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mardi 26 août 2014

Mourre de gat


Et qui est ce petit matou, 
que Léonor Fini aurait certainement 
pris pour modèle (si leurs chemins s'étaient croisés
avant que la barbe ne lui pousse)?


C'est Julio Cortazar, dont c'est l'anniversaire: 
il aurait cent ans aujourd'hui.

Merci à Chris Kearin 
de nous l'avoir rappelé, j'ai failli oublier!

lundi 31 mars 2014

La boite de craies de couleurs qui ne nous quitte jamais


Ahora pasa que las tortugas 
son grandes admiradoras
de la velocidad, como es natural.
Las esperanzas lo saben, y no se preocupan.
Los famas lo saben, y se burlan.

Il faut vous dire que les tortues 
sont grandes admiratrices de la vitesse 
et c’est bien naturel.
Les Espérances le savent, et s’en fichent.
Les Fameux le savent, et se marrent.



Los cronopios lo saben, y cada vez 
que encuentran una tortuga,
sacan la caja de tizas de colores
y sobre la redonda pizarra de la tortuga
dibujan una golondrina.

Les Cronopes le savent, et chaque fois 
qu’ils rencontrent une tortue, 
ils sortent leur boite de craies  de couleur et, 
sur le tableau rond de son dos, 
ils dessinent une hirondelle.

Julio Cortazar, Cronopes et Fameux 
(Historias de Cronopios y de Famas, Minotauro, Buenos Aires, 1962) 
traduit par Laure Guille-Bataillon, Gallimard, 1977



Illustration:  une capture d'écran 
qui traîne un peu partout sur le net.
Si c'est vous sur la photo, prenez contact avec moi, 
je vous dessinerai une hirondelle sur le dos.

jeudi 27 mars 2014

Cortazar, encore


Ainsi donc, chers lecteurs, la fatalité a fait que vous n'avez pas pu visiter l'exposition que le dernier Salon du Livre, à la Porte de Versailles, consacrait à Julio Cortazar
Faites comme Tororo: consolez-vous en rendant visite au blog de Chris Kearin, Dreamers Rise,  qui fourmille d'informations intéressantes sur la vie de Cortazar, sur la disponibilité de ses œuvres en langue anglaise et sur leur réception en Amérique du Nord, sur l'état de la publication en Argentine de sa correspondance et de ses inédits, ou à propos des biographies et des études sur l'auteur de Marelle. Chris Kearin a bien voulu me permettre de reposter ici  la présentation qu'il a faite du livre de Jesús MarchamaloCortázar y los libros.

  Neuf ans après la disparition de Julio Cortázar à Paris en 1984, les quelque quatre mille volumes de sa bibliothèque ont été acquis, par l’entremise de sa première femme et exécutrice littéraire, Aurora Bernárdez, par la Fondation Juan March à Madrid. 
Cortázar y los libros, un mince mais savoureux opuscule publié par Fórcola Ediciones, généreusement illustré (en noir et blanc), nous invite à une visite privée de la bibliothèque de Cortázar avec pour guide un journaliste et écrivain espagnol, Jesús Marchamalo.



Cortázar était un avide lecteur, versé dans au moins trois langues, et de ce fait sa bibliothèque comprend un vaste choix de titres aussi bien en français et en anglais qu’en espagnol. Il pouvait avoir la main lourde en matière d’annotations - il était de ceux dont Anne Fadiman dit que leur amour des livres est plus «charnel» que «courtois» - et n’avait pas scrupule à surcharger les livres qu’il lisait de notes en marge, de soulignements, d’objections, d’approbations, et de toutes sortes de gribouillis dont la signification (lorsqu’ils en avaient une) demeure énigmatique.
Beaucoup de volumes portent des envois autographes d’amis écrivains, Octavio Paz, Carlos Fuentes, Pablo Neruda, Elena Poniatowska, José Lezama Lima, Rafael Alberti (dont la dédicace est agrémentée d’un dessin qui prend toute la page), et la poétesse Alejandra Pizarnik (une amie de toute une vie, de qui on devine, avec malaise, l’aggravation des problèmes mentaux à travers la dégradation progressive de son écriture). 
Il se pourrait bien que nombre de volumes aient été empruntés à des confrères et jamais rendus, par exemple un recueil de poèmes de Luis Cernuda à l’intérieur duquel est inscrit le nom de Mario Vargas Llosa, ou une anthologie de la poésie catalane portant une dédicace manuscrite à Gabriel García Márquez et à sa femme Mercedes.
Certaines dédicaces proviennent tout droit des royaumes de l’impossible, des archipels de la fiction, telle celle de Thomas de Quincey qui du fond de sa tombe salue en Cortázar « un ami de Mr Keats, je crois? »… 
Il y a aussi quelques mystères: qui, par exemple (Cortázar lui-même, une de ses compagnes ou de ses amies, ou la première propriétaire?) a pressé entre les pages d’un exemplaire des Fleurs du mal de Baudelaire tant de fleurs séchées?


Quand il ne traduisait pas Yourcenar en espagnol
et ne lisait pas Lewis Carroll en français,
Cortázar s’intéressait à l’humour breton,
comme en témoignent les craquelures sur le dos de
la célèbre anthologie due à André Noir.

Le livre porte témoignage de l’évolution des préférences littéraires de Cortázar à travers les phases successives de son existence, depuis les années 1930. On note de curieux manques, qui ne sont d’ailleurs nullement inexplicables; de la seule absence de tel ou tel livre dans la succession d’un écrivain qui, dans sa vie, voyagea beaucoup et déménagea souvent, on ne peut conclure qu’il ne l’a jamais possédé et encore moins jamais lu.
Ainsi, pas de Camus, pas de Beauvoir, de Duras, de Tolstoï ou de Tourguénieff, et étonnamment peu de Vargas Llosa* (un excellent ami, en dépit de leurs divergences politiques) ou de García Márquez (notamment, pas de Cien años de soledad). 

Le livre de Marchamalo (pas encore traduit, ni en anglais, ni en français)   ne prétend pas à la rigueur d’une étude universitaire (on peut espérer que d’autres s’attaqueront un jour à cette tâche) et laisse sans réponse, à propos des lectures de Cortázar, non moins de questions qu’il n’en élucide. 

Mais à toute personne intéressée par la personnalité de Cortázar et par son œuvre, ou par les interactions entre un écrivain et sa bibliothèque personnelle - la façon dont il la construit, la façon dont elle le forme - il promet un plaisir sans mélange.

Chris Kearin, 2011 
(traduit, avec permission, par Tororo)

* La visite virtuelle de cette bibliothèque, proposée par le site du Centro Virtual Cervantes, permet de relativiser l'étonnement exprimé par Marchamalo, et dont ce compte-rendu se fait seulement l'écho: plusieurs ouvrages de Vargas Llosa y figurent; sans doute Marchamalo n'avait-il pas eu  accès à la totalité du fonds, ou celui-ci n'était-il pas encore entièrement catalogué, à l'époque (2010) de la rédaction du livre. (NDTT)


Pour illustrations, la première et la quatrième de couverture 
de l'essai de Jesus Marchamalo (© Fórcola Ediciones): 
il n'y manque que l'odeur du papier.

samedi 15 mars 2014

Dansez trêve, dansez catale, et, si vous pouvez, dansez espère


2014 a été décrétée année Cortazar 
par les instances compétentes.

Pour toute la durée de l’année Cortazar, 
les Cronopes ont disposé des réceptacles destinés à recevoir des contributions au financement des festivités sur des rebords de fenêtres, des planches en saillie sur des barrières de chantiers, des tablettes de cabines téléphoniques (là où il y en a encore) et différents autres emplacements raisonnablement abrités de la pluie (de préférence, mais pas toujours car on ne saurait penser à tout). 
Ce sont des tasses à thé en porcelaine, des vide-poches en régule hérités de grands-parents, des moques publicitaires aux couleurs de différents pourvoyeurs de restauration rapide, des verres à dent en plastique, des cendriers récemment réformés par les bistros qui les employaient naguère et des soucoupes en aluminium; vous les reconnaîtrez facilement malgré leur disparate, 
car les Cronopes, prévoyants, ont estimé que ce serait dommage qu’ils ne servent à rien du tout tant que vous ne les aurez pas entièrement remplis de monnaie - ce qui, ils en sont conscients, peut vous demander un certain temps - et ils en ont pour l’instant garni le fond de graines destinées aux oiseaux. 
Repérez ceux qui se trouvent dans votre quartier, et attendez pour y déposer votre obole  que les oiseaux aient mangé toutes les graines: ce serait dommage que vos billets rendus moelleux par une longue circulation soient détournés de leur usage fiduciaire pour rembourrer des nids d’hirondelles, et que vos pièces brillantes finissent comme décoration dans les demeures des pies.

Pendant la même période, 
les Fameux ont annoncé par les voies officielles 
qu’en l’honneur de Julio Cortazar
 ils danseront trêve les jours pairs de 16 heures 30 à 17 heures, 
et qu’ils danseront catale les jours impairs 
de 17 heures à 17 heures 30.


Vert et humide, un Cronope s’est posé sur une dalle...


... sur laquelle quelqu’un a gravé: « Julio Cortazar »,
quelque part dans le cimetière du Montparnasse.

Une fois là, ne sachant plus très bien quoi faire,
il sourit d’un air un peu embarrassé.

Post-scriptum du 23 mars: Lecteurs anglophones, si vous avez du mal à déchiffrer le cronope, une version anglaise de ce billet vous attend sur Dreamers rise. Merci au scrupuleux traducteur, Chris Kearin, et bonnes salènes! 



Si vous vous demandez d'où sortent 
les Fameux et les Cronopes: de .

Les photos illustrant ce billet sont: 
la première de Pedro Cambra, 
les deux autres de Anonymous Photographer (Wikimédia), 
toutes deux sous licence Creative Commons.
Le Cronope de pierre est l'œuvre de Julio Silva.

dimanche 24 novembre 2013

Des racines et des ombres


C’est l’hiver et, comme il fallait 
s’y attendre, je suis seul.
Alberto Cedron
lettre à Julio Cortazar, 
janvier 2004


Le billet du 11 septembre dernier vous a intrigués (enfin, je suppose), et vous vous demandez où en est le projet de traduction française de La raiz del ombù, l’album de BD dont la couverture allait porter les signatures inattendues d’Alberto Cedron et Julio Cortazar, n’est-ce pas?
Hé bien ça y est, vous pouvez vous la procurer: au jour dit, l’album est sorti des presses, et on le trouve maintenant dans toutes les bonnes librairies.

Voilà à quoi il ressemble:

La racine de l'ombù, 2013, CMDE

Je ne vais pas vous raconter que c’est une révélation comparable à celles de Maus*, de Palestine** ou de Persépolis***: non, c’est un album malade, un convalescent couturé de cicatrices - les marques que lui a laissées son histoire mouvementée.
Son caractère composite saute aux yeux: Cedron a d’abord réalisé, dans l’isolement de son exil, des dessins eux aussi isolés, avant de demander à Cortazar de les « faire parler »: significativement, les dessins les plus forts ne sont pas ceux qui s’intègrent le mieux au projet narratif, et ce n’est pas dans les planches les plus efficaces (si l'on se place d’un "point de vue BD"), qu’on les trouve. Dans ces planches fidèles aux codes de la bande dessinée, qui correspondent à une parenthèse intimiste entre un prologue et un épilogue expressionnistes, des collages, intégrant (sur une suggestion de Cortazar? les différents textes donnés en annexe dans l’album ne nous en disent rien, c’est dommage) des photos de famille, voisinent avec des cases nostalgiques dont la technique évoque, de façon presque mimétique, le style des historietas de la fameuse revue Billiken**** qui occupait une place de choix dans les souvenirs d’enfance des deux co-auteurs.
Malgré tout quelque chose s’est perdu… pas dans la traduction de l’espagnol en français, de très bonne tenue, mais dans la transmission d’un exilé à l’autre, de l’aveu même de Cortazar:  « Face au chaos apparent, j’ai commencé à établir différentes combinaisons; soudain, je me suis vu comme expulsé des images, comme un intrus sur un territoire qui, quelques heures auparavant, m’avait accueilli simplement » raconte-t-il en avant-propos; plus loin il précise: «J’ai senti que je prenais un mauvais chemin si j’effectuais ce qu’Alberto m’avait demandé dans son propre égarement: un simple montage, une mise en ordre de toutes ces choses flanquées dans les dessins. Je l’ai appelé à Rome, je lui ai demandé de revenir et que cette fois, il me raconte, face à chaque planche, ce qui les avait fait naître. En l’espace d’une longue matinée et de quelques verres, on a enregistré ce qui était désormais le chemin à suivre, et j’ai su enfin que ma tâche ne consisterait qu’à matérialiser topographiquement ces allées et venues des souvenirs ».
Expulsé comme un intrus. C’est justement, dans l’album, le fil narratif ténu qui relie les images: l’histoire de l’expulsion d’un hôte indélicat, qui a voulu s’emparer de l’histoire d’un autre pour s’en servir à ses propres fins. Pour que tout le monde s’amuse, il faut bien en passer par la répartition des rôles, tout le monde ne peut pas faire Robin des bois, dans le jeu il faut aussi un shérif de Nottingham. Brave Julio, qui pour faire plaisir à Alberto a accepté de jouer le shérif, et de s’effacer derrière l’histoire de son ami, à la fin.

*Maus, de Art Spiegelman
**Palestine, de Joe Sacco
***Persépolis, de Marjane Satrapi
****Fondé dans les années 30 et paraissant sans interruption depuis (c’est un peu l’équivalent sud-américain de notre bon vieux Spirou), l’hebdomadaire pour enfants Billiken occupe une place toute particulière dans la mémoire des Argentins de la génération de Cedron et de Cortazar, qui y découvrirent des adaptations de romans d’Emilio Salgari, d’Alfred Assolant… et d'aventures de Superman; plus tard, dans les années 60-70, d’autres de leurs contemporains, eux aussi anciens lecteurs, Pratt, Zoppi, Breccia et Oesterheld y furent publiés.

(La raíz del ombú, 1977 - 1980) 
traduit par Mathias de Breyne,
CMDE, collection  La racine du maguey.


Illustration © Collectif des Métiers de l’Édition.

mercredi 11 septembre 2013

Cortazar et les fantômes de la bande dessinée


Septembre.

Le début du printemps en Amérique du Sud.

Depuis l'année dernière,  on en parlait ici et ,  mais comme d’un projet de longue haleine, dont on ne savait pas quand il se concrétiserait.
Voici que sa sortie est annoncée pour bientôt: La raíz del ombú (La racine de l’ombù), seul album de BD dont Julio Cortazar ait signé le scénario, devrait sortir en français au mois de novembre après presque quarante années d’invisibilité.
C’est en 1977 que Cortazar, séduit par les esquisses du peintre Alberto Cedron (le frère de l’autre Cedron, Juan "Tata", celui du Cuarteto) en avait écrit les dialogues.
Cedron avait apporté l’idée de départ: la métaphore visuelle de l’ombú, arbre étrange à la silhouette vaguement animale, particulier à l’Amérique du Sud, comme symbole de l’histoire tourmentée de l’Argentine; et la trame, l'histoire d'une famille - qui ressemble beaucoup à la famille Cedron - à travers uns succession de dictatures plus sanglantes et plus cyniques les unes que les autres.
Terminé en 1978, impossible à publier dans l'Argentine de Videla, l’album ne connut (en 1980, chez un éditeur vénézuélien) qu’un tout petit tirage et une diffusion confidentielle: lorsqu'en 2004 Alberto Cedron donnera son accord pour qu'à l'occasion du vingtième anniversaire de la mort de Cortazar l'album soit enfin publié pour la première fois dans le pays de ses deux auteurs, c'est un long travail de restauration à partir d'un des rares exemplaires subsistants de ce premier tirage qui rendra cette publication possible, les films originaux et la plupart des planches ayant été perdus entre-temps.
Mathias de Breyne, écrivain, traducteur et anthologiste, vient d'en terminer une traduction française; c'est le Collectif des métiers de l'édition (CMDE) qui le publiera.

Un ombù, en vrai, ça ressemble à ça:


L'apparence d'un ombù au naturel, tel qu'on peut l'admirer dans tant de jardins publics argentins, est déjà passablement extra-terrestre; sur la couverture de l'album, l'ombù est une masse menaçante qui a déjà avalé la moitié du ciel et se prépare à engloutir le soleil.

La couverture de la première édition de l’album.
Convulsé, à l'image de ces racines d'ombù tout en nerfs et en nœuds,  le dessin de Cedron, qui, lui, est tout en anomalies et en déséquilibres, rappelle George Grosz ou Otto Dix.
Selon la présentation qui en est faite sur le site du distributeur, pour cette nouvelle édition la maquette de l'album (dont le format, pour les éditions précédentes, était "à l'italienne") a été revue, pour le format "graphic novel". Je suis curieux de voir le résultat.
Les quelques images qu'on a pu jusqu'ici trouver sur le web, tirées, semble-t-il, de la deuxième édition, dissociées, recadrées et privées de leur contexte, ne permettent guère, ni de se former une idée de ce qu'était l'œuvre originale, ni de préjuger de ce à quoi elle ressemblera sous sa nouvelle forme.
Je n’ai donc pas d’image de l’édition française de l’album à vous montrer, mais pour vous mettre en appétit  voici quelques extraits d’une autre BD due à Cortazar (car en fait ce ne fut pas tout à fait sa seule incursion dans l’univers de la bande dessinée); le titre à lui seul est tout un programme:

FANTOMAS CONTRE LES VAMPIRES DES MULTINATIONALES!


Le quartier général de Fantomas.
Il y a même un central téléphonique.

D'accord, ce n'est pas un "vrai" album de BD. Ce sont juste quelques strips, empruntés à la série d'historietas mexicaines Fantomas, La Amenaza Elegante (Editorial Novaro) série créée à l'initiative du romancier Alfredo Cardona Peña - s’inspirant très librement des romans de Souvestre et Allain - et dessinée collectivement par les dessinateurs du Studio Rubens dirigé par Rubén Lara Romero (cette série a son fansite ici). Remontés et re-légendés, les strips sont intercalés dans un petit essai romancé (on pourrait même dire "pulpfictionnalisé") dont la lecture, sans cette facétie métatextuelle, ne serait pas des plus divertissantes, tant le sujet en est peu réjouissant.

Julio Cortazar lui-même entre en scène!

"Réalisé en 1975, au retour de la 2° session du Tribunal Russell II consacré à la répression en Amérique Latine, où Julio Cortazar avait siégé, ce collage avait pour objectif immédiat d'apporter une contribution financière à la préparation d'une troisième session qui aurait à juger de la situation en Argentine, les droits d'auteur étant versés aux organisateurs du tribunal. Quinze mois à peine s'étaient écoulés depuis le coup d'Etat au Chili qui marquait encore les mémoires et les corps des témoins. Par-delà le jeu des BD et la fable des bibliothèques détruites dans le monde entier, l'éducation politique de Fantômas, qu'entreprenaient l'auteur et ses amis, devait permettre de diffuser aussi amplement que possible l'acte d'accusation désignant les sociétés multinationales comme principales coupables de la dégradation de la condition humaine en Amérique Latine." (extrait de la présentation du livre par Ugné Karvelis).

Octavio Paz, un copain de collage.

"Détournement" d'un mythe international (pas multinational!) - un peu dans le même esprit que René Viénet et ses amis situationnistes détournant, en 1973, Tang shou tai quan dao, de Doo Kwang Gee, pour en faire La Dialectique peut-elle casser des briques? - cette courte fable fait voisiner cases de BD  et coupures de journaux avec des photocopies de documents soumis au tribunal Russell.

Fantomas viendra-t-il réconforter Susan Sontag?
Promesses, promesses...

Une conspiration mondiale contre les livres. On se demande où l'imagination fertile de notre ami argentin pouvait bien aller chercher tout ça.

Chili, septembre 1973: photo de Koen Wessing,

Ni en 1980, ni en 1978, ni en 1977, ni en 1975, ni en 1974, pas plus qu'en 1973, l'ambiance en Amérique latine n'était aux rires et aux chants. Mais il en fallait beaucoup pour faire passer à l'auteur de Cronopes et Fameux l'envie de plaisanter. En 2013, Fantômas a-t-il encore des tours dans son sac, qui pourraient surprendre les vampires des multinationales? on verra bien: Fantômas, dit-on, ne renonce jamais. Et j'avoue que l'image de Julio Cortazar penché sur des cases de BD, tube de colle dans une main, ciseaux dans l'autre, parvient à me faire sourire envers et contre tout.



Julio Cortazar et Alberto Cedron,
La racine de l'ombù
(La raíz del ombú, 1977 - 1980)
(à paraître en novembre 2013; traduit par Mathias de Breyne,
CMDE, collection  La racine du maguey)

Julio Cortazar
Fantômas contre les vampires des multinationales 
(Fantomas contra los vampiros multinacionales), 
1975; 1991 pour l'édition française 
(traduite et préfacée par Ugné Karvelis, 
éditions de La Différence, collection Les voies du Sud)
Cette édition française est épuisée; mais 
on peut trouver le texte original espagnol de Cortazar ici 
avec des illustrations légèrement différentes.


Le dessin de l'ombù est © Arturo Cedron; 
la photo du Phytolacca dioica provient de Wikimedia;
les collages de Julio Cortazar pour Fantomas contre les vampires...
sont © éditions de La Différence.
La photo de Koen Wessing a été empruntée à 
Discipline in Disorder: merci à eux!