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mardi 4 août 2026

Quelques bonnes nouvelles!

Toute l'année, Bifrost fête ses 30 ans !
À cette occasion, la revue de référence de la SF en France a concocté un numéro consacré au mythique Amazing Stories, le grand-père américain des revues SF. En effet, hasard du calendrier, ce dernier étrenne ses 100 ans en ce moment même: son premier numéro est daté d’avril 1926. Lisez Bifrost!

Pour la première fois depuis les années 1990, les émissions de CO₂ liées aux énergies fossiles ont davantage progressé entre 2024 et 2025 dans les pays riches, également connus sous le sobriquet de "pays industrialisés" (+0,5 %) que dans les économies émergentes autrefois appelées familièrement "pays sous-développés"  (+0,3 %). Il était temps que les pays qui ont pris la peine de se développer rattrapent  ce retard injustifiable!

Météo-France vous informe:
Avec les fortes chaleurs qui vont s'intensifier ces prochains jours, la santé de la population dans son ensemble peut être affectée, ou pas. Si vous avez l'impression que la chaleur vous affecte, et si vous vous demandez pourquoi, ou si vous êtes curieux de l'évolution de la santé de la population dans son ensemble,  contactez le numéro vert  Canicule info service : 0 800 06 66 66. Il est ouvert de 9H à 19H et il est gratuit,  puisqu'il est vert. 

Et un important rappel: le mois dernier, Agathe Chevillard a obtenu son bac avec la mention Très bien et les félicitations du jury.

 

lundi 16 février 2026

Modeste proposition

  Les personnalités les plus représentatives de nos élites intellectuelles (jurés des prix littéraires, concepteurs de systèmes informatiques sophistiqués, candidats aux plus hautes fonctions), alarmés par l'état du monde, déploient, en ce moment même, des efforts considérables (chacun dans sa spécialité) pour l'améliorer; Éric Chevillard (éminent spécialiste en questions générales) ne pouvait manquer de leur apporter sa contribution:

Il semblerait que le monde soit gouverné par un tyran insane et ivrogne. La planète agonise sous sa coupe, des conflits armés l’ensanglantent, une dernière vague enfle qui va l’engloutir avant de s’évaporer, tandis que nous déléguons notre intelligence à des robots afin de n’avoir plus à nous soucier que d’être bêtes.

Mais, de son côté, la littérature s’est assagie. Elle milite pour les justes causes, elle se défie des excès, elle sacrifie la fable à sa moralité, elle rachète nos péchés, mieux disposée envers le lecteur que la charogne envers le vautour, elle restaure les liens familiaux, elle se veut empathique, thérapeutique.

Heu… ne devrait-ce pas être le contraire? Ne conviendrait-il pas plutôt de gouverner le monde avec sagesse, mesure et équité, et, pour la littérature, de ne rien s’interdire, nulle outrance de l’imagination, la cocasserie, la fantaisie, la noirceur, toutes les folies ? Remettons donc les choses à leur place: laissons écrire Trump, Poutine et King-Jong-un, et confions aux écrivains l’administration bien comprise de ce monde.

L'autofictif 

vendredi 11 juillet 2025

Cuisante comme un remords

 Souvent, je rêve que j’écris. Et de belles choses, vous pouvez me croire! Seulement, je n’en ai plus aucun souvenir au réveil, juste une impression, cuisante comme un remords.

 Or ce matin, me revient de l’un de mes rêves, non une de ces pages de poésie nouvelle, mais un échange téléphonique avec une personne de ma connaissance, réellement atteinte d’une maladie grave. Comme je lui demande comment elle se sent, elle me répond : «oh, ça va comme un troupeau.»

 Et immédiatement je comprends le sens de cette heureuse formule : sa santé est fluctuante, ça va ça vient, il y a des jours terribles, des jours meilleurs, certaines de ses forces résistent, certaines déclinent, tout comme il y a dans le troupeau mouvant des bêtes plus vaillantes que d’autres. Oui, l’expression mériterait de rester. Ça va comme un troupeau. Mais alors tous ces écrits oniriques effacés au réveil?!  Ma grande œuvre perdue!  Oh, comme ça cuit!

Éric Chevillard 

mardi 1 juillet 2025

Le diagnostic d'un spécialiste

  Un des derniers billets de l'Autofictif m'a permis de faire l'économie d'une coûteuse consultation à domicile du menuisier.

Toutes les marches du vieil escalier de la 
maison de famille craquent épouvantablement. 
Le menuisier livre son diagnostic: 
arthrose du genou. Rien à faire.

Merci Éric Chevillard!

 

mercredi 18 juin 2025

L'anniversaire de l'été, c'est bientôt

 Dimanche, ce sera l'été, avec toutes les cérémonies et solennités qui accompagnent cettte date-charnière (il y aura près de chez moi, me dit-on, un défilé de marguerites sur le bas-côté de la route).
En attendant, aujourd'hui est un jour anniversaire important: c'est celui d'Éric Chevillard, vous ne l'avez certainement pas oublié (les bouteilles de Château La Chevillardière défileront sur nos tables).

Santé à vous tous! 

 

samedi 30 novembre 2024

Le destin des despotes

Les deux dernières années de sa vie, frappé de sénilité, il ne se rappelait plus quel abominable tyran il avait été et distribuait à la ronde des sourires horripilants.

Éric Chevillard

mardi 18 juin 2024

L'homme du 18 juin

 De qui est-ce l'anniversaire aujourd'hui?

ERIC CHEVILLARD!

Bon anniversaire Éric Chevillard!
(psssst...    au cas ou vous ne sauriez pas comment le lui souhaiter:   il veut un train électrique).


lundi 27 mai 2024

Futur Branle-bas

Oisivetés, c’est le titre du livre qu’écrivit Vauban dans ses vieux jours, après avoir bâti un fort ou une citadelle dans chaque ville de France, et auquel fera écho mon futur Branle-bas.

Éric Chevillard

Ce n'est pas souvent que Chevillard fait l'annonce d'un livre futur (il lui arrive, quand il le faut bien, de signaler une mise sur le marché, une traduction ou une réédition, mais qu'il parle de projets encore non réalisés, c'est plus rare); notre première réaction est de soupçonner une nouvelle facétie: faudrait-il croire tout ce qui est écrit dans l'autofictif ?  puisque son métier, à  Chevillard, c'est de faire des farces et attrapes (il le dit lui-même)...  pourtant, je ne sais pourquoi, ma tripe me suggère que ce pourrait être vrai, que le démolisseur de Nisard pourrait bien cette fois bâtir  quelque soubassement polygonal pour la statue de Vauban, (ou lui dire merde, on ne sait jamais avec Chevillard)...  ou qu'en écrivant "faire écho",  il veut simpement dire qu'il suivra l'exemple du poliorcéticien polygraphe en nous proposant un ramas de plusieurs mémoires de sa façon sur différents sujets.  Alors? Ouvrons l'œil, on verra bien.

 

lundi 19 décembre 2022

Sans aucun lien avec ce désastre particulier (Sebastian Knight, 5)

 

 Si l’on me proposait de vivre une deuxième fois ma vie, je dirais hum, oui, d’accord pour relire Nabokov.

 Eric Chevillard


Eric Chevillard est toujours de bon conseil. Si nous nous replongions - par exemple - dans La Vraie Vie de Sebastian Knight?  V, le personnage imaginé par V. Nabokov, ne pressent-il pas, à trois quarts de siècle de distance, le conseil de Chevillard, et, à défaut de pouvoir relire Nabokov, dont il n'a évidemment jamais entendu parler (fort peu de personnages de fiction connaissent l'existence de leur créateur) ne consacre-t-il pas sa vie à relire Knight, ce demi-frère avec qui il a partagé si peu de choses et qui, lui semble-t-il, lui a laissé des indices un peu partout, des messages secrets qu'il lui appartient de déchiffrer?

... et je n'aime pas m'appesantir en imagination sur certain jour qui vit, dans un hôtel de Paris, Sebastian, âgé de quatre ans environ, délaissé par une gouvernante désemparée, et mon père enfermé dans sa chambre, "juste le genre de chambre qui convient pour la mise en scène des pires tragédies: sous son globe de verre, une pendule vernie arrêtée (deux heures moins dix: moustache cirée aux pointes dressées), le maléfique dessus de cheminée, la porte-fenêtre avec sa mouche saoule entre le rideau de mousseline et la vitre, et une feuille de papier à lettre de l'hôtel sur le sous-main en buvard usagé ". Cette citation est tirée des Albinos en noir, ouvrage sans aucun lien avec ce désastre particulier, mais qui porte l'empreinte de l'inoublié chagrin de jadis, du chagrin d'un enfant abandonné sur un froid tapis d'hôtel, et qui ne sait que faire, avec tout ce temps, vide étrangement, devant lui, ce temps qui n'est plus le temps familier et qui s'étale, s'étale...

 Vladimir Nabokov: La vraie vie de Sebastian Knight 

 

mercredi 31 août 2022

Sur le Mai de son âge, et sur son trente-et-un

Quand je pense que si j’étais mort le 31 août 1992, on célébrerait aujourd’hui le trentième anniversaire de ma disparition ! Le trentième, vous vous rendez compte ?! Pleurons ensemble, mes amis.

 Éric Chevillard


Synchronicité. On raconte que ces derniers temps, Mikhail Gorbatchev, ancien Secrétaire Général de comité, se parlait à lui-même à voix basse: "Où en serions-nous si j'étais mort, par exemple, le 31 août 1991? Irait-on déposer des fleurs devant mes statues?"

mardi 5 avril 2022

Comme si de rien n'était

 Rien ne va bien, rien ne s'arrange; mais il y a des choses qui continuent comme si de rien n'étaient faites (peut-être parce que justement faites de petits riens); par exemple le journal d'Éric Chevillard (cinq mille petits riens que multiplient trois fois rien, tout de même!).

J’ai sérieusement songé à clore ce journal en ce cinq millième jour de publication. Je vais continuer pourtant. Il faut bien conserver quelques réflexes, ou l’essaim des mouches vous dévore vivant.

 écrit l'autofictif; et il ajoute:

[Toute ma gratitude à mes éditeurs de L’Arbre vengeur sans le soutien desquels je n’aurais certainement pas poursuivi cette entreprise aussi assidûment. Le soutien de l’éventuel lecteur est aussi apprécié. Rappelons que les neuf premiers tomes de la série sont vendus au prix du poche et qu’un beau volume cartonné rassemble les dix premières années… La maison propose désormais l’achat en ligne (il suffit de cliquer sur les couvertures, un enfant saurait le faire et je crois même que ça l’amuserait).]

Ça aussi c'est de l'information.

samedi 4 décembre 2021

Il ne faut jamais désespérer d'Éric Chevillard

 

Son journal autofictif est un amer (ne vous y trompez pas: amer, c'est un terme de marine qui veut dire point fixe qui peut servir de repère visuel aux pilotes, quand personne ne sait plus où  est la côte*) dans les tempêtes que nous traversons. Il continue, Eric Chevillard, à y esquisser de petites saynètes qui nous semblent à ce point conformes à ce que nous vivons dans notre vie quotidienne qu'il nous faut un moment pour repérer l'endroit où, de la réalité au bloc-notes du Chevillard, il s'est opéré un glissement.


Nous étions si nombreux dans cette salle d’attente que les chaises manquaient. Puis les heures passaient et la porte ne s’ouvrait pas. Cela durait de l’autre côté, cela n’en finissait pas.


À bout de patience, je me levai. Résolument, je tournai la poignée et entrai. Je fus accueilli par un murmure de soulagement émis par toutes les personnes que je découvris là, assises sur des banquettes ou adossées aux murs.


Un homme sauta sur ses pieds et me dit, un brin d’exaspération dans la voix :

– C’est mon tour, je vous avoue que nous commencions à désespérer!

Éric Chevillard


* Bon, d'accord,  ça peut aussi être un apéritif, ou un digestif; il semble, d'ailleurs, que mes visiteurs l'apprécient à toute heure, cet amer, même quand le ciel est clair et la mer calme. Santé.


Au fait: vous avez sans doute remarqué que Chevillard (et son ami l'Arbre Vengeur) ont aussi besoin que vous donniez un coup de kick à leur starter! Au cas où ça vous aurait échappé: c'est ici.

jeudi 2 décembre 2021

De quoi ces noms sont-ils les noms?

 Variant Delta, Variant Omicron… 

ne dirait-on pas les joyeux habitants du Meilleur des mondes?

Éric Chevillard


Prédiction que l'on peut hasarder pour l'année prochaine: Varian, prénom qui n'avait jamais jusqu'à présent séduit beaucoup de jeunes parents (en dépit du rôle non négligeable que Varian Fry a joué pendant la seconde guerre mondiale - "Il n'a bénéficié que d'une reconnaissance tardive par la France peu avant sa mort", confesse Wikipédia) pourrait bien devenir le nouveau prénom à la mode. Que ce soient de bonnes ou de mauvaises raisons qui poussent d'heureuses mamans et d'heureux papas à choisir ce nom de baptême de préférence à Kevin, on ne pourrait que s'en réjouir, non?

Oh, vous trouvez que c'est une spéculation un peu tirée par les cheveux?

Bon, d'accord, en voici une autre, celle-ci, on peut l'avancer sans trop craindre de se tromper: dans un des prochains Astérix attendez-vous à ce qu'il y ait un personnage nommé Gestiondurix.



mardi 26 octobre 2021

On le reconnait bien là

 J’ai bien cru que mon miroir s’était brisé en mille morceaux. Mais je fus rassuré en passant la main sur sa surface lisse, intacte. C’est moi qui n’allais pas très fort.

Éric Chevillard


 Rassurons  Éric: il nous est arrivé à tous (surtout ces derniers temps) d'avoir la même impression, et dans tous les cas l'explication est la même: c'est le miroir qui débloque.
 

vendredi 8 janvier 2021

All the way to normal and back

 

Longtemps, à chaque apparition de Trump dans les media, m'est revenu en mémoire, automatiquement, cette affiche de campagne du siècle dernier, qui montrait une photo de Richard Nixon faisant son plus beau sourire, avec cette légende légèrement perfide: "Achèteriez-vous une voiture d'occasion à cet homme?" ("Would you buy a used car from this man?")…
… et je ne pouvais m'empêcher de me demander "Non mais sérieusement, il existerait quelque part des gens qui achèteraient une voiture d'occasion à ce Trump? On pourrait même en trouver plusieurs millions? Sérieusement?"
Je ne me pose plus la question depuis que j'ai pris le temps, ces jours-ci (la curiosité était trop forte) de parcourir quelques sites pro-Trump. L'explication est simple: les gens qui le soutiennent sont encore beaucoup plus cinglés que lui, au point de le faire paraître presque normal.
Il est bon de se demander, de temps à autre, ce que "normal" peut bien vouloir dire.

 

Pendant ce temps, Éric Chevillard, toujours fasciné par les bizarreries du langage, se demande quelle réaction chimique improbable peut bien se produire si,  mû par la curiosité scientifique, on parvient à introduire les mots "Trump" et "humanisme" dans la même éprouvette:

Le trumpisme est un humanisme, hélas. Ce nom de trompette fanfaronne et néanmoins bouchée devrait être celui de l’espèce. Comme Trump, nous refusons d’admettre notre défaite, nous nous accrochons au pouvoir alors que nos décisions ont toujours été calamiteuses, pour ne pas dire criminelles, entachées d’abus de faiblesse et de prises illégales d’intérêts. Trump que nous sommes, nous ne reconnaissons pas l’échec complet de notre action, nous caressons l’idée d’un coup d’état encore, sur les mers et sur les forêts, après avoir réussi déjà l’exploit de faire de la banquise une terre brûlée. Au lieu de nous retirer, piteux, misérables, la trompe entre les pattes, dans les steppes les plus reculées, au fond des grottes, au lieu de laisser la place à de plus nobles bêtes. Tristes Trump que nous sommes…

 

 

mardi 18 juin 2019

Nel mezzo del cammin di nostra vita


“55 ans aujourd’hui… Diable dieu, comme le temps file, me voici déjà presque au mitan de mon existence!” 
…  écrit, en ce 18 juin, Éric Chevillard.

Je n'aurais su mieux dire: bon anniversaire Éric!


dimanche 10 mars 2019

Un décompte de grains de sable


Il y a tant de grains de sable 
qu’il ne doit pas en rester beaucoup 
qui n’existent pas.  


Il y a sept ans déjà,  jour pour jour, Li-An notait dans son journal:
"Moebius est vivant!"
Ah.
Vous voulez de l'actualité, et si possible pas trop démoralisante.
Bon.
Éditée chez le Major (autrement dit par Moebius Productions), imprimée (nous avertit, dans un de ses derniers billets, le vigilant Li-An) sur papier fin, l'édition grand public de La faune de Mars.


Un témoignage irremplaçable sur l'exploration spatiale au vingtième siècle, cette épopée sans lendemain: en vente pour seulement trente grains de sable (martien).


L'original était un des joyaux, exposé sous vitrine blindée, de l'exposition Transe-forme. La première édition en était, je crois, une sorte de fac-similé (en noir et blanc, donc; je n'ai pas eu l'occasion d'avoir entre les mains cet artefact inestimable, qu'à présent se disputent les connaisseurs).
Cette édition-ci, qui propose une sélection des dessins du Major, est en couleurs. Je dois avouer une légère préférence pour la version "noir et blanc" de ces dessins (d'où mon choix d'illustrations pour ce billet).

Il vous est actuellement possible de vous procurer pour un prix tout aussi modique: trente-cinq écailles (c'est aussi sur papier fin, et aussi sous forme de fac-similé de carnet de voyage: coïncidences  fortuites?) le Traité de Flore et de Faune dans les rêves des dragons, compilé par Jidus et édité par Scriptarium (la couverture est de Florence Magnin).

Conclusion provisoire: n'oubliez pas, amis lecteurs, de noter vos découvertes les plus curieuses dans vos carnets de voyages, ça peut toujours servir.


images © Moebius Productions

mardi 24 avril 2018

The next best thing



FRANCE INFO – La voiture volante verra-t-elle le jour ? Ce projet porté par le géant Airbus ne relève plus de la science-fiction…

SUZIE – Oui, mais elle ne vole pas vraiment si elle est portée par un géant !

It's not exactly flying, but it's the next best thing.

À la recherche - comme moi - de raisons de ne pas trop déprimer en ce triste mois d'Avril (mais qu'est-ce qui ne va pas chez les mois d'Avril? ils ont une dent contre nous ou quoi?), vous avez sûrement noté, vigilants lecteurs, que L'Autofictif ultra-confidentiel d'Éric Chevillard se trouve désormais dans toutes les bonnes librairies. Mais je vous le rappelle quand même, au cas où ça vous aurait échappé, on ne sait jamais, un moment de distraction ça arrive à tout le monde.

Photo ©  Lovelane
(et non, sur la photo ce n'est pas Suzie Chevillard)

dimanche 13 août 2017

Puis j'ai eu sommeil, tant j'avais marché déjà (Ronce-Rose, d'Éric Chevillard)




Vous avez lu l'histoire
De Jesse James?
Comment il vécut,
Comment il est mort…
Ca vous a plu, hein?
Vous en d'mandez encore… 
Hé bien, écoutez l'histoire
De Bonnie and Clyde…
… Bonnie and Clyde!
(Serge Gainsbourg)


Vous avez lu l'histoire
De la Princesse Angine?
Comment elle vécut,
Comment elle est morte…
Ca vous a plu, hein?
Vous en d'mandez encore… 
Hé bien, écoutez l'histoire
De Ronce-Rose… 
… Ronce-Rose!
(moi)


La question "Vous avez lu l'histoire de la Princesse Angine?" est purement oratoire, bien sûr; vous l'avez lu, ce roman de Topor, n'est-ce pas? Et naturellement, ça vous a plu, La Princesse Angine, même si la fin est triste, parce que c'est une histoire de quête et d'épreuves surmontées, comme Les cygnes sauvages, Les enfants du capitaine Grant, À la recherche du temps perdu, toutes ces histoires avec des quêtes dedans… 
Donc, puisque vous avez aimé La Princesse Angine, je pense que vous aimerez aussi Ronce-Rose, un livre paru sous la signature d'Éric Chevillard (en plus le livre est vendu entouré d'un large bandeau bleu sur lequel est écrit 
  ÉRIC CHEVILLARD   
en majuscules pour dissiper les malentendus), bien que celui-ci, comme Edgar Poe à propos de son Manuscrit trouvé dans une bouteille, ou Stanislas Lem pour son Manuscrit trouvé dans une baignoire,  ou encore comme Frank Wedekind en préambule à sa nouvelle Minne-haha ou la contrée aux eaux riantes, affirme que c'est en fait un manuscrit écrit par quelqu'un d'autre et dont il s'est contenté de vérifier la ponctuation. 
 Je ne sais trop que penser de cette affirmation. Par moments, je crois que Ronce-Rose, en vrai, c'est Éric Chevillard qui s'est déguisé pour faire une farce. Parce que son métier, c'est de faire des farces et des attrapes (il le dit lui-même). 
D'ailleurs, sur son blog l'autofictif, Éric Chevillard se flatte d'avoir écrit lui-même Ronce-Rose:
"Pardon, pardon, je crois qu’il y a méprise, je n’ai pas écrit l’histoire de Ronce-Rose pour qu’elle fasse la saison littéraire puis soit ensevelie sous les romans de la rentrée de printemps, mais afin qu’elle s’inscrive à jamais dans la mémoire et l’imaginaire du monde comme celle d’Alice, il me paraît important de dissiper ce petit malentendu idiot." 
Ceci dit, faut-il croire tout ce qu'il écrit dans l'autofictif? dans autofictif il y a auto, un mot qui inspire confiance, mais il y a aussi fictif, et fictif ça peut vouloir dire "n'importe quoi". 
Pour se faire une opinion, il faut continuer à lire Ronce-Rose sans s'arrêter à la première impression, car Chevillard tout autofictif qu'il soit est un peu comme ce Mâchefer qui est peut-être fictif et peut-être pas (il a aussi une auto, mais elle est "de fonction" alors elle change tout le temps) et dont Ronce-Rose dit: 
Je suis presque sûre que c'est une blague, même s'il y a suffisamment de vrai dans ce que dit  Mâchefer pour que le doute soit permis. 

Et un peu plus loin elle enfonce le clou: 
Je saurais d'après ses réponses si c'est une blague ou pas, même s'il faut se méfier de Mâchefer qui serait capable d'inventer d'autres blagues comme réponses. C'est son métier après tout. 
Vous avez remarqué? ce que Ronce-Rose dit de Mâchefer pourrait, plus ou moins, s'appliquer à Chevillard, vu son métier. Ils se connaissent peut-être?

Alors d'autres fois je pense que Ronce-Rose est une personne pour de vrai, parce que la sagesse populaire le dit: la sincérité a des accents qui ne trompent pas. Justement, Ronce-Rose ne se trompe jamais pour les accents, ni pour les conjugaisons, d'ailleurs, ni pour les accords, elle écrit très bien, bien qu'elle n'aille pas à l'école, elle nous le dit et elle explique pourquoi:
Toutes les expressions que je connais, c'est Mâchefer qui me les a apprises. Les autres choses aussi, parce que nous avons jugé préférable que je n'aille pas à l'école, voyez-vous. Mâchefer trouve que ce n'est pas un endroit pour les enfants.

Toutes les choses qui, si on en fait une lecture superficielle, peuvent paraître bizarres ou contradictoires dans ce livre trouvent une explication. 
Ce n'est pas parce que dans une histoire une auto change tout le temps que ça prouve automatiquement que c'est une voiture de fiction: l'explication, ce peut très bien être  que c'est une voiture de fonction.
Ça peut paraître bizarre que Ronce-Rose, à sept ou huit ans (on n'est pas sûrs), ait un si riche vocabulaire: tout s'éclaire quand on comprend qu'elle a eu pour précepteur un expert en redistribution de richesses. 
Ça peut surprendre que Ronce-Rose emploie souvent des mots gais pour parler de choses tristes  et des mots tristes pour parler de choses gaies: c'est qu'elle a eu un coach personnel (pour la culture physique) qui était saisi d'un vertige (métaphysique) quand on  lui demandait la différence entre une roue et un cric.

Ma chambre à moi est un peu triste malgré le gros panda roux assis dans le coin, mais elle est provisoire et, comme ça,  je l'aime mieux, c'est comme si une vieille dame douce et gentille qu'on va bien regretter était en train d'y mourir. Mâchefer m'a promis que bientôt j'en aurai une plus gaie, que je pourrai choisir la couleur. Les mésanges et le sureau aussi sont provisoires, si j'ai bien compris, parce que ma fenêtre ne sera plus celle-là. Et moi? Est-ce que je suis provisoire? Non, toi tu es Rose définitivement, m'a dit Mâchefer.

Ce n'est pas en allant à l'école que Ronce-Rose aurait appris à filer une métaphore comme celle-là (note cette expression, Ronce-Rose: on dit filer une métaphore comme dans filer la laine): dans les écoles on n'apprend pas aux enfants que la vie, pour l'essentiel, ça consiste à attendre à côté d'une vieille dame douce et gentille qu'elle meure et ensuite à bien la regretter, pas au sens littéral mais dans un sens, justement, métaphorique (la vieille dame pouvant être une métaphore signifiant provisoirement une chambre, un sureau, un vol de mésanges, une chanson, une histoire, un voyage, une année, une journée si bien commencée qu'on aurait préféré qu'elle ne finisse pas, ou une vieille dame en chair et en os, un tas de significations provisoires et successives).

... je pourrais continuer longtemps à comparer les choses aux choses, elles se ressemblent tellement qu'il n'y en a peut-être qu'une, en fait, un phénomène unique dont nous ne voyons à chaque fois qu'un petit bout.
Moi aussi comme Ronce-Rose je pourrais continuer longtemps, mais je vais m'arrêter, aussi comme Ronce-Rose.
Le carnet de Ronce-Rose, vous le verrez, s'arrête un peu abruptement, mais ce n'est pas grave, on peut jouer à deviner la suite comme fait  Ronce-Rose quand elle devine la suite de l'histoire du petit poisson d'or, Ronce-Rose a encore tellement de choses à faire et de secrets à découvrir, au moment où son récit s'arrête elle n'a encore visité qu'une toute petite partie de la Russie qui est un pays très vaste, et encore aucune partie de l'Asie, de l'Australie, de l'Afrique et de l'Amérique, l'Antarctique n'en parlons même pas, elle n'a pas encore vu de grenouille préhistorique et donc pas pu vérifier si elles étaient (ou pas) hirsutes, il lui reste encore des milliers de questions à poser aux cordonniers et aux unijambistes, elle n'a pas encore eu l'occasion d'échanger sa chambre provisoire contre une autre  chambre provisoire, ni de recevoir confirmation qu'elle est bien Ronce-Rose, définitivement.
Si on a envie, on peut deviner, pour se les raconter ensuite, les histoires de: Ronce-Rose au Congo, Ronce-Rose en Amérique, Les cigares de Mâchefer, Le Club des Cinq Ronces-Roses, Ronce-Rose et les Sept Nains, Ronce-Rose et les Trois Ours, Ronce-Rose et les Ronce-Rosemonstres, Ronce-Rose au Tibet.
Dans celle-là, Ronce-Rose retrouve Mâchefer.
Ça fait beaucoup de suites d'histoires à deviner.
Ne vous inquiétez pas, lecteurs, vous avez la vie pour ça.

Mais la vie continuait. 
Quelquefois, on se demande pourquoi.


C'est à ça que ça sert la vie.


éditions de Minuit, 2017
ISBN : 9782707343161

vendredi 11 novembre 2016

The old ceremony



Un nouvel album de Leonard Cohen
est annoncé pour janvier,
et ça c’est merveilleux, comme si le passé
n’était pas seulement derrière nous,
comme si la nostalgie pouvait se colorer
d’espoir, comme si nous n’étions
pas vraiment morts.
Eric Chevillard
(2012)





Lr mois de janvier dont parlait Chevillard, c'était celui de ... comme le temps passe.