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dimanche 28 juin 2026

La fin du mois de juin, à l'heure des vêpres

La voilà, la fin du mois de juin, et c'est l'heure des vêpres.
Alors replongeons-nous dans ce petit conte d'Antonio Tabucchi, que je persiste à vous recommander. 

Le premier oiseau arriva à la fin du mois de juin, à l'heure des vêpres, quand tous les moines étaient à la chapelle pour l'office. Fra Giovanni da Fiesole, dans ses conciliabules intérieurs, continuait à s'appeler Guidolino, nom qui était le sien avant son entrée au couvent; il se trouvait dans le jardin, occupé à ramasser des oignons, et c'était là son emploi, car en quittant le monde il n'avait pas voulu renoncer au métier de son père, le maraîcher Piero qui cultivait des asperges, des courges et des oignons dans le clos de San Marco. Les oignons étaient de cette variété rouge à gros bulbe, très doux pourvu qu'on les mette à mollir, mais qui provoquent abondance de larmes dès qu'on les tient dans la main. Il les mettait dans sa robe de bure pliée en forme de sarrau quand il entendit une voix qui l'appelait: "Guidolino!" 
Il leva la tête et vit l'oiseau.
Il le vit a travers les larmes qui embuaient ses yeux à cause des oignons, pendant quelques instants il fixa sa silhouette agrandie et déformée comme par une loupe extravagante, puis il cligna des paupières pour sécher ses larmes et regarda de nouveau.

Antonio Tabucchi: Les oiseaux de Fra Angelico
Traduit de l'italien par Jean-Baptiste Para 

 

dimanche 22 décembre 2024

À la crème d'angélique

 Sans faire sonner leurs trompettes ils sont venus la chercher, juste avant la date du Petit Souper Maigre et du Grand Souper Gras: un afflux récent de convives aux banquets célestes rend-il sa compétence nécessaire dans la Cuisine des anges?

En cuisine
Maïté ne sera plus ici-bas pour nous donner des conseils, alors chérissons le souvenir de ceux que naguère elle nous a laissés, comme:
"On n'enlève pas le gras, passe que c'est bon."

Maïté 1938-2024

Bartolomé Esteban Murillo (domaine public)

vendredi 25 octobre 2024

L'appétit d'Octobre n'est pas encore rassasié, bis

 L'appétit manifesté par ce mois d'octobre n'aurait pas dû me surprendre.
Comment ai-je pu oublier que c'est le 25 octobre qu'est célébrée (depuis 1995) la Journée Mondiale des pâtes?

Un bon plat de pâtes, c'est l'entrée idéale avant un bon repas, ça ouvre l'appétit comme jamais. Profitez bien de cette journée mondiale!

video © Nature's Fantastic

vendredi 21 avril 2023

La recette de succès d'un romantique oublié

 Il y aurait beaucoup à citer du livre de souvenirs d'Éric Losfeld, Endetté comme une mule: on y trouve de tout, littéralement de tout. Des considérations sur le métier d'éditeur, évidemment, et sur l'art délicat de l'endettement; sur différentes "affaires", certaines judiciaires, d'autres pas; sur les rapports ambigus entre l'autobiographie et la mythomanie, entre la dipsomanie et la graphomanie, sur des coïncidences heureuses, sur de malheureux concours de circonstances; des gentillesses et des vacheries, en parts presque égales, sur les centaines de gens qu'il a côtoyés, et encore bien des choses qui n'entrent dans aucune des catégories ci-dessus. Il y a même une blague belge (une seule, il faut bien la chercher). Surtout, il est question de livres, de livres et encore de livres. Il devait aimer ça, les livres, Losfeld, c'est pas possible autrement.
Et voilà que je tombe sur une page qui me fait ressouvenir qu'il y a bien longtemps que je n'ai rien posté sous la rubrique "À table!" - où je range surtout des recettes picorées dans des livres où  l'on ne s'attend pas forcément à en trouver. Réparons cette carence; nous venons de sortir du carême, voilà l'occasion:

On doit pouvoir encore dénicher chez José Corti, qui l'a réédité, sous couverture rose rosbif, un charmant petit livre d'autrefois que Philippe Audoin tient en grande estime. Il n'y est pas tellement question de ripailles, mais l'auteur, Émile Cabanon, un romantique oublié, avouait n'avoir pas trouvé de titre pour son roman, et l'avait astucieusement, quoique abruptement, conclu par une recette de cuisine, qui devait lui valoir un succès auprès des cordons-bleus. D'ou le titre accrocheur: Un roman pour les cuisinières. 

Hélas, Losfeld ne cite pas cette recette romantique conclusive. Il se rattrape ainsi:

Je pratiquerai le même genre de collage littéraire, en vous livrant ici la recette du pot-au-feu de René Girard:

Vous prenez un morceau de paleron que vous mettez dans la saumure pendant trois jours. Vous le faites cuire avec les légumes habituels. La saumure a la particularité de faire affluer le sang à l'extérieur, de sorte que la viande a dans la bouche la texture normale d'un pot-au-feu, mais son apparence est rouge comme celle d'un rôti. Vous la servez coupée en tranches sur un lit de pâtes fraîches parfumées au basilic après l'avoir nappée d'un coulis d'écrevisses.

Si c'est trop cher pour vous, le paleron et le coulis d'écrevisses, ne vous en faites pas, les pâtes fraîches parfumées au basilic, c'est déjà très bon, vous savez.

 

Éric Losfeld, Endetté comme une mule
Belfond, 1979; réédition Tristram 2017
ISBN 978-2-35719-058-7

jeudi 6 octobre 2022

"Dans la splendeur du désert"...

 Qu'ai-je lu récemment? Un roman de Susan Fletcher: L'alphabet des rêves, paru dans la collection Gallimard jeunesse. J'avais besoin, pour garder le moral en ces temps troublés,  d'une lecture un peu "feel good" (alors spoiler: ça finit bien). Sur la quatrième de couverture, sous un résumé succinct - comme c'est souvent le cas pour les 4 de couv', celle-ci survend un peu l'histoire: "... un conte envoûtant dans la splendeur du désert"; en fait, vous découvrirez que, splendeur mise à part, le désert, c'est chaud (le jour), froid (la nuit) et ça fait mal aux pieds (tout le temps) - figure la mention: à partir de 10 ans. Ça va, je les ai les dix ans, et même un peu plus: je peux le lire. En plus, il y sera question de rêves, d'aventures et de voyages: ceux de mes lecteurs qui me connaissent bien savent que ça suffit à me mettre en appétit. 

Quand nous vivions dans la Cité des Morts, chaque nuit ou presque, mon frère rêvait de choses à manger. Roulé en boule sur le sol de pierre au milieu des ossements, il imaginait des banquets, avec des melons et des olives, des pois chiches et des dattes, des lentilles et du pain. Rien n'était trop beau pour ses rêves nocturnes, pas même ces mets rares qui faisaient les délices des nobles - zestes de citron enrobés de miel, amandes, viande d'agneau rôtie dans le safran.

Je me demandais comment il avait entendu parler de ces nourritures. À moins que notre nature profonde ne remonte à la surface pour se révéler dans nos songes? La dernière fois que nous avions mangé comme des nobles, c'était trois ans plus tôt, alors que Babak avait à peine deux ans.

En plus, bizarrement, ces repas rêvés semblaient le rassasier. Quand il s'éveillait, il n'était pas affaibli ni rendu grognon par la faim, comme je l'étais, moi. L'arrière-goût de ses festins nocturnes semblait l'illuminer et son visage rayonnait de joie.

- Grande soeur! Le rêve que j'ai fait! Des pois chiches rôtis! J'en ai mangé à m'en faire éclater le ventre! et des oranges, toutes pelées pour moi et saupoudrées de feuilles de menthe! Et des tartines chaudes avec des graines de sésame!

Mais l'évocation de ces festins ne faisait que me donner plus faim encore et me rendre plus grincheuse. Je finissais par le rabrouer:

- Bouge-toi, Babak!

Je l'entraînais dans le dédale de couloirs souterrain et nous sortions pour aller aux portes de Rhagae.

- Les rêves, ça ne se mange pas, avais-je coutume de lui rappeler.

Mais là, j'avais tort. Les rêves peuvent vraiment vous nourrir et vous permettre aussi de faire dans la vie réelle des voyages lointains vers des endroits qui passent l'imagination.

Je le sais bien, car c'est ce qui nous  est arrivé.

Hé bien voilà un premier paragraphe qui nous en dit juste assez mais pas trop (comme une bonne bande-annonce): on va nous raconter les aventures d'un petit frère (Babak) et d'une grande soeur (Mitra, mais il ne faut pas oublier de l'appeler Ramin, parce qu'elle fait semblant d'être un garçon - elle s'est rasé la tête, et porte des habits de garçon; comme en plus elle est toute maigre, ça ne se voit pas que c'est une fille, ça vaut mieux parce que ça pourrait lui causer des problèmes). Et puis c'est plus pratique pour courir, se cacher et voler de quoi manger. On n'a pas toujours des melons et des olives:

Le vin était amer, le pain rassis et le fromage commençait à moisir. Je m'en moquais bien. Ça étanchait ma soif et me remplissait le ventre.

Il y a des méchants très très méchants, mais ils n'occupent pas trop de place. Il y a des gentils très gentils, mais pas le genre de gentil qui se la raconte "je suis le gentil, alors c'est à moi que les choses les plus intéressantes doivent arriver": sagement, l'auteur place certaines de ces choses les plus intéressantes un peu en retrait, à la limite du champ de vision des protagonistes. Entre gentils et méchants, beaucoup de personnages se situent dans la fameuse zone grise (même l'héroïne, en fait): ça rend certaines choses moins évidentes: ça aussi ça contribue à rendre l'histoire intéressante.

Y a-t-il des éléments qui enferment ce livre dans la catégorie "roman pour la jeunesse"? Bon, parfois des préoccupations didactiques (ce n'est pas de la pure fantasy; ça se passe dans un pays et à une époque qui ont vraiment existé, et l'auteur ne nous laisse pas oublier qu'elle s'est documentée!) ralentissent un peu le rythme du récit, mais pas trop. Parfois aussi, ce sont des ficelles un peu grosses qui mettent en mouvement le mécanisme de l'histoire: mais quand on a dix ans (j'ai, en fait, un peu plus de dix ans, mais je me souviens parfaitement de ce que j'aimais à cet âge) ça ajoute au charme de la lecture, de pouvoir se dire de temps en temps; "oh, là, je devine tout seul comme un grand ce qui va arriver au prochain chapitre!"...

Une des choses les plus réussies du livre, c'est la façon dont le monologue intérieur de Mitra nous laisse deviner, progressivement, par très petites touches, par quels changements elle passe entre la première et la dernière page. Mitra est-elle un "narrateur fiable"? À peu près, mais ses perceptions sont faussées par la présence d'un gros "point aveugle" (et le "point aveugle", qu'on emploie ce terme au sens propre ou au sens figuré, il se trouve toujours au milieu du champ de vision).

Une autre réussite (euh... vous avez sans doute déjà compris, attentifs lecteurs, que j'ai pris plaisir à la lecture de ce petit livre sans prétention?): les passages où l'on trouve du réconfort dans  des choses simples.

Des melons de deux sortes: verte et orange. Trois variétés d'olives. De l'agneau rôti et des perdrix. Toute une pile de pains sortant du four. Un plateau sur lequel s'amoncelaient des carrés de fromage de chèvre. Des pâtisseries dégoulinant de miel.

Bon appétit.


Susan Fletcher: L'alphabet des rêves (Alphabet of Dreams, Simon & Schuster 2006) traduction de Philippe Morgaut, Gallimard jeunesse 2007  ISBN: 978-2-07-057779-8


dimanche 30 mai 2021

Où il est question de procédures éthiques et de cobayes étiques

 

Ce matin vers l'aube, conversation animée avec une de mes nouvelles connaissances nocturnes, une strongwoman de fête foraine (son visage et son physique puissant me rappellent un des modèles de Toulouse-Lautrec, une artiste de cirque, je crois, dont il a laissé un portrait et plusieurs esquisses). Posément (mais on sent en elle une colère contenue) elle me donne les détails d'une expérience récente: on a testé sur différents animaux de laboratoire une molécule qui inhibe le processus d'assimilation de certains aliments. Privés de la possibilité de digérer des produits qui constituaient l'essentiel de leur alimentation, certains des sujets des tests sont morts de malnutrition.
Pendant qu'elle me parle, je me concentre sur ma tâche: je débite, en tranches aussi fines que possible, du lard fumé. Le bloc, qui sort du frigo, est un peu dur, j'ai du mal à obtenir des tranches régulières, j'espère que la cuisson les attendrira. Ce que le récit m'inspire, c'est un vague soulagement (je ne l'exprime pas, je pressens que ça agacerait mon interlocutrice): heureusement, me dis-je, qu'on ne fait les tests médicaux que sur des animaux, jamais sur des humains, ce serait contraire à toute éthique.
Bordel à nouilles, je me demande d'où sortent les drôles d'idées qui me viennent parfois en rêve. 

 

dimanche 29 mars 2020

Nouvelles des confins




Il est possible qu'en ce moment vous vous sentiez à l'étroit.
Voyons ce qui se passe, 
au-delà de notre horizon limité, 
aux confins d'internet.

Quand il ne nous propose pas d'amusants puzzles (cherchez le virus!) François Matton relit Kenneth White et écoute la neige.
François Matton est quelqu'un qui sait vivre.

Aki, dearest darling dear, vous montre comment faire un bon gâteau avec de vieilles bananes (cette vidéo peut vous sauver la vie).

Dan Wagstaff (always the casual optimist) attire notre attention sur des livres adaptés au climat actuel.



Shortlisted for 2020 Booker Prize!

À part ça, sortez couverts.


vendredi 7 février 2020

Tablée


Vous avez aimé la recette toute simple que j'ai trouvée dans un livre de recettes de Philippe Annocque, et dont je vous ai fait part l'année dernière?
En voici une autre qu'on pourrait croire écrite spécialement pour cette rubrique "à table!".

HIPNATA! hurlait-elle.
DABIDO! braillait-il de son côté.
Heureusement que j'étais là pour appeler à table.


 Philippe Annocque, Vie des hauts plateaux,  
ISBN 979-10-92723-06-9

mercredi 25 décembre 2019

Célébrons de façon responsable



Une page de conseils pratiques pour passer sereinement la période des fêtes: ne laissez pas le désordre s'installer, rangez au fur et à mesure, un petit peu à la fois.



Vous verrez, si c'est fait dans la bonne humeur, ça ne va pas casser l'ambiance.

Noël joyeux!


dimanche 13 octobre 2019

Et c'est tout.


Je relis mon dernier billet, et je m'aperçois, à ma grande confusion, qu'il y a longtemps que je n'ai pas partagé avec vous une de ces recettes de cuisine qu'il m'arrive de trouver dans des livres. 
Voici un menu très simple trouvé dans un livre de recettes de Philippe Annocque.

S'alimenter, se reposer, se laver, faire ses besoins, se distraire et - dans une moindre mesure - communiquer avec ses semblables, voilà ce dont tout un chacun a besoin. Ce n'est pas la peine de chercher: il n'y a pas d'autre besoin.
Quand on a été très heureux, on en a encore moins. 
Se reposer, tout de même. 
Et aussi, mais de temps en temps seulement, 
manger. 

Et c'est tout.

 Philippe Annocque, Vie des hauts plateaux
ISBN 979-10-92723-06-9

lundi 7 octobre 2019

Roulé dans la farine


On me signale que certains lecteurs, 
intrigués par la lecture du billet précédent, 
se demandent ce que c'est qu'un merluchon.
Un merluchon, c'est comme une merluche, mais en plus potelé.
Pour vous familiariser avec cet hôte des mers (et des poëles à frire) 
voici une recette de  

MARC, THANKS FOR ALL THE FISH.

le Merluchon à ma façon
Ingrédients
Un beau merluchon
Un couteau aztèque
Poivre, une pincée
Un gros œuf
Farine: quantum satis
Huile d'olive 

Prenez un beau merluchon à l'œil vif.
 
L'œil vif, c'est important.


Écaillez-le, enlevez les ouïes, ouvrez-le côté ventre de la tête à la queue pour en sortir l'arête et laissez dégorger quelques heures; trempez-le dans l'œuf battu et roulez-le dans la farine.
Précipitez-le dans une poële où frissonne de l'huile d'olive.

La recette sur le dos du poisson, c'est pratique.


Servez chaud ou froid, ça ne peut plus lui faire ni chaud ni froid au poiscail, pécaïre.


Images © Marc Saffioti.

dimanche 11 août 2019

Allons visiter le soir


Jean-Pierre Mocky a bien pu rater deux ou trois films, et alors? Quand on fait des films avec des bouts de ficelle ça arrive que la ficelle casse.
S'il y avait quelque chose que Mocky ne ratait jamais, c'était les occasions d'égrener des anecdotes sur sa carrière.

«Pendant la guerre j’étais dans ce qu’on appelait “la zone libre”, là où normalement il n’y avait pas d’Allemands. Marcel Carné s’y était réfugié avec Joseph Kosma, Prévert et toute la bande. Ils se sont retrouvés du côté de Saint-Jeannet et cherchaient des figurants pour Les Visiteurs du soir. J’ai donc commencé en jouant un petit page dans le film, j’apportais un cochon en carton à Jules Berry», racontait Jean-Pierre Mocky, sur le plateau de L’Invité de TV5 Monde en février.

Allez, viens, Jean-Pierre, Jules Berry attend que tu lui apportes un autre cochon en carton. Et tu sais ce que c'est, les cochons en carton, il ne faut pas les laisser refroidir.




 

dimanche 30 juin 2019

Une chose immonde et juteuse


"On y verra clair dans quinze ans".
C'est ce que m'a répondu Leo. Nous déjeunions, j'en étais à ma troisième exposition chez lui, Leo Castelli Gallery, New York, USA. L'un des plus grands marchands d'art du siècle. Il avait plus de quatre-vingts ans mais il s'incluait dans le "on". Il oubliait de vieillir.
[…]
Nous avions mis la table sous le catalpa, un arbre qui fournit de grandes feuilles et des fleurs en grappes, dont les odeurs sont réputées éloigner les moustiques et les mouches, mais de fruits jamais.
Sauf ce jour-là.
Au milieu du repas, une chose immonde et juteuse, comme une figue trop mûre, est tombée sur la veste rose de Leo, et nous étions déjà en quête d'un détachant magique, qu'une deuxième atteignait Toiny quelques secondes plus tard. 
C'étaient les premiers fruits de cet arbre.
Les derniers aussi;
il n'en a jamais refait.


Gérard Garouste (avec Judith Perrignon),
L'intranquille, autoportrait d'un fils, 
d'un peintre, d'un fou.
L'Iconoclaste, 2009
ISBN-10: 2913366252
ISBN-13: 978-2913366251
Le Livre de Poche, 2011
ISBN-10: 2253156744
ISBN-13: 978-2253156741

dimanche 23 juin 2019

Un coup il fait chaud, un coup il fait froid


La première quinzaine de juin, j'étais dans le sud-ouest, et le matin il faisait 10 (degrés Celsius).

La deuxième quinzaine, me voici dans le sud-est, et le matin il fait 30 (degrés centigrades).


On nous en promet 40 pour la semaine prochaine. 

Comment lutter contre les effets inattendus des dérèglements climatiques?
Je vous suggère la méthode suivante: faites un choix judicieux de parfum de glace ou de sorbet; puis dégustez, devant un épisode de Good Omens (le feuilleton adapté du roman du même nom, de Terry Pratchett et Neil Gaiman)*.
Les deux stars de la série, Michael Sheen et David Tennant, soufflent alternativement le chaud et le froid: avec leur aide, vous devriez parvenir, comme l'univers, à un certain équilibre thermique.

Fun fact: 
si vous prenez Michael Sheen et David Tennant et si vous les mélangez bien...


... puis vous laissez reposer; 
 vous démoulez…


… vous obtenez Coleen Coover.
(pour ceux qui ne lisent pas de comics: c'est la dessinatrice de la série Bandette)

Étonnant, non?

Disclaimer:  cette recommandation ne produira pas l'effet escompté - elle peut même entraîner des réactions allergiques - si vous êtes membre de la Return to Order campaign ou de la US Foundation for a Christian Civilisation, ou si l'idée que des gens qui ne sont même pas de chez nous puissent pasticher Fantômette offense gravement vos convictions morales.


*Au cas où vous vous seriez déjà endurci contre la chaleur au point de ne pas redouter d'affronter 233 degrés Celsius, vous pouvez aller lire ce qu'en pense Baroona (elle a bien aimé).

samedi 26 janvier 2019

Une larme de miel


Préparez votre 
préparez votre pâte
Dans une jatte 
dans une jatte plate
Et sans plus de discours
Allumez votre 
allumez votre four

Prenez de la 
prenez de la farine
Versez dans la 
versez dans la terrine
Quatre mains bien pesées
Autour d'un puits creu-
Autour d'un puits creusé

Choisissez quatre
Choisissez quatre œufs frais
Qu'ils soient du ma
Qu'ils soient du matin faits
Car à plus de vingt jours
Un poussin sort tou-
Un poussin sort toujours

Un bol entier 
un bol entier de lait
Bien crémeux s'il
Bien crémeux s'il vous plaît
De sucre parsemez
Et vous amalga-
et vous amalgamez

Une main de 
une main de beurre fin
Un souffle de 
un souffle de levain
Une larme de miel
Et un soupçon de 
et un soupçon de sel

Il est temps à 
il est temps à présent
Tandis que vous
Tandis que vous brassez
De glisser un présent
Pour votre fian-
pour votre fiancé
Un souhait d'a-
Un souhait d'amour s'impose
Tandis que la 
que la pâte repose
Lissez le plat de beurre
Et laissez cuire une

Et laissez cuire une heure.

Musique de Michel Legrand.
Paroles de Jacques Demy.
Chanté par Anne Germain.

jeudi 20 décembre 2018

Une phrase bien rodée


La semaine avant Noël est souvent paisible, dans le métier, apprit Ombre durant le dîner. Les deux hommes se trouvaient dans un petit restaurant à deux blocs des pompes funèbres Ibis & Chaquel. 
Le repas de l'invité consista en un petit déjeuner complet - y compris les beignets - tandis que son compagnon picorait une tranche de gâteau au café.
"Les optimistes s'accrochent pour voir un dernier Noël, expliqua M. Ibis, voire un dernier Nouvel An. Quant aux autres, ceux pour qui les réjouissances des voisins se révèleront trop douloureuses, ils n'ont pas encore rencontré la goutte d'eau, la goutte de champagne, devrais-je dire, qui fera déborder non le vase mais leur pauvre enveloppe charnelle."
Sur ces mots, il émit un petit son à mi-chemin entre reniflement et claquement des lèvres, suggérant qu'il venait de prononcer une phrase bien rodée dont il était très fier.


Neil Gaiman, American Gods, 
(American Gods, William Morrow, 2001) 
traduit par Michel Pagel, Au Diable Vauvert, 2002
réédition: J'ai lu, 2014

dimanche 21 mai 2017

Zootopia: une tragédie toute mignonne




    “We desire our present civilization to advance steadily 
toward some kind of Utopia. 
The thought that it may decay and collapse, 
and that all its spiritual treasure may be 
lost irrevocably, is repugnant to us. 
Yet this must be faced as at least a possibility. 
And this kind of tragedy, 
the tragedy of a race, must, I think, 
be admitted in any adequate myth.” 

Nous voulons que notre civilisation se fixe 
comme objectif de parvenir à une forme d'utopie. 
L'idée nous répugne que puissent être inscrits, 
dans le destin de cette entreprise, sa corruption 
et son effondrement, la perte de ses trésors spirituels. 
Cependant, cette perspective doit rester présente 
à notre esprit, au moins comme une éventualité. 
Ce motif tragique, la tragédie 
de la transmission d'un destin
ne doit jamais être absent lorsque nous 
essayons de créer un mythe.



Il y a des œuvres qui sont des jungles, d'autres qui sont des zoos, ou encore des parcs à la française ou des jardins de curé. Quelle catégorie, pour Zootopia? Méfions-nous des évidences.

Aux nombreuses attractions qu'offre, à ceux qui le rêvent,
ce rêve agité qu'est le Rêve Américain
s'est ajoutée récemment cette variante du Palais des Miroirs (également connu, dans quelques luna-parks, sous le nom de Palais des Illusions): la vision, située dans un futur proche, d'une société "color-blind". Une société dans laquelle, non seulement on aurait cessé de classer par réflexe ses concitoyens selon la nuance de leur épiderme, mais on prêterait moins d'attention à ce détail qu'à la marque de leur smartphone (il y a des limites à la suspension d'incrédulité: on aurait, je le crains, beaucoup de mal à convaincre nos contemporains  de la possibilité d'une société dans laquelle le choix d'un smartphone ne serait pas un marqueur social. Chassez l'esprit de discrimination par la porte, il revient par la fenêtre).


Zootopia nous emmène dans une utopie qui ressemble fortement au pays de rêveurs mentionné plus haut (c'est une utopie pleine de gratte-ciels). Peaux, poils et carapaces s'y parent de toutes les couleurs du spectre, mais on ne se permet pas d'en déduire quoi que ce soit sur le caractère de leurs porteurs (il y a des ours blancs et des moutons blancs, et, la nuit, les éléphants ne sont pas moins gris que les souris): ce n'est donc pas, dans ce pays-ci, la couleur (au sens littéral) qui compte* : la difficulté initiale que les Pères Fondateurs de Zootopia ont dû surmonter, c'est que certains des pèlerins multicolores qui l'ont construite étaient des prédateurs qui considéraient d'autres pèlerins tout aussi multicolores comme leurs proies.
L'idéal vers lequel tend la société zootopique n'est donc pas la "color-blindness" mais la, euh… blindness, ça veut dire cécité… la "cécité à la position dans la chaîne alimentaire", c'est un peu long, mais je ne sais pas faire plus court. La difficulté à le nommer, cet idéal, rend manifeste son rattachement  à la tradition anglo-saxonne du nonsense, non? Pour trouver un meilleur mot, il faudrait faire appel à un spécialiste de la chose, par exemple Humpty-Dumpty (je l'ai appelé, mais je n'ai eu que sa boite vocale: il était en conférence). À première vue, une telle société ne peut trouver naturellement sa place que dans les contrées brillamment colorées de la nursery-rhyme et de la whimsy (depuis longtemps annexées par le royaume enchanté de Disney Productions: ça tombe bien, c'est un film Disney).
Pour le vérifier, voyons si, en re-transposant  la situation décrite dans Zootopia dans le monde dominé par les humains, on obtient quelque chose d'absurde: ça donnerait: une société dans laquelle tout le monde aurait renoncé à se demander s'il est désirable que l'homme soit exploité par l'homme, ou s'il vaudrait mieux que ce soit le contraire...
Euh... j'ai dit une bêtise (ça m'arrive): 
en fait, on n'a pas tellement besoin de transposer.
Il nous suffit de jeter un coup d'œil autour de nous 
pour y voir des homo sapiens qui souhaiteraient construire 
exactement cette utopie-là.

Zootopia,  sous l'apparence d'une silly symphony hypertrophiée, serait donc une allégorie transparente? réductrice? naïve?
Transparente: oui.
Réductrice: pas tant que ça, car le scénario fait bon usage de la complexité de la nature: il y a de très gros herbivores au caractère pas commode, et les carnassiers les plus petits ne sont pas les moins teigneux: voyez les musaraignes.
Et naïve...
... posons une question naïve, pour voir: mais qu'est-ce qu'ils mangent, tous ces animaux dont les habitudes alimentaires ataviques sont si contrastées?

La réponse est dans le film, et elle n'est pas naïve:
ils mangent de la junk food.

Hmmmmmm... pas comme dans Soleil Vert, quand même? Non? Sûrement pas? ça passerait encore pour des carnivores, mais des herbivores, disons au hasard des ovins et des bovins qu'on nourrirait de sous-produits de carcasses d'animaux réduits en farine, ça ne pourrait exister nulle part, même au royaume des fables, ce serait encore plus absurde que des renards en chemise hawaïenne ou des dromadaires en jogging?
Oh.
Flûte, j'ai encore dit une bêtise 
(qu'est-ce que j'ai en ce moment?):
en fait, nous n'avons même pas besoin de nous forcer 
pour avaler cette énormité, 
nous sommes déjà en train de la digérer.

Ici, Joyce Carol Oates a envie de s'inviter dans le débat: dans la postface, intitulée "Réflexions sur le grotesque", de ce recueil de nouvelles dont nous parlions justement il y a quelques semaines, elle insinue: "la place de l'humanité dans la chaîne alimentaire… serait-ce là la connaissance innommable, le tabou ultime, qui donne naissance à l'art du grotesque?… ou à toute forme d'art, de culture, de civilisation?"

... Supposons que nous sommes des gnous ou des oryctéropes, et remplaçons "la place de l'humanité dans la chaîne" par "la place dans la chaîne de notre voisin de palier qui laisse des poils partout", et nous réalisons que la question soulevée par Oates vaut pour les zootopiens comme pour les humains.
Dès qu'on se demande "que mangent-ils, les zootopiens? d'où viennent les additifs dans leurs ice-creams, dans leurs pâtisseries, dans les délicieux entremets qu'on sert dans les mariages de musaraignes?" on s'aperçoit que la question que la scène d'ouverture du film (le spectacle de fin d'année de l'école primaire de Bunnyburrow) a évacuée d'une façon badine n'a jamais cessé de se poser.
Et on saisit mieux que la position la plus ambiguë, dans cette fameuse chaîne alimentaire, ce n'est pas celle des lions (qui sont prêts à beaucoup de concessions pour qu'on ne les dérange pas dans leur occupation la plus importante: la sieste), ni celle des lapins (qui ont tendance à préférer, à tout bouleversement social, la préservation même inconfortable du statu quo), c'est celle des moutons et des cochons.
Je n’ai rien contre les moutons et les cochons, notez bien: j’ai pour voisins plusieurs familles de moutons et de cochons, et, je peux en témoigner, ce sont de très braves gens, le coeur sur la patte et tout; mais  écoutons-les parler, il ne faut pas les encourager beaucoup pour qu’ils se laissent aller à dire, par exemple,  c’est pas normal qu’on ait créé des emplois réservés aux, comment on dit déjà, aux mammifères dotés d’un métabolisme différent, même que dans le temps, on ne disait pas ça, mammifères au métabolisme différent, avant on employait un mot plus facile à retenir et qui disait bien ce qu’il voulait dire, mais maintenant soi-disant que c’est pas zoologiquement correct, c’est comme ces lapins qui vous regardent de travers si vous leur dites qu’ils sont mignons, on se demande où ça va s’arrêter, groïnk.
D'où vient cette insécurité qui transparaît si fréquemment dans leur discours? Être mouton ou cochon, en zootopie, ça correspondrait, chez les humains, à faire partie d'une classe moyenne qui ressent intimement la fragilité des douteux privilèges à elle concédés par la méga-faune.
Et, songez-y: ce qui, dans une telle société, permet à des musaraignes de devenir big boss, c'est leur habitude de - leur aptitude à - manger sans discrimination tout ce qui n'aura pas eu la possibilité de les manger avant.
Ce sont les omnivores qui, à Zootopia, ont fixé les règles tant sociales qu'économiques: le choix qu'ont fait les Mister Big étant moins de les transgresser que de les appliquer sans prendre de gants. Peu importe qu'une musaraigne pèse moins d'un pour cent du poids du plus petit des ours; dès lors que la loi reconnaît à la musaraigne le droit de manger chaque jour trois fois son poids de protéines, la capacité de la musaraigne à amasser des victuailles fait suffisamment rêver les ours pour qu'ils la prennent pour role model et pour maître à penser: pour qu'ils adhèrent à un modèle économique qui donne la préséance à ceux qui ont vocation à accumuler de la richesse sur ceux qui ont vocation à en créer (le raccourci scénaristique qui nous fait passer des champs de carottes de Bunnyburrow à la barquette de plastique des carrots for one évoque ce modèle avec un réalisme réfrigérant saisissant).

Ouvrons une parenthèse:
saviez-vous que le talentueux Peter De Sève
a été un des principaux contributeurs
au character design de Zootopia?
Fin de la parenthèse.

En Zootopie, ce n'est pas le fait d'être doté de cornes, de ramures, de défenses, de canines, de carnassières qui assure l'intégration des mammifères dans la société: c'est leur capacité à adhérer à (et à tirer le meilleur parti de) ce système  de production globalisé dans lequel une protéine est une protéine, peu importe d'où elle vient.

On a beaucoup parlé d'économie ces derniers temps; il n'est pas inopportun qu'un dessin animé plein de mignonnes créatures aux grands yeux nous rappelle (à nous mammifères superlatifs, pardon supérieurs) que notre choix d'un système économique dépend de ce que nous sommes, au sens propre comme au sens figuré, disposés à avaler.

Il y a deux cents ans William Blake notait sévèrement: Même Loi pour le Lion et le Bœuf, c'est Oppression.
Je me demande si c'est la lecture de William Blake (si les Indiens lisent William Blake, pourquoi les buffles du Cap ne le liraient-ils pas?) qui a inspiré au capitaine Bogo la réflexion désabusée: Ce n'est pas vous qui avez cassé le monde, Hopps. Il a toujours été cassé
Je suis sûr d'avoir déjà entendu ce genre de maxime sortir du mufle d'officiers de police à l'oreille fendue, dans nombre de classiques (des cinéphiles plus méthodiques que moi trouveront sûrement une foule de références, pour l'instant il ne m'en vient qu'une ou deux, pas toutes neuves, à l'esprit): les "capitaine Bogo", ces officiers no-nonsense, bourrus, cachant un cœur énorme sous d'épaisses couches de lard et de cuir tanné, on les a déjà vu dans un tas de films et de feuilletons… n'est-ce pas, capitaine Dobey?

Et que dire des demi-sels qui vous jettent, d'une pichenette, leur cure-dent à la face, des seconds couteaux qui font le signe de croix avant d'aller réfrigérer, des gentilles fliquettes qui rosissent comme des éléphantes quand leur chef leur souhaite un bon anniversaire, et de l'appartement triste où l'on entend tout ce que beuglent les voisins... autant d'images familières qui nous arrachent un sourire de connivence...
Puis, au détour d'un couloir de commissariat, nous croisons un guépard**, un représentant de l'ordre… euh, non, de l'espèce la plus rapide (sur courte distance) de tous les mammifères terrestres… mais c'est un guépard obèse.
Un guépard obèse. Vous commencez à comprendre pourquoi, dans le titre de ce billet, j'ai appelé Zootopia "une tragédie"? J'aurais dû plutôt dire un mythe tragique, imaginé par des gens qui ont médité l'avertissement d'Olaf Stapledon. Une utopie qui transforme les guépards en boules de suif est déjà bien lézardée***.

Le scénario fait passer ça en jouant sur le cliché immédiatement reconnaissable du flic accro aux donuts (qui doit être présent, la tradition l'exige - à moins que ce ne soit inscrit dans une convention syndicale? - dans tous les polars américains). Encore un! Zootopia, c'est vrai, fait un usage abondant - surabondant même, aux yeux de certains critiques - de clichés empruntés aux crime movies, aux noir, aux police procedurals, à l'urban fiction...
Mais justement, cette accumulation de clichés n'a pas qu'une vocation comique.

Ses ressorts comiques, Zootopia va les chercher  très loin des inoffensives petites blagues anthropomorphiques qui parsemaient les précédents films Disney, et beaucoup plus près des cruautés balzaciennes de la comédie animale de Grandville. Dans les "classiques" de Disney, l'attribution occasionnelle à des animaux d'un comportement caricaturalement humain sonnait toujours un peu faux: le vieux Saint-Hubert, dans Les 101 Dalmatiens, qui parlait comme un général en retraite, pour ne rien dire du colonel Hathi dans le Livre de la Jungle (version  1966), étaient en décalage avec les autres personnages. Ces grossières tentatives de satire alourdissaient des films qui devaient l'essentiel de leur charme à la légèreté de leurs protagonistes. Aucune rupture de ton de ce genre dans Zootopia, pas davantage de faux raccord entre le monde merveilleux où les lapins peuvent entrer à l'académie de police et le nôtre: des dromadaires qui font du jogging... nous en croisons tous les jours, n'est-ce pas?

Même l'échange, dans l'avant-dernière séquence, entre Judy et son partenaire,  la fameuse réplique  digne d'une comédie de Lubitsch ou de Wilder ("Do I know that? Yes. Yes I do"), remplit une fonction bien précise (en plus de celle de faire fondre le cœur de tout spectateur normalement constitué comme fond un Jumbo Pop sur un toit brûlant): celle de nous confirmer (en tirant définitivement un trait sur l'impossibilité, jusque-là supposée, d'une romance entre nos deux peluches favorites) que les personnages de Zootopia sont bien, en réalité, des humains. Des humains avec de grandes oreilles, mais des humains quand même****.






Oui, décidément, j'aimerais bien lire un essai de Joyce Carol Oates sur Zootopia. Respectueusement, je lui proposerais pour épigraphe une citation de son cher Edgar Poe:
... Une tragédie qui s'appelle L'Homme
Et dont le héros est le Ver conquérant.


Il y a des œuvres qui sont des jungles, d'autres qui sont des zoos, ou encore des parcs à la française ou des jardins de curé. Pour moi, Zootopia, c'est… au moins jusqu'à un certain point, le parc mémorial de Ground Zero. Un mémorial, un mémento du prix payé pour ce que nous appelons la civilisation*****.





Dans une scène de Zootopia coupée au montage (mais visible sur youtube), on entend le grand-papa Hopps s'exclamer "Foxes are red because the Devil made them!". Mais bon, c'est un lapin.

** Si, si, regardez-le bien, regardez ses taches: ce n'est pas un léopard, c'est bien un guépard.

*** Cette locution imagée ne doit en aucune façon être interprétée comme impliquant un appel à la ségrégation ou à la discrimination envers les lézards.

**** Il ne reste plus, à nos détectives au poil soyeux, qu'une vérité choquante à révéler à leurs concitoyens:  Carrots for one are people!

***** Puisque depuis un certain temps déjà vous tolérez sans protester que je déballe ici mes récits de rêves, je peux bien vous en raconter un tout récent: j'ai rêvé l'autre nuit que je lisais les news sur allo ciné ou un autre site web de ce genre-là, et j'apprenais qu'une suite de Zootopia est prévue. Même que (spoiler) dans une des intrigues secondaires, nos mammifères préférés enquêteront sur un mystère dans lequel Gazelle sera impliquée: vous n'avez donc pas fini de l'entendre, il faudra vous faire une raison.
A moins bien sûr que ce rêve n'ait eu aucun caractère prémonitoire.
Et vous savez quoi? Sur le caractère prémonitoire (ou non) des rêves, je ferai comme Confucius: je me garderai bien d'émettre une opinion.


Illustrations © Disney, Amblinn, Peter de Sève et The New Yorker. 

vendredi 5 mai 2017

Une brève citation pour un long week-end


La sensation misérable qui précède le vomissement est toujours plus désagréable que le vomissement lui-même. 



vendredi 20 janvier 2017

Bonnes résolutions pour 2017



En 2017, boire du bouillon de légumes 
au moins 5 fois par jour.


Oui, parfaitement, le café ça compte pour du bouillon de légumes.
C'est DIESELSWEETIES qui le dit, et DIESELSWEETIES ne raconte pas n'importe quoi.


Quoi, les grains de café, d'après vous, lecteurs francophones, ça s'appelle des fruits, pas des légumes? Bon, je ne vais pas chipoter, du bouillon de fruits alors. L'important c'est que ça permet de respecter le principe: fruits OU légumes cinq fois par jour.

DIESELSWEETIES, un webcomic de Richard Stevens III 

samedi 17 décembre 2016

L'ingrédient secret de la recette secrète de sandwich de Richard Brautigan



Après le divorce de mes parents, lui et moi nous nous rendions parfois à la librairie City Light pour récolter auprès de Shig Murao les minuscules recettes de ses ventes. Puis nous remontions Columbus Avenue pour aller acheter des sandwichs à l'épicerie Molinari de North Beach. 
Après quoi nous aimions nous arrêter dans le parc de Washington Square. 
Il y avait là une petite aire de jeux. 
Très jeune, j'ai appris 
à associer la poésie à la nourriture.

Ianthe Brautigan, Introduction à 
traduit par Thierry Beauchamp, 
Frédéric Lasaygue et Nicolas Richard,