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jeudi 9 juillet 2026

Presque, mais pas tout à fait?

Dans la nuit du 24 au 25 (du mois dernier) j'ai rêvé que j'allais me faire vacciner: la salle de vaccination ressemblait à une salle de classe où on avait poussé les bancs contre les murs. Sur les bancs, entre les armoires métalliques,  des grappes de gens attendaient; mais voilà  qu'on m'appelle déjà, comme si j'allais passer en priorité!

C'est le lundi suivant, justement (ce lundi), que j'avais pris, de longue date, rendez-vous pour mon rappel de vaccin; à l'heure convenue, pas d'autre candidat à la vaccination; le laborantin m'accueille avec le sourire mais quand il revient de sa réserve il a l'air déçu: il vient de s'apercevoir que sa dernière boite de vaccins était périmée. Il faut qu'il refasse une commande et me propose de revenir dans une semaine.
Ce n'est pas encore pour cette fois
(que j'aurai eu un rêve prémonitoire).

dimanche 28 décembre 2025

L'échelle flottante des songes

 Cette nuit, j'ai une petite sœur (ce n'est pas la première fois que ça m'arrive); moi, je dois être adolescent (ça aussi, ça m'arrive parfois), à juger par notre différence de taille.
Je rêve qu'avec ma sœur, nous rangeons des cartons, pleins d'outils et d'accessoires divers, sur des étagères. Certaines sont très hautes; à tour de rôle nous montons sur une échelle.
"On va ranger les pinceaux ici, et..."
Mais à peine ai-je commencé qu'elle finit ma phrase: "et l'échelle, on l'accrochera au plafond !"
Et nous rions tous les deux. C'est bien, d'être frère et sœur.

 

lundi 1 décembre 2025

Décembre: avoir chaud

Cette fois mon père ne reste pas longtemps dans mon rêve: il est l'heure, pour lui, d'aller travailler (oui, dans le monde de l'éveil il prendra sa retraite en 1977, mais c'est encore loin dans le futur...) et comme il fait froid, il referme son manteau et ajuste son écharpe. Il me sourit en me disant de rester au chaud. Je me réveille, puis dès que je me rendors j'ouvre les yeux et je sors de ma chambre; en effet il fait chaud! Mon père avant de partir a bien garni la cheminée dans la pièce voisine, et le feu brûle haut et clair, réchauffant toute la maison. La nuit mon père pense à tout. 

 

vendredi 17 octobre 2025

Il est des pays où les gens, au creux des lits, font des rêves

 Les rêves prémonitoires, vous y croyez, vous? À moitié seulement? Hé bien j'ai la preuve irréfutable que ça existe. Vous vous souvenez de la prédiction qui concluait le billet que j'avais écrit il y a... huit ans sur Zootopia? Elle était inspirée par un rêve que j'avais fait (un vrai rêve que j'avais vraiment fait, hein, ce n'était pas un procédé rhétorique; je suis toujours sérieux quand je parle de choses sérieuses, comme les rêves ou les dessins animés).
Et voilà, la prédiction s'est réalisée: on va retourner à Zootopia, cette fois encore en compagnie de Gazelle! C'est réconfortant de penser que les rêves peuvent nous signaler les rares raisons que nous avons d'espérer en un avenir meilleur, comme des chandelles dans la nuit.

 

vendredi 11 juillet 2025

Cuisante comme un remords

 Souvent, je rêve que j’écris. Et de belles choses, vous pouvez me croire! Seulement, je n’en ai plus aucun souvenir au réveil, juste une impression, cuisante comme un remords.

 Or ce matin, me revient de l’un de mes rêves, non une de ces pages de poésie nouvelle, mais un échange téléphonique avec une personne de ma connaissance, réellement atteinte d’une maladie grave. Comme je lui demande comment elle se sent, elle me répond : «oh, ça va comme un troupeau.»

 Et immédiatement je comprends le sens de cette heureuse formule : sa santé est fluctuante, ça va ça vient, il y a des jours terribles, des jours meilleurs, certaines de ses forces résistent, certaines déclinent, tout comme il y a dans le troupeau mouvant des bêtes plus vaillantes que d’autres. Oui, l’expression mériterait de rester. Ça va comme un troupeau. Mais alors tous ces écrits oniriques effacés au réveil?!  Ma grande œuvre perdue!  Oh, comme ça cuit!

Éric Chevillard 

lundi 19 mai 2025

Au balcon ou au tison?

Tiens, cette nuit j'ai rêvé que nous étions quelques semaines avant Noël: nous comptions les jours avec impatience.
À mon réveil, j'ai été légèrement déçu. 


mardi 18 février 2025

Choses pas vues (5): pile à lire

 Choses que j'ai vues en rêve, mais jamais vues auparavant - ni revues par après - dans la vie de tous les jours:
  Le titre d'un livre: La fin de l'additivité (je ne l'ai pas lu ni même feuilleté, je me demande encore ce que c'est que l'additivité?).
  Le titre d'un autre livre: Vous êtes des rois curieux (je n'ai pas eu l'occasion de noter le nom de l'auteur).
  Et voilà que j'apprends que Cedric Ferrand avait écrit, il y a déjà bien des années, un roman pour enfants: L'autre côté de la nuit. Dommage qu'il soit épuisé (ne le cherchez pas: il n'est pas moins épuisé de ce côté-ci du rêve).
  Il m'arrive aussi en rêve de feuilleter des magazines: dans une revue aux pages jaunies, à la typographie typique de la presse d'avant-guerre (pas cette guerre-là, l'autre, non, une autre encore avant) je vois un petit pavé de réclame pour un article quelque peu mystérieux: Le Pistolet Possible - titre en grosses lettres Art Déco, texte explicatif imprimé trop petit pour que je puisse le lire. Je suis perplexe: s'agit-il d'une nouveauté du genre que, dans les revues pour gamins, on était invité à payer en envoyant des timbres: les Lunettes à Rayons X ou le Stylo à Encre Sympathique (si un stylo peut être Sympathique, pourquoi un pistolet ne serait-il pas Possible?)... à moins que ce ne soit le titre d'un roman de Mystère... de Merveilleux Scientifique, peut-être? Des détectives à la poursuite d'une invention aux propriétés étonnantes?
  Mais, cette fois comme les autres, je n'ai pas le temps de pousser plus avant mes investigations: la bibliothèque des rêves ferme de bonne heure.

 

 Ajouté le 25/02/25:
Encore une synchronicité, cette fois avec Nikolavitch (lui, il a pu se procurer les lunettes pour voir l'invisible en relief, le veinard!).

mercredi 6 novembre 2024

Douche froide au réveil

Cette nuit, je me suis couché tard, après avoir écouté d'une oreille (de l'autre, je feuilletais un livre que je prévoyais de lire bientôt) les informations: la compétition entre candidats à la Maison Blanche promettait d'être "serrée",  à ce que disaient les journalistes.
Endormi tard, donc, je me suis éveillé tôt, avec le souvenir d'un rêve bizarre, plus bizarre que d'habitude, quasiment un cauchemar (je fais très rarement de vrais cauchemars; mais ce rêve-ci avait quelque chose de... kafkaïen, voilà le mot que je cherchais).
Au début du rêve il y avait eu des rumeurs au sujet d'un scrutin dont la date approchait: je ne m'y intéressais pas particulièrement, je ne faisais pas partie de l'électorat concerné - ça devait se passer dans une autre circonscription, ou un autre département, peut-être même un autre pays - allez donc comprendre quelque chose à la géographie des rêves!
Plus la nuit avançait, plus je rencontrais de gens qui, eux, se sentaient préoccupés par cette échéance, et m'en parlaient avec chaleur. Jusqu'à ce que quelqu'un me demande carrément: mais pourquoi ne vas-tu pas voter? Mais... mais... était tout ce que je trouvais à répondre. Mais rien du tout, me répondait-on, tu as qualité pour voter, tu ne te souviens pas? Tout ce que tu as à faire est te présenter au plus proche bureau de vote. Pourquoi pas, me disais-je; un  bureau de vote, ce n'est pas difficile à trouver, il doit y avoir des panneaux, des affiches. Pas de panneaux, pas d'affiches; je cherche quelqu'un à qui demander mon chemin, je ne rencontre qu'un vieillard pas bavard, qui m'indique du doigt une direction. Une grande porte: ce doit être là. Derrière la porte, une grande salle, pas de scrutateurs, pas d'urnes: une foule compacte d'êtres hybrides, de sortes d'animaux sur leurs pattes de derrière (peut-être des masques, ou des automates?), qui s'agitent en faisant des gestes incompréhensibles. Il y a dans un coin un escalier: le bureau est peut-être à l'étage? Je monte quatre à quatre, ça devient urgent, quelque chose me dit que l'heure de la clôture approche!  En haut, une autre grande salle, celle-ci presque vide: le long des murs, une procession d'autres êtres hybrides, encore plus caricaturaux que les précédents - on dirait de grands moutons maigres - qui se livrent à une sorte de pantomime, à la queue-le-leu, ils secouent gravement la tête, impossible d'en obtenir une réponse. Je redescends, l'escalier s'est considérablement dégradé, il semble plus étroit aussi, des décombres partout, les marches craquent. La pièce du bas s'est vidée, elle aussi semble tomber en ruine, une seule personne à qui demander mon chemin, une chose contrefaite à la tête porcine, qui ne me répond que par des ricanements. Fichtre, j'ai bien l'impression que l'élection va se faire sans moi est ma dernière pensée avant mon réveil.


Douche froide, disais-je en commençant; j'ouvre la fenêtre (je dois sortir sans trop attendre, c'est l'heure où s'ouvre le marché et je n'aime pas en manquer le début, après il y a trop de monde); dehors il pleut, il fait froid. 


mardi 9 juillet 2024

Grand bazar

 Pendant la sieste de cet après-midi, un rêve bref: je suis dans la file d'attente devant les caisses (les caisses? personne n'a de panier; ne s'agirait-il pas plutôt de guichets d'entrée, si bizarre que ça paraisse?) d'une sorte d'immense supermarché. La file est longue, et il me faut un certain temps pour entendre ce qu'on demande aux premiers de la file, encore loin devant moi: leur pièce d'identité, et leur carte d'électeur! Et justement, je ne les ai pas sur moi (normal, j'étais seulement sorti pour faire des courses); voilà qui est embarrassant, que faire?

Mon subconscient essaie-t-il de me suggérer que nous n'en avons pas encore fini avec le grand bazar de la démocratie?

 

dimanche 12 mai 2024

Serpent-corbeau

  Me voilà invité chez une cousine âgée appartenant à la branche la plus "bourgeoise" de la famille; il faudra, comme à chaque fois, que je surveille mes manières, elle ne laisse passer aucun faux pas.
Son accueil est chaleureux; me suis-je inquiété pour rien? Ah, je comprends: elle a un service à me demander. Elle compte sur moi pour allumer et surveiller le feu dans la cheminée de la pièce où nous allons dîner, avant que les autres invités n'arrivent; elle me prévient que des problèmes de tirage font que le feu est parfois long à prendre.
Ce n'est pas, cette fois, ma cousine, c'est la cheminée, en fait, qui me regarde d'un œil sévère; de deux paires d'yeux sévères, plus précisément. L'encadrement de marbre lourdement sculpté est dominé par une insolite figure héraldique de bronze: une sorte de Gorgone, plantureux buste de femme à deux têtes, une de serpent, une de corbeau. Je ne suis pas surpris de la voir là: je savais déjà que cette figure syncéphalienne était depuis des siècles l'emblème de notre famille, mais je ne l'avais pas encore vue représentée avec un tel luxe de détails. Bigre, me dis-je au réveil (dans le demi-sommeil du matin), voilà une image qui plairait à Guillermo Del Toro; il faudra que je lui raconte ce rêve quand je le verrai.

 

lundi 4 mars 2024

Jaquettes de papier cristal

 Je sais peu de choses, en fait, sur Vladimir Poe. Tout ce que j'ai appris sur lui vient d'un rêve que j'ai fait.  Dans ce rêve, j'ai à peine eu le temps de faire sa connaissance: il m'était présenté  par une demoiselle que je connaissais également depuis peu (sa nièce ou sa petite-nièce? comme c'était arrivé au début du rêve, les circonstances étaient déjà devenues floues, dans les rêves c'est souvent comme ça, mais les souvenirs du rêve deviennent plus précis à partir du moment où elle me présentait son oncle (grand-oncle?) dans un café.)
Il avait écrit, beaucoup: il me l'avait dit à voix basse, comme s'il avait fallu préserver un secret; puis il me donnait quelques précisions sur une de ses œuvres, qui semblait avoir pour lui une importance particulière: une série de romans dont la protagoniste récurrente s'appelait Djili.
J'avais promis de lui rendre visite; quelques jours plus tard (sans doute quelques secondes d'horloge: c'est comme ça que le temps s'écoule, à sauts et à gambades, pendant le sommeil paradoxal), je me retrouvais devant la maison de ce Vladimir Poe: une petite foule s'y trouvait déjà, parmi ces gens une seule figure connue: mon père (comment se trouvait-il là? il le connaissait lui aussi,
Vladimir Poe?).
Nous entrions tous dans un silence solennel, les gens autour de moi arboraient une mine compassée; nous devions nous serrer pour tenir tous dans une petite pièce, mon père, sans parler, avait posé sa main sur mon épaule; il devenait de plus en plus clair que Vladimir Poe venait de mourir. Je me souvins alors que sa nièce avait mentionné, sans insister comme si ç'avait été peu important "qu'il avait écrit des centaines de livres"; en général, quand des gens utilisent cette formule vague à propos de quelqu'un qu'ils connaissent, ça veut dire qu'il en a écrit deux ou trois; aussi lui avais-je demandé "Sur quoi?"; elle avait répondu, toujours aussi vague, "Sur un peu tout". À présent je n'avais qu'à regarder autour de moi pour en avoir confirmation: sur des étagères poussiéreuses, il  y avait en effet des centaines de livres, sur le dos desquels je pouvais lire au-dessus du titre: Vladimir Poe; ceux dont j'étais assez près pour déchiffrer le titre appartenaient à la série des romans sur Djili, et le dernier de la rangée s'appelait "À travers les océans". Ces livres étaient brochés, dans le style des ouvrages publiés avant guerre, et protégés par ces jaquettes de papier cristal que les gens soigneux leur confectionnent à la main; sans doute étaient-ils là depuis longtemps.
Puis je me retrouvais à la terrasse du café où j'avais fait la connaissance du défunt, je commençais à ressentir du regret à l'idée que je ne le rencontrerais plus, je me levais et, faisant tinter sur le zinc les trois pièces qui devaient payer mon café, je reprenais le chemin de chez moi; le seule chose qui me restait à faire était de chercher sur internet ce que je pourrai apprendre sur Vladimir Poe: sa bibliographie  peut-être? les liens (improbables, mais  sait-on jamais?) qu'il pouvait avoir eu avec un autre Poe, plus célèbre?

 
Ce fut fait au réveil: interrogé sur Vladimir Poe, internet ne suggéra que deux associations possibles entre le prénom Vladimir et le patronyme Poe: d'abord, il insinua que peut-être j'avais mal orthographié le premier terme, et dans ce cas ma recherche devrait s'orienter vers Le cas étrange de Monsieur Valdemar (pas Vladimir), une nouvelle d'Edgar Poe; puis, un peu facétieusement, il me rappela que dans l'œuvre de Vladimir Nabokov abondent les allusions, les références, les fantaisies métatextuelles impliquant Edgar Poe

Peut-être, après tout, le vieux monsieur polygraphe n'a-t-il publié que dans les rêves.

vendredi 15 décembre 2023

Hyper bien

 

 
Je viens de réaliser que je n'étais pas tout seul à rêver, de temps en temps, que je lisais des bandes dessinées: Boulet aussi!
Et je suis en mesure de confirmer ce qu'a constaté Boulet: les bandes dessinées qu'on voit en rêve, c'est super bien dessiné.
 
Le dessin? © Boulet Corp, bien sûr.

samedi 7 octobre 2023

Aimer rêver

 

J'aimais bien rêver quand j'étais en vie
Mon cerveau faisait des images

Laura Vazquez

 

Laura Vazquez:
Vous êtes de moins en moins réels,

anthologie 2014-2021,
éditions Points, 2022

EAN 9782757895566

vendredi 15 septembre 2023

Un instant qui dure longtemps


Tous les codes visuels du film noir étaient présents dans ce rêve des petites heures du matin: ça se passait la nuit, bien sûr, une nuit trouée de lumières lointaines (enseignes au néon, lampadaires vacillants, éclairage inamovible de lointains quartiers d’affaires), juste assez de lumières pour égayer de reflets l’eau noire du port… ou du canal… enfin de la masse d’eau sombre comprimée entre des quais de béton que nous longions en voiture. Une voiture américaine comme il se doit, à en juger par son volume intérieur. Soudain le conducteur, à côté de moi, perdait le contrôle…. peut-être aussi perdait-il conscience… car la voiture quittait la chaussée et se dirigeait droit vers le bord du quai. Encore une situation classique de film noir!
Un instant (qui durait longtemps) nous survolions l’eau comme en avion.
Un sarcasme qu’un de mes amis flics avait lâché un peu plus tôt dans le rêve (dans ce rêve j’avais des amis flics) me revenait en mémoire: Cette-eau-là, c’est trente pour cent de pisse de rat.
Il n'y a que dans les films noirs qu'on mentionne ce genre de statistiques, n'est-ce pas?
Si nous avions été au cinéma, la tension aurait dû être à son comble.
Pourtant je ne ressentais aucune inquiétude, au contraire, c’est une euphorie tout à fait déplacée qui m’envahissait pendant que la voiture crevait la surface de l’eau.
Et je me suis éveillé content, encore tout émoustillé par cette éphémère sensation de légèreté que j’avais ressentie quand la voiture avait quitté le sol.
Les ficelles - même les les plus éprouvées - du film noir,  lorsqu'on les retrouve  dans les rêves, ne produisent pas toujours la même impression qu'au cinéma.

mercredi 23 août 2023

Tuer le temps

Il est temps que je rentre, le plus court chemin me fait traverser la grande place: habituellement peu fréquentée à cette heure-ci, on la traverse en quelques minutes. Mais je ne peux m'empêcher de ralentir un peu le pas, tant les rencontres qu'on peut y faire, ce soir, sortent de l'ordinaire. Une vingtaine de jeunes gens marchent de long en large, n'ayant apparemment rien d'autre à faire que tuer le temps en attendant... quoi? J'essaie de deviner. Tous en uniforme, des uniformes neufs et d'une coupe moderne sinon même futuriste, en tous cas différents de ceux qu'on portait de mon temps. Des permissionaires?
Plusieurs portent en outre des minerves de plastique blanc, si discrètes qu'on les remarque à peine; il y en a au moins un dont l'avant-bras repose dans une gouttière, aussi de plastique blanc; en dépit de leur jeune âge et de leur air timide, auraient-ils déjà vu de l'action, comme on dit? Ce n'est pas impossible, il me semble que j'ai entendu parler d'une sorte de guerre, quelque part. Nous vivons une époque où il ne faut s'étonner de rien.
Presque tous, ils ont à la main des cornets de glace. Ça me fait envie: où vais-je pouvoir en trouver un, de cornet de glace? Pas de triporteur, de camionette ou de baraque de marchand de glaces en vue.

samedi 19 août 2023

Quand un océan prétend ressembler à une piscine

 Pereira s’endormit presque tout de suite. Il fit un beau rêve, un rêve de sa jeunesse, il était sur la plage de la Granja et il nageait dans un océan qui ressemblait à une piscine, et au bord de cette piscine se trouvait une jeune fille pâle qui l’attendait avec un essuie-mains entre les bras. Puis il revenait de sa baignade et le rêve continuait, c’était vraiment un beau rêve, mais Pereira préfère ne pas dire comment cela continuait, parce que son rêve n’a rien à voir avec cette histoire, prétend-il.

Antonio Tabucchi, Pereira prétend (Sostiene Pereira, 1994),
Traduction de Bernard Comment,
Christian Bourgois Éditeur, 1995.


dimanche 14 mai 2023

Demain le temps sera plus vieux

 Nous avons commencé par en discuter, mon père et moi, et nous sommes très vite tombés d'accord: oui, c'était dommage de n'avoir jamais visité la côte languedocienne, alors que la Côte d'Azur, la riviéra, la côte ligure, nous les connaissons comme nos poches, n'est-ce pas papa? Et nous décidons que nous allons y passer quelques jours. En chemin vers la gare (entre-temps, il s'est encore passé deux ou trois choses dont le souvenir s'est plus ou moins effacé) je remarque, dans le caniveau, plusieurs livres qui viennent apparemment d'y être jetés; l'explication est simple, c'est la fin de l'année scolaire, et les écoliers bruyants que nous venons de croiser (une de ces choses dont le souvenir est devenu flou) étaient d'humeur à se débarrasser des livres d'un programme qu'ils sont à présent pressés d'oublier ("les cahiers au feu, le maître au milieu", disait-on de mon temps; sans doute dans les cartables des enfants d'aujourd'hui n'y a-t-il plus d'allumettes). D'ailleurs, indice qui ne trompe pas, tous ces livres sont recouverts de chemises de papier gris (ça aussi, c'est un souvenir précis de mon passé d'écolier: les livres scolaires, en début d'année on les couvrait systématiquement de papier d'emballage (il ne fallait pas les abîmer, car à la rentrée suivante il serviraient à quelqu'un d'autre); mais au fait, est-ce qu'au vingt-et unième siècle on fait encore ça? quand on rêve, en quelle année est-on?); signe des temps cependant, l'un d'eux s'est ouvert à une page couverte de chiffres et de graphiques, de tableaux où des lignes blanches ressortent sur fond bleu: une matière que je ne parviens même pas à identifier, ça pourrait être aussi bien de l'économétrie que de la physique quantique, les programmes ont dû bien changer depuis mon temps. Je finis par me décider à en ramasser un, et, bonne surprise:  celui-ci, on dirait un recueil de contes, illustré de nombreuses gravures dont le style me plaît bien; je décide de le garder. C'est sans doute une bonne idée, car, à notre arrivée (le voyage ne m'a pas semblé long: peut-être ai-je dormi dans le train?) le temps est plutôt gris, peu propice aux longues promenades que nous avions imaginées. Où sommes-nous? Un hôtel? Un bed and breakfast? Une location? Je ne sais pas, c'est mon père qui a pris les arrangements pour le séjour: et puis, quelle importance, en rêve? Le bâtiment est ancien, sans doute plus qu'il n'en a l'air car il porte les traces de nombreuses rénovations: murs de pierre de taille, mais revêtements de sol plastifiés; immenses cheminées dans toutes les pièces, même dans la chambre, pourtant petite, qui m'a été attribuée, mais mobilier disparate et bon marché, matelas en mousse sur le sommier sans châlit qui prend presque toute la place. Des gouttes d'eau s'écrasent sur les vitres. Je m'assois sur le lit et j'examine mon livre. Il y a même des pages dépliantes, des cartes sans doute? Ah non, ce sont aussi des illustrations, des scènes qui grouillent de personnages, encadrées de frises d'animaux fantastiques... tout à fait le genre de livre que j'aurais pu choisir dans une librairie (ou plutôt chez un bouquiniste, car, ça se voit, il n'est pas tout jeune); il y a parfois de ces coïncidences, dans les rêves! Quand je lève les yeux, je vois que la pluie tombe à présent drue et verticale. Et il ne fait vraiment pas chaud. Tant pis, je dormirai avec un pull, comme à la maison.

vendredi 12 mai 2023

Une nuit froide (pour la saison)

Jamais je ne l'ai rencontré, en rêve, le prince de Tchou.
Quant au phénix... peut-être une fois, et encore, je ne suis pas sûr.

Et si nous redescendons de ces hauteurs spirituelles, en quête de rencontres oniriques moins prestigieuses mais tout de même encore un peu mémorables, cela fait longtemps que je n'ai pas escaladé de dinosaure, commandé de navire pirate ou simplement affronté des samouraïs géants (vous savez, comme dans Brazil ou Sucker Punch; je suis pourtant sûr que je m'en sortirais très bien).
À quoi l'attribuer? Fatigue? Burn-out? Retour de mes problèmes chroniques d'apnée du sommeil? Mes rêves récents sont désespérément prosaïques. Cela m'inquiète un peu,  ça ne me ressemble pas. Dernièrement, je suis réveillé par un bruit insolite: comme un ronflement de flammes.  Je m'en souviens parfaitement, avant de me coucher j'ai allumé le poêle électrique dans le couloir: la saison que nous traversons est si froide, je pensais que ce serait agréable de trouver au matin l'appartement un peu réchauffé. Mais, je me le demande à présent, le poêle n'était-il pas un peu trop près du gros tas de vêtements empilés juste à côté? Et si quelque chose avait pris feu? Je me secoue, me dégage des draps sans ouvrir les yeux, et voilà que je heurte le bol de salade de fruits que j'ai laissé entamé près de mon lit: heureusement le tintement de la cuillère m'alerte: ouf! Je ne l'ai pas renversé. Vite, allons vérifier que le poêle... ce n'est qu'à ce moment que je me souviens qu'il n'y a pas de poêle électrique, qu'il n'y en a jamais eu.
Et, soyez complètement rassurés: il n'y avait pas de bol de salade de fruits non plus.

vendredi 14 avril 2023

Une transaction de rêve

 

Je présente à un bouquiniste, sous tous les angles, une excellente affaire: un exemplaire de l'Oxford Dictionary of improprieties, inadequacies, contraventions, infractions, misdemeanors and missteps (en voilà, un titre programmatique!); dos, plats, je fais miroiter sa pimpante jaquette bleue et rouge, j'en vante l'état, "comme neuf"; et en effet l'extérieur est impeccable, mais quand je commence à tourner les pages je m'aperçois (zut, c'est bien le moment!) que les bords supérieurs des premières sont un peu gondolés et jaunis - exposés à l'humidité sans doute? Cela me contrarie, si je l'avais remarqué plus tôt j'aurais vanté d'autres qualités du livre, plutôt que son état. Est-ce un manquement? une impropriété? une inadéquation? un faux pas?

 

mercredi 15 mars 2023

Meubler un rêve de meubles dépareillés (Sebastian Knight, 6)

 Il me semble que l'an dernier nous n'avons pas pris congé dans les formes de Sebastian Knight et de son biographe. Il est grand temps de réparer cette erreur (avant de nous pencher sur un autre livre de Nabokov, un jour prochain, peut-être?).

Et cette nuit-là je fis un rêve singulièrement pénible. Je rêvai que j'étais assis dans une vaste salle sombre que mon rêve avait hâtivement meublé de quelques meubles dépareillés, pris dans différentes maisons que je connaissais vaguement, mais avec des vides ou de bizarres substitutions, comme par exemple ce rayon d'étagère qui était en même temps une route poussiéreuse. J'avais le sentiment confus que cette salle se trouvait dans une ferme ou une auberge de campagne - une impression générale de boiseries et de planchers. Nous étions en train d'attendre Sebastian - il devait revenir de quelque long voyage.

Dans les derniers chapitres de son livre, le jeune V reproduit - probablement sans s'en rendre compte, n'est-ce pas? Il ne possède pas, des procédés littéraires, une maîtrise aussi parfaite que son demi-frère - le procédé utilisé par l'auteur de Succès: reconstituer minutieusement l'enchaînement de contretemps qui l'empêcheront de rencontrer Sebastian une dernière fois.
C'est ainsi que la dernière fois que V aura parlé à Sebastian, ç'aura été en rêve.