Affichage des articles dont le libellé est théâtre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est théâtre. Afficher tous les articles

vendredi 4 juillet 2025

Jeanne d'Arc ou le conte du Graal

 Ça devait arriver un jour ou l'autre.
C'est aux premiers heures de Juillet que Florence Delay a rejoint Jacques Roubaud (et Joseph d’Arimathie, et Merlin l’Enchanteur, et Arthur Pendragon, et Gauvain d'Orcanie, Lancelot du lac, Perceval le gallois, Robert Bresson et d'autres). 

Florence Delay 1941-2025

 

mardi 8 octobre 2024

Octobre, à quand la fête?

"Oublie que t'as aucune chance, vas y fonce.
On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher".

Octobre est pressé: dès les premiers jours, il s'approprie Pierre Christin et Michel Blanc, qui n'avaient en commun que le désir de distraire leur public du mieux qu'ils pouvaient. Octobre, dirait-on, s'ennuie déjà, il semble avide de distractions et de menus plaisirs. On se demande, un peu inquiet, quelles friandises il réclamera pour Hallowe'en?

Pierre Christin 1938-2024
Michel Blanc 1952-2024

mardi 23 août 2022

Théodore de Bèze: le diable entre dans les détails

 À Théodore (ou Dieudonné) de Bèze (1519-1605) une grave maladie offrit l'occasion d'une conversion ("L'image de la mort - écrivit-il à son mentor Melchior Wolmar - gravement présentée devant mon âme assoupie et comme ensevelie, éveilla l'aspiration à une vraie vie" et "cette maladie fut le début de ma guérison") si complète qu'il quitta sa riante Bourgogne pour la sévère Genève où, attentif aux conseils de Calvin, il donna à sa carrière littéraire une nouvelle direction: loin des facéties et fatrasies de sa jeunesse, il se consacra, à Genève puis à Lausanne, à édifier ses contemporains: traduire les Psaumes, composer des ouvrages apologétiques, et, ce qui est plus inattendu, écrire pour le théâtre sur des sujets religieux. Il y employa nombre des procédés qui lui avaient valu de réussir comme poète mondain; il essaya de concilier poésie savante et poésie populaire, innovation théâtrale et rigueur calviniste. Ainsi dans le drame paru en 1550 Abraham sacrifiant  (est-il utile que je vous en explique l'argument?) n'hésite-t-il pas à placer sur la scène (invisible aux autres acteurs) un Satan prompt au sarcasme; la responsable de l'édition à laquelle j'emprunte le passage (en orthographe modernisée) ci-dessous, Marguerite Soulié, n'hésite pas à qualifier le ton de celui-ci de "rabelaisien":

Satan (en habit de moine) :

Je vais, je viens, jour et nuit je travaille,

Et m'est avis, en quelque part que j'aille,

Que je ne perds ma peine aucunement.

Règne le Dieu en son haut firmament,

Mais pour le moins la terre est toute à moi,

Et n'en déplaise à Dieu ni à sa loi.

Dieu est aux cieux par les siens honoré;

Des miens je suis en la terre adoré;

Dieu est au ciel; et bien, je suis en terre.

Dieu fait la paix, et moi je fais la guerre.

Dieu règne en haut, et bien, je règne en bas.

Dieu fait la paix, et je fais les débats.

Dieu a créé et la terre et les cieux,

J'ai bien plus fait, car j'ai créé les dieux.

Dieu est servi par ses Anges luisants,

Ne sont aussi mes Anges reluisants?

Il n'y a pas jusques à mes pourceaux

À qui je n'aye enchâssé les museaux.

Tous ces paillards, ces gourmands, ces ivrognes

Qu'on voit reluire avec leurs rouges trognes,

Portant saphirs et rubis des plus fins,

Sont mes suppôts, sont mes vrais Chérubins.

Dieu ne fit onc chose tant soit parfaite

Qui soit égale à celui qui l'a faite,

Mais moi j'ai fait, dont vanter je me puis,

Beaucoup de gens pires que je ne suis.


Théodore de Bèze, Abraham sacrifiant, éditions José Feijoo, 1990


Satan qui se félicite qu'on puisse trouver "des gens" pires que lui ("et c'est moi qui les ai faits!"), n'est-ce pas une jolie trouvaille? Bon, d'accord, on est loin de l'humour bienveillant de Sempé. Pour tenir à distance les ruminations inspirées par le diable, je vais tester un procédé que je pense efficace: me replonger dans la lecture de Catherine Certitude.


mercredi 13 avril 2022

Quand le roi se meurt


Je n'ai vu Michel Bouquet sur scène qu'une seule fois: c'était dans No Man's Land d'Harold Pinter, pendant l'hiver 79, il y a, donc... quelques années... si longtemps déjà?

Au cinéma ou à la télévision, Bouquet était capable si son rôle le demandait de se fondre dans le paysage, mais sur scène il occupait tout l'espace, la présence, pourtant impressionnante, de son partenaire Raymond Gérôme n'y changeait rien.

À la fin de la pièce, juste avant qu'un petit artifice de mise en scène ne rende manifeste l'arrière-plan sinistre de cette comédie noire, Gérôme et Bouquet levaient leurs verres et, d'une seule voix, portaient un toast: "Au No Man's Land!"

C'est le moment, je crois, pour lever les nôtres: le rideau tombe. 


1925-2022