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mardi 16 décembre 2025

The End Continues

 Même si Rob Reiner n'avait réalisé que Spinal Tap, Stand by Me, The Princess Bride, Misery, nous nous souviendrions de lui comme d'un des géants du pays du cinéma, un géant très gentil et capable de nous emporter sur son dos en escaladant à la force des poignets les Falaises de la Folie. Il a réalisé d'autres films, voulu en réaliser d'autres et participé, à différents titres, à beaucoup d'autres encore. Mais il n'a pas pu faire tout ce qu'il voulait: certains de ses films n'ont pas rapporté  autant d'argent que les studios auxquels il était lié par contrat escomptaient et ça c'est très vilain (du point de vue des studios), certains de ses projets ont été si bien enterrés que vous ne vous en souvenez peut-être pas. Vous souvenez-vous de Flipped, par exemple? J'en garde un bon souvenir, ce n'était pas du même niveau que Stand by Me (pas aussi parfaitement rythmé, quelques longueurs) mais c'était pas mal quand même. Enfin, il a pu terminer une suite à Spinal Tap (Spinal Tap II: The End Continues), sorti il y a quelques semaines, j'espère qu'il a été content.
Ceux qui doivent être contents, ce sont les financiers du cinéma: une bonne grosse controverse bien baveuse, s'ajoutant à une tragédie, c'est toujours une excellent publicité pour les nouveautés.

Rob Reiner, 1947-2025 

vendredi 14 novembre 2025

Mie Novembre

 Quelques nouvelles revigorantes, pour changer d'une actualité qui nous fatigue.
L'année dernière (en décembre) Li-An s'étonnait "que le premier roman d'Elisa Shua Dusapin (Hiver à Sokcho) ne soit pas adapté en BD" (ça lui aurait paru justifié, disait-il, parce qu'il y est question d'un auteur de BD). 
Je ne le savais pas encore (je ne l'ai appris que récemment, trop tard pour vous dire d'aller le voir en salles, sinon je le l'aurais dit à Li-An): Hiver à Sokcho a été adapté, pas en BD, mais en film de cinéma! Les auteurs de BD sont des héros, Li-An!
Sapin, encore (les sapins sont à Novembre et Décembre ce que les marronniers sont au reste de l'année): Christian Bourgois, éditeur qui a pris le temps de bien étudier la cuisine hobbite, et sait, par conséquent, de quel côté une tartine doit être beurrée*, vient de publier une nouvelle édition de Bilbo le Hobbit, et pas n'importe laquelle: celle avec les fameuses illustrations de Tove Jansson, dont vous avez tous entendu parler sans jamais les voir en vrai! Bien reproduites, sur du bon papier, et en grand format; et hop sous le sapin des petits Hobbits.

*Demandez à n'importe quel Hobbit, il vous le dira: une tartine, ça se beurre des deux côtés.


vendredi 17 octobre 2025

Il est des pays où les gens, au creux des lits, font des rêves

 Les rêves prémonitoires, vous y croyez, vous? À moitié seulement? Hé bien j'ai la preuve irréfutable que ça existe. Vous vous souvenez de la prédiction qui concluait le billet que j'avais écrit il y a... huit ans sur Zootopia? Elle était inspirée par un rêve que j'avais fait (un vrai rêve que j'avais vraiment fait, hein, ce n'était pas un procédé rhétorique; je suis toujours sérieux quand je parle de choses sérieuses, comme les rêves ou les dessins animés).
Et voilà, la prédiction s'est réalisée: on va retourner à Zootopia, cette fois encore en compagnie de Gazelle! C'est réconfortant de penser que les rêves peuvent nous signaler les rares raisons que nous avons d'espérer en un avenir meilleur, comme des chandelles dans la nuit.

 

mardi 30 septembre 2025

Sinistre septembre

 Septembre est venu, et voilà qu'il s'en va.
Le 22 septembre est probablement la chanson la plus triste qu'ait écrite Brassens...  les autres années, je lui accorde une pensée, à ce jour, et cette année, comme Brassens, je m'en suis foutu. Et c'est triste de n'être pas plus triste le 22 septembre  que les autres jours.
Car chaque jour amène de nouvelles raisons d'être triste, ou mécontent, ou en colère, ou franchement furieux, ou tout cela à la fois.
C'est au point que je trouve du réconfort dans les nouvelles qui ne sont ni horribles, ni atroces, ni pré-apocalyptiques, mais seulement tristes, normalement tristes. 

John Coulthart nous a rappelé que le premier recueil d'illustrations de Roger Dean fut publié il y a juste cinquante ans (The book sold 60,000 copies in its initial run, and was reprinted twice the following year. This extraordinary success gave Dean and his associates at the newly-formed Dragon’s Dream the resources to publish a line of art books by other imaginative artists such as Chris Foss, Ian Miller and Syd Mead.). Je l'ai acheté dès sa sortie, ce qui vous donne un indice sur son pouvoir d'attractivité sur les jeunes lecteurs d'alors, car (moi-même jeune lecteur) je n'avais qu'un tout petit budget livres à l'époque. Depuis, Dean semble avoir traversé ce qu'on appelle pudiquement un passage à vide, et son activité s'est fortement ralentie. Santé, Roger!
J'aurais aimé que cet anniversaire me donne l'occasion de trinquer avec Chelsea Quinn Yarbro ou avec Jean-Pierre Bouyxou. Captain  Bouyxou publia des flopées de chroniques justement sur le genre de livres que produisait Dragon’s Dream, dans Vampirella, Sex Stars System, Zoom, Métal hurlant, L'Écho des savanes, Penthouse, Lui, Hara-Kiri, Paris Match, Miroir du fantastique, Ciné Revue, Continental Film Review, Actuel, Europe, Curiosa, Show Bzzz, Cinéfantastic, Yéti, La Revue du cinéma, Vertigo, Siné Hebdo, Fascination...  il est possible que ce soit une de ses notes dans un de ces magazines (sans que je n'en sache rien, car il signait de tout un tas de pseudos) qui ait attiré mon attention sur Roger Dean ou, un peu plus tard, sur Chelsea Quinn Yarbro. La bibliographie de Yarbro est assez fournie, et je m'avise que je n'ai lu d'elle que son Ariosto Furioso, qui m'a laissé un bon souvenir; et si je cherchais un autre de ses livres? Qu'elle ait eu l'idée de placer Lodovico Ariosto au cœur d'une uchronie incite à penser qu'elle gagnait à être connue. Oui, trinquer avec Chelsea Quinn Yarbro, ça aussi ç'aurait été une bonne idée. 

Mais ça n'arrivera pas: ils ont tous les deux disparu à quelques jours d'intervalle, en ce septembre cafardeux. 

Et, de même que les thrillers devront se passer de Terence Stamp, les westerns devront se passer de Graham Greene (pas celui-là, l'autre Graham Greene) et de Robert Redford; et Claudia Cardinale ne puisera plus d'eau pour les poseurs de rail assoiffés.


En octobre, préparons-nous à nous servir nous-mêmes à boire, et à trinquer avec d'autres absents. 

 

mardi 10 juin 2025

Une actualité gratinée

 Actualité politique internationale: Deux psychopathes sont dans un bateau (pour ne pas les confondre, convenons de les appeler Psycopatati et Psycopatata). Psycopatata secoue  Psycopatati, et Psycopatati  secoue le bateau; qui reste-t-il sur ... ah, bah voilà que le bateau flotte la quille en l'air maintenant, où sont-ils passés?

Actualité galactique intergalactique; en ce moment le gratin du cinéma d'animation se retrouve à Annecy! Vous pourrez (si vous avez de la chance)  papoter avec Matt Groening ou Michel Gondry, fondre de tendresse devant les premiers pas (tataaaaa!) sur grand écran d'une toute petite Amélie Nothomb (on parie qu'elle deviendra grande?), assister aux premières de futurs blockbusters et de courts métrages de toutes dimensions. Enfin, je veux dire, si vous avez pris vos dispositions à temps... mais je suis sûr que vous aviez noté ça depuis longtemps sur votre calendrier, n'est-ce pas? 

 

samedi 22 mars 2025

Retour des marguerites

 C'est le printemps!
Ou, comme disent joliment les Chats, les fleurs sont de retour.
Vous le saviez?
Bon, je ne vous apprends rien alors.
Désolé, je cherche partout de bonnes nouvelles à vous annoncer et en ce moment elles sont un peu perdues parmi la foule des mauvaises.
J'en ai trouvé une pas forcément mauvaise, peut-être même bonne, il faudra voir: le roman de Boulgakov, Le Maître et Marguerite, a été adapté à l'écran; pour quel(s) écran(s)? Il n'est pas encore distribué chez nous, et avec les adaptations de livres réputés inadaptables, on ne sait jamais à quoi s'attendre, on a parfois de bonnes surprises. Par exemple, il y a quelques années, la BBC avait adapté les Carnets d'un jeune médecin, aussi de Boulgakov, en une série télé pas mauvaise du tout, et le réalisateur de ce nouveau film, Michael Lockshin, semble s'être donné du mal; voilà ce qu'il en dit:

 S'il n'y avait pas eu la guerre, je pense que j'aurais eu l'occasion de sortir le film dans mon montage. Il aurait été légèrement plus long - peut-être 12 ou 15 minutes. Bien que j'aie réussi à empêcher qu'on fasse certaines coupes, les producteurs ont insisté pour que le film dure deux heures et trente minutes. Ils avaient ce chiffre en tête. [...] Nous avons probablement obtenu 90 à 95 % du film que nous souhaitions. Mais je reconnais qu'avec ces 5 à 10 % restant, le film aurait pu être meilleur. C'est un miracle que le film soit sorti. Et le deuxième miracle est que les éléments politiques n'ont pas été coupés, la clef du drame du personnage principal a été préservée. 

Alors, attendons-nous à l'inattendu (ça commence à devenir une habitude).

vendredi 14 mars 2025

Vies privées

C'est vrai, je n'ai pas - à cause d'un emploi du temps chargé - dit au revoir à Février comme il l'aurait fallu. J'aurais dû m'inspirer de l'exemple de  Geneviève Page,   qui savait, elle, télégraphier en morse d'inoubliables  "Auf Wiedersehen". 

Geneviève Page
1927-2025

 

mardi 28 janvier 2025

A Barrel of Laughs, a Vale of Tears, and a ghost writer

Il est affamé, ce mois de Janvier.
À cause de lui nous n'avons plus de Gabriel Yacoub (de Malicorne) pour nous faire danser au son de l'épinette, de Jules Feiffer (de Mad, du NewYorker et d'un peu partout) pour nous faire rire de choses qui pourraient nous donner envie de pleurer, et de Bertrand Blier (du cinéma et de papa) pour nous tendre des mouchoirs (au cas où les deux autres n'auraient pas réussi à nous égayer).
Jean-François Kahn - ultime pirouette - a créé une dernière fois l'événement, en mourant un jeudi. Et ça ne suffisait pas à Janvier: Henri-Fréderic Blanc, le plus Marseillais de mes écrivains préférés, m'a fendu le cœur. Henri, j'ai le cœur fendu par toi. Alors, alors nous jouons plus alors? Ne crois pas t'en tirer comme ça, je parlerai encore de tes livres. Pourquoi pas du Discours de réception du Diable à l'Académie Française? Un peu de publicité pour tes talents de ghost writer, ça ne peut pas faire de mal à ta carrière posthume - parce que même devenu ghost pour de bon, je n'arrive pas à t'imaginer posant ta plume. 

Gabriel Yacoub 1952-2025
Jules Feiffer 1929–2025
Bertrand  Blier 1939-2025
Jean-François Kahn 1938-2025
Henri-Fréderic Blanc 1954-2025

 

 Au cas où le titre de ce billet vous laisserait perplexe: il emprunte à celui d'un recueil de Feiffer:   A Barrel of Laughs, a Vale of Tears (1996) 


jeudi 23 janvier 2025

Partons vers l'été avec Tove Jansson

 Que l'actualité est sombre, ou pour le moins morose. Si nous sombrions dans la morosité, nous risquerions de négliger nos bonnes résolutions du premier de l'an. Essayons de grappiller ici et là quelques bonnes nouvelles. Ah, en voilà une: Le livre d'un été, de Tove Jansson (l'amie des trolls petits et grands et des My petite et grande), a été adapté au cinéma par Charlie McDowell. Tourné en Finlande, naturellement, il n'est pour le moment encore programmé que dans les salles finlandaises; mais (soyons positifs!) tôt ou tard, on pourra le voir chez nous, non? Glenn Close y joue le rôle de la grand'mère, ça ne nous rajeunit pas (et quand on pense que Moumine le petit troll a fêté ses soixante-dix-sept ans ça ne nous rajeunit pas non plus). Pour vous faire patienter, il faudra que je vous parle de ce livre (Sommarboken, 1972) et de L'Art de voyager léger, et des autres livres de Tove Jansson (plusieurs des aventures des Moumines ont eu droit à une nouvelle édition en français ces dernières années!), ils le méritent bien.

 

samedi 18 janvier 2025

Marche avec moi

 Qu'un rideau rouge se referme sur la Californie, nous empêchant de retourner sur nos pas vers Mulholland Drive, on ne le savait pas mais c'était un avertissement.
Et puis c'est arrivé: le prince Écran Noir, qui, une heure après avoir appris la nouvelle, s'avouait "encore sonné", puis Edwin Turner et un peu plus tard John Coulthart disaient la même chose, it is happening again ; un peu sonné moi aussi, j'ai vérifié un peu partout - sa page Wikipedia, sous l'avertissement habituel de "ne pas parler de lui au passé", m'a appris que son style "est parfois qualifié de lynchien" (merci Wikipedia) - et partout on le confirmait: David Lynch a pris le même chemin qu'Angelo Badalamenti, Julee Cruise, Catherine Coulson... sans doute ont-ils rendez-vous quelque part, mais personne n'a su me dire où.

David Lynch 1946 – 2025 

 

jeudi 28 novembre 2024

Ce qu'on peut attendre de Radu Jude

 Radu Jude, vous vous souvenez? Je vous avais parlé de lui il y a trois ans, à propos du passage, sur Arte, de son film Îmi este indiferent daca în istorie vom intra ca barbari (ça veut dire Peu m'importe si l'Histoire nous considère comme des barbares); l'an dernier il en a réalisé un autre, qu'il appelé Nu astepta prea mult de la sfârsitul lumii (ça veut dire N’attendez pas trop de la fin du monde). Celui-ci je ne l'ai pas encore vu (pas sorti en salles; surveillez Mubi!), mais on peut déjà en conclure que Radu Jude est très fort pour donner à ses films des titres mémorables (et qui collent à l'actualité, en plus).

mercredi 2 octobre 2024

Une Dame est une Dame est une Dame

 Pour se démarquer de son prédécesseur Août, qui avait préempté le large sourire chaleureux de Gena Rowlands, c'est l'aristocratique sourire pincé de Maggie Smith (plus dissuasif que l'exhibition d'une rangée de dents de requin pour faire barrage à toute contradiction, comme le démontra Dame Maggie dans plus d'un rôle mémorable) que Septembre a choisi de figer pour la postérité.

Maggie Smith, 1934-2024

 

samedi 31 août 2024

Gloria...

 Août n'a pas voulu écouter mes conseils, et a préféré imiter ses grands frères et leur fichue manie d'emporter des gens avec eux. Ça m'a perturbé, ces avis de décès qui s'empilaient; j'en ai oublié de souhaiter son 120ème anniversaire à Julio Cortazar (c'était pourtant simple de se rappeler la date, c'était le 24 août).
Gena Rowlands, Alain Delon et puis, comme ça ne suffisait pas, Atsuko Tanaka et Catherine Ribeiro.
Devinez les quel(les) me manquent le plus?


Gena Rowlands 1935-2024
Alain Delon 1930-2024
Atsuko Tanaka 1962-2024
Catherine Ribeiro 1941-2024

vendredi 2 août 2024

Plusieurs femmes

Encore un mois mélancolique pour les cinéphiles, ce mois de juillet 2024.  Il y a neuf ans (comme le temps passe) nos amis de l'Œil des Chats, commentant ce billet, résumaient en ces termes la carrière de Ian Holm:

"Un acteur qui a incarné Raymond Poincaré, Napoléon, Himmler, Thénardier, Goebbels, Ponce Pilate et Jack l'éventreur ne peut pas être mauvais"…

 La carrière de Shelley Duvall fut sans doute moins variée que celle de Ian Holm - son physique a souvent encouragé les directeurs de casting (surtout ceux de la télévision) à la confiner dans le rôle de "la rigolote de service" - mais, comme Holm, mauvaise, elle ne l'a jamais été (n'en déplaise aux jurés des Razzie Awards): ni en Suzanne Davis (la Dulcinée malchanceuse de Brewster McCloud de Robert Altman), ni en Susan Frankenstein (la non-fiancée de Frankenweenie de Tim Burton), et son fameux physique rigolo, elle l'a assumé avec panache en enfilant les grandes godasses d'Olive Oyl auprès du Popeye  de Robert Altman (toujours!); dans deux rôles en particulier, celui de Wendy Torrance dans The Shining de Kubrick, et celui de Millie Lammoreaux dans Trois Femmes de Robert Altman (merci, décidément, Robert Altman!) elle brille d'un éclat singulier; qui d'autre aurait pu interpréter mieux qu'elle ces rôles de perdantes magnifiques?

Elle aussi brilla d'un éclat singulier, dans un autre univers: Cheng Pei-pei, l'Hirondelle d'or (dans Come drink with me, de King Hu, et dans Golden Swallow, de Chang Cheh), et surtout l'insaisissable Lady Hermit dans Les Griffes de Jade de Ho Meng-hua. Après ce film qui se termine sur une fin ouverte, elle tourna le dos à sa carrière d'actrice de wu xia pian, pour tenter d'autres expériences, avec des fortunes diverses; ainsi, le mystère de la Dame ermite, chasseresse amoureusement chassée, restera entier.

Shelley Duvall, 1949-2024
Cheng Pei-pei, 1946-2024

vendredi 21 juin 2024

Un homme, une femme

 La probabilité qu'Anouk Aimée et Donald Sutherland partagent un jour le haut de l'affiche d'un film inscrit dans la course aux Oscars vient de tomber à zéro. C'est dommage, mais on peut se consoler avec les films qu'ils ont vraiment tournés pour de vrai.

Anouk Aimée, 1932-2024
Donald Sutherland, 1935-2024

 

 

 

mercredi 21 février 2024

Un moment d'émotion pour Nimona

 Certains des visiteurs parmi les plus fidèles de ce blog ont fait savoir à leur ami Tororo qu'ils s'inquiétaient pour sa santé (celle du blog); pourquoi ce long silence en un début d'année riche en événements? Rassurons-les: Tororo est, simplement, très pris par ses activités en dehors d'internet, et, que voulez-vous, tororoshiru.com ne s'écrit pas tout seul (une version assistée par une intelligence artificielle est actuellement en développement dans nos bureaux d'étude).


Cependant, une actualité particulièrement brûlante force l'humain derrière la machine à retourner à son clavier: si vous faites partie de ceux de mes lecteurs qui, convaincus par tout le bien que j'ai dit par le passé de la série Nimona, se désolaient de ne pouvoir, faute d'argent, accéder à son adaptation animée disponible jusqu'ici seulement sur Netflix (c'est que ça coûte des sous, ce machin), vous serez heureux d'apprendre que ledit Netflix vient de la mettre gratis pro deo* à la disposition du public, sur Youtube, dans une définition confortable et sans coupure de pub! Saluons cette initiative, peut-être pas complètement désintéressée (le film  a été sélectionné dans plusieurs compétitions, et ils ont pu penser que créer autour de lui un peu de buzz, ou de hype -
au fait, c'est quoi qui est mieux, le buzz ou la hype? vous le savez, vous? - ne pouvait pas lui faire de mal). En tous cas je suis content pour Indy Stevenson et tous les gens qui se sont décarcassés pendant sept ans pour que ce film existe.
Profitez-en, tant que ça dure!

 

 * "Rien n'est gratuit en ce monde, sauf la grâce de Dieu."
Charles Portis: True Grit

 

 

vendredi 15 septembre 2023

Un instant qui dure longtemps


Tous les codes visuels du film noir étaient présents dans ce rêve des petites heures du matin: ça se passait la nuit, bien sûr, une nuit trouée de lumières lointaines (enseignes au néon, lampadaires vacillants, éclairage inamovible de lointains quartiers d’affaires), juste assez de lumières pour égayer de reflets l’eau noire du port… ou du canal… enfin de la masse d’eau sombre comprimée entre des quais de béton que nous longions en voiture. Une voiture américaine comme il se doit, à en juger par son volume intérieur. Soudain le conducteur, à côté de moi, perdait le contrôle…. peut-être aussi perdait-il conscience… car la voiture quittait la chaussée et se dirigeait droit vers le bord du quai. Encore une situation classique de film noir!
Un instant (qui durait longtemps) nous survolions l’eau comme en avion.
Un sarcasme qu’un de mes amis flics avait lâché un peu plus tôt dans le rêve (dans ce rêve j’avais des amis flics) me revenait en mémoire: Cette-eau-là, c’est trente pour cent de pisse de rat.
Il n'y a que dans les films noirs qu'on mentionne ce genre de statistiques, n'est-ce pas?
Si nous avions été au cinéma, la tension aurait dû être à son comble.
Pourtant je ne ressentais aucune inquiétude, au contraire, c’est une euphorie tout à fait déplacée qui m’envahissait pendant que la voiture crevait la surface de l’eau.
Et je me suis éveillé content, encore tout émoustillé par cette éphémère sensation de légèreté que j’avais ressentie quand la voiture avait quitté le sol.
Les ficelles - même les les plus éprouvées - du film noir,  lorsqu'on les retrouve  dans les rêves, ne produisent pas toujours la même impression qu'au cinéma.

mardi 15 août 2023

Tonight's the night to knight knights

 Chez nous, la nuit du 4 août, on célèbre l'anniversaire de l'abolition des privilèges. Enfin... c'est ce que j'ai entendu dire autrefois: cette année, les célébrations ont été plutôt discrètes, il me semble; les privilèges à abolir, ce ne serait donc plus d'actualité?

Et dans les royaumes imaginaires, ces fameux pays imaginaires où il nous semblait l'autre jour que l'horizon était plus dégagé que par ici, que célèbre-t-on à une date consacrée? Hé bien, the Night to Knight Knights (ça sonne bien, non?), on la célèbre dans le Royaume (le Royaume tout court: on ne lui donne pas d'autre nom), celui où vivent Ballister Boldheart, Ambrosius Goldenloin... 

et Nimona.

Hé oui, Nimona s'en sort toujours, ça s'est vérifié une fois de plus. Si vous voyez de quoi je parle, ça veut dire que vous êtes allé regarder (c'est sur Netflix depuis le mois dernier) à quoi ressemblait cette fameuse adaptation animée de Nimona dont je vous ai rebattu les oreilles. Alors? Ça vous a plu?
The Night to Knight Knights, et le drame qui se déroule pendant cette nuit fatidique, ça fait partie des nombreux petits changements qui ont été apportés à l'histoire que vous avez pu lire dans les versions webcomic ou papier. Pour tenir dans une heure (et quelques) de vidéo, le récit a été allégé de pas mal de péripéties,  et différents artifices le font avancer à cent à l'heure; le personnage de Goldenloin (qui dans la BD était au départ une simple silhouette un peu ridicule) a été rendu plus complexe et plus sympathique: dans la BD, les circonstances qui avaient valu à Ballister de perdre son bras étaient laissées un peu dans le flou, dans le film elles sont précisées, et on répond enfin à la question: Goldenloin l'a-t-il fait exprès, ou pas? La réponse est : il l'a fait exprès sans le faire exprès, ça a l'air idiot si on le dit comme ça mais dans le contexte c'est logique. La présence de technologies avancées dans une société qui garde une structure féodale s'explique par le passage d'un millénaire entre l'instant fondateur et le présent*. C'est d'ailleurs d'une actualité troublante: des sociétés qui se prétendent tournées vers le futur, en restant attachées à une mythologie nationale vieille de mille ans ou plus...  ça ne vous rappelle rien?
Le dessin est moins anguleux que dans le comic, plus rond, plus "Blue Sky", quoi; l'animation est fluide et les couleurs, chatoyantes, ont été l'objet d'une attention spéciale; les character designers, les dialoguistes et les doubleurs se sont donnés à fond; s'ils avaient fait tout ça pour rien (comme on a pu le craindre un moment), ç'aurait été un beau gâchis. Ceux qui l'ont vu en avant-première ont été ravis (il y a un florilège de critiques sur Cartoonbrew), et les abonnés de Netflix aussi.
Bref, Nimona le film est plutôt une bonne adaptation: les meilleures adaptations, ce sont en général celles qui ne cherchent pas à coller de trop près au matériau original, on l'a vu avec The Princess bride, Le Guépard, L'illusioniste, Le Prestige, la liste peut être longue, n'hésitez pas à proposer des exemples (et des contre-exemples si vous en trouvez).
J'aimerais bien que ça sorte en DVD, pour que je puisse me le repasser dans tous les sens quand je voudrai! Mais ça, avec Netflix, c'est une autre histoire.

*oui, ça laisse sans réponse la question: qu'a fait Nimona pendant tout ce temps? Les cartésiens pourraient appeler ça un plothole. À ces cartésiens on répondra comme pourrait le faire Nimona: reprends donc de la pizza.


mardi 1 août 2023

Real treasures (the friends we made along the way)

Un nouveau mois commence: essayons d'y entrer du bon pied. Voyons si, quelque part, l'horizon s'éclaircit... Ah mais oui, quelques trouées dans les nuages, mais assez loin d'ici, du côté des mondes imaginaires.

Vous vous en souvenez, il y a quelques années (à propos de "Valérian et Laureline"),  Phersv et  votre serviteur étaient tombés à peu près d'accord sur une formule pas trop compromettante:
"Pour faire court, ce n'est pas si mal". 

Le nouveau film D&D (Donjons & Dragons : L'honneur des voleurs) n'est pas exempt de défauts, mais si on le juge pour ce qu'il est: une transposition un peu ironique de ce qui se passerait sur un plateau de jeu si on prêtait vie à toutes les figurines, petites et grosses (ce n'est pas si facile: pour lancer un sort pareil et le faire durer deux heures, quarorze minutes, et pas une minute de moins, il faut être au moins niveau 25),  et non pas, surtout pas, une saga-de-fantasy-qui-se-prend-au-sérieux comme on en produit maintenant à la chaîne,  on s'amuse bien devant l'écran. Je dirai donc cette fois:
"Pour faire court, ce n'est pas mal du tout";
un peu plus téméraire en cela que Phersv, qui se demande carrément... pourquoi il a aimé. Mais après avoir fait quelques réserves, comme on pouvait s'y attendre, Phersv en parle bien (et en bien).

Et il n'est pas le seul. Que dit, par exemple, Laurent Kloetzer?
"...nous autres, les rôlistes, aimons en particulier certains films, qu'on qualifierait volontiers de "films de rôlistes" : qui mettent en scène une bande de personnages héroïques, un peu décalés parfois, qui échangent entre eux des blagues méta sur ce qui se passe et construisent des plans improbables qui parfois échouent - mettons Chevalier, ou Les Goonies, ou Princess Bride, ou la série The Expanse... Je suis sûr que vous en trouverez plein d'autres dans vos mémoires."  Cedric Ferrand évoque, lui, les Gardiens de la Galaxie. On pourrait aussi suggérer le Starship Troopers de Verhoeven, construit comme un film de propagande pour le recrutement et adoptant en surface les codes du film de guerre: en résumé, tous ces films, si on s'arrête à leur premier degré, on rate quelque chose. 

En fait, tous ceux qui font partie du public-cible de ce film (Phersv, Imaginos, Laurent Kloetzer, Cedric Ferrand... et  votre serviteur)  sont allés le voir "un peu à reculons", échaudés par les affligeantes tentatives précédentes (Profion, que ton nom ne soit plus!). Et tous, ou peu s'en faut, en sont ressortis en esquissant des pas de danse et en grattant des instruments à cordes imaginaires.  Moi-même, regardez-moi bien: ne suis-je pas en train de danser avec grâce et de tirer des sons harmonieux de mon luth?   (mille pets de dragon, ne me déconcentrez donc pas pendant que je lance ce sort que j'ai eu un mal fou à mémoriser!).

 

lundi 19 juin 2023

On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a

 

Oh que je voudrais qu'il pleuve des bonnes nouvelles, pour que nous puissions nous en réjouir ensemble, chers visiteurs! Mais en ce moment il ne pleut que de l'eau, avec la semaine dernière quelques grêlons en prime. En cherchant bien, j'ai pourtant trouvé quelque chose qui ressemble un peu à une bonne nouvelle. Vous vous en souvenez peut-être: en faisant il ya trois ans l'éloge d'Alasdair Gray,  j'avais mentionné (trop brièvement) un de ses romans, court mais foisonnant: Pauvres Créatures (Poor Things) dans lequel il revisitait, avec l'irrévérence qui était sa marque de fabrique, le mythe du Prométhée moderne. Un livre que je ne pensais pas voir un jour adapté à l'écran, en raison de sa structure: deux rapports, l'un long et sinueux, l'autre bref et incisif (et, de plus, ils sont contradictoires), sur les mêmes événements; tirer des deux une continuité cinématographique? ça semblait un pari hasardeux. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler*; car contre toute attente le roman vient d'être adapté, et pas par n'importe qui: par Yorgos Lanthimos, qui n'est guère plus respectueux des règles du cinéma mainstream que Gray ne l'est de celles de la littérature blanche.  Alors, le résultat pourrait bien être intéressant. Je suis curieux de voir (le film n'est pas encore sorti du côté de chez moi) comment Lanthimos s'y est pris pour insuffler vie à ce drôle de bébé! Ce n'est sans doute pas le genre de film qui reste longtemps à l'affiche: je vous conseille donc de guetter son passage.

 *À vrai dire, je me demande si le titre que j'ai choisi pour ce billet, "On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a", ne me rend pas, déjà, coupable de spoiler? C'est quasiment le résumé du livre!