jeudi 6 octobre 2022

"Dans la splendeur du désert"...

 Qu'ai-je lu récemment? Un roman de Susan Fletcher: L'alphabet des rêves, paru dans la collection Gallimard jeunesse. J'avais besoin, pour garder le moral en ces temps troublés,  d'une lecture un peu "feel good" (alors spoiler: ça finit bien). Sur la quatrième de couverture, sous un résumé succinct - comme c'est souvent le cas pour les 4 de couv', celle-ci survend un peu l'histoire: "... un conte envoûtant dans la splendeur du désert"; en fait, vous découvrirez que, splendeur mise à part, le désert, c'est chaud (le jour), froid (la nuit) et ça fait mal aux pieds (tout le temps) - figure la mention: à partir de 10 ans. Ça va, je les ai les dix ans, et même un peu plus: je peux le lire. En plus, il y sera question de rêves, d'aventures et de voyages: ceux de mes lecteurs qui me connaissent bien savent que ça suffit à me mettre en appétit. 

Quand nous vivions dans la Cité des Morts, chaque nuit ou presque, mon frère rêvait de choses à manger. Roulé en boule sur le sol de pierre au milieu des ossements, il imaginait des banquets, avec des melons et des olives, des pois chiches et des dattes, des lentilles et du pain. Rien n'était trop beau pour ses rêves nocturnes, pas même ces mets rares qui faisaient les délices des nobles - zestes de citron enrobés de miel, amandes, viande d'agneau rôtie dans le safran.

Je me demandais comment il avait entendu parler de ces nourritures. À moins que notre nature profonde ne remonte à la surface pour se révéler dans nos songes? La dernière fois que nous avions mangé comme des nobles, c'était trois ans plus tôt, alors que Babak avait à peine deux ans.

En plus, bizarrement, ces repas rêvés semblaient le rassasier. Quand il s'éveillait, il n'était pas affaibli ni rendu grognon par la faim, comme je l'étais, moi. L'arrière-goût de ses festins nocturnes semblait l'illuminer et son visage rayonnait de joie.

- Grande soeur! Le rêve que j'ai fait! Des pois chiches rôtis! J'en ai mangé à m'en faire éclater le ventre! et des oranges, toutes pelées pour moi et saupoudrées de feuilles de menthe! Et des tartines chaudes avec des graines de sésame!

Mais l'évocation de ces festins ne faisait que me donner plus faim encore et me rendre plus grincheuse. Je finissais par le rabrouer:

- Bouge-toi, Babak!

Je l'entraînais dans le dédale de couloirs souterrain et nous sortions pour aller aux portes de Rhagae.

- Les rêves, ça ne se mange pas, avais-je coutume de lui rappeler.

Mais là, j'avais tort. Les rêves peuvent vraiment vous nourrir et vous permettre aussi de faire dans la vie réelle des voyages lointains vers des endroits qui passent l'imagination.

Je le sais bien, car c'est ce qui nous  est arrivé.

Hé bien voilà un premier paragraphe qui nous en dit juste assez mais pas trop (comme une bonne bande-annonce): on va nous raconter les aventures d'un petit frère (Babak) et d'une grande soeur (Mitra, mais il ne faut pas oublier de l'appeler Ramin, parce qu'elle fait semblant d'être un garçon - elle s'est rasé la tête, et porte des habits de garçon; comme en plus elle est toute maigre, ça ne se voit pas que c'est une fille, ça vaut mieux parce que ça pourrait lui causer des problèmes. Et puis c'est plus pratique pour courir, se cacher et voler de quoi manger. On n'a pas toujours des melons et des olives:

Le vin était amer, le pain rassis et le fromage commençait à moisir. Je m'en moquais bien. Ça étanchait ma soif et me remplissait le ventre.

Il y a des méchants très très méchants, mais ils n'occupent pas trop de place. Il y a des gentils très gentils, mais pas le genre de gentil qui se la raconte "je suis le gentil, alors c'est à moi que les choses les plus intéressantes doivent arriver": sagement, l'auteur place certaines de ces choses les plus intéressantes un peu en retrait, à la limite du champ de vision des protagonistes. Entre gentils et méchants, beaucoup de personnages se situent dans la fameuse zone grise (même l'héroïne, en fait): ça rend certaines choses moins évidentes: ça aussi ça contribue à rendre l'histoire intéressante.

Y a-t-il des éléments qui enferment ce livre dans la catégorie "roman pour la jeunesse"? Bon, parfois des préoccupations didactiques (ça se passe dans un pays et à une époque qui ont vraiment existé, et l'auteur ne nous laisse pas oublier qu'elle s'est documentée!) ralentissent un peu le rythme du récit, mais pas trop. Parfois aussi, ce sont des ficelles un peu grosses qui mettent en mouvement le mécanisme de l'histoire: mais quand on a dix ans (j'ai, en fait, un peu plus de dix ans, mais je me souviens parfaitement de ce que j'aimais à cet âge) ça ajoute au charme de la lecture, de pouvoir se dire de temps en temps; "oh, là, je devine tout seul comme un grand ce qui va arriver au prochain chapitre!"...

Une des choses les plus réussies du livre, c'est la façon dont le monologue intérieur de Mitra nous laisse deviner, progressivement, par très petites touches, par quels changements elle passe entre la première et la dernière page. Mitra est-elle un "narrateur fiable"? À peu près, mais ses perceptions sont faussées par la présence d'un gros "point aveugle" (et le "point aveugle", qu'on emploie ce terme au sens propre ou au sens figuré, il se trouve toujours au milieu du champ de vision).

Une autre réussite (euh... vous avez sans doute déjà compris, attentifs lecteurs, que j'ai pris plaisir à la lecture de ce petit livre sans prétention?): les passages où l'on trouve du réconfort dans  des choses simples.

Des melons de deux sortes: verte et orange. Trois variétés d'olives. De l'agneau rôti et des perdrix. Toute une pile de pains sortant du four. Un plateau sur lequel s'amoncelaient des carrés de fromage de chèvre. Des pâtisseries dégoulinant de miel.

Bon appétit.


Susan Fletcher: L'alphabet des rêves (Alphabet of Dreams, Simon & Schuster 2006) traduction de Philippe Morgaut, Gallimard jeunesse 2007  ISBN: 978-2-07-057779-8


mardi 4 octobre 2022

Deux cent vingt deux jours en deux mille vingt deux

 Jusqu'à présent, 222 journées de 2022 ont été suivies de nuits de mauvais sommeil. Dès ce soir,  ça devrait commencer à aller mieux pour tous les gens qui ont la chance de ne savoir compter que jusqu'à deux; les autres devront attendre encore un peu.


samedi 1 octobre 2022

Se promener dans les bois

Touchez mon blog, Monseigneur vient de signaler la réédition récente (chez L'Arbre Vengeur, vous pensez!) d'un bon vieux recueil d'Abraham Merritt: La femme du boisQuant au Bison, il vous recommande un livre québécois intitulé Femme-forêt,  d’Anaïs Barbeau-Lavalette; livre dans lequel, dit-il, "on devient forêt" (vous voyez se dessiner une tendance?).

Que dites-vous? Vous aussi vous aimeriez vous promener dans les bois et vous ne pouvez pas, parce que ceci, parce que cela?... D'accord, voici une micro-liste de promenades dans les bois que vous pourrez faire sans quitter votre cocon.


Mon préféré dans ce lot: Sur les ossements des morts, d'Olga Tokarczuk.

Dans cet extrait, voici Madame Doucheyko qui parle à une écrivaine que le hasard a mis sur son chemin:

Je pensais pourtant qu'en tant qu'écrivaine, vous aviez de l'imagination et une capacité à voir plus loin que la réalité, et que vous ne réfutiez pas d'emblée ce qui, à première vue, peut paraître invraisemblable. Vous devriez savoir que tout ce que nous pouvons croire est déjà une sorte de vérité, ai-je conclu en citant Blake de mémoire, et il m'a semblé que cela avait produit son effet.

Madame Doucheyko, la narratrice de Sur les ossements des morts, n'aime pas qu'on prononce mal son nom: c'est Doucheyko pas Douchenko. Entraînez-vous à bien prononcer le nom de Madame Tokarczuk, au cas où vous la rencontreriez, ce sera mieux. Car il était temps qu'on s'aperçoive de l'existence d'Olga Tokarczuk, elle a de l'imagination et une capacité à voir plus loin que la réalité, et ce qu'elle voit elle l'écrit drôlement bien. Des livres, elle en a écrit de toutes sortes; là, elle nous offre un récit... policier, si on veut: c'est un roman policier à peu près autant que Dead Man, de Jim Jarmush, était un western (et dans ces deux récits on cite beaucoup William Blake: ça leur fait plusieurs points communs - outre les grands bois traversés). On y éclaircit des mystères d'une façon pas très conventionnelle: les policiers assermentés en restent baba. J'ai été enchanté de faire la connaissance de Madame Doucheyko, j'adorerais la voir, dans d'autres livres, s'attaquer à d'autres énigmes... mais c'est peu probable, je le crains, elle est passée à autre chose.

Un blogueur a aimé!

Dans les bois, de Harlan Coben, c'est l'exact opposé de Sur les ossements des morts: un polar on ne peut plus classique, qui offre exactement ce qu'on a l'habitude d'attendre des polars de Harlan Coben, si vous en avez déjà lu vous ne serez que modérément surpris (et si vous aimez Coben, vous ne serez donc pas déçu). On n'y cite pas William Blake, l'écriture est beaucoup plus plate (on va dire neutre, c'est plus gentil) mais le titre n'est pas trompeur: il y est question de bois.

La forêt d'Iscambe... ah! La forêt d'Iscambe. C'est un livre de Christian Charrière que, dans ma jeunesse, tous mes copains amateurs de jeux de rôles se recommandaient chaudement les uns aux autres: c'est ainsi qu'on me l'a recommandé plusieurs fois et que j'ai fini par le lire. J'y ai pris plaisir... mais un petit peu moins,  je dois l'avouer, que je ne m'y attendais. Le conseil était bon cependant, et si le livre intéresse tant les rôlistes, c'est qu'il raconte un long et sinueux voyage (dans une forêt) où l'on fait des rencontres surprenantes: presque comme dans une campagne de jeu de rôles, et les meneurs de jeu peuvent y puiser des idées à volonté. Et c'est peut-être parce que je ne l'ai lu qu'après beaucoup de parties (de jeux de rôles) que j'ai trouvé certaines des surprises que Charrière a préparées pour ses lecteurs un peu moins imprévisibles qu'il ne souhaitait, visiblement, qu'elles le soient.

Les grands bois, d'Adalbert Stifter, c'est une autre affaire: si c'est du style que vous cherchez, c'est là que vous le trouverez. Un style travaillé, ciselé, chantourné comme on n'en fait plus. Et une intrigue aussi romantique que le style.

Dans une vallée aux vertes prairies se dressait une puissante tour quadrangulaire, environnée des ruines des bâtiments qui l'avaient entourée. Elle  n'avait plus de toit, et les portes dans ses murs d'enceinte étaient détruites; elle était telle qu'on la voit de nos jours, si ce n'est que les pierres dénudées de ses murailles n'avaient pas pris encore la couleur grise et vétuste qu'elles ont maintenant; elles étaient encore revêtues de chaux et de crépi, mais leur blancheur était salie par les affreuses marques de l'incendie, qui, partant des fenêtres, se dirigeaient vers le haut, semblables à des panaches de comètes.

Des paysages en parfait accord avec des sentiments nobles et véhéments, semblables, eux aussi, à des panaches de comètes. C'est ce que nous aimons, n'est-ce pas? 

Dans la forêt, de Jean Hegland. Là, ça se passe entièrement dans la forêt, comme l'annonce le titre. Ça se met en place lentement, il y a peu de ruptures de rythme, mais une fois que ça vous tient, ça vous tient bien. Et, d'une certaine façon, ce livre dialogue avec celui d'Olga Tokarczuk: il y est aussi question de la façon dont les humains interagissent avec le reste des êtres vivants,  vous verrez. Le choix de la forêt comme décor unique est judicieux: dans une forêt, il se passe des choses qu'on ne voit pas et qui ont des conséquences qu'on ne constate que longtemps après (par exemple il pousse des champignons - mais c'est juste un exemple; il y a d'autres choses)... et puisque ce roman a été adapté en BD aux éditions Sarbacane, avec des dessins pleins de sensibilité de Lomig (vous avez donc le choix: roman, bande dessinée, ou les deux - moi je dirais les deux) pourquoi ne pas terminer ces recommandations par un livre dessiné - pas tout à fait une BD, mais presque:

Bois profonds de Raphaële Frier et Amélie Jackowski: Bois profonds est un petit livre d'images qui peut se lire, littéralement, dans les deux sens, car il est en français et en arabe. En principe, le français, ça se lit de gauche à droite, et l'arabe de droite à gauche: c'est pour ça qu'il y a "deux premières pages", une de chaque côté du livre. Mais la version française comme la version arabe peuvent se lire dans un sens ou dans l'autre: selon qu'on tourne les pages dans un sens ou dans l'autre, on lit deux histoires légèrement différentes, racontées avec les mêmes images en lavis gris-bleuté.

Alors, on avance, / on s'enfonce sans se retourner / le coeur à l'épreuve / dans la sombre forêt...

Jusqu'au moment où / jusqu'à l'endroit qui / pourquoi, comment, on ne sait pas / mais on y est.

Celui-là, vous aurez peut-être un peu plus de mal à le trouver en librairie que les autres (tous les autres sont disponibles en poche, certains dans plusieurs éditions, neufs ou d'occase): mais vous pouvez le découvrir sur le site de son éditeur, le port a jauni!

Et savez-vous qu'Emily Carroll aussi a écrit (et dessiné) un album intitulé, lui aussi,  Dans les bois? Que voulez-vous, c'est un titre qui dit bien ce qu'il a à dire, pas étonnant qu'on en trouve autant de variantes. Il faudra que je vous en parle...peut-être en même temps que de cet autre album d'Emily Carroll, Quand je suis arrivée au château...  Emily Carroll mérite au moins un billet pour elle toute seule!

Récapitulons:

La femme du bois d'Abraham Merritt, traduit par France-Marie Watkins, L'arbre vengeur, 2022.  ISBN: ‎ 978-2379411380

Sur les ossements des morts d'Olga Tokarczuk,  traduit par Margot Carlier, Libretto, 2020.  ISBN: ‎ 978-2369145714

Dans les bois, de Harlan Coben, traduit par Roxane Azimi, Pocket, 2009.  ISBN: ‎ 978-2266207638

La forêt d'Iscambe de Christian Charrière, Points (réédition) ISBN: ‎ 978-2757814314

Les grands bois, d'Adalbert Stifter, traduit par Henri Thomas, Gallimard. ISBN: 978-2070143283

Dans la forêt, de Jean Hegland, traduit par Josette Chicheportiche, Gallmeister.  ISBN: ‎ 978-2782351786444

Bois profonds de Raphaële Frier (texte) et Amélie Jackowski (dessin),  texte arabe de Nada Issa,  Le port a jauni, 2021.     ISBN:  978-2919511815

Le loup n'est pas là, il est très occupé ailleurs: on ne sait pas si ça va durer, profitez bien de vos promenades (virtuelles ou pas) dans les bois.


jeudi 22 septembre 2022

Vous ferez ce que vous voudrez...

... mais si j'étais à votre place, je prendrais le train pour Clermont-Ferrand.

Jo Walton, qu'on aime bien ici (vous aviez remarqué?), sera ce week-end (les 23, 24 et 25) aux Aventuriales (à Ménétrol: c'est en Averoigne - pardon, en Auvergne, pas loin de Riom):  un festival comme on les aime, plein de bouquins bizarres. Vous avez jusqu'à ce dimanche pour lui présenter timidement votre exemplaire de son dernier roman, dont la traduction française vient tout juste de paraître: ça s'appelle Ou ce que vous voudrez; vous verrez, elle écrira dessus tout ce que vous voudrez (ou à peu près tout) et signera avec un large sourire. 

J'ai pensé que ça vous intéresserait. 


samedi 17 septembre 2022

Un roi est mort, un phénix ne reviendra pas

 Deuxième semaine de septembre. Toujours peu d'occasions de se réjouir.

Vous n'avez pas oublié, lecteurs attentifs, l'académicien don Gregorio Salvador faisant la leçon à Arturo Pérez-Reverte: Julián Marías, qui a été notre collègue à l'Académie, le père de Javier Marías, le romancier... Et voilà qu'il est mort, Javier Marías, le romancier...

Je dois confesser mon ignorance totale de l'oeuvre de Marías père et, presque totale, de celle de Marías fils; et, ne connaissant pas davantage l'opinion du professeur Salvador sur les institutions monarchiques, je ne saurais vous dire pour quelle raison il omettait de mentionner la dignité singulière dont avait été revêtu Javier Marías: il avait reçu la récompense traditionnellement promise par les chevaliers errants à leurs écuyers: une île pour royaume. Ça, au moins (vous connaissez mon intérêt pour la préservation des moeurs chevaleresques) j'en avais entendu parler. Le 6 juillet 1997, Javier Marías devint roi d’un îlot des Caraïbes, quand le monarque du royaume de Redonda, Juan II (l’écrivain John Wynne-Tyson, ardent défenseur des droits des animaux) abdiqua en sa faveur. Le titre de roi de Redonda (nous dit Wikipedia) se transmet dans la sphère des lettres pour perpétuer l’héritage littéraire des rois précédents (n'est-ce pas joliment tourné?): Felipe Premier (Matthew Phipps Shiel, l'auteur azimuté du Nuage pourpre) et Juan Premier (John Gawsworth, un des biographes d'Arthur Machen). Javier Marías accepta de perpétuer la légende et prit le nom de Xavier Premier. C'est une tradition, chez les souverains redondiens, d'afficher des préférences qui ne sont pas celles de tout le monde. Interprétant cette tradition à sa manière, Marías créa sa propre maison d’édition, Reino de Redonda (Royaume de Redonda) spécialisée dans la littérature fantastique.

La popularité de l'idée de monarchie connaît des hauts et des bas, en l'île Redonda comme ailleurs (cette île ronde n'a-t-elle pas été facétieusement surnommée "l'île de trop de rois", alors même que ses seuls habitants permanents sont des oiseaux de mer?); il reste cependant communément admis qu'au moment de la mort d'un roi il convient de crier "Vive le roi!".

 Mais que convient-il de crier quand meurt Axel Jodorowsky, éphémère phénix dans le Santa Sangre de son père Alejandro?


mardi 13 septembre 2022

Deux ou trois choses que nous savions de lui

photo, par William Klein

 Jean-Luc Godard (1930-2022) tenait un petit commerce de cinéma. De cinématographe. Quand il en avait le temps, il aimait faire des tours et des détours.

vendredi 9 septembre 2022

As he emptied the thin glass he snapped the shank between his fingers

 

The wide-eyed mess sergeant filled the glasses in dead silence. Once more the colonel rose, but his hand shook, and the port spilled on the table as he looked straight at the man in Little Mildred's chair and said, hoarsely, "Mr. Vice*, the Queen." There was a little pause, but the man sprang to his feet and answered, without hesitation, "The Queen, God bless her!" and as he emptied the thin glass he snapped the shank between his fingers.

Long and long ago, when the Empress of India was a young woman, and there were no unclean ideals in the land, it was the custom in a few messes to drink the Queen's toast in broken glass, to the huge delight of the mess contractors. The custom is now dead, because there is nothing to break anything for, except now and again the word of a government, and that has been broken already.

Rudyard Kipling, The Man Who Was (1889) 

repris dans le recueil Mine Own People (1891)


*Clarification pour le lecteur français: le colonel, présidant la tablée du haut bout de la table, s'adresse au personnage assis à l'opposée, au bas bout, comme à son "vice-président", Mr. Vice.

jeudi 8 septembre 2022

La ronde des saisons

 On dirait que la canicule est rentrée dans sa niche (jusqu'à l'année prochaine?). Qu'est-ce qui vient après l'été? L'automne, non?

Sans attendre l'arrivée officielle de l'automne, et après avoir pris de très brèves vacances, Rachel Smythe a entrepris de nous raconter la suite des aventures de Perséphone et Hadès: la troisième saison de Lore Olympus commence. Et les débuts sont encourageants; notre couple bicolore échange des serments solennels: 

     "I will love you, even when all the mortals have forgotten about us and we are nothing but stardust..."

Ouf! On avait eu chaud, dans la deuxième saison (n'est-ce pas?).

Mais déjà des complications apparaissent à l'horizon...

Dans les librairies, vous pouvez déjà trouver (au choix, en français ou en anglais) les deux premiers volumes de la version "papier". Comme on pouvait s'y attendre, il y a quelques petites choses qui se sont perdues, lors de la transition webcomic-papier; les couleurs ne sont évidemment pas aussi lumineuses que sur écran, les responsables de l'édition ayant choisi de ne pas les désaturer (la décision était sûrement difficile); manque aussi le rythme syncopé que seul pouvait permettre le défilement vertical... mais c'est quand même une belle édition! Et la version "série animée",  me demanderez-vous? Hé bien... rien de nouveau pour le moment.


jeudi 1 septembre 2022

Sur la falaise noire vivait le Vieil Homme Terrible...


 Et pendant ce temps, François Bon explique des choses. Et il explique bien.





mercredi 31 août 2022

Sur le Mai de son âge, et sur son trente-et-un

Quand je pense que si j’étais mort le 31 août 1992, on célébrerait aujourd’hui le trentième anniversaire de ma disparition ! Le trentième, vous vous rendez compte ?! Pleurons ensemble, mes amis.

 Éric Chevillard


Synchronicité. On raconte que ces derniers temps, Mikhail Gorbatchev, ancien Secrétaire Général de comité, se parlait à lui-même à voix basse: "Où en serions-nous si j'étais mort, par exemple, le 31 août 1991? Irait-on déposer des fleurs devant mes statues?"