elle prendra désormais la forme d’un hommage, offrant une dernière rencontre avec un univers où le langage ne cesse de glisser. Un livre d’entretien avec Bernard Blistène paraîtra également à cette occasion.
Semiose 44, rue Quincampoix 75004 Paris
Du mardi au samedi de 11h à 19h et sur rendez-vous.
À la galerie Martel Paris (dont je vous ai déjà parlé) une expo Ugo Bienvenu vient d'ouvrir! Vous aurez jusqu'au 25 juillet pour constater qu'il met dans ses BD une touche d'illustration, et une touche de BD dans ses illustrations - des "je ne sais quoi".
UGO BIENVENU "Futur antérieur" à MARTEL PARIS (du 07.05.26 au 25.07.26)
Tout ça si vous êtes à Paris.
Et si vous êtes à Lyon?
Les éditions de la Lanterne et les éditions RJTP organisent un salon du livre politique à Lyon, intitulé "Lyon - Livres - Nouvelles résistances". Ce salon aura lieu le samedi 20 juin 2026, de 10h à 19h, et se déroulera à la Maison des Passages à Lyon. Dix-huit éditeur·ices de livres et de périodiques seront réunis. C’est la première édition de ce salon gratuit et ouvert à toutes et tous.
Ça ne dure qu'une journée, mais il y a aussi une exposition sur le bestiaire médiéval au Musée d'Histoire de Lyon: "Merveilleux Moyen-Age le bestiaire médiéval": pour celle-là vous avez le temps, les dragons et les griffons ne vont pas s'envoler tout de suite: ça dure jusqu'au 1er novembre! (Les organisateurs précisent: la billetterie en ligne est indisponible. Pour la réservation des activités, rendez-vous à la billetterie sur place à Gadagne. Merci de votre compréhension).
Et si vous êtes à Bâle?
Au Cartoonmuseum (Centre pour l'art narratif, Basel, Switzerland) vous pourrez retrouver José Muñoz; l'exposition s'appelle "Broken Voices", quand on connaît l'atmosphère des BD de Muñoz on comprend pourquoi; c'est jusqu'au 21 juin.
Et si vous êtes à Londres?
Au Quentin Blake Center for Illustration, dans une exposition collective (Queer as Comics) vous pourrez retrouver parmi plein d'autres gens queer as folk notre vieil ami Alex Barbier.
Et si vous flânez du côté de St James Park, admirez sous tous les angles une statue d'une actualité troublante, signée Banksy (j'espère que le socle est bien vissé, ce serait dommage que le vent l'emporte!).
Est-ce que je vous en parle assez régulièrement, de Florence Magnin? Il me semble que la dernière fois, c'était loin... Réapitulons: vous aviez découvert il y a deux ans, caché sous les basses branches du sapin qui a poussé en une nuit dans le salon, le coffret (de la taille d'un gros bouquin: sur une étagère, il peut vous servir de serre-livres) contenant le Tarot de la Marelle, et son compagnon le Tarot du Labyrinthe! Vous y avez trouvé un tirage de l'illustration "La clairière", justement une de vos préférées... vous pouvez y faire les pauses rêverie dont vous avez besoin en ces années pas terribles...
... peut-être avez-vous eu envie de vous procurer une des reproductions grand format des peintures de Florence Magnin disponibles chez l'éditeur, Nestiveqnen? Ou l'artbook de l'illustratrice? Félicitations!
Mais il y a mieux: cette année pourrait être, encore plus que les précédentes, une Année Florence Magnin! Vous êtes déjà au courant, pour la couverture du numéro de Bifrost "spécial Jo Walton" (puisque vous êtes fans de Jo Walton); la souscription lancée l'année dernière, vous l'avez suivie? Elle offrait toutes sortes de bonus intéressants. Bientôt, vous aurez donc le tome 1 de son Alice, et dans le courant de l'année arrivera le tome 2...
Et pour les fêtes de fin d'année? patience, Florence a encore des cartes (plus précisément des Atouts) dans ses manches...
Toujours à l'affût de nouveautés, le vigilant John Coulthart (sur son blog feuilleton), nous signale un billet de Kirsten Tambling qui a un rapport pas si lointain avec le "spécial chats" de Métal Hurlant: la vie et l'œuvre de Gottfried Mind, le Raphaël des Chats.
Un personnage qu'on pourrait croire sorti d'une œuvre de fiction, de Dickens par exemple, ou de Lemony Snicket... s'il s'agissait d'un personnage fictif. Mais non, il a vraiment vécu, et a connu toutes les difficultés de la vie, entre une enfance misérable et une fin précoce. Entre-temps, il a dessiné, gravé et peint des chats. C'était sa principale activité, la seule pour laquelle il fut apprécié de son vivant et celle pour laquelle on se souvient de lui.
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| chatte et ses petits, par Gottfried Mind |
Ceux de ses contemporains qui parlaient de ses œuvres avec enthousiasme, comme le riche collectionneur britannique George Fairholme ou le critique et polygraphe français Champfleury, ne manquaient pas de s'émerveiller qu'un si brillant peintre animalier fût aussi "un imbécile atteint de crétinisme", ou plus simplement un crétin (le portrait de Mind à sa table à dessin, sous le regard bienveillant d'un chat, reproduit en tête d'un des rares recueils qui ont été consacrés à ses gravures est accompagné de cette légende lapidaire: "Geofroi Mind, crétin"). Rien là de surprenant, à une époque où la plupart des conditions qui relèvent aujourd'hui de la psychiatrie ou de la neurologie étaient regroupées, par les scientifiques qui étudiaient les lunatiques et autres aliénés, sous l'appellation d'idiotie (sous-catégories: imbécilité, crétinisme): c'était un diagnostic, pas une invective. Pour situer cette apparente bizarrerie dans son époque, Kirsten Tambling évoque aussi la fascination du dix-neuvième siècle pour les aspects paradoxaux du génie: sa proximité avec la folie, le délire, la perte de contact avec la réalité, sujets ô combien romantiques! Aussi personne ne contesta à Mind le titre à lui décerné par Fairholme de Raphaël des Chats.
Les chats classent les humains selon d'autres critères: une humeur égale, une odeur plaisante, l'aptitude à ne pas bouger quand on s'endort sur leurs épaules, leurs genoux ou dans leurs bras (Mind possédait cette dernière qualité à un haut degré: il pouvait dessiner des heures durant avec deux ou trois chats étalés sur lui) sont considérées par les félins comme les signes non équivoques auxquels on reconnaît les humains d'exception (et franchement, à côté de ça, la faculté de concevoir une Théorie Unifiée du Tout, ça pèse quoi?). Peut-être mon opinion sur ce sujet est-elle en partie biaisée (car je me flatte de posséder moi aussi ces éminentes qualités), mais je suis enclin à me ranger à leur avis.
illustration: lithographie d'après une aquarelle de Gottfried Mind tirée de Les chats: histoire, moeurs, observations, anecdotes de Champfleury (1869)
Juin fera-il un effort pour se distinguer de ses frères, en nous apportant, pour une fois, de bonnes nouvelles? Ma foi, si vos aimez les bandes dessinées, on peut appeler ça une bonne nouvelle: vous pourrez faire un tour au Centre Pompidou, vous aurez tout l'été (et tout l'automne) pour musarder devant les planches exposées, ou prendre des paris (par exemple: dans les soixante prochaines minutes, un.e activiste.e woke-e viendra-t-iel jeter de la peinture ou de la confiture sur un panneau? et sur lequel?) ou jouer à cache-cache et à chat perché dans les escaliers, les escalators et les ascenseurs (c'est un espace ludique, le Centre Pompidou). Car les bandes dessinées occuperont plusieurs niveaux - deux, en fait, l'accroche publicitaire "BD à tous les étages" enjolive un peu la réalité; mais tout de même, quel programme!
Avec l'exposition « La bande dessinée au Musée », Jean Dubuffet, Mark Rothko, Francis Picabia ou encore René Magritte croisent, en un jeu de correspondances, les auteurs et autrices David B., Lorenzo Mattotti, Catherine Meurisse, Joann Sfar ou Chris Ware — entre autres!
BANDE DESSINÉE (1964 - 2024), Galerie 2, niveau 6; et
LA BD AU MUSÉE, Galerie 2, niveau 5
Centre Pompidou, Paris
11h-21h, tous les jours sauf mardi
du 29 mai au 4 novembre 2024
Attention: l'année prochaine la TGBAC (Très Grande Boite À Chaussures - quand on est pressé, on dit le centre Pompidou) sera fermée pour travaux, et le restera jusqu'en 2030! Profitez-en tant que vous pouvez.
Images © centre Pompidou - Paris Musées
Vous pensiez peut-être qu'Indy, après avoir retrouvé son Arche perdue et menée à son terme sa dernière croisade, se reposait sur ses lauriers, comme tout Indy qui se respecte? ou bien, vous redoutiez que des gens qui lui veulent plus ou moins de bien annoncent pour bientôt un copier-coller de ses précédents exploits affublés d'un titre ronflant, comme font les gens qui ne respectent pas les Indy? Je parle d'Indy Stevenson, pas d'un autre Indy, je le précise pour éviter toute ambiguïté.
Ç'aurait été mal connaître Stevenson, parti explorer d'autres pistes dans la jungle de l'Art !
Écoutons ses explications:
In an Emoji History of Art, ND Stevenson Playfully Recreates Iconic Paintings
I cannot tell you how or why, but at some point a few years back I discovered that Instagram Stories not only allows you unlimited emojis, it ALSO allows you to enlarge them to an apparently infinite degree. Thus, a very strange new hobby was born. As far as I can tell, I am the inventor of this art form, since I am a genius and everyone else has a life.
Je ne sais pas quand ni comment, il y a quelques années j'ai découvert qu'Instagram Stories, non content de mettre à votre disposition ses emojis sans limitation, vous permettait EN PLUS de les agrandir tant et plus. C'est ainsi qu'est né un nouveau hobby, une forme d'expression artistique dont, sauf erreur de ma part, je suis le découvreur-inventeur (qui d'autre aurait pu? je suis un génie et les autres gens ont une vie).
Bref: sur la page perso d'Indy vous pouvez admirer le résultat: l'Histoire de l'Art revisitée en collages d'emojis!
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| The artist began this piece completely confident in the existence of a pitchfork emoji. The artist was wrong. |
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| Cette technique révolutionnaire permet de faire d'authentiques ready-mades! C'est fou, non? |
Stevenson n'a rien perdu du sens de l'humour qui vous avait, il y a déjà longtemps, rendu accro à son défunt site Gingerhaze. J'ai bien aimé la petite pique dirigée vers un artiste contemporain couvert de lauriers: d'où le titre.
Lu sur le blog de Kwarkito:
ça me revient,
une fois j’ai vu les portraits de William Utermohlen peints tout au long de sa maladie d’Alzheimer, et j’en ai été très impressionné
et il y a un lien vers un site où l'on peut voir ces portraits de William Utermohlen. Je suis allé voir les portraits en suivant le lien donné par Kwarkito, et j’ai été très impressionné aussi.
"William Utermohlen était un peintre américain. Les médecins lui ont annoncé qu’il était atteint de la maladie d’Alzheimer en 1995. Il a alors 62 ans et décide de se peindre. De réaliser régulièrement des autoportraits jusqu’à la fin de sa vie pour montrer l’évolution et la représentation de soi que l’on peut se faire en étant touché par cette pathologie."
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| William Utermohlen par William Utermohlen |
© the estate of William Utermohlen
Ahuworah! Bonne chasse à tous,
qui suivez la loi de la jungle!
Kipling
Automne, saison de la chasse. Qu'allons-nous chasser?
Mais voyons, les idées noires, bien sûr (j'en vois qui traînent encore par-ci par-là; tout l'été, on leur a donné coup d'éventail sur coup d'éventail, mais ça n'a pas suffi).
Comment? quoi? où?
Pourquoi ne pas aller voir ces deux expositions: la première est déjà en place (elle a été vernissée la semaine dernière) à l'occasion de la sortie d'un livre qui s'appelle Le serval et la tortue...
C'est quoi, une fable?
Mais non, c'est bien plus excitant que ça (les fables, on en fait vite le tour, même à une allure de tortue): c'est le catalogue des gravures de Gilles Aillaud, et la galerie Métamorphoses, 17 rue Jacob, les expose, ces gravures.
Vous avez tout le mois d'octobre, et même un peu de novembre! Vous repartirez avec ce Catalogue Raisonné, et vous constaterez (j'espère) qu'un coup de catalogue plein de jolies images c'est plus efficace qu'un coup d'éventail, pour estourbir une idée noire; mais peut-être, ensuite, vous direz-vous: "Les gravures c'est bien, mais il me semblait qu'il avait fait des dessins aussi, Gilles Aillaud? Et des peintures, des huiles, des acryliques, d'autres trucs?"
Vous avez parfaitement raison, vous pourrez en voir, des peintures, et cette fois au centre Pompidou, à partir de cette semaine et jusqu'au 26 février 2024, pour cette expo-là, "Gilles Aillaud animal politique" (quel titre!) vous pourrez prendre votre temps.
On récapitule (hé oui, tout ça c'est à Paris):
À la librairie-galerie Métamorphoses, pour la sortie du livre Gilles Aillaud, Le serval et la tortue, catalogue raisonné de l’œuvre gravé, texte de Jean-Christophe Bailly, édition établie par Ianna Andréadis, Métamorphoses, 2023 (oui, tout ça), exposition jusqu'au 18 novembre 2023;
Au Centre Pompidou, exposition Gilles Aillaud animal politique, du 4 octobre 2023 au 26 février 2024 - 11h - 21h, tous les jours sauf mardis (et vous pouvez parier que là aussi, vous trouverez tout un choix de livres, catalogues, lithos, cartes et affiches à mettre dans votre gibecière).
Vous n'avez pas pu aller au musée Cantini voir de près les dessins de Louis Pons? Si c'est plus près de chez vous, si par exemple vous n'êtes pas trop loin du haut, ou du bas, de la butte Montmartre, vous pourrez peut-être, en montant ou en descendant, faire un détour par la Halle Saint-Pierre, où va bientôt ouvrir une nouvelle exposition (qui durera du 20 septembre 2023 au 25 février 2024) consacrée à "15 artistes inclassables, selon les critères de l’art brut ou de l’art naïf traditionnel". La présentation de l'expo sur le site de la Halle poursuit en expliquant: "Sans formation artistique pour la plupart mais possédés par le démon de la création, tous sont des expérimentateurs intarissables, obsessionnels, proliférants, dont l’univers a sa marque particulière, reconnaissable au premier coup d’œil. Peu habitués aux circuits professionnels de l’art, ils sont restés méconnus..." Qui donc? Pierre Amourette, Gabriel Audebert, Mohamed Babahoum, Jean Branciard, Etty Buzyn, Marc Décimo, Roger Lorance, Patrick Navaï, Marion Oster, Jon Sarkin, Shinichi Sawada, Ronan-Jim Sevellec, Ghyslaine et Sylvain Staëlens et Yoshihiro Watanabe. Ça faisait beaucoup de noms à mettre sur l'affiche, aussi les organisateurs ont-ils prudemment appelé l'exposition "Aux frontières de l'art brut". Ça laisse le champ libre à l'interprétation. Ont-ils voulu dire que ce n'était pas vraiment de l'art brut, ou pas seulement, mais un peu quand même? ou que ça se situait au-delà, sur la frontière, mais pas celle entre l'art brut et l'art pas brut, celle de l'autre côté, entre l'art brut et le autre chose que l'art (comme quand on va vers l'infini et ensuite au-delà, là où il y a davantage d'infini)? Je suppose qu'on ne peut comprendre ce titre qu'après y être allé voir de près.
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| Quelle différence entre un escargot et un chameau? Facile: le chameau a deux coquilles, l'escargot n'en a qu'une. |
Halle Saint Pierre, du lundi au vendredi de 11h à 18h / samedi de 11h à 19h / dimanche de 12h à 18h
2, rue Ronsard – 75018 Paris; métros: Anvers, Abbesses
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89
Si j'avais le temps, je prendrais bien un ticket de Greyhound pour Roanoke (Virginie) pour aller compter les petits bonshommes de Dan Perjovschi au Taubman Museum of Art, comme l'a fait David Apatoff, qui en parle sur illustration art, son excellent blog.
Images © Mohamed Babahoum, Dan Perjovschi
"Les apparentements terribles", c'était naguère le titre d'une rubrique du Canard Enchaîné.
On peut aussi appeler ça synchronicité: quelque temps après avoir refermé le roman d'Iegor Gran dont je vous parlais il y a quelques jours, je rouvre (j'éprouvais le besoin d'un peu de légèreté) le petit volume de chroniques parisiennes de la chère Nancy Mitford, et le hasard veut que j'y lise:
Avril 1953
Après le portrait de Staline peint par Picasso, nous avons eu droit, dans l'Humanité, au poème d'Aragon sur le retour de Russie de Maurice Thorez:
Il revient! Les vélos, sur le chemin des villes,
Se parlent, rapprochant leur nickel ébloui.
Tu l'entends, batelier? Il revient. Quoi? Comment? Il
Revient! Je te le dis, docker. Il revient. Oui,
Il revient...
Un texte charmant. Le Canard Enchaîné a écrit à son propos:
"Vous dites qu'il revient", murmure la marquise...
Les discussions au plus haut niveau (des services compétents) sur le portrait de Staline peint par Picasso occupent une place non négligeable dans le roman de Gran; il y est aussi question, de façon plus cursive, des différents séjours de Maurice Thorez en URSS, et le camarade Aragon y est mentionné en des termes flatteurs. En revanche, si on y évoque à plusieurs reprises l'humour du Krokodil de l'ère khrouchtchévienne, on y parle peu du Canard Enchaîné.
Nancy Mitford: Une Anglaise à Paris (chroniques), traduit par Jean-Noël Liaut
Payot Documents ISBN: 978-2-228-90287-8
Petite Bibliothèque Payot ISBN: 978-2-228-90524-4
Vous n'avez plus que quelques jours pour aller voir l'exposition Alex Barbier à la Galerie Martel: elle sera décrochée le 26. J'aurais dû vous en parler beaucoup plus tôt; j'aurais dû vous parler d'Alex Barbier quand j'ai appris sa mort en 2019... mais c'est comme ça, j'aime bien quand les gens restent vivants et je n'aime pas quand les gens meurent. À la limite, je préfèrerais que les gens ne meurent pas, mais il paraît que ce n'est pas envisageable. Alex Barbier aussi, je crois, préférait les petites morts aux grandes; des érudits l'ont comparé à Francis Bacon, à Lucian Freud... pourquoi pas? Mais quand ses premières planches sont parues dans Charlie (mensuel), nous, ses lecteurs, ne trouvions personne à qui le comparer: ça ne ressemblait à rien de ce dont nous avions l'habitude (et pourtant, Charlie, c'était le seul journal de bandes dessinées lu par des gens capables de lire autre chose que des bandes dessinées, avait l'habitude d'insister Wolinski). Allez vous-même vous faire une idée, si vous pouvez, à la Galerie Martel (17, rue Martel - 75010 Paris; ouvert de 14h30 à 19h, du mardi au samedi).
Vous passez en revue, sans doute en ce moment même, les paquets que vous allez bientôt déposer au pied d'un arbre de Noël (ou glisser dans des chaussettes). Vous avez tout juste le temps de choisir les papiers-cadeaux les plus rutilants, et de vous entraîner à nouer les rosettes de ruban les plus parfaites! Songez donc à la chance que vous avez: ce n'est que dans un an - juste à temps pour la Noël 2022 - que les industrieux imprimeurs baltes qui façonneront le Tarot de la Marelle, avec la minutie qui a fait leur réputation, auront terminé leur ouvrage. Du temps, vous en aurez donc à revendre pour concevoir, pour ces cadeaux exceptionnels, des présentations encore plus brillantes que celles des cadeaux de cette année (vous en garderez un rien que pour vous, c'est bien compréhensible; mais peut-être choisirez-vous de le suspendre à une branche de votre sapin personnel? il vous faudra donc l'enrubanner aussi!). Quinze jours: c'est le temps qu'il vous reste pour décider combien d'exemplaires du Tarot vous seront nécessaires pour répandre la joie autour de vous. N'est-ce pas plus que suffisant?
Et n'oubliez pas que, lorsque vous recevrez les exemplaires que vous aurez commandés (ici!), vous y découvrirez une carte inédite créée spécialement pour cette édition: le Roi de la Marelle! Lorsque vous le retournerez, quels secrets cet arcane hors du commun vous révèlera-t-il?
Le Tarot de la Marelle: un cadeau qui vaincra le temps!
... Mais oui, ce n'est pas simplement un feu follet parmi d'autres, c'est une lanterne portée par une énigmatique figure féminine...
... de quel futur vient-elle en éclaireuse?
De quels arcanes est-elle la messagère?
Le saurons-nous bientôt?
À suivre...
On nous avait prévenus: la nuit allait tomber une heure plus tôt.
Ouille!
Ça n'a pas raté: l'hiver a rajouté une couche, en étendant sur les journées d'hier et d'avant-hier nuages noirs et pluie persistante.
Depuis le changement d'heure, je ne suis pas sûr que le jour se soit encore levé.
Mais… que vois-je, là, tout au bout de l'obscurité?
Venue de quelque part dans les profondeurs de la radio, une des voix interchangeables qui ânonnent les nouvelles résume ainsi le changement apporté par la mort de Bernard Tapie à sa situation judiciaire: "le jugement de son procès en cours n'ayant pas été rendu, Tapie est mort innocent". Savoureux, encore qu'un peu morbide, n'est-ce pas?
À l'heure qu'il est, le rire de Bernard Tapie, que ces dernières années, on n'avait plus entendu que fêlé, chevrotant, réduit par la maladie à un simple murmure, doit éveiller, plus tonitruant que jamais, les échos des voûtes de l'Hadès, et soulever des vagues sur le Styx… tant le tapage fait par les papelarderies hypocrites qui ont accueilli sa mort éclipse celui, pas mangé des vers non plus mais malgré tout plus mesuré, qui avait salué celle de Chirac!
Morts innocents aussi, ni plus ni moins que Tapie,
ceux du mois de Septembre.
Tout le monde (la liste serait trop longue), ce Septembre-ci, a rendu hommage à Jean-Paul Belmondo: moi-même, je vous en fais la confidence, j'ai essayé, devant mon miroir, d'approcher, dans la mesure de mes moyens, la nonchalance de dandy avec laquelle il se recoiffait de son feutre dans le mémorable dernier plan du Doulos. Pauvre hommage: on fait ce qu'on peut.
Belmondo, en voilà un qui savait faire le mort élégamment.
Dans leur coin - presque seuls - Éric Chevillard rendit hommage à Bruno Roy, et Jérôme Leroy à Roland Jaccard: à défunts discrets, hommages dépourvus de boursouflure. Je ne vais pas laisser Septembre s'éloigner sans vous rappeler que le mois passé vit une disparition encore plus discrète: celle d'Henriette Valium, en vous montrant une de ses œuvres (relativement) récentes, judicieusement intitulée:
Last Moments.
Au revoir Septembre, à la prochaine.
Image © Henriette Valium
Se peut-il que nous l'ayons oublié? Nous allons bientôt pouvoir confronter nos souvenirs avec la réalité.
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| Si vous avez vraiment envie de les voir de plus près, cliquez! |
Louis-Léopold Boilly (1761-1845)
"Réunion de trente-cinq têtes d 'expression"
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