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dimanche 3 août 2025

Copains


Il irait me décrocher la Lune
Un beau jour si j'en voudrais une
Bouboule
Des gars comme lui y'en a pas plein
C'est ce qu'on appelle un vrai copain
C'est cool
Il est fidèle comme un vieux chien
Du coeur il en a plein les mains
Il donne
Mais y'a des jours où l'amitié
Comme une enclume ça peut peser
Des tonnes


Il me pompe l'air
Il m'étouffe
Mon copain patapouf
Il est lourd
Il lambine
Il est mou
En plus il comprend rien
Mais bon
C'est mon copain


Quand il commence à être sérieux
Et qu'il me regarde avec ses yeux
De veau
Je voudrais lui dire de s'en aller
Mais si ça se trouve il va me manquer
Le gros
Il irait me décrocher la Lune
Un beau jour si j'en voudrais une
Bouboule
Des gars comme lui y'en a pas plein
C'est ce qu'on appelle un vrai copain
Ma poule


Il me pompe l'air
Il m'étouffe
Mon copain patapouf
Il est lourd
Il lambine
Il est mou
En plus il comprend rien


Mais bon
C'est mon copain


Bon, on a tous des faiblesses, d’accord? Moi les chansons de Gotainer, c’en est une, de mes faiblesses, maintenant vous le savez. Mon gros copain, Chipie, Le béquillard du bois, je m’en rassasie pas, j’en ferais ripaille, come il dit dans Vive la Gaule. Me regardez pas avec ces yeux de veau, des faiblesses, on en a tous, d’accord?

Mon gros copainc'est une chanson 
de Richard Gotainer, musique d'Eric Kristy.
Les photos, elles traînaient sur Tumbler
je ne suis pas sûr du nom de leur auteur, 
elles s 'embêtaient un peu sans légende pour les accompagner, 
alors je les ai mises là.




mardi 24 décembre 2024

Réveillon + nous

 Des conseils pour une bonne soirée!


- On embrasse tout le monde et on danse une ronde au pied de l'arbre!

- Avant d'aller se coucher, on n'oublie pas de débrancher les guirlandes.

Joyeuses fêtes!

 

photo © Eli McMullen


vendredi 6 décembre 2024

Se souvenir des belles choses (2)

 Cette fois, c'est Denis Brihat. Aucune mort ne me réjouit (essentiellement, parce que les quelques personnes dont la mort pourrait éventuellement me donner envie de danser s'accrochent à la vie comme des tiques) mais certaines morts m'affectent plus que d'autres: celle des gens que j'ai connus, même peu. Denis Brihat, j'ai découvert ce qu'il faisait à sa première exposition, discrète, à la ferme des Contards (il y a cinquante ans et des poussières), plus tard nous sommes devenus voisins, il m'a fait visiter son laboratoire, j'ai vu quelques-unes de ses expositions suivantes (pas toutes: il en a fait un peu partout).
Nous n'avons jamais été proches, sauf épisodiquement en nous croisant sur ce "plateau des Claparèdes, désert à l’époque" que nous arpentions dans tous les sens "à l’époque" en nous émerveillant des mêmes choses. Elle est bien loin, cette époque, et ce plateau autrefois désert me manque aussi.

Et, coup sur coup, deux jours plus tard, c'est Jacques Roubaud.
Jacques Roubaud, je ne l'ai jamais approché plus près que depuis le parterre du Gymnase quand Maréchal y a monté ses pièces sur le Graal (avant, j'en avais dévoré, comme des romans, les gros volumes écrits à plusieurs mains avec Alix Cléo Roubaud et Florence Delay).
Sa traduction de La Chasse au Snark, ça m'aurait plu que l'éditeur français la choisisse de préférence à celle, si académique, d'Aragon pour accompagner les dessins de Mahendra Singh; une rencontre manquée.
Son Petit traité invitant à la découverte de l'art subtil du go m'accompagne: je l'ai lu une première fois bien trop tôt pour y comprendre quoi que ce soit, et je le relis de temps en temps pour vérifier que je n'y comprends toujours rien (ça m'aide à me sentir jeune). Après tout, c'est un objet fascinant, presque autant qu'un bulbe de jacinthe, un coquelicot froissé ou une toile d'araignée.

photographie de Denis Brihat

Denis Brihat
1928-2024
Jacques Roubaud
1932-2024

lundi 14 septembre 2020

Cindy Sherman, my one true love


C'était en novembre 1943. La dernière chose dont je me souvenais: j'étais à mon poste dans la tourelle du bombardier, l'appareil était, apparemment, en chute libre, et soudain tout était devenu noir. 
Puis j'ai ouvert les yeux dans ce lit d'hôpital, et la première chose que j'ai vue, c'est elle. 

Plus tard, bien plus tard, les copains m'ont raconté avec force détails pittoresques comment et pourquoi je ne suis pas mort (pourquoi nous ne sommes pas tous morts) au retour de cette mission au-dessus de l'île d'Heligoland en novembre 1943. Ça les a étonnés, je crois, les copains, que je ne pose pas davantage de questions, parce que c'était quand même, comme a dit Hammill, le navigateur, un sacré foutu miracle. Mais je n'arrivais à penser qu'à elle.


Par la suite, j'ai pu apprendre par la head nurse Bramwell (une vraie peau de vache, celle-là) qu'elle s'appelait Sherman, l'infirmière qui m'avait veillé pendant ces trois nuits où on se demandait si j'allais sortir du coma, ou non (selon Hammill, tout l’équipage avait parié - c'était Thomson qui prenait les paris - et la cote ne m'était pas très favorable: ça lui avait coûté une tournée, à Hammill).

Cindy, c'est comme ça que les autres filles l'appelaient.

On m'a dit que peu après mon réveil elle avait reçu une nouvelle affectation à l'hôpital militaire de Rangoon, en Birmanie. Je n'ai pas pu remonter plus loin sa piste: son dossier a été détruit dans un bombardement, et à l'hôpital de Rangoon, on ne trouve aucune trace de son passage, elle n'y est peut-être jamais arrivée. 
Mais je n'ai jamais pu oublier son visage. 
Parfois je crois la reconnaître sur des photos - des photos où il est impossible que ce soit elle, et pourtant. 
Nurse Sherman, Cindy, pour moi maintenant vous êtes partout, et tant pis si ça veut aussi dire nulle part.


“I am trying to make other people recognize something of themselves rather than me.” 
Cindy Sherman


L’exposition Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton  (initialement prévue du 2 avril au 31 août 2020) durera, finalement, du 23 septembre 2020 au 3 janvier 2021: le premier événement consacré en France à Cindy Sherman depuis son exposition personnelle au Jeu de Paume en 2006.
Elle accueillera quelques-unes des œuvres que vous aviez pu admirer au Jeu de Paume (des séries Untitled Film Stills, Rear Screen Projections, Fashion, History Portraits, Disasters, Headshots, Clowns, Society Portraits...), plus des nouveautés!
Allez-y avec vos nouveaux masques, ceux que vous venez tout juste de peindre; ou alors, pourquoi ne pas en profiter pour en peindre d'autres, "sur le motif", d'après les thèmes chers à Cindy Sherman?
 

Illustration: photo par Cindy Sherman 

samedi 28 septembre 2019

Singes des Temps


On a vu des visages grimaçants (certains témoins ont précisé: "simiesques") apparaître dans 
des nuages de fumée au-dessus 
de l'usine Lubrizol à Rouen.



photo © Guillaume Polère

samedi 16 février 2019

Visibilité de Juan Rodolfo Wilcock


Quoi, vous voulez encore une page du Livre des monstres de Juan Rodolfo Wilcock? Vous êtes donc insatiables?
Hé bien soit, mais une petite, alors.

Memmo Gaibisso

Le beau-père de Lina Gaibisso est une illusion d'optique; en tant que tel, il ne pose aucun problème et offre au contraire un divertissement aux invités lorsque tous les autres sujets de conversation sont épuisés. Il suffit de regarder fixement, pendant deux ou trois minutes, un point marqué sur le mur à environ trente centimètres du cadre de la fenêtre: tout à  coup on le voit qui se détache nettement sur le fond uni de la peinture de la salle à manger. Il est assis dans son fauteuil, le journal ouvert, et ne se soucie pas le moins du monde des gens qui le regardent; l'illusion cependant est si saisissante qu'il n'est pas rare que des invités le saluent et lui demandent comment il va.
Le beau-père de Lina ne répond pas, il continue à lire; si ensuite l'invité porte rapidement son regard, sans s'attarder, sur une autre petite croix marquée à côté de la pendule posée sur la cheminée, le beau-père apparaît maintenant tout près du plafond, vêtu d'un pyjama jaune, dans son lit: Lina explique alors à ceux qui n'auraient pas compris que Memmo Gaibisso est allé se coucher.




Tout ceci n'a rien d'étrange en fait: qu'une illusion optique puisse lire le journal et s'en aller ensuite au lit ne devrait étonner personne, vu que nous faisons les mêmes choses et sommes aussi, c'est bien connu, des illusions optiques. Ce qui est étrange, c'est ce qui se passe dans le débarras contigu à la salle à manger. De fait, si vous ouvrez la porte de ce débarras, il vous saute aux yeux un dessin compliqué tracé avec des couleurs sur le mur du fond, fait de croix équidistantes, de trois-quarts de cercle, de triangles brisés, de rayons et de petits points, de lignes droites et de courbes parallèles, de sinusoïdes et de cycloïdes. Eh bien, il suffit de regarder ce dessin pendant quelques minutes pour voir apparaître sur le mur ce que, au même moment, le beau-père de Lina est en train de rêver: des courses de chevaux, des vacances aux Baléares, des repas dans les meilleurs restaurants, des choses répugnantes, etc.
C'est un cas unique, explique Lina, d'illusion optique d'une illusion optique; elle ne se rend pas compte, évidemment, que dans ce cas encore, on peut dire la même chose de la vie de chacun de nous, et pas seulement des rêves de son beau-père.


Juan Rodolfo Wilcock, Le livre des monstres
(Il libro dei mostri, Adelphi, 1978)
traduit par Lise Chapuis
ISBN 979 10 91504 71 3

lundi 31 décembre 2018

Printemps en décembre


À la mi-décembre, le Guardian a publié, pour illustrer un article dans lequel Théo, le fils d'Ursula LeGuin, évoquait le souvenir de sa mère, une photo qui m'a touché, troublé, ému, appelez ça comme vous voulez, vous voyez ce que je veux dire… 

Ursula Le Guin sur le port de Marseille en 1953.

Un peu comme si elle était venue me rendre visite en passant (mais pas à la bonne date: fichues machines à voyager dans le temps qui se dérèglent toujours à mi-parcours!).
Reste son sourire, pour terminer l'année 2018.



Photograph: Courtesy of Theo Downes-Le Guin

vendredi 1 mai 2015

A page blanche, muguet bleu


La photo postée hier, si vous zoomiez dessus, vous pouviez y lire du Pessoa et c'était déjà très bien; sur celle que j'ai, aujourd'hui, empruntée au délicieux blog de Terri Windling, c'est encore mieux: sur les pages du petit carnet à spirale qu'elle a posé parmi les jacinthes des bois (que quelques-uns appellent muguet bleu), elle a laissé tout plein d'espace blanc,


vous n'aurez qu'à plisser un peu les yeux pour imaginer tout ce qui vous passera par la tête.


Photo © Terri Windling

jeudi 30 avril 2015

Pâquerettes


Votre intuition dit vrai, chers lecteurs: le mois d’Avril n’a pas été très favorable au blogage pour votre ami Tororo. 
Pour ne pas laisser la place refroidir, permettez-moi, aujourd'hui, de simplement rebloger une photo jolie comme tout:


elle est de François Matton, dont le blog est, 
pour le dire en peu de mots, 
trop trop bien.
Et faites comme François Matton:  profitez bien du beau temps!


Photo © François Matton.

mercredi 11 mars 2015

Foto Splendid


Ce portrait sous verre, je l’ai encore très présent à l’esprit, et l’image, certes, a subi ensuite des dégradations, elle s’est craquelée et usée sous les regards et sous la neige, des mains boueuses l’ont tenue, des lampes de poche et des allumettes se sont allumées au-dessus d’elle, des pouces ont posé sur elle leur empreinte, mainte fois le vent l’a froissée et cornée, mais il suffit que je l’invoque telle qu’elle était à cette minute-là, sur le lit, à côté de ma main qui saignait, pour qu’aussitôt elle ressuscite, d’excellente qualité, indégradable, au contraire de tant d’autres objets et de tant d’autres êtres qui ont sans remède pourri dans ma mémoire.

Antoine Volodine,
Gallimard, 1997



Successivement, Eva Truffaut (Archives et Mythologies des lucioles) et Florizelle (Le divan fumoir bohémien) - deux blogs que je suis depuis longtemps - ont consacré, ces derniers mois, des billets à un projet au nom étrange: 
Collecția Costică Acsinte.

Sous ce titre, des photos, étranges aussi, des photos d’étrangers, de gens destinés à disparaître, qui avaient déjà à moitié disparu. Des images qui donnaient l'impression d'être en train de s'effacer sous nos yeux, c'était la première chose qu'on remarquait, ça les rendait encore plus fascinantes, certaines l'étaient au point qu'avant de lire la légende qui les accompagnait - je n'arrivais pas à quitter les photos des yeux, au point d'en oublier de lire ce qu'il y avait dessous - j’ai d’abord soupçonné qu’il s’agissait du travail d’un photographe contemporain, d’une recherche sur des techniques de tirage tombées en désuétude (comme celles qu'expérimente inlassablement Susan Hayek-Kent), peut-être? ou avec des objectifs anciens, comme en utilise Keith Carter? ou alors, que les images avaient été modifiées digitalement (je ne cherche pas d'exemple, il y en a trop)? ou qu'il s'agissait de collages et d'altérations, un peu dans l'esprit de ceux de Katrien de Blauwer?





Mais non, l'explication est toute simple: Florizelle nous la donne:
Dans le petit musée ethnographique du Județ  (juridiction) de Ialomita dans le sud-est de la Roumanie, des cartons de plaques photographiques prenaient la poussière jusqu'au jour où  ils attirèrent l’œil de Cezar Popescu  : il n'eut alors de cesse de convaincre les responsables du musée de les lui confier pour les préserver d'une destruction irrémédiable. Depuis novembre 2013,  il consacre son temps à restaurer et digitaliser les portraits individuels et collectifs que  Costică Acsinte (1897-1984) prit dans et à l'extérieur de son studio du centre de Slobozia „Foto Splendid Acsinte“,  de 1930 à 1960.

C’est normal, 
tout est normal, 
c’est ça que le temps fait 
aux visages.


Le site du projet "Collecția Costică Acsinte" est ici
le blog et le site personnel de Cezar Popescu sont .





J’avais épuisé ma réserve d’allumettes. 
Je ne voyais plus la photographie. 
Ma paume, que le verre avait 
entamée tout à l’heure, continuait 
à saigner dans le noir.

Gallimard, 1997

lundi 24 novembre 2014

Pendant ce temps, sur l'île de Skye...





L’automne finissant éteint peu à peu l’éclat de la bruyère, 
tandis que la brume estompe les silhouettes
du Vieil Homme de Storr 
et du Rocher de l’Aiguille.



photo: Jennie



jeudi 7 août 2014

L'Été



There came a Day - at Summer's full -
Entirely for me -
I thought that such - were for the Saints -
When Revelations - be -
Emily Dickinson,  
poème 325, 1862

Un jour - c’était en Été - il y a eu un Jour
Rien que pour moi
Des jours comme ça, je croyais qu’on les gardait en réserve 
Pour les Élus - pour les temps dont parlent - les Révélations 


WE GROW OUR OWN SUNS
photo de Susan Hayek-Kent



Les poèmes d'Emily Dickinson n'ont pas de titres.
La version de celui-ci qui apparaît dans la première édition des Poèmes est celle qui a été  recopiée bien proprement par Emily dans une lettre à T. W. Higginson, reproduite en fac-similé au début du volume; les éditeurs y ont ajouté (comme aux autres poèmes, pour se conformer à l’usage) un titre: Renunciation.


La version des Cahiers, reproduite ici (merci à The  Emily Dickinson Archive), jetée sur le papier avec plus d’impatience, présente de nombreuses corrections, entre autres au quatrième vers.


Je ne sais pas si Emily considérait l’une ou l’autre de ces versions comme définitive, et dans ce cas, laquelle. Si un jour l’occasion se présente, je lui demanderai. 

Et merci à Susan Hayek-Kent pour la permission de reproduire une de ses photos, 
et aux chats de L'œil des chats pour leur habitude d'attirer, 
à intervalles réguliers, l'attention de leurs lecteurs sur 
les poèmes d'Emiy Dickinson!

dimanche 19 février 2012

A deux, c'est mieux


Vous l'avez peut-être déjà vu, ce dessin de Ronald Searle,
sur le blog Perpetua (merci, Matt Jones).


Et vous doutiez que la vie connaisse, parfois, la tentation d'imiter l'art?
Vous voici détrompés.



Ronald Searle et Anonymous Photographer (tous droits réservés pour l'un comme pour l'autre) ont contribué à colorer de rose ce billet.