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vendredi 31 juillet 2026

Silence et silence

 La bande-son de ce mois de juillet se termine donc, non avec de grosses explosions (enfin... pas plus de grosses explosions que d'habitude), mais avec de discrets soupirs.

Keigo Higashino est mort autrefois; on peut donc espérer qu'il n'a pas été pris au dépourvu quand ça lui est de nouveau arrivé. Ce n'était sans doute pas un géant des lettres, mais ses romans savent soutenir l'intérêt des lecteurs (il n'avait pas peur d'user des twists les plus bizarres): lisez-les donc. En France, ses œuvres sont exclusivement éditées chez Actes Sud, dans la collection Actes noirs en grand format et la collection Babel noir en format de poche, et principalement traduites par Sophie Rèfle. 

Raoul Vaneigem a consacré quatre-vingt-douze années (quasiment à temps plein) à faire l'éloge de la paresse, de la jouissance et de la rupture. Contradiction? Que non pas, puisque tout suggère qu'il s'est bien éclaté (à temps plein) à faire ça. Pourquoi lire son Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations?
Mais pour rester jeune pendant que se succèdent générations après générations!

Passe notre salut à Rabelais, Raoul! 

 

lundi 13 juillet 2026

Quelques mots illisibles

Ah! le quatorze juillet, son défilé et son feu d'artifice!  Cette année, le feu d'artifice n'est pas garanti (pour compenser, il y aura peut-être près de chez vous - pas trop près de préférence - un feu tout court?) et pour le défilé et la fanfare... comme pour les artifices, ça dépendra de la décision des autorités compétentes.
Demandons à Alvaro de Campos (ou à Fernando Pessoa) de se charger de diriger une fanfare virtuelle!

Avec un [un mot illisible] avec toi et une furie de vociférations et de sauts
Je déflagre en te beuglant
Et je t'adresse tous les vivats et pour moi et pour toi et pour Dieu
Et l'univers tourne autour de nous tel un carnaval avec musique au-dedans de nos crânes
Et j'ai des lumières essentielles sur mon épiderme antérieur
Moi, fou de [un mot illisible] sibyllant ivre de machines
Toi célèbre, toi téméraire, toi le grand Walt - et le [un mot illisible]
Toi la sensualité port
Moi la sensualité en [plusieurs mots illisibles]
Toi l'intelligence

Avec des orphéons militaires devant, composés de cylindres et d'hélices
Avec une avant-garde sonore composée de sirènes d'automobiles et de bateaux
Avec un tintamarre lointain, avec tumultes et culbutes
De grosses caisses et de cymbales, avec [ un blanc dans le texte ]
Je me déchaîne pour te saluer. Poum!
Poum, poum, poum…
Pou-ou-ou-ou-ou-m!

Alvaro de Campos, Salut à Walt Whitman (1915)
dans Les grandes odes (1914-1916)
Traduction de Michel Chandeigne, 
Pierre Léglise-Costa et René Tavernier,
Christian Bourgois, 1988 
ISBN-10 : 226700545X 
ISBN-13 : 978-2267005455
 
Vous l'avez compris, Alvaro de Campos (et sans doute Fernando Pessoa) aimaient bien Walt Whitman. Il y a des "blancs" dans le texte, parce que c'est la transcription d'un manuscrit inédit du vivant de l'auteur.

vendredi 3 juillet 2026

Quêtes fantastiques: y aller pas à pas

 Un récent billet de Phersv a valu à notre blog un afflux exceptionnel de visiteurs; essayons (dans la mesure de nos moyens) de lui rendre la pareille. 
Son billet du 29 juin sur son blog Anniceris ne met pas seulement en lumière un jalon peu connu de l'histoire de la fantasy romanesque: Phantasmion, de Sara Coleridge (de l'intéressante famille Coleridge); il en souligne la proximité avec un très long poème de Robert Southey (un ami de la famille en question!), Thalaba the Destroyer, inspiré des Mille et Une Nuits. Prudent, notre ami blogueur nous met en garde: ce ne sont pas des page-turners, leur verbosité décomplexée lasse vite le lecteur contemporain! Dans un billet plus ancien, il avait fait les mêmes réserves sur la fameuse épopée de Spenser, The Faerie Queene qui, dit-il non sans malice, fait partie des "Grands Illisibles" du Canon occidental, un énorme poème que seuls des érudits et des étudiants en littérature anglaise doivent encore lire en entier.  Plus sévère encore pour Southey, Phersv commente: "Le texte paraît illisible tant il est répétitif mais Shelley ou Keats l'avaient adoré (et je ne peux pas croire que Tolkien n'en ait pas eu quelque influence inconsciente)". En outre, il précise (en réponse à un commentaire) que du poème de Southey on ne connaît pas de traduction française et que même en anglais, il n'y a que des reprints de vieilles éditions, pas de rééditions annotées ou révisées.
On l'a compris, si on ne peut manquer de ressentir, pour la pionnière Sara Coleridge, admiration et sympathie, on ne se sentira pas obligé de partir à la recherche des œuvres de Southey et de Spenser.
Mais Phersv n'en reste pas là: c'est la généalogie de la fantasy qui l'intéresse (justement, nous aussi!) et il mentionne une série d'auteurs beaucoup plus accessibles, à commencer par Jacques Cazotte (le diable amoureux!) qui avait déjà écrit une parodie fantastique des Mille et Une Nuits, Mille et Une Fadaises (en 1742) puis en avait rédigé une Suite publiée en feuilleton dans le Cabinet des fées  (le Cabinet des fées est aujourd'hui partiellement disponible en poche), puis The Princess and the Goblin  de George MacDonald, The Worm Ouroboros d'Eddison, et le très curieux The Blazing World, de Lady Margaret Cavendish, duchesse de Newcastle: une œuvre non sans quelque parenté avec la Clélie de Madeleine de Scudéry ou l’Astrée d'Honoré d'Urfé, mais avec injections de bizarreries quasi science-fictionesques,  de beaucoup de bruit et de fureur (et de proto-féminisme!).
Les "Grands Illisibles" n'ont pas  été admirés que par leurs contemporains: The Faerie Queene a inspiré à Michael Moorcock sa Gloriana; l'Orlando de l'Arioste, à Chelsea Quinn Yarbro son Ariosto Furioso (et je me permets d'ajouter que l'épisode de Britomart fut une des inspirations d'Italo Calvino pour Le  Chevalier Inexistant).
Vous savez ce qu'il vous reste à faire: écrivez à votre tour une fantaisie bien héroïque, avec des chevaliers, des géants, des chevaux magiques, des oiseaux magiques, des fleurs magiques; des reines, des fées, pourquoi pas des reines des fées, des voyages dans la Lune: que tous vos serpents s'en mordent la queue, et Phersu rendra compte sur son blog de vos travaux et traverses! 


lundi 27 avril 2026

Éric écrit, bon appétit

À la table d'un café, Chevillard continue à écrire.

J’écris, attablé à une terrasse où tous les autres clients tripotent leur portable, ayant alors le sentiment glaçant de faire pousser des salades dans un village d’anthropophages. 

Les choses pourraient donc aller plus mal. 

jeudi 18 décembre 2025

Ça commence puis ça finit

  Cela commence ainsi.
Laura Barnett: Quoi qu'il arrive
 

Une fin pas réellement tragique, mais un peu triste quand même: celle de Ça a débuté comme ça...

 La partie était terminée.
Jean-Pierre de Lucovich: Occupe-toi d'Arletty 

... depuis le mois de Mars, le site n'est plus mis à jour.
Un site sur lequel découvrir des centaines d'incipits de livres de toutes sortes: de pulps comme de littérature blanche, de mémoires, de nouvelles, de biographies mais surtout de romans (des centaines je vous dis! je soupçonne que ce pourrait être un travail collectif).
Il n'y a pas qu'une façon d'écrire une première phrase: certains auteurs essaient, dès cette fameuse première phrase, de harponner le lecteur, d'autres affectent de s'en ficher royalement... les deux méthodes ont l'air de fonctionner.
Que penser d'un début comme:
 Aldo et Rosita Peyró – un couple mûr du quartier de Flores – adoptèrent un jour un singulier métier, qui éveilla la curiosité des rares personnes qui étaient au courant : ils livraient des pizzas à domicile, la nuit. (César Aira: Les nuits de Flores) ...? 
... il parle d'"éveiller la curiosité" avec une information apparemment banale? Ça doit cacher quelque chose, sûrement, se dit le lecteur à qui on ne la fait pas.
Et parfois c'est le contraire: on lit "Des rafales d’un vent glacial fouettaient l’abbaye de Saint-Michel-de-la-Cluse, faisant pénétrer entre ses murs une odeur de résine et de feuilles sèches", et la première impression est "Que de clichés!"... 
... puis on découvre que c'est l'incipit d'un livre intitulé "Le marchand de livres maudits" d'un certain Simoni (Marcello) et on se dit "Ah! Ah! Des livres maudits? J'achète!".
Très souvent ça a marché avec moi, je me suis demandé "Mais dans quoi veut-il nous embarquer?" en lisant un de ces incipits.

 Aux environs de cinq heures et demie, 
je fermai mon livre et commençai à 
chasser les clients du magasin.
Lawrence Block: La Spinoza Connection 

Habituellement quand je tire des rayons d'une librairie ou d'une bibliothèque un livre que je ne connais pas, je me garde bien de l'ouvrir à la première ou à la dernière page: savoir d'avance que ça commence mal, que ça finit bien (ou le contraire), ça spoilerait trop! Au lieu de ça j'entame le livre par le milieu, avec un paragraphe au hasard: ça me dit si le style va me plaire et si j'aimerais savoir ce qui vient après. Pas plus: je n'ai pas envie que le libraire me chasse!

 Si, à l’époque, j’avais su ces choses, 
est-ce que la situation serait différente 
aujourd’hui ?
Indigo Bloome: Le jeu des tentations 
 

Vous avez, je suppose, entendu parler du test de la page 99, du prix de la page 111, ce genre de trucs... autant de méthodes pour se faire une idée des livres qu'on n'a pas lus (mais qu'on a peut-être envie de lire): à chacun ses préférences! 

 — Alors, qu’en dites-vous ?
Colin Dexter: Les silences du professeur  

Toutes les citations ci-dessus, faites dans un but informatif, appartiennent, évidemment, à leurs auteurs, etc etc... 

 

jeudi 7 août 2025

Le livre de sable de Primo Levi: le système périodique

 Le bibliothécaire lui dit:
Dieu est dans l'une des lettres de l'une des pages
de l'un des quatre cent mille tomes
du Clementinum.
J. L. Borges, Le miracle secret, dans Fictions

En décembre 1941 Primo Levi obtient, grâce à son ancien appariteur, Caselli,  un poste dans une mine d'amiante de San Vittore. Le projet dont il a la charge est d'analyser la teneur en nickel des résidus de la mine et d'en optimiser l'extraction, un défi qu'il accepte avec plaisir (bien qu'il se doute qu'en cas de succès, il contribuera à l'effort de guerre allemand, qui a besoin de nickel pour l'industrie de l'armement). Pour cause de secret militaire, Primo Levi doit travailler sous un faux nom, avec de faux papiers. C'est au cours de son séjour à la mine qu'il rédige ses deux premières histoires courtes, qui seront réintégrées bien des années plus tard dans Le Système périodique.

As Carbon in the Coal
And Carbon in the Gem
Are One -
Emily Dickinson (poème 356 - C29-31)

Dans les notes qu'il ajoute au Système périodique, Primo Levi précise:

"Mon écriture même devint une aventure différente, non plus l'itinéraire douloureux d'un convalescent, d'un homme qui mendie de la pitié et des visages amis, mais une construction lucide, qui avait cessé d'être solitaire - une œuvre de chimiste qui pèse et sépare, mesure et juge sur des preuves sûres, et s'ingénie à répondre aux pourquoi. A côté du soulagement libérateur qui est le propre de celui qui est de retour et qui raconte, j'éprouvais maintenant dans l'écriture un plaisir complexe, intense et nouveau, semblable à celui que j'avais éprouvé, étudiant, en pénétrant dans l'ordre solennel du calcul différentiel." ( p 184)

Il y a, dans l'air que nous respirons,
des gaz appelés inertes.
Ils portent de curieux noms grecs
d'étymologie savante, qui signifient
le "Nouveau", le Caché", l'"Inactif", l'"Étranger".
Le Système périodique


Parfois l'élément et le souvenir qu'il évoque ne sont liés que par un lien métaphorique ténu: le nom de l'Argon (l'"Inactif", en grec) évoque les autres gaz rares, qui avec leurs noms également étranges (le "Nouveau", le Caché", l'"Étranger"), à leur tour, convoquent le souvenir d'autres étrangers, d'autres témoins inactifs, d'autres nouveaux venus, d'autres clandestins contraints de vivre cachés.
Le fer, on le trouve en bien des endroits, mais c'est surtout le goût de fer dans la bouche que nous laisse un effort trop violent: quand on a "mordu la chair de l'ours" comme disait à Levi un compagnon dont il regrettera plus tard de n'avoir pas été plus proche.
Le phosphore, en revanche, c'est bien la substance dont on fait les bombes incendiaires: instinctivement, Levi sait quand il convient de cesser de filer une métaphore avant qu'elle ne dévie, de sa fonction stylistique initiale, vers autre chose.

Si l'effort laisse un goùt de fer dans la bouche, tourner les pages d'un livre nous procure la sensation d'un sable qui coule entre nos doigts.

Dieu est le Généreux, le Caché.
J. L. Borges, Les Deux qui rêvèrent, 
dans Histoire générale de l'infamie

Primo Levi: Le système périodique 
(
Albin Michel 1987; Le Livre de poche 1995) 



vendredi 11 juillet 2025

Cuisante comme un remords

 Souvent, je rêve que j’écris. Et de belles choses, vous pouvez me croire! Seulement, je n’en ai plus aucun souvenir au réveil, juste une impression, cuisante comme un remords.

 Or ce matin, me revient de l’un de mes rêves, non une de ces pages de poésie nouvelle, mais un échange téléphonique avec une personne de ma connaissance, réellement atteinte d’une maladie grave. Comme je lui demande comment elle se sent, elle me répond : «oh, ça va comme un troupeau.»

 Et immédiatement je comprends le sens de cette heureuse formule : sa santé est fluctuante, ça va ça vient, il y a des jours terribles, des jours meilleurs, certaines de ses forces résistent, certaines déclinent, tout comme il y a dans le troupeau mouvant des bêtes plus vaillantes que d’autres. Oui, l’expression mériterait de rester. Ça va comme un troupeau. Mais alors tous ces écrits oniriques effacés au réveil?!  Ma grande œuvre perdue!  Oh, comme ça cuit!

Éric Chevillard 

vendredi 4 juillet 2025

Jeanne d'Arc ou le conte du Graal

 Ça devait arriver un jour ou l'autre.
C'est aux premiers heures de Juillet que Florence Delay a rejoint Jacques Roubaud (et Joseph d’Arimathie, et Merlin l’Enchanteur, et Arthur Pendragon, et Gauvain d'Orcanie, Lancelot du lac, Perceval le gallois, Robert Bresson et d'autres). 

Florence Delay 1941-2025

 

mardi 18 février 2025

Choses pas vues (5): pile à lire

 Choses que j'ai vues en rêve, mais jamais vues auparavant - ni revues par après - dans la vie de tous les jours:
  Le titre d'un livre: La fin de l'additivité (je ne l'ai pas lu ni même feuilleté, je me demande encore ce que c'est que l'additivité?).
  Le titre d'un autre livre: Vous êtes des rois curieux (je n'ai pas eu l'occasion de noter le nom de l'auteur).
  Et voilà que j'apprends que Cedric Ferrand avait écrit, il y a déjà bien des années, un roman pour enfants: L'autre côté de la nuit. Dommage qu'il soit épuisé (ne le cherchez pas: il n'est pas moins épuisé de ce côté-ci du rêve).
  Il m'arrive aussi en rêve de feuilleter des magazines: dans une revue aux pages jaunies, à la typographie typique de la presse d'avant-guerre (pas cette guerre-là, l'autre, non, une autre encore avant) je vois un petit pavé de réclame pour un article quelque peu mystérieux: Le Pistolet Possible - titre en grosses lettres Art Déco, texte explicatif imprimé trop petit pour que je puisse le lire. Je suis perplexe: s'agit-il d'une nouveauté du genre que, dans les revues pour gamins, on était invité à payer en envoyant des timbres: les Lunettes à Rayons X ou le Stylo à Encre Sympathique (si un stylo peut être Sympathique, pourquoi un pistolet ne serait-il pas Possible?)... à moins que ce ne soit le titre d'un roman de Mystère... de Merveilleux Scientifique, peut-être? Des détectives à la poursuite d'une invention aux propriétés étonnantes?
  Mais, cette fois comme les autres, je n'ai pas le temps de pousser plus avant mes investigations: la bibliothèque des rêves ferme de bonne heure.

 

 Ajouté le 25/02/25:
Encore une synchronicité, cette fois avec Nikolavitch (lui, il a pu se procurer les lunettes pour voir l'invisible en relief, le veinard!).

dimanche 16 février 2025

Pour en finir avec H...

 Allons donc, qu'est-ce que j'ai failli écrire? Je dois être très fatigué. "Pour en finir provisoirement avec l'actualité récente concernant Harlan Ellison", voilà le titre que j'aurais dû donner à ce billet (si je n'avais pas été si fatigué).
Le numéro 117 de Bifrost est consacré à Harlan Ellison, voilà ce qu'il y a de récent dans l'actualité. Un épais dossier comprenant une longue biographie par Laurent Queyssi, une bibliographie aussi complète que possible (ça n'a pas dû être facile: il semé des articles, des préfaces, des critiques et des micro-nouvelles un peu partout!) et un "guide de lecture en terres ellisoniennes". Ce qu'il vous faut pour combler les trous qu'il pourrait éventuellement y avoir dans votre culture ellisonienne - ou harlanique, si vous préférez. Et si votre culture n'a pas de trou, allez directement à la nouvelle, jusqu'ici introuvable en français.

mardi 11 février 2025

Sunday, Monday, Happy Days...

 Encore un cas de synchronicité: un des derniers billets de l'ami Coulthart (Biblioklept) semble vouloir faire écho à un de ceux de l'amie Fresca (Noodletoon):

Part of an ostensible review of the sitcom Happy Days; from Ellison’s column published on 3 July 1970 and reprinted in The Other Glass Teat:

    One begins to realize that our national middle-class hunger to return to two decades of Depression, world war, Prohibition, Racism Unadmitted, Covert Fascination with Sex, Deadly Innocence, Isolationism, Provincialism, and Deprivation Remembered as Good Old Days has become a cultural sickness.

    The past has always been a rich source for fun and profit. Nostalgia is a good thing. It keeps us from forgetting our roots. Readers of this column know I trip down Memory Lane myself frequently. But it is clearly evident that when an entire nation refuses to accept the responsibilities of its own future, when it seeks release in a morbid fascination with its past, and when it elevates the dusty dead days of the past to a pinnacle position of Olympian grandeur … we are in serious trouble.

Harlan Ellison critique de télévision! Ça vous surprend sans doute, mais vous saviez déjà qu'il ne pouvait pas s'arrêter d'écrire, sur tout ce qui lui passait par la tête. Il est hautement improbable que ces recueils de critiques soient jamais traduits en français (ça donnerait Le Téton de Verre? hum...  ou peut-être Le Biberon Cathodique? on comprendrait mieux); alors jetez un coup d'œil aux 4 de couv' pour avoir une idée du contenu. Oui, je sais, je vous ai promis de vous parler bientôt sérieusement d'Ellison, un peu de patience, ça viendra!

 Quant à la corrélation entre le billet de Biblioklept et celui de Noodletoon, elle sera peut-être difficile à saisir pour les lecteurs français, puisque l'émission dont Fresca parle (the  Prairie Home Companion) et  son host Garrison Keillor, l'un et l'autre longtemps très populaires aux USA, sont totalement inconnus chez nous (tant pis! ou tant mieux?)...  si après l'avoir lu vous revenez au premier paragraphe d'Ellison, ça vous aidera à faire le lien (Happy Days, ça, au moins, vous connaissez!).

jeudi 23 janvier 2025

Partons vers l'été avec Tove Jansson

 Que l'actualité est sombre, ou pour le moins morose. Si nous sombrions dans la morosité, nous risquerions de négliger nos bonnes résolutions du premier de l'an. Essayons de grappiller ici et là quelques bonnes nouvelles. Ah, en voilà une: Le livre d'un été, de Tove Jansson (l'amie des trolls petits et grands et des My petite et grande), a été adapté au cinéma par Charlie McDowell. Tourné en Finlande, naturellement, il n'est pour le moment encore programmé que dans les salles finlandaises; mais (soyons positifs!) tôt ou tard, on pourra le voir chez nous, non? Glenn Close y joue le rôle de la grand'mère, ça ne nous rajeunit pas (et quand on pense que Moumine le petit troll a fêté ses soixante-dix-sept ans ça ne nous rajeunit pas non plus). Pour vous faire patienter, il faudra que je vous parle de ce livre (Sommarboken, 1972) et de L'Art de voyager léger, et des autres livres de Tove Jansson (plusieurs des aventures des Moumines ont eu droit à une nouvelle édition en français ces dernières années!), ils le méritent bien.

 

jeudi 28 novembre 2024

Ce qu'on peut attendre de Radu Jude

 Radu Jude, vous vous souvenez? Je vous avais parlé de lui il y a trois ans, à propos du passage, sur Arte, de son film Îmi este indiferent daca în istorie vom intra ca barbari (ça veut dire Peu m'importe si l'Histoire nous considère comme des barbares); l'an dernier il en a réalisé un autre, qu'il appelé Nu astepta prea mult de la sfârsitul lumii (ça veut dire N’attendez pas trop de la fin du monde). Celui-ci je ne l'ai pas encore vu (pas sorti en salles; surveillez Mubi!), mais on peut déjà en conclure que Radu Jude est très fort pour donner à ses films des titres mémorables (et qui collent à l'actualité, en plus).

dimanche 10 novembre 2024

Une affaire à régler


Les personnages des romans en savent parfois plus long, sur les romanciers qui les ont imaginés, que ces romanciers eux-mêmes. Et il n'est pas sans exemple qu'ils aient eu, davantage que ceux-ci, le souci de leurs intérêts.
Voyez Simon Tanner, désigné dès le premier roman de Robert Walser comme exécuteur testamentaire d'un jeune poète que le froid devait mettre encore cinquante ans à tuer.

Le troisième jour le conduisit dans une ville imposante et belle où il  n'avait qu'une affaire à régler: trouver un rédacteur  auquel il pût  remettre les poèmes de Sebastian.  
Arrivé devant la maison qu'on lui avait indiquée, 
il pensa brusquement qu'il ne serait pas très malin d'apporter lui-même les poèmes de quelqu'un  qu'il avait trouvé mort. 
Il écrivit donc sur la couverture du cahier bleu 
ce titre: 
Poèmes d'un jeune homme trouvé mort de froid 
dans une forêt de sapins, 
aux fins de publication, si possible, 
et il jeta le cahier dans la grande boîte aux lettres prétentieuse, 
où il tomba bruyamment. 
Cette chose faite, Simon reprit sa route.

Les enfants Tanner (1907) 
traduit par Jean Launay 
Gallimard, Du Monde entier 1985
Gallimard,  Folio n° 2380 1992

samedi 12 octobre 2024

L'appétit d'Octobre n'est pas encore rassasié

 Robert Coover, un écrivain costaud, vient de mourir à quatre-vingt douze ans. Il y a sept ans, il étonnait encore le monde des lettres américaines en publiant Huck Out West, une suite aux Aventures d'Hucleberry Finn, désormais non plus sur le Mississipi mais dans l'Ouest lointain et sauvage; on y constate qu'à l'âge adulte Huck n'était pas tout à fait réconcilié avec l'orthographe et la syntaxe. Deux constantes dans l'œuvre de Coover: il aimait bien revisiter les classiques et y malmener un peu la langue (ainsi que quelques autres parties du corps). J'ai justement sous la main son Pinocchio à Venise, où il applique au personnage de Collodi le même traitement qu'à celui de Mark Twain (peut-être même en plus méchant); vous aimeriez peut-être que je vous en parle? Non, vous êtes sûrs?
Edwin Turner se souvient de lui avec émotion et résume sa bibliographie en quelques paragraphes.

Et ça n'a pas suffi à Octobre, qui voulait aussi Claude Lapointe, dessinateur bien nommé car pointu du crayon. Sa spécialité: l'illustration de livres pour enfants (mais pas que).
Lauréat du Bretzel d'or, il a illustré Pierre Gripari, Dino Buzzati, Louis Pergaud, Mark Twain (tiens?) et Michel Tournier; ses dessins s'entendaient bien avec des textes à l'humour un peu décalé. Je me demande comment il aurait illustré Pinocchio à Venise? 

 

Robert Coover, 1932-2024
Claude Lapointe, 1938-2024

 

jeudi 26 septembre 2024

Un duché en déshérence


Crad Kilodney était un aristocrate à l'ancienne mode. 
Enfin… il appartenait à l'aristocratie de l'Amérique du Nord, continent où les modes changent souvent, alors, à présent, "aristocrate à l'ancienne mode" ne veut peut-être déjà plus dire grand' chose. 
En son duché de Sherbourne (sur lequel il est inutile de chercher des précisions dans le Domesday's Book ou dans Burke's Peerage and Baronetage), on pouvait le rencontrer, à la fin du siècle dernier, au bord d'un trottoir, proposant aux passants - pour pas cher - les petits bouquins ("pamphlets", comme disent les Nord-Américains) qu'il écrivait, imprimait et brochait lui-même, et auxquels il donnait des titres engageants, comme, par exemple, Simple Stories For Idiots. Certains de ces pamphlets peuvent se retrouver dans leur édition originale sur AbeBooks, où l'on vous en demandera bon-bon. Vous ne pourrez pas en faire l'acquisition à meilleur prix, vous n'êtes pas pour ça au bon endroit au bon moment: ça vous fait un point commun avec Crad Kilodney, qui fut toute sa vie en décalage avec l'espace, le temps et le milieu littéraire. Si Crad Kilodney était encore parmi nous, postant sur Twitter, sur Instagram ou sur TikTok, il serait peut-être devenu un influenceur qui lancerait des modes, qui sait?

Crad Kilodney, duc de Sherbourne, en son fief

 

Mais il est parti, en laissant sans héritier son duché des trottoirs de Toronto, Ontario (vous l'avez compris - ou pas - Sherbourne, c'est le quartier dont il battait le pavé, et dont, de sa propre autorité, il s'était intitulé duc).

De 1978 à 1992, il imprima 32 de ces petits formats, de très courts romans ou des recueils de nouvelles, auxquels s'ajoutèrent quelques volumes chez des éditeurs tout petits, certes, mais ayant pignon sur rue comme des grands: Black Moss Press, Virago Press, Coach House Press...
On raconte que les deux derniers parus, chez Black Moss Press: Malignant Humours et Girl On The Subway and other stories, seraient encore disponibles chez des libraires américains - il faut bien les chercher. De 1995 à son départ en 2014 pour une destination tellement exotique que plus exotique que ça, tu meurs, il tint un blog, dont les archives lui survivent grâce à son amie Lorette Luzajic.

Dans un de ses derniers messages, il adressait un clin d'œil à ses (rares) lecteurs français: "My French book, Villes Bigrement Exotiques, is still in print".

Pour les lecteurs francophones, sa bibliographie est très brève:

- d'abord, un guide bigrement recommandable*: Villes Bigrement Exotiques, édité par Le Dilettante, 2012
ISBN: 978-2-84263-709-5

- ensuite, le posthume Crad Kilodney: Trois contes, édité par Cormor en Nuptial, 2019

Précisions pour les bibliophiles : ce petit livre de 64 pages, réalisé avec soin (couverture illustrée à rabats, reliure en cahiers cousus) peut être commandé en librairie ou bien en envoyant directement 15 euros (port inclus) à l'éditeur :
Cormor en Nuptial Editions
27 Rue Saint-Martin
B-5060 Tamines (Belgique)
Contact par e-mail : cormorennuptial@gmail.com


*Note pour les curieux insatiables: peut-être vous arrive-t-il de penser, comme Lewis Carroll: Les gens qui n'existent pas sont tellement plus gentils que les gens qui existent! Jamais ils ne vous contredisent, jamais ils ne vous marchent sur les pieds, jamais ils ne viennent boire votre tasse de thé! Alors, vous apprécierez davantage les villes qu'Arnaud Maisetti propose à ses lecteurs de visiter avec lui. Lesquelles? Celles qui n'existent pas.

lundi 27 mai 2024

Futur Branle-bas

Oisivetés, c’est le titre du livre qu’écrivit Vauban dans ses vieux jours, après avoir bâti un fort ou une citadelle dans chaque ville de France, et auquel fera écho mon futur Branle-bas.

Éric Chevillard

Ce n'est pas souvent que Chevillard fait l'annonce d'un livre futur (il lui arrive, quand il le faut bien, de signaler une mise sur le marché, une traduction ou une réédition, mais qu'il parle de projets encore non réalisés, c'est plus rare); notre première réaction est de soupçonner une nouvelle facétie: faudrait-il croire tout ce qui est écrit dans l'autofictif ?  puisque son métier, à  Chevillard, c'est de faire des farces et attrapes (il le dit lui-même)...  pourtant, je ne sais pourquoi, ma tripe me suggère que ce pourrait être vrai, que le démolisseur de Nisard pourrait bien cette fois bâtir  quelque soubassement polygonal pour la statue de Vauban, (ou lui dire merde, on ne sait jamais avec Chevillard)...  ou qu'en écrivant "faire écho",  il veut simpement dire qu'il suivra l'exemple du poliorcéticien polygraphe en nous proposant un ramas de plusieurs mémoires de sa façon sur différents sujets.  Alors? Ouvrons l'œil, on verra bien.

 

samedi 30 mars 2024

Nos jours sont comptés

Mars a 31 jours, vous le saviez?
Non? Pas grave: quand on ne sait pas, on demande à Djuna Barnes.

Autre enseignement fort utile dispensé par ce dessin:
Mars est un mois venteux.

From Djuna Barnes’s Ladies Almanack.

Merci au Biblioklept d'avoir attiré notre attention sur ces particularités calendaires et météorologiques.

lundi 4 mars 2024

Jaquettes de papier cristal

 Je sais peu de choses, en fait, sur Vladimir Poe. Tout ce que j'ai appris sur lui vient d'un rêve que j'ai fait.  Dans ce rêve, j'ai à peine eu le temps de faire sa connaissance: il m'était présenté  par une demoiselle que je connaissais également depuis peu (sa nièce ou sa petite-nièce? comme c'était arrivé au début du rêve, les circonstances étaient déjà devenues floues, dans les rêves c'est souvent comme ça, mais les souvenirs du rêve deviennent plus précis à partir du moment où elle me présentait son oncle (grand-oncle?) dans un café.)
Il avait écrit, beaucoup: il me l'avait dit à voix basse, comme s'il avait fallu préserver un secret; puis il me donnait quelques précisions sur une de ses œuvres, qui semblait avoir pour lui une importance particulière: une série de romans dont la protagoniste récurrente s'appelait Djili.
J'avais promis de lui rendre visite; quelques jours plus tard (sans doute quelques secondes d'horloge: c'est comme ça que le temps s'écoule, à sauts et à gambades, pendant le sommeil paradoxal), je me retrouvais devant la maison de ce Vladimir Poe: une petite foule s'y trouvait déjà, parmi ces gens une seule figure connue: mon père (comment se trouvait-il là? il le connaissait lui aussi,
Vladimir Poe?).
Nous entrions tous dans un silence solennel, les gens autour de moi arboraient une mine compassée; nous devions nous serrer pour tenir tous dans une petite pièce, mon père, sans parler, avait posé sa main sur mon épaule; il devenait de plus en plus clair que Vladimir Poe venait de mourir. Je me souvins alors que sa nièce avait mentionné, sans insister comme si ç'avait été peu important "qu'il avait écrit des centaines de livres"; en général, quand des gens utilisent cette formule vague à propos de quelqu'un qu'ils connaissent, ça veut dire qu'il en a écrit deux ou trois; aussi lui avais-je demandé "Sur quoi?"; elle avait répondu, toujours aussi vague, "Sur un peu tout". À présent je n'avais qu'à regarder autour de moi pour en avoir confirmation: sur des étagères poussiéreuses, il  y avait en effet des centaines de livres, sur le dos desquels je pouvais lire au-dessus du titre: Vladimir Poe; ceux dont j'étais assez près pour déchiffrer le titre appartenaient à la série des romans sur Djili, et le dernier de la rangée s'appelait "À travers les océans". Ces livres étaient brochés, dans le style des ouvrages publiés avant guerre, et protégés par ces jaquettes de papier cristal que les gens soigneux leur confectionnent à la main; sans doute étaient-ils là depuis longtemps.
Puis je me retrouvais à la terrasse du café où j'avais fait la connaissance du défunt, je commençais à ressentir du regret à l'idée que je ne le rencontrerais plus, je me levais et, faisant tinter sur le zinc les trois pièces qui devaient payer mon café, je reprenais le chemin de chez moi; le seule chose qui me restait à faire était de chercher sur internet ce que je pourrai apprendre sur Vladimir Poe: sa bibliographie  peut-être? les liens (improbables, mais  sait-on jamais?) qu'il pouvait avoir eu avec un autre Poe, plus célèbre?

 
Ce fut fait au réveil: interrogé sur Vladimir Poe, internet ne suggéra que deux associations possibles entre le prénom Vladimir et le patronyme Poe: d'abord, il insinua que peut-être j'avais mal orthographié le premier terme, et dans ce cas ma recherche devrait s'orienter vers Le cas étrange de Monsieur Valdemar (pas Vladimir), une nouvelle d'Edgar Poe; puis, un peu facétieusement, il me rappela que dans l'œuvre de Vladimir Nabokov abondent les allusions, les références, les fantaisies métatextuelles impliquant Edgar Poe. 

Peut-être, après tout, le vieux monsieur polygraphe n'a-t-il publié que dans les rêves.

dimanche 3 mars 2024

Entends, enfant, la douce Nuit qui marche (Ursula Le Guin, 11)

 Janvier er Février sont vite passés, et nous voilà déjà en Mars! Sommes-nous en retard? Mais non, c'est toujours le bon moment pour lire un livre d'Ursula Le Guin.

Quel titre donner à un recueil où il est question d'Elfland, de Poughkeepsie, de Virginia Woolf, des qualités nutritives du plastique, de la fluidité de la notion de genre (littéraire ou pas littéraire), et d'autres notions encore?
La réponse: Le langage de la nuit.

Le langage de la nuit est la traduction (ça, vous l'aviez sans doute deviné) du recueil  de textes (pas de fictions!) The Language of the Night.
Comme Martin Winckler, qui a écrit la préface de cette édition, je n'ai pas eu l'occasion de poser à Ursula Le Guin toutes les questions que j'aurais voulu lui poser.  Mais qui l'a eue, cette occasion? Elle s'est soumise avec le sourire à des interrogatoires. Elle en a donné, des interviews, des interventions, des tonnes. Si on recommençait, chaque question en entraînerait une autre, et, graduellement, inévitablement, la qualité des questions se dégraderait. Dans les essais, préfaces et conférences réunis dans ce volume, Ursula Le Guin se débarrasse d'un revers de main de beaucoup de questions; sagement, elle donne à des questions qu'on ne lui a pas posées des réponses qui n'ont pas l'air de réponses; ou encore, elle invite le lecteur à un jeu, qui est de deviner à quelle question elle répond, par exemple quand elle cite Dunsany: "au loin, à l'est, s'étend un désert que nul homme ne foule".
Ou bien: "je voyais deux petites figures, fort lointaines, perdues dans un immense désert de glace et de neige".
Ou encore: "j'ai donné à trois petites îles les noms de mes enfants - leurs surnoms quand ils étaient bébés".
Ou quand elle nous apprend (cette fois dans une des nouvelles du cycle de Terremer) que dans la Langue de la Création (sans la connaissance de laquelle il est vain d'espérer faire de la magie) tolk est le mot qui désigne une pierre.
Tolk: une pierre. Sur une pierre, on peut poser ce qu'on veut.
"Madame, madame, s'il vous plaît, est-ce que la question c'était: avec quoi est-ce qu'on bâtit une cathédrale?"
Elle sourit et passe à autre chose.
Par exemple: "Il s'agissait de savoir, je vous le rappelle, s'il était au fond souhaitable qu'un livre de science-fiction fût un roman".

Est-il souhaitable de mettre dans un livre tout ce qu'il faut pour se faire, dans sa tête, des romans, et puis d'appeler ça "livre de science-fiction", ou "roman", ou "recueil  de textes", ou tout ce que l'on veut ? Réponse dans Le langage de la nuit.


Ursula Le Guin: Le langage de la nuit;
The Language of the Night, Essays on Writing,
Science Fiction, and Fantasy
,
Première édition 1979 (Putnam),
édition révisée en 1992 (HarperCollins),
rééditée en 2024 (Scribner)
Traduction de Francis Guévremont,
Aux forges de Vulcain
ISBN : 978-2-373050-17-2

Citations extraites d'Ursula Le Guin, Le langage de la nuit