mardi 25 avril 2017

Pendant ce temps, au pays des bûcherons géants



L'actualité est si riche en ce moment, 
on ne sait pas quoi chroniquer.
Ah! voilà, j'ai trouvé: le premier épisode de la saison 3 de Fargo, qui vient de commencer sur FX!   
"Le meilleur du pire", c'est comme ça que Pierre Sérisier, sur son blog Le Monde des Séries
a intitulé le billet enthousiaste qu'il vient de publier à propos de cette nouvelle saison - c'est de l'humour, bien sûr, puisqu'en vrai, Fargo, c'est le meilleur du meilleur
J'ai sauté dessus: moi aussi, j'attends avec impatience la suite de Fargo. Et puis, c'est rafraîchissant en ce moment de se pencher sur quelque chose avec quoi - même en cherchant bien - on ne peut trouver aucun point commun avec la déprimante actualité française.


Dans Fargo, rien n’est moral 
et rien ne peut l’être 
car les personnages sont placés 
– de leur point de vue – en situation de survie. 
N’ayant pas – contrairement à ce qu’ils pensent – évalué correctement la situation, ils se voient comme menacés dans leur existence même, ce qui aboutit à les mener à une descente aux enfers. C’était le cas pour l’agent d’assurance 
Lester Nygaard (Martin Freeman)* 
dans la saison 1, 
pour le boucher Ed Blumquist (Jesse Plemons)* 
dans la saison 2 et pour Ray Stussy*
dans la saison 3. 
C’était le point de départ de Jerry Lundegaard* dans le film des frères Coen.

[…]

Comme dans le film des frères Coen, 
Noah Hawley joue sur l’absurdité des situations. 
Sur une politique du pire. 
Les bourdes commises sont tellement énormes, le manque de jugeote est tellement dévastateur qu’on ne parvient pas à croire que cela puisse relever de la réalité. 
Tout le sel de la série tient au décalage entre ce qui est envisageable par le spectateur et ce qui se produit. Il y a un jeu constant impliquant le spectateur qui se dit : 
"non, ce n’est pas possible, 
ils ne vont pas faire ça". 
Et, si. 
C’est exactement ce qu’ils font.



Bienvenue à Fargo (saison 3).

*Disclaimer: At the request of the survivors, the names have been changed.

citations de: Pierre Sérisier - Le Monde des Séries

samedi 8 avril 2017

I looked in windows




I looked in windows, for the wealth
I could not hope to own.  
Emily Dickinson  
(I had been hungry all the years)


Éveillé trop brutalement ce matin, je n'ai gardé qu'un souvenir imprécis du rêve que je faisais à ce moment: pour je ne sais plus quelle raison, j'y demandais à des gens (je ne sais plus qui) de poser (pour des photos) devant des fenêtres. 

Peut-être ce rêve m'a-t-il été inspiré par la lecture, la veille, d'un article de  Peter Bradshaw dans le Guardian sur le film de Terence Davies romançant la vie d'Emily Dickinson? Les images, privées de contexte, qui me sont restées de mon rêve ressemblaient beaucoup, vraiment beaucoup, à celles-ci, publiées dans le Guardian:


Cynthia Nixon dans A Quiet Passion

Emma Bell dans A Quiet Passion


Lesquelles ont à leur tour éveillé le souvenir de tableaux de Vilhelm Hammershøi:


Vilhelm Hammershøi, Les grandes fenêtres (1913)

"Painterly" est un des adjectifs que Peter Bradshaw emploie pour parler de ce film: on comprend pourquoi. Sa chronique est plutôt positive: il dit grand bien de la distribution (ce seront successivement Emma Bell puis Cynthia Nixon qui incarneront Emily Dickinson à différentes époques de sa vie). Pourquoi pas?
J'attends impatiemment de voir ce film, avec, tout de même, un peu d'inquiétude. 
J'ai bien aimé les austères premiers films, autobiographiques et fauchés, que Terence Davies tourna il y a déjà un bon quart de siècle; plus récemment, il a réalisé quelques-uns de ces "films en costumes" auxquels ne manque pas un bouton de col, genre dont ses compatriotes se sont fait une spécialité.
Alors, que craindre? Si on ne se fiait qu'à la bande-annonce, on pourrait s'attendre à une bluette touristique du style Le Massachusetts, Terre de Contrastes, ce qui serait un moindre mal; mais qui sait si derrière cette façade rassurante ne se cache pas Un Embaumement de première classe pour Emily Dickinson? (sur IMDB, un spectateur qui a vu le film en avant-première fait part, en termes peu amènes, de sa déception, stigmatisant, en particulier, une séquence en grisaille dans laquelle Emily serait conduite au cimetière dans un sinistre corbillard qui aurait sa place dans un film de la Hammer, alors qu'il est notoire que la poétesse insista pour que son cercueil  - blanc - fût porté à travers champs sur les épaules de ses amis: parmi les inexactitudes qu'il épingle, certaines, dont celle-ci, pourraient faire contresens). Ou, plus spécieux encore,  La Malédiction de la Momie d'Emily Dickinson?

Le film sortira en France dans un mois. On verra bien.

Je vous dois cependant un aveu: j'aime tellement Emily Dickinson que si un jour les Américains - ils en seraient bien capables - nous proposaient un  Emily Dickinson, Vampire Hunter,  j'irais le voir, pour le principe.




Les photogrammes du film A Quiet Passion sont  © Allstar/Hurricane Films.
La reproduction du tableau de Vilhelm Hammershøi, Les grandes fenêtres, provient de Wikimedia commons (domaine public).

lundi 3 avril 2017

L'exercice engendre l'habitude



Peut-être l'avez-vous entendu dire: 
il y aura bientôt des élections (peut-être même près de chez vous, si ça se trouve).
Une élection, ça consiste, essentiellement, à glisser prestement une enveloppe dans un trou.


Il est impératif d'acquérir une certaine pratique pour ne pas manquer le trou.


"L'exercice engendre l'habitude" 
est une maxime d'Agénor Fenouillard
rapportée par son biographe Christophe

Illustration:  tous droits réservés pour toutes les planètes connues
(concrètement, ça veut dire que je n'ai pas réussi à identifier l'auteur de ce gif: 
qu'il se fasse connaître, pour que je puisse lui exprimer mon admiration!).

jeudi 30 mars 2017

La modernité est en Mars arrière


C’est dans l’arrière-fond du mois de Mars que la librairie Un regard Moderne renouera avec une tradition aussi ancienne que la boutique: on y exposera affiches et dessins de presse de Willem
Je n'étais pas loin de la vérité quand, il y a quelques jours, je m'interrogeais: Mars disposerait-il d'assez de journées pour faire éclore tous les bourgeons dont ses premiers moments avaient fait la promesse?
De justesse: on vient de terminer l'accrochage des panneaux, et le vernissage, c'était ce soir. Sans doute Monsieur Jacques Noël n'était-t-il 
pas tout à fait là, mais…
il fallait fréquemment regarder derrière son épaule pour en être sûr.


L'exposition est ouverte à partir de demain, et le restera jusqu'au 26 avril.



Un Regard Moderne, c'est au 10, rue Gît-le-cœur, 75006 Paris

vendredi 17 mars 2017

Le visiteur renfrogné



Tout, dans l'attitude de mon visiteur, semblait indiquer qu'il n'était que modérément satisfait (tout au plus) du résultat de sa visite…
Était-ce cela qu'il essayait, à mots couverts, de me faire sentir, en grommelant, au moment de prendre congé:
"Je vais m'en aller d'ici, 
sur une mule ou sur une vache, 
pourvu que ça trotte"
  ? 

"Sur une mule ou sur une vache?" 
Les gens qu'on rencontre en rêve,
ils ont de ces façons de parler,
tout de même, je vous jure.



samedi 11 mars 2017

Un jour aurait régné la plus profonde nuit



Deux de mes fidèles lecteurs, Monsieur et Madame Chat, m'ont fait part, à la suite d'un billet récent, de leur goût pour ces rêves dont Theodor W. Adorno prit note pendant près de quarante ans, et qui furent publiés après sa mort dans un ouvrage judicieusement intitulé Mes rêves (Stock, 2007); il n'en a pas fallu davantage pour que je me croie autorisé à vous en proposer un autre exemple, enrichi d'un illustration opportunément fournie par l'actualité.

Vienne, 26 juin 1960

Au cours de l'avant-dernière nuit j'ai rêvé: un jour aurait régné la plus profonde nuit, pour la première fois depuis la création du monde le soleil ne se serait pas levé. Il y aurait eu différentes explications, l'une liée à la fin du monde imminente, l'autre selon laquelle une bombe atomique aurait explosé au-dessus de Londres, la suie dégagée à cette occasion s'étant propagée à toute la Terre, la plongeant dans l'obscurité. 

Photo prise en 2016, un jour où, sur la province de Ninive (c'est en Irak) régnait
la plus profonde nuit.


Je sortis à l'air libre et découvris un vaste paysage vallonné, immensément paisible. Il était comme dans un crépuscule lunaire, mais on ne voyait aucune lune. Parfaitement consolateur. Le rêve était semble-t-il lié au fait que je me trouvais en compagnie d'Hélène Berg.


Theodor W. Adorno, Mes rêves
traduction d'Olivier Mannoni,
Stock, 2007 
(épuisé)

Photo © 2016 The New York Times

mercredi 8 mars 2017

Un départ manqué



Curieux rêve, très bref, à l'heure où l'on hésite entre s'éveiller tout à fait et se rendormir: je vois un jeune homme s'apprêter à monter dans un train avec son vélo: on lui refuse l'accès à cause d'un nouveau règlement qu'on lui détaille dans un jargon administratif auquel il ne comprend rien.
La dernière image de l'histoire,  dramatisée par des dominantes rouges et  de forts traits noirs (je réalise alors que cette image est un dessin: c'est une sorte de bande dessinée ou de comic que je suis en train de lire) le montre désemparé, à côté du vélo jeté à terre;
le train s'éloigne.



dimanche 5 mars 2017

Trois cent trente trois, trois cent trente quatre, et la suite


Je viens de me souvenir que ce blog s'est enrichi récemment d'un trois cent trente troisième billet, ce qui, me semble-t-il, aurait mérité une petite célébration (parce que c'est joli, 333)... au lieu de cela, que vois-je? Il a été suivi déjà d'un trois cent trente quatrième… d'un trois cent trente cinquième... et je n'ai toujours pas fêté l'événement comme il se devait! Au secours, Georges Perec!


333
Je me souviens de la bande à Baader.

334
Je me souviens de la Nouvelle Vague.

 Et la vie continue...

336
Je me souviens aussi que l'Express s'étant sous-titré L'Hebdomadaire de la Nouvelle Vague, le Canard Enchaîné avait fait remarquer qu'on aurait davantage attendu d'un organe de presse qu'il se vante de donner des nouvelles précises.


Georges Perec, Je me souviens


jeudi 2 mars 2017

En avant, Mars!



En ce début Mars il se passe des choses qui donnent envie d'aller de l'avant. 
Un signe qui ne trompe pas: Li-An, toujours avisé, vient d'intituler son dernier billet "Un coup de Mars et ça repart"

Matt Jones nous rappelle que demain, 3 Mars, ce sera l'anniversaire de la naissance de Ronald Searle: Matt célèbrera ça à sa façon, en dédicaçant (le lendemain) son livre Searle in America. Si vous voulez faire dédicacer votre exemplaire, il vous faudra prendre le train pour Burbank, mais ça ne vous fait pas peur, n'est-ce pas?

Avant-hier a vu une autre naissance: celle de la boutique Etsy d'Algésiras, itération de son autre boutique, Damalisca: Damalisca-chez-Etsy propose d'aussi jolis produits que Damalisca-point-bigcartel-point-com, et offre davantage de possibilités de paiement en ligne. Dépêchez-vous d'aller y acheter les aventures du Wendigo et de son ami Hannibal Lecter, il n'y en aura pas pour tout le monde!

S'il commence comme ça, je me demande si Mars aura assez de trente-et-un jours.

mardi 28 février 2017

Tu joues avec moi?


En lisant, dans le billet précédent, le texte extrait de ses microgrammes, devant ses choix - de vocabulaire, d'écriture, de ponctuation -  un peu inattendus, vous vous êtes peut-être dit qu'il avait un rapport un peu particulier avec les mots, Robert Walser.  Ma foi, si c'est le cas, vous n'aviez sans doute pas tort.


Comme mes mots 
bondissent devant moi! 
Mes petits mots 
sont des enfants 
 qui jouent avec moi.
Robert Walser


Vous ne vous trompez pas, petits mots:
on est venus là rien que pour jouer avec vous.


Robert Walser, L'enfant du bonheur 
traduction de Marion Graf, 
éditions Zoé, 2015
ISBN-10: 2881829570
ISBN-13: 978-2881829574

L'illustration provient de postsecret