La voilà, la fin du mois de juin, et c'est l'heure des vêpres.
Alors replongeons-nous dans ce petit conte d'Antonio Tabucchi, que je persiste à vous recommander.
Le premier oiseau arriva à la fin du mois de juin, à l'heure des vêpres, quand tous les moines étaient à la chapelle pour l'office. Fra Giovanni da Fiesole, dans ses conciliabules intérieurs, continuait à s'appeler Guidolino, nom qui était le sien avant son entrée au couvent; il se trouvait dans le jardin, occupé à ramasser des oignons, et c'était là son emploi, car en quittant le monde il n'avait pas voulu renoncer au métier de son père, le maraîcher Piero qui cultivait des asperges, des courges et des oignons dans le clos de San Marco. Les oignons étaient de cette variété rouge à gros bulbe, très doux pourvu qu'on les mette à mollir, mais qui provoquent abondance de larmes dès qu'on les tient dans la main. Il les mettait dans sa robe de bure pliée en forme de sarrau quand il entendit une voix qui l'appelait: "Guidolino!"
Il leva la tête et vit l'oiseau.
Il le vit a travers les larmes qui embuaient ses yeux à cause des oignons, pendant quelques instants il fixa sa silhouette agrandie et déformée comme par une loupe extravagante, puis il cligna des paupières pour sécher ses larmes et regarda de nouveau.
Antonio Tabucchi: Les oiseaux de Fra Angelico
Traduit de l'italien par Jean-Baptiste Para





