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samedi 22 mars 2025

Retour des marguerites

 C'est le printemps!
Ou, comme disent joliment les Chats, les fleurs sont de retour.
Vous le saviez?
Bon, je ne vous apprends rien alors.
Désolé, je cherche partout de bonnes nouvelles à vous annoncer et en ce moment elles sont un peu perdues parmi la foule des mauvaises.
J'en ai trouvé une pas forcément mauvaise, peut-être même bonne, il faudra voir: le roman de Boulgakov, Le Maître et Marguerite, a été adapté à l'écran; pour quel(s) écran(s)? Il n'est pas encore distribué chez nous, et avec les adaptations de livres réputés inadaptables, on ne sait jamais à quoi s'attendre, on a parfois de bonnes surprises. Par exemple, il y a quelques années, la BBC avait adapté les Carnets d'un jeune médecin, aussi de Boulgakov, en une série télé pas mauvaise du tout, et le réalisateur de ce nouveau film, Michael Lockshin, semble s'être donné du mal; voilà ce qu'il en dit:

 S'il n'y avait pas eu la guerre, je pense que j'aurais eu l'occasion de sortir le film dans mon montage. Il aurait été légèrement plus long - peut-être 12 ou 15 minutes. Bien que j'aie réussi à empêcher qu'on fasse certaines coupes, les producteurs ont insisté pour que le film dure deux heures et trente minutes. Ils avaient ce chiffre en tête. [...] Nous avons probablement obtenu 90 à 95 % du film que nous souhaitions. Mais je reconnais qu'avec ces 5 à 10 % restant, le film aurait pu être meilleur. C'est un miracle que le film soit sorti. Et le deuxième miracle est que les éléments politiques n'ont pas été coupés, la clef du drame du personnage principal a été préservée. 

Alors, attendons-nous à l'inattendu (ça commence à devenir une habitude).

mercredi 13 décembre 2023

Combat de titans

Boulet mène une lutte de tous les instants contre son cerveau, qui, au grand dam de l'illustre auteur de BD, aimerait bien faire tout ce qui lui passe par la tête sans demander l'avis de son propriétaire. 

Qui va l'emporter? Les deux camps sont d'une force presque égale. Découvrez la chronique de ce combat de titans, dans Rogatons (tomes 1 et 2).


Édité par Exemplaire, une maison d'édition alternative qui laisse les auteur(ice)s  faire tout ce qui leur passe par la tête, sauf qu'en contrepartie ils doivent faire eux-même leur pub (avec, à l'occasion, un petit coup de pouce de leurs copains). 


jeudi 9 novembre 2023

Il y aura un brin d’herbe

 Le monde est notre désir.
 Le monde est notre vouloir.
 Il n’y a rien à dire du monde — sauf qu’il nous ressemble trait pour trait. 
 

Si nous le trouvons médiocre — c’est que nous sommes médiocres. 
 

Si nous le trouvons vain — c’est que nous sommes vains. 
 

Si nous le trouvons affreux — c’est que nous sommes affreux.

Si nous le trouvons dur — c’est que nous sommes durs.  
 

Si nous le trouvons morne — c’est que nous sommes mornes.
 

Si nous le trouvons petit — c’est que nous sommes petits. 
 

Si nous le trouvons écœurant — c’est que nous sommes écœurants. 

 Si nous le trouvons hostile — c’est que nous sommes hostiles.

Il ne changera que quand nous changerons.

Il est nous et indéfiniment il nous ressemblera. 

 Pour l’instant c’est un monde de terre sèche.
 Il y aura un brin d’herbe quand vous serez devenus brin d’herbe. 


  Ou alors laissez tout crever. 
 Les démoniaques des pouvoirs ont ce qu’il faut dans l’arsenal pour une gigantesque épouvante. 
 Une gigantesque Mort.  

Louis Calaferte : L’Homme vivant
Gallimard (collection L'Arpenteur), 1994
ISBN 2070740021
EAN13 / ISBN  9782070740024

vendredi 1 juillet 2022

Par égard pour les survivants, les noms ont été changés

Hum. Je n'étais pas trop d'humeur à bloguer en Juin, peut-être l'avez-vous remarqué? La réalité se met à ressembler un peu trop à la fiction, à mon goût. Surtout à la fiction dystopique qu'en général j'aime bien (c'est trop marrant, les dystopies: imaginer que la Terre devient inhabitable, que les océans sont remplacés par des déserts, les déserts par des océans; que les humains s'aperçoivent enfin que des extra-terrestres vivent parmi eux incognito depuis des siècles; que les plantes vertes intelligentes s'allient aux robots pour prendre le contrôle des multinationales; que les guerres du futur, on les finira au lance-pierres... les possibilités sont sans limites!).

Au printemps d'il y a cinq ans, j'avais déjà eu cette impression; mais alors, c'était seulement l'attitude des électeurs dans les Grandes Démocraties, leur apparente addiction aux choix absurdes,  qui m'avait suggéré que nous dérivions peu à peu dans l'univers de Fargo - le film des frères Coen, mais surtout la série télé, cette série à propos de laquelle Pierre Sérisier écrivait il y a quelques années (ça m'avait frappé à l'époque, alors je l'avais cité) :

Comme dans le film des frères Coen, Noah Hawley joue sur l’absurdité des situations. Les bourdes commises sont tellement énormes, le manque de jugeote est tellement dévastateur qu’on ne parvient pas à croire que cela puisse relever de la réalité. Tout le sel de la série tient au décalage entre ce qui est envisageable par le spectateur et ce qui se produit. Il y a un jeu constant impliquant le spectateur qui se dit: 

"non, ce n’est pas possible, 

ils ne vont pas faire ça"

Et, si. 

C’est exactement ce qu’ils font.

Ce qui a changé, c'est qu'à présent c'est toute la planète qui se met à faire les choix les plus contre-productifs. Les informations que nos recevons d'ici et de là ont l'air  d'être sorties de la tête des scriptwriters de la bande à Noah Hawley... enfin presque, pas tout à fait, car ces derniers sont plus professionnels que les membres de la Confrérie des Scénaristes de la Réalité (je n'ai pas de preuve formelle que cette confrérie existe*, mais il est raisonnable de le supposer, non?): dans Fargo, on n'introduirait pas dans une intrigue des détails comme: un gouvernement rendant solennellement à une famille endeuillée un cercueil contenant une unique dent en or, faute d'avoir pu retrouver aucun autre morceau du disparu; un ministre qui, pour justifier la politique de son gouvernement, décrit minutieusement des événements survenus dans un univers parallèle; ou encore des "passeurs" de clandestins qui masquent l'odeur d'une cargaison de cadavres en décomposition en l'aspergeant de sauce barbecue...  dans un feuilleton ça ne passerait pas, même si on ajoutait la mention liminaire "inspiré d'une histoire vraie": il y a des limites à la suspension d'incrédulité.

Ceci dit, il faudra bien un de ces jours que je vous parle de Fargo et de tout l'univers fictionnel que le film a inspiré, ça c'est un sujet approprié pour un billet de blog.


* Je n'ai pas non plus de preuve formelle que cette hypothétique confrérie s'inspire de Fargo pour ses scénarios, mais il y a tout de même des indices troublants: fin mars, la NASA a "révélé" de nouveaux témoignages de pilotes déclarant avoir vu des OVNIs; et sans perdre de temps, le directeur de ROSCOSMOS a renchéri: oui, oui, des pilotes russes aussi en ont vu, il ne faudrait pas croire que les pilotes russes sont plus bigleux que les américains!


samedi 18 septembre 2021

On ressent tous la même chose

 Vous savez, ce n'est pas parce que L'École des Loisirs n'a plus rien publié depuis longtemps sur les enquêtes de Bobby Potemkine qu'on peut en conclure que Bobby Potemkine a disparu. Quand on enquête, surtout sur des affaires bizarres, il ne faut pas se hâter de sauter aux conclusions. Bobby Potemkine vous le dirait s'il était là. Bon, d'accord, il n'est pas là: ça ne veut pas dire qu'il n'est nulle part. L'hypothèse que j'étudie actuellement (quand on enquête sur des affaires bizarres, il vaut mieux passer du temps sur des hypothèses que sur des conclusions) c'est que Bobby Potemkine doit être ailleurs, peut-être en train, une fois de plus, de se faire des amis bizarres (quand on enquête sur des affaires bizarres, ce sont des choses qui arrivent).

Ne t'inquiète pas, Numéro Huit, a dit Mimi Yourakane en me tendant une tasse de thé. Les odeurs ont leur importance, mais on n'est pas dans une histoire d'odeurs, pour l'instant. Je sais ce qui te met en souci. Des souvenirs bizarres, des trous de mémoire, des gens qui s'en vont pour toujours, l'ambiance qui change. On est tous touchés de la même manière. On ressent tous la même chose.
- Et ça vient de quoi? ai-je demandé.
- À mon avis, c'est parce que notre monde est en train de disparaître.
- Il va être rayé de la carte?
- Oui et non. Le Fouillis va s'étendre partout et le remplacer. Bientôt, on habitera tous soit dans le Fouillis, soit sur la Lune.
Je ne savais pas comment réagir à ce qu'elle me disait, alors j'ai fait un sourire un peu triste.
- Bientôt, on sera ailleurs, a poursuivi Mimi Yourakane.
- Et vous le regretterez?
- Non, a dit Mimi Yourakane. Il ne faut jamais regretter d'être ailleurs.

Manuela Draeger, La course au kwak,
2004, L'École des loisirs,

ISBN 978-2-211-09437-5


Au fait, vous avez vu qu'Antoine Volodine vient de publier un nouveau livre qui s'appelle Les filles de Monroe?  Et que Frères sorcières est sorti en poche?     C'est bon à savoir, non?

 

samedi 7 août 2021

Une fameuse révolution, parmi d'autres aussi fameuses

 

Océanique est composé de nouvelles écrites entre 1989 et 2008. Yeyuka* a été écrite en 2004. La science-fiction, c'est ce qui se démode; est-il nécessaire d'énumérer toutes les anticipations que quelques années ont suffi à démoder? Les fictions de Greg Egan résistent mieux au temps, parce que, même si, dans des futurs proches ou lointains, nous ne colonisons jamais d'astéroïdes, même si nous n'avons jamais à déclarer à l'état-civil la naissance d'enfants artificiels, même si nous n'avons jamais à gérer d'épidémie comparable à celle de yeyuka*, la façon dont Egan a imaginé les réactions des humains à ces situations continuera à nous apprendre quelque chose.
Prendre en compte le facteur humain, c'est ce que Greg Egan réussit le mieux.

- Qu'est-ce qui t'a amené à la médecine? demandai-je à Iganga.
- Les attentes familiales. C'était ça ou le droit. La médecine m'a semblé moins arbitraire: rien dans le fonctionnement du corps ne peut être invalidé par un jugement en appel. Et toi?
- Je voulais participer à la révolution. Celle qui devait en finir avec toutes les maladies.
- Ah, cette fameuse révolution.
- Je me suis trompé de boulot, bien sûr. J'aurais dû faire de la biologie moléculaire.

Greg Egan, Yeyuka, dans Océanique

*Le yeyuka (ou faut-il dire la yeyuka?) qui donne son nom à une des nouvelles, c'est, vous l'avez deviné, une maladie toute neuve, pas encore inventée à l'heure où je vous parle: une maladie de science-fiction.


Greg Egan: Océanique (Oceanic, Orion/Gollancz, 2009),
traduit par Sylvie Denis, Francis Lustmann,
Quarante-Deux, Pierre K. Rey, Francis Valéry
2019 Le Bélial et Quarante-Deux
ISBN 9782 25315988 9

 

vendredi 14 mai 2021

À quoi ressemble une foule sans masques?

 

Se peut-il que nous l'ayons oublié? Nous allons bientôt pouvoir confronter nos souvenirs avec la réalité.

Si vous avez vraiment envie de les voir de plus près, cliquez!


 


Louis-Léopold Boilly   (1761-1845)

"Réunion de trente-cinq têtes d 'expression"

jeudi 1 avril 2021

Florilegium scientificum

 

Il me semble qu'autrefois il y avait une sorte de coutume attachée au premier avril: on faisait des crêpes, ou quelque chose comme ça……
Ah non, ça me revient: on soumettait les nouvelles du jour à un fact-checking (on n'employait pas encore ce mot) particulièrement poussé. Pourquoi ce jour-là et pas un autre, me direz-vous?
Ma foi, sans doute que, comme pour les crêpes ou les galettes, ça n'aurait pas le même goût si on en faisait tous les jours… 


Alors, après les florilèges du capitaine Kidd, un autre florilège composé, il y a quelque temps, celui-ci, par Kwarkito (merci Kwarkito!):
«Mais revenons à ce qui se disait il y a à peine trois semaines : "Un jour, il pourra briguer l’agrégation d’immunologie", s’émerveillait le président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand. Deux semaines après un article très commenté de France-Inter, c’est le Parisien  qui, en amont du conseil de défense sanitaire de ce mercredi 24 février, relaie les louanges de la macronie sur l’étonnante expertise scientifique accumulée par le chef de l’Etat ces derniers mois. "Il va finir épidémiologiste", commentait déjà un ministre auprès de France-Inter début février, vantant sa décision de ne pas reconfiner le pays malgré la pression des experts sanitaires, et bien sûr sans consulter les institutions républicaines de la représentation citoyenne (Assemblée nationale, Sénat...). "Macron s’est tellement intéressé au Covid qu’il peut challenger les scientifiques", renchérissait un conseiller élyséen auprès de la radio publique.»
 

Un autre souvenir me revient: il y a quelques années de ça, il était possible de deviner, rien qu'en le lisant et sans regarder l'URL, si un titre d'article provenait du Gorafi ou d'un de ces journaux qu'on dit "sérieux".
Mais ça devient de plus en plus difficile.
Reconfinement – Le gouvernement se donne encore 8 jours pour savoir s’il aurait fallu faire quelque chose il y a 3 semaines
Honnêtement, cet article semble nettement moins farfelu que ceux mentionnés par Kwarkito, non?

 

Note ajoutée le 10/04: Vous allez bien rire: Frédéric Lordon, partant de la même constatation désabusée, la développe plus longuement et plus savamment (en appelant en renfort Gramsci et Kant, et en l'illustrant de maint exemple édifiant) dans un billet (07/03/21) du Monde Diplo.

mercredi 3 mars 2021

Zéro, trois, zéro, trois, deux, zéro, deux, un.

 

Mars marche donc sur les traces de février, en commençant de façon bien ordonnée par un lundi… il devrait comme son aîné bien remplir les cases des quatre semaines prochaines, mais parviendra-t-il jusqu'au bout à colorier sans déborder?
Sans préjuger du résultat, notons qu'en ce zéro, trois, zéro, trois Boulet nous offre une mini-histoire qui m'a bien fait rire, un peu jaune mais rire quand même: en effet, il se trouve que moi aussi j'ai testé le jeu au titre alléchant ("Merci pour Votre Commande") auquel a joué Boulet… et après plusieurs tests, c'est un jeu qu'en conscience, je ne peux vous recommander. Verdict définitif: bien que la durée de vie du jeu semble considérable ("des heures et des heures de suspense et de frissons! ": promesse tenue) l'interactivité, en revanche, est à revoir de fond en comble! 


jeudi 29 octobre 2020

Enrichissons notre vocabulaire

 

Hier soir, ayant à cuisiner des lentilles, j'ai par habitude tourné le bouton de la radio (on cuisine mieux avec un fond sonore) et, sans l'avoir vraiment cherché, j'ai capté l'essentiel de l'Adresse au Peuple délivrée par le Compétent Suprême. 

J'ai eu la surprise de constater qu'il venait d'apprendre un nouveau mot: le mot "nous", qu'avec un enthousiasme de néophyte il a employé comme sujet de presque chaque phrase - ce qui a fait, au total, beaucoup de "nous", dont chacun suggérait, par association, que l'ensemble de la population assumait, unanime, la responsabilité de l'ensemble des décisions passées - et il n'est revenu à la première personne du singulier qu'à deux ou trois reprises, lorsqu'il était forcé d'admettre que pour certaines tâches de première importance (comme faire connaître les décisions futures dont l'ensemble de la population serait, le moment venu, invité à, unanimement, assumer la responsabilité) il ne pouvait décidément compter que sur lui-même. 

 

mercredi 5 août 2020

Gilbert Lascault, toujours vert


Vous n'êtes pas encore rassasiés d'exotisme, et les empires lointains vous fascinent toujours?
Gilbert Lascault, vous vous en souvenez, avant de nous emmener compter les minutes dans la Cité des Ombres, nous avait offert une collection de plaisants souvenirs d'enfance (apocryphes), de saisissantes vignettes (apocryphes) d'un îlot tempéré, une hardie tentative de cartographie (apocryphe) des galeries d'un monde miné… il a également décrit pour notre bénéfice, rangées alphabétiquement, les merveilles d'un Empire: l'Empire Vert!
Feuilletons ensemble, au hasard, cette Encyclopédie abrégée:

Décadence
Depuis quatre mille ans (murmure à son adjoint le troisième historiographe de l'Empereur, l'homme à la mémoire circulaire, celui qui possède quatre-vingt-trois stylographes en jadéite), oui, depuis quatre mille ans, l'Empire Vert ne cesse pas d'être en décadence. Depuis quatre mille ans il se désagrège comme la toile pourrie d'une tarentule. Dès qu'il est apparu, les politiciens et les historiographes ont remarqué que les haines entre les provinces, l'ambition des généraux et des maréchaux, l'étendue du territoire, la diversité des climats, la lourdeur de la bureaucratie, l'injustice des promotions et la misère des peuples rendaient difficile la survie de l'Empire. Elle n'a jamais cessé d'être difficile, mais elle ne l'est aujourd'hui ni plus ni moins que la nuit sanglante où le Premier Empereur, le prince albinos au regard torve, est monté sur le trône, après avoir égorgé lui-même ses sept sœurs, et ses neuf oncles.
Il y a quatre mille ans, déjà.

Convives
Après l'assassinat du Ministre des Cultes et Sortilèges, les policiers croient découvrir de nombreux complices des assassins à la Cour et parmi les hauts fonctionnaires. Ils considèrent également comme complices tous ceux qui, au cours des années précédentes, ont tenté de limiter les pouvoirs de la police ou de diminuer la part du budget qui lui est attribuée. Ils multiplient interrogatoires, arrestations, exécutions sommaires.

Deuil
D'un ministre, nul ne dit jamais qu'il est mort. On préfère affirmer qu'il a remis son âme au vent, ou aussi que sa voix a rejoint celle du tonnerre, ou encore qu'il est allé rependre ses pendus ou écorcher une deuxième fois ceux qu'il avait déjà condamnés… Chacun, à l'intérieur du ministère, s'efforce de n'avoir l'air ni de se réjouir de sa mort, ni de déplorer l'heureuse venue de son successeur. Certains feignent d'être malades pour éviter ces problèmes, mais ils apparaissent alors comme trop habiles et s'attirent la méfiance de leurs supérieurs hiérarchiques.

Écrivains
Dans la plupart des maisons d'édition de l'Empire Vert tout manuscrit reçu est d'abord envoyé à un hôpital pour être désinfecté. Il est ensuite porté à un exorciste, Prêtre des Éclairs Sanglants, qui doit éliminer les maléfices qui ont pu être introduits dans le papier. L'exorciste est particulièrement vigilant quand la manuscrit traite de questions sociologiques… Toutes ces précautions étant prises, l'ouvrage est confié aux lecteurs de la maison qui récitent sept prières avant de donner à  l'éditeur leur avis sur le texte.

Empoisonneurs
Dans les débits de boisson de l'Empire, les clients boivent des alcools purs et se racontent sans lassitude des histoires d'empoisonneurs de puits. Chaque année les journaux de la Capitale et des provinces lancent de grandes campagnes contre ceux qui jettent de l'arsenic dans les puits.  Des manifestations ont lieu devant les palais des Gouverneurs, exigeant le châtiment des coupables. Plus de cent personnes, dont une dizaine d'enfants, sont chaque année lynchées parce qu'on les soupçonne de ce crime. Pourtant un rapport du cinquième Juge de la Cour, chargé des chenils, des jardins et des fauveries, indique que ce délit a beaucoup diminué. Il y a cent cinquante ans, plus de mille puits étaient chaque année empoisonnés dans l'Empire Vert. Actuellement, il y en a environ deux douzaines par an. Mais, comme l'écrit le  cinquième Juge: "Plus un phénomène désagréable devient rare, plus ce qu'il en reste est perçu comme insupportable".

Miroirs
Dans les villes, la plupart des femmes portent dans une poche un miroir brisé. Elles s'y regardent parfois. Elles peuvent aussi l'utiliser pour défigurer celui ou celle dont l'œil, la bouche ou la façon de marcher leur déplaît.


Tanflûte. Je vous présente mes excuses. Je croyais, en vous offrant ces quelques morceaux choisis de l'Encyclopédie abrégée de l'Empire Vert, vous emmener dans un nouveau grand voyage, fertile en surprises et en émerveillements, et, déception! Il ne se passe rien dans l'Empire Vert dont nous ne pourrions prendre connaissance chez nous en tournant le bouton étiqueté "nouvelles locales" sur une petite boîte d'ébonite. L'Empire Vert, c'est au bout de la rue en tournant le coin.


Gilbert Lascault, Encyclopédie abrégée de l'Empire Vert
Collection "Papyrus", 
Les Lettres Nouvelles / Maurice Nadeau, 1983
ISBN: 2-86231-048-4

dimanche 2 août 2020

Interlude


Livre refermé, page marquée, 
vous vous décidez à sortir pour effectuer 
des démarches de première nécessité.
Soyez prévoyants, 
suivez l'exemple de
ces jeunes gens dévoués 
à l'intérêt général:


sortez masqués!


dimanche 12 juillet 2020

Deep, dark: service public 2 (ou 1bis?)


Vous vous souvenez 
(bravo, estimés lecteurs, 
vous avez décidément une mémoire d'éléphant!
qu'il y a de cela quelques années je m'étais demandé, à propos de Fran Krause, s'il fallait en parler comme d'un auteur de webcomics ou comme d'un prestataire de services publics? 
Le doute n'est plus permis, c'est bien à la seconde catégorie qu'il appartient: ici, il conjure une inquiétude non pas individuelle, mais collective.




Cet épisode de deep dark fears va nous permettre de tester la théorie selon laquelle, lorsque le pire se produit, c’est toujours une sorte de pire à laquelle on ne s’attendait pas: aussi, mettre des mots, ou des images, sur nos pires craintes, c’est s’assurer qu’elles ne deviendront pas la réalité: à présent que nous avons conjuré cette horreur en l'imaginant, elle ne se produira pas.
Attendons, avec confiance.
Et puis de toute façon, ce genre de choses ne pourrait pas se produire dans notre pays, n'est-ce pas? Ça ne pouvait arriver qu'aux États-Unis. 


 les "deep dark fears" de Fran Krause

lundi 27 avril 2020

Raisons de rester optimiste



Une fenêtre pop-up apparaît par intermittences sur nos écrans quand nous visitons des blogs:
La lumière UV tue les virus
Protégez-vous - Détruisez les virus invisibles, rapidement et facilement
(mais attention, ça ne fonctionne que sur les virus invisibles)

Un mois sans fusillade à l'école aux Etats-Unis:
C'est un journaliste du Washington Post qui a fait le constat : il n'y a eu aucune fusillade dans un établissement scolaire américain au mois de mars, ce qui n'était pas arrivé depuis 2002.
Logique, la plupart des écoles sont fermées.
En revanche, fait remarquer Paris Match, les ventes d'armes à feu n'ont jamais été aussi élevées.
L'impact que la bonne santé du marché des armes aux États-Unis a eu dans différents secteurs de l'activité humaine a été  ressenti même de l'autre côté de la frontière canadienne.

Dans des messages radio-diffusés, le ministère de la Santé et Santé Publique France nous informent:
- Si vous avez de la toux et de la fièvre, vous êtes peut-être malade.
- Si vous n'avez ni toux ni fièvre, vous n'êtes peut-être pas malade.

James Bond : Mourir peut attendre sortira le 11 novembre en France:
Attendue en salles le 8 avril avant la crise du coronavirus, la 25e mission officielle de 007 envahira finalement les écrans français le jour anniversaire de l'Armistice de 1918.
L'incitation à procrastiner contenue dans le titre aurait été profitable aux conscrits de la classe 13 et des suivantes, si elle leur était parvenue en temps utile, mais c'est l'intention qui compte.

lundi 30 décembre 2019

Le drone qui plantait des arbres


Et maintenant, un conte d'hiver, pour finir, comme le veut la tradition, l'année au coin du feu.

L'Homme qui plantait des arbres est une nouvelle écrite en 1953 par Jean Giono pour « faire aimer à planter des arbres », selon ses termes. Dans ce court récit, le narrateur évoque l'histoire du berger Elzéard Bouffier, qui fait revivre sa région, en Haute Provence, entre 1913 et 1947, en y plantant des arbres.
À l'origine commande du magazine américain Reader's Digest, en février 1953, sur le thème « Le personnage le plus extraordinaire que j'ai rencontré » ("The Most Unforgettable Character I've Met"), le texte, soumis en anglais, fut, après quelques tergiversations, refusé par le magazine "en raison du doute sur l'existence du personnage d'Elzéard Bouffier" (scrupuleux, le magazine chargea des envoyés spéciaux d'enquêter sur place).
Si, comme le déclara plus tard l'écrivain, l'œuvre est pure fiction, pour donner un nom à son berger taciturne, Giono n'a pas eu à chercher bien loin: il n'aurait eu qu'à changer quelques lettres au nom de l'illustre Elzéard Rougier, le poète des santons (un nom connu de tous à Manosque, mais qui peut-être n'évoquait rien pour les responsables du Reader's Digest: au contraire de l'éditeur américain, le lecteur provençal se dit qu'en usant d'un artifice aussi visible pour son public habituel, Giono voulait dès le départ signaler la nature fictive de son personnage). Giono accueillit favorablement la proposition de l'édition américaine de Vogue de le publier  à titre gratuit, en laissant planer le doute sur le statut du texte; par la suite Giono déclara renoncer à tous droits d'auteur sur cette nouvelle, et en encouragea toutes les réimpressions (et il y en eut beaucoup: ce serait, estime-t-on, l'ouvrage de Giono le plus traduit dans le monde et le plus médiatisé).


En ce moment un groupe de passionnés canadiens cherche un financement participatif pour lever une escadre de drones éduqués à survoler les gastes landes et à les bombarder de semences d'arbres, prêtes à germer.

Qu'est-ce que je pense de ce projet? J'éprouve, à vrai dire, des sentiments un peu mêlés.
D'un côté, quitte à construire des drones, mieux vaut les employer à ça qu'à peigner les girafes.
D'un autre côté, les gens qui ont eu cette idée ont l'air bien sympathique (ils ont aussi l'air d'être tout acquis à des idées typiques de leur génération: je me demande ce que c'est que cette "secret sauce" dont ils parlent avec tant de gourmandise, et dans laquelle ils entendent tremper leurs graines); ils se donnent beaucoup de mal pour convaincre les donateurs que leur projet a été précédé de toutes sortes d'études préliminaires afin de lui assurer les meilleures chances de succès.
Mais cela voudrait-il dire que nous avons déjà renoncé à "faire aimer à planter des arbres" comme le rêvait Giono - je veux dire, planter avec les mains? Serait-il désormais plus réaliste de faire appel à des drones que d'essayer de recruter des volontaires pour aller enfoncer des glands et des faines  au flanc des collines? Un financement participatif pour offrir à ces volontaires des sandwichs, en compensation du temps qu'ils consacreraient à ce projet, serait-il voué à l'échec? jugé pas assez innovant?


Faites-vous vous-mêmes une opinion: je me contente de vous signaler l'existence de ce projet. Et non, je ne pense pas que ce soit une fiction déguisée "à la Giono".


 
Au moment d'entrer dans le tube qui me ramènera à mon conapt au 517e étage de la résidence Castleview-in-the-Sky, dans le dédale aérien qui domine Néo-Frisco, je me retourne vers la Nova Express Cruiser dont la luminescence s'atténue peu à peu tandis qu'elle refroidit lentement dans le garage. 
Un mouvement de tendresse irraisonnée me pousse à poser la main sur la carrosserie pailletée comme la gaine d'une des sirènes à mi-temps de Las Vegas. Elle est encore tiède comme le flanc d'un mustang, et mon geste sentimental se termine en caresse. 
Quand j'étais jeune, il y a un siècle déjà (comme le temps passe), les véhicules volants appartenaient à l'univers de la science-fiction: pour leur apparition dans notre vie quotidienne, on citait des dates prudemment situées dans un futur aléatoire: 1975! 1996! 2001! 2019!… Mais personne n'émettait de doute sérieux sur le fait que ce serait le moyen de transport idéal pour ramener les citoyens du futur de leur bureau à Vancouver à leur domicile en Californie, ou à leur résidence secondaire sous l'eau bleue du golfe du Mexique.

À nous qui, enfants, lisions avidement Amazing Stories, ça nous a semblé terriblement long de devoir attendre, pour piloter les voitures volantes promises, le début de cette époque fabuleuse: le vingt-et-unième siècle! Et puis, en cinquante ans, la magie s'est un peu dissipée, l'enchantement un peu terni, surtout pour les nouvelles générations. Je trouve que j'ai eu de la chance de vivre assez vieux (je devrais dire assez jeune, puisque mon assurance - je la paie assez cher pour ça! - me donne droit au traitement réjuvénateur standard tous les six mois) pour assister à tous ces changements et les apprécier pour ce qu'ils furent. 

Bientôt on installera partout des cabines de téléportation et les Buick Galaxyclash aux miroitantes calandres holographiques, on ne les conduira plus entre les flèches des buildings que lors des parades de Thanksgiving, puis un jour elles finiront dans des musées virtuels, fantômes désormais entièrement convertis en hologrammes.
 

Je me demande à quoi ressemblerait la planète si nous avions fait des choix différents. Il y a eu, je m'en souviens - c'était il y a longtemps - un projet pour faire reboiser par des robots les contreforts des Rocheuses, et aussi, je crois, les rives des Grands Lacs - et puis… on a préférer affecter les rangers mécanoïdes à d'autres tâches jugées plus urgentes. 
Qui sait? S'il y avait encore des arbres en Amérique du Nord, on ne serait pas obligé, si on veut voir un peu de verdure, de s'inscrire sur liste d'attente pour des vacances sur le plateau de Roraïma. Bien sûr, on a eu raison d'entourer ce qui reste de la forêt amazonienne d'un champ de force, pour tenir à l'écart les braconniers et les coupeurs de bois clandestins: même s'il n'y avait pas eu l'argument économique du pactole que représentent aujourd'hui les vacances vertes, on ne pouvait pas laisser ces gens faire n'importe quoi. Une bonne partie des habitants de la planète se comportent encore de façon irresponsable. Les drones sont mieux employés à signaler l'usage illégal du bois comme combustible domestique dans certaines régions arriérées. 
Pourtant… qu'est-ce que ça donnerait, si on replantait ici et là  quelques arbres? Le croiriez-vous, j'ai une amie (une "vieille" amie - elle a mon âge) qui cultive des tomates dans sa bulle au-dessus de West Chicago! Et ça pousse! Elle garde secrète la formule des nutriments qu'elle utilise, mais quand on y pense, ce ne doit pas être si compliqué que ça. J'essaierai bien, moi aussi, quand je prendrai ma retraite… mais ça, pour le moment, je n'y pense pas (qui y pense sérieusement, d'ailleurs, alors qu'on a encore Mars à terraformer? Rien que là, il y a du boulot pour tout le monde, pour un siècle ou même deux, en attendant qu'on s'attaque à la terraformation de Proxima Centauri IV et VII, les prochaines sur la liste).

Warning: fiction inside!

lundi 26 août 2019

Topor enfin entendu


Interrompons un instant ce programme de recommandations de livres dont l'action ne se passe pas trop loin du cercle polaire pour aborder un sujet plus en rapport avec cet été incendiaire.
L'autre jour, en bouquinant,  je suis tombé, sans l'avoir cherché, sur un texte de l'intemporel Roland Topor:

BRÛLONS LE NEW YORK TIMES!

C'est pour envoûter le gibier et garantir le succès de la chasse que les hommes préhistoriques dessinaient sur les parois de leur caverne… Tout le monde sait ça. Et personne ne met en doute l'efficacité du procédé. L'artiste est un magicien, c'est bien connu. Alors pourquoi le laisse-t-on libre, aujourd'hui, de s'exprimer impunément dans un journal tel que le New York Times? Certes, une page de journal est plus légère qu'un pan de roche, et la tribu est en plein essor démographique, mais cela change-t-il les données du problème? Je prétends que les dessinateurs actuels perpétuent les rites de leurs ancêtres. Je le prétends, et je le prouve. Savez-vous pourquoi le président Nixon a de si grandes oreilles? C'est à cause de Mel Furukawa et de ses graffiti stupides. Pourquoi la majorité silencieuse es-elle aussi répugnante dans ses ébats sexuels et gastronomiques? Parce que Tomi Ungerer a manqué de grâce en les dépeignant. Pourquoi la répression de la révolte d'Attica fut-elle si gratuitement sanglante? Parce qu'un monsieur nommé Brad Holland a cru bon d'en faire un dessin. Pourquoi le racisme continue-t-il de s'épanouir partout avec une telle santé? Ne cherchez pas. C'est à cause de Robert Blechman et d'Edward Gorey. Et c'est parce que Tim représente une explosion nucléaire que les poissons du Pacifique ont un drôle de goût. Et c'est grâce à Ralph Steadman que les marchands de canons font de si bonnes affaires. S'il y a tant de prisonniers dans les geôles grecques et chiliennes, il faut s'en prendre à Philippe Weisbecker: il aime trop dessiner des barreaux! Oh, les exemples ne manquent pas! C'est Folon qui fabrique des villes invivables, c'est Podwal qui exécute les athlètes israéliens de Munich, c'est Mihalesco qui enferme les intellectuels dans les cliniques psychiatriques ou dans les camps - selon l'humeur - en URSS, et je l'avoue à ma grande honte, c'est moi qui ai fait guillotiner Buffet, Bontemps, et quelques autres, dans notre beau pays de France.
La liste est trop longue pour être énumérée en entier.
J'espère vous avoir convaincu. Car il convient d'agir sans tarder pour mettre un terme au scandale: les artistes mettent le monde à feu et à sang, il faut que cela cesse. Le remède est simple. Il suffit de nettoyer les murs de la caverne, de proscrire les dessins dans les journaux. Pour un monde propre, pour un monde juste, pour un monde nouveau, je vous en conjure, rétablissons l'inquisition! Luttons contre la sorcellerie. Contre les pouvoirs occultes. Mort aux envoûteurs.
Et pour commencer, brûlons le New York Times!


C'était dans Topor, l'homme élégant (un hommage à Topor publié par Les Cahiers de l'Humoir): la date à laquelle Topor a écrit ça n'était pas précisée. Le livre a un côté un peu fourre-tout, et les citations de Topor ne sont pas systématiquement sourcées; ça ne l'empêche pas d'être intéressant.
Dommage que je n'aie pas ouvert ce livre au mois de juin, j'aurais pu faire un billet collé à l'actualité. 
En tout cas les têtes pensantes du New York Times (dès le mois de juin, donc) ont adopté le raisonnement de Topor  (peut-être même ont-elles médité, auparavant, ses Cent bonnes raisons pour se suicider tout de suite?), et elles ont pris les devants en craquant elles-même l'allumette.

dimanche 11 août 2019

Allons visiter le soir


Jean-Pierre Mocky a bien pu rater deux ou trois films, et alors? Quand on fait des films avec des bouts de ficelle ça arrive que la ficelle casse.
S'il y avait quelque chose que Mocky ne ratait jamais, c'était les occasions d'égrener des anecdotes sur sa carrière.

«Pendant la guerre j’étais dans ce qu’on appelait “la zone libre”, là où normalement il n’y avait pas d’Allemands. Marcel Carné s’y était réfugié avec Joseph Kosma, Prévert et toute la bande. Ils se sont retrouvés du côté de Saint-Jeannet et cherchaient des figurants pour Les Visiteurs du soir. J’ai donc commencé en jouant un petit page dans le film, j’apportais un cochon en carton à Jules Berry», racontait Jean-Pierre Mocky, sur le plateau de L’Invité de TV5 Monde en février.

Allez, viens, Jean-Pierre, Jules Berry attend que tu lui apportes un autre cochon en carton. Et tu sais ce que c'est, les cochons en carton, il ne faut pas les laisser refroidir.




 

dimanche 30 juin 2019

Une chose immonde et juteuse


"On y verra clair dans quinze ans".
C'est ce que m'a répondu Leo. Nous déjeunions, j'en étais à ma troisième exposition chez lui, Leo Castelli Gallery, New York, USA. L'un des plus grands marchands d'art du siècle. Il avait plus de quatre-vingts ans mais il s'incluait dans le "on". Il oubliait de vieillir.
[…]
Nous avions mis la table sous le catalpa, un arbre qui fournit de grandes feuilles et des fleurs en grappes, dont les odeurs sont réputées éloigner les moustiques et les mouches, mais de fruits jamais.
Sauf ce jour-là.
Au milieu du repas, une chose immonde et juteuse, comme une figue trop mûre, est tombée sur la veste rose de Leo, et nous étions déjà en quête d'un détachant magique, qu'une deuxième atteignait Toiny quelques secondes plus tard. 
C'étaient les premiers fruits de cet arbre.
Les derniers aussi;
il n'en a jamais refait.


Gérard Garouste (avec Judith Perrignon),
L'intranquille, autoportrait d'un fils, 
d'un peintre, d'un fou.
L'Iconoclaste, 2009
ISBN-10: 2913366252
ISBN-13: 978-2913366251
Le Livre de Poche, 2011
ISBN-10: 2253156744
ISBN-13: 978-2253156741

mardi 26 février 2019

Références exigées


Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous,


mais moi je me dis souvent qu'en ce moment, ce dont j'aurais vraiment besoin, c'est un bon majordome...

Illustration: dessin de Floc'h tiré de Blitz

mercredi 23 janvier 2019

Days of Locusts


Tumblr, la célèbre plate-forme de micro-blogging, a été dévastée il y a peu par une invasion de sauterelles de proportions bibliques.

















Des pans entiers en ont été rongés par ces voraces insectes (il s'agit de sauterelles de la variété censeuse, ou censureuse, ou peut-être censorielle? Sauterelles censorielles, ça sonne mieux, mais je ne suis pas sûr que ce soit bien leur nom scientifique).
Le sage Benjamin Dewey l'avait prévu dès 2014, et en avait annoncé les conséquences.
C'est toujours après coup qu'on retient les avertissements des Cassandre; retenez-en au moins cette leçon: quand je vous parle d'un webcomic, c'est qu'il vaut la peine qu'on le bookmarque.

Illustration © Benjamin Dewey