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mardi 15 juillet 2025

Il n'est pas de plaisir superflu

Que la canicule gambade au-dessus de nos têtes, ou pas; 
que sous nos fenêtres on célèbre le quatre juillet, ou le quatorze, 
ou rien du tout, 
l'actualité ne fait toujours rien pour améliorer notre humeur.
Que peut-on y changer?
De qui prendre conseil? De Juliette peut-être? 
Elle sait prendre de la hauteur par rapport aux 
événements; que nous dit-elle?
Quand le monde court à sa perte
Il n'est pas de plaisir superflu...

 
Merci Juliette, tu es toujours de bon conseil.
En voilà un, de plaisir pas du tout superflu: la musique d'Elaine Fine!
Allez écouter Calico Pie, sa petite pièce pour piano et voix, sur un poème d'Edward Lear; ouvrez les oreilles, fermez lez yeux, vous verrez s'envoler les oiseaux bleus, les poissons bleus, les sauterelles bleues, et vous entendrez les souris barboter et chantonner dans leur thé; et ne craignez pas que, s'ils partent, ils ne reviennent jamais: il suffit d'appuyer encore sur la touche play et ils reviendront. 

 

mardi 13 mars 2018

L'anniversaire du Lear



Tout à mes préoccupations actuelles, j'ai omis de vous rappeler qu'hier 12 mars était la Journée Internationale du Hibou et de la Minouchette, instituée en 2012 par la Reine pour commémorer la naissance d'Edward Lear.
J'espère que vous n'avez pas oublié de la célébrer.
Voici, en réparation de ma négligence, un poster à suspendre au-dessus de votre table à thé.

Vous pouvez trouver cette image à une
plus haute définition sur le site du
Bélial.

Où est le hibou, me demandez-vous? Ma foi, ne perdez pas de vue que tous les hiboux ne sont pas ce qu'ils ont l'air d'être - et inversement.


Illustration de Nicolas Fructus 
Le Bélial 2018

jeudi 1 juin 2017

Vu et approuvé


Les billets parus sur ce blog au mois de Mai ont été officiellement approuvés par le Hibou et la Minouchette: un label de qualité que, j'en suis sûr, nos lecteurs apprécieront à sa juste valeur.

- La motion est adoptée? Pas besoin de recompter les voix?
- Pas la peine.

- Alors, on se la fait, cette sieste?
- Je veux.

- Tes moustaches... elles...
cha...

- ... tou...   zzzzz...


Le jury qui a décerné cette distinction à Tororoshiru était composé de Fuku-chan et Marimo, respectivement chouette et chatonne ayant débuté dans la vie comme mascottes du Hukulou Coffee à Osaka avant d'accéder au statut envié de célébrités de l'internet. Les images ci-dessus proviennent du site du Hukulou Coffee et ont, par la suite, migré un peu partout sur le web: ceci n'est pas un message publicitaire.


vendredi 12 mai 2017

Owl and Pussycat Day


Aujourd'hui n'est pas un jour ordinaire: 
c'est l'anniversaire d'Edward Lear!
Il est né il y a deux cent cinq ans*.

Et il n'a pas vieilli d'un poil.

Enfin, si, pour être honnête,
mais juste de quelques poils.

Levons, à sa mémoire, un verre de vin de Marsala.


*Outre-Manche, ce jour est célébré sous le nom de "Owl and Pussycat day".
Exigeons du nouveau président de la République qu'il instaure en France une Journée Nationale du Hibou et de la Minouchette!



Origine des illustrations: 
(pour le Portrait d'Edward Lear à l'âge de cinq ans par sa sœur Ann)
(pour la photographie d'Edward Lear 
vers l'âge de cinquante-cinq ans - tirage albuminique, circa 1860)

mercredi 29 janvier 2014

Runcible était son chapeau



Yet I wish I could modi -
- Fy the words I needs must say!
The Courtship of the 
Yonghy-Bonghy-Bò



Edward Lear irait à présent sur ses deux cent deux ans, s’il n’était mort un triste 29 janvier (celui de 1888).
« Edward Lear est un écrivain, un illustrateur et un ornithologue britannique connu pour sa poésie », nous apprend cursivement Wikipédia, soucieuse d’aller à l’essentiel.

Chesterton, qui passa au crible la vie, l’œuvre et les opinions de tant de ses contemporains avec l’empirisme inquisiteur d’un saint Thomas, acceptait l’existence de Lear sans lui contester la qualité de créature fabuleuse (We accept him as a purely fabulous figure, on his own description of himself) alors même qu’il émettait de sérieuses réserves quant à la viabilité de l’amphisbène, de la philosophie de Nietzsche, de la licorne et du taylorisme.

« The matters which most thoroughly evoke this sense of the abiding childhood of the world are those which are really fresh, abrupt and inventive in any age; and if we were asked what was the best proof of this adventurous youth in the nineteenth century we should say, with all respect to its portentous sciences and philosophies, that it was to be found in the rhymes of Mr. Edward Lear and in the literature of nonsense. The Dong with the Luminous Nose, at least, is original, as the first ship and the first plough were original.»

« Dans tous les âges, il est des inventions qui témoignent de cette jeunesse permanente du monde, par leur fraîcheur, leur originalité, leur imprévisibilité; et si on nous demandait un exemple de la persistance de ce juvénile esprit d’aventure en notre dix-neuvième siècle, nous dirions, sauf tout le respect qui est dû à ses achèvements scientifiques et philosophiques, qu’on le trouvera dans les comptines de M. Edward Lear et dans la littérature du nonsense. Le Dong au nez lumineux, à tout le moins, est original, au même degré que furent originales la première barque et la première charrue

L’autoportrait auquel, tout à l’heure, faisait allusion Chesterton, le voici:



"How pleasant to know Mr.Lear!"
Who has written such volumes of stuff!
Some think him ill-tempered and queer,
But a few think him pleasant enough.

His mind is concrete and fastidious,

His nose is remarkably big;
His visage is more or less hideous,
His beard it resembles a wig.

He has ears, and two eyes, and ten fingers,

Leastways if you reckon two thumbs;
Long ago he was one of the singers,
But now he is one of the dumbs.

He sits in a beautiful parlour,

With hundreds of books on the wall;
He drinks a great deal of Marsala,
But never gets tipsy at all.

He has many friends, laymen and clerical,

Old Foss is the name of his cat;
His body is perfectly spherical,
He weareth a runcible hat.

When he walks in waterproof white,

The children run after him so!
Calling out, "He's gone out in his night-
Gown, that crazy old Englishman, oh!"

He weeps by the side of the ocean,

He weeps on the top of the hill;
He purchases pancakes and lotion,
And chocolate shrimps from the mill.

He reads, but he cannot speak Spanish,

He cannot abide ginger beer:
Ere the days of his pilgrimage vanish,
How pleasant to know Mr. Lear!

Edward Lear:
Self-portrait of the 
Laureate of Nonsense

His beard, it resembles a wig


C’est un rare bonheur de connaît’ Mister Lear

Pour lir’ c’ qu’il a écrit, ça vaut l’ coup d’savoir lire!
D’aucuns le décriraient comme «grognon», ou «maboul»,
Quelques-uns, en revanche, le trouvent à la coule;

Son caractère en un mot? «pointilleux»;

Le mot qui convient pour son nez? «spacieux»; 
Son visage? Si on veut, on peut dire «hideux»,
Mais on n’est pas forcé; sa barbe? Un sac de nœuds.

Quoi encore? Des oreilles - plusieurs; deux yeux; dix doigts

(Dix si on compte les pouces, moins si on les compte pas)
On se souvient - un peu - qu’il chanta autrefois,
Mais, pour quelque raison, de nos jours il s’ tient coi.

En le sombre retrait qu’il nomme «sa galerie»

Des livres, par centaines, qui font tapisserie;
De vin de Marsala il boit des quantités
Sans en jamais sentir nulle incommodité.

Ses amis, qui sont-ils?  Hommes de robe ou de plume.

Qui, son chat? C’est Old Foss qu’on le nomme.
Sa silhouette: remarquable par sa sphéricité;
Son fameux chapeau, par sa runcibilité.

Qu’il porte un imper’ blanc  même lors qu’il est en nage

A l’heur de réjouir les enfants du voisinage
(Cet âge est sans pitié): « V’là qu’il sort en liquette,
L’ vieux godon mal luné!» est le couplet qu’ils répètent.

En effusions lyriques parfois il se répand

Sur la crête des monts, la grève des océans;
Pancakes et lotions il achète à toute heure, 
Et chips de chocolat de chez le bon faiseur.

Il sait lire l’espagnol sans pourtant le parler;

Il n’aime pas la petite bière; faites-vous présenter,
Par quelque ami commun, sans attendre qu’il expire
Car c’est un vrai bonheur de connaître Mister Lear.


The spherical and the runcible


On dit de lui qu’il a inventé le nonsense; il a fait mieux, il l’a porté d’emblée à son point de perfection. 
Parti d’une forme poétique déjà ancienne à son époque, le limerick, qui devait pour une bonne part sa popularité aux équivoques souvent égrillardes que permettait sa brièveté et les contraintes purement sonores qu’il imposait (répétition ou, au choix, assonance dans le premier et le dernier vers), il l’enrichit d’une trouvaille qui ravit ses contemporains: il prouva qu’il restait aussi drôle si on en retirait le double sens, et même le sens tout court: exactement comme pour le Pobble qui ne se porte pas plus mal si on lui soustrait tous ses orteils. 

Comme ses prédécesseurs dans ce genre de compositions, il ne se plia qu’aux lois de la rime et de l’allitération, quitte à faire plier devant elles celles de la syntaxe, de la prosodie, du bon usage, sans parler de celles du sens commun. 


S’ils ne sont pas encombrés de sens, ses poèmes (son œuvre poétique ne consiste pas qu'en limericks, loin de là!), en revanche, sont plein à ras bord de mots, qui ont, pour la plupart, quelque chose de caractéristiquement anglais bien que certains existent tandis que d’autres pas. Les mots qui n’existent pas sont souvent plus gentils que les mots qui existent, ce n’est pas Lewis Carroll qui dirait le contraire. Et il est bon qu’ils le soient, gentils, ces mots gratuits, pour hérissés qu’ils soient de lettres rébarbatives venues des recoins les moins fréquentés de l’alphabet, de signes diacritiques exotiques, de diphtongues incongrues*: car la raison d’être de ces poèmes (leur absence de sens ne les prive pas plus de raison qu’elle ne les prive de rime, et nous avons déjà vu que, de rime, ils n’en manquent pas) est de proposer des adoucissements imaginaires aux tribulations invraisemblables d’êtres impossibles, qu'ils fussent Quangle Wangle Quee solitaire, Yonghy-Bonghy-
Bò dédaigné, lady esseulée sur la côte de Coromandel ou Jumblies affrontant sur de frêles esquifs les périls de la Torrible Zone; il est permis de penser qu’ils contribuèrent aussi à rendre un peu plus supportables les tribulations, en rien imaginaires, qui s’accumulèrent en nombre invraisemblable (la page que wikipedia.fr consacre à Lear, nous l’avons vu, est succincte; on trouvera quelques données biographiques supplémentaires sur la page en anglais) dans l’existence de l’impossible Monsieur Lear.

*Yonghy-Bonghy-Bò! Quangle Wangle Quee! Ploffskin, Pluffskin! Plumpskin, Ploshkin! Crumpetty! Jumbly! Jangly! Chankly! Bore!
Fun fact: si vous prononcez cette formule soixante-dix-sept fois d'un trait et sans faute, il y a de fortes chances que vous fassiez apparaître un Dong au nez lumineux. 
Quelque part.




NDTT (note du Tororo Traducteur): Oui, dans ces quatrains, « spacieux » compte pour trois syllabes, et « réjouir » pour deux, et alors? Et « nomme » rime avec plume, parfaitement. Num-num. Et le versificateur n’a pas respecté l’alternance des rimes masculines et féminines, hé quoi? Nous sommes au vingt-et-unième siècle, et de nos jours les filles n'ont pas moins de bosses que les garçons n'ont de creux, que diable.
Sachez, lecteurs pointilleux au long nez,  que Françoise Morvan, traductrice de son état, a livré sur son blog, de ce poème de Lear, une version beaucoup plus soucieuse de rigueur prosodique.


La photo a été empruntée à Wikimedia Commons, 
le dessin à nonsenselit (page consacrée 
au souvenir d'Edward Lear).