vendredi 18 mai 2018

Quand je passe un col je pense à eux


L'autre jour j'ai vu Edmond Baudoin en chair et en os!

Il a complété mon exemplaire du Chemin de Saint Jean d'un dessin: sur le talus au bord du chemin, deux grands pins jumeaux.

Père tombé sur le côté.
J'ai lu et relu tous les albums de Baudoin,
Le chemin de Saint-Jean est peut-être
celui auquel je suis revenu le plus souvent. 


Depuis, mon album sent bon la résine.

Il avait aussi avec lui son dernier album (co-réalisé avec Troubs): Humains / La Roya est un fleuve: une autre histoire avec des cols dedans. Ai-je besoin de vous le recommander?

Baudoin et Troubs
Humains / La Roya est un fleuve, L'association, 2018

Une case du Chemin de Saint-Jean, d'Edmond Baudoin.

vendredi 4 mai 2018

A plus de quatre, on est une bande de sons


Les gazettes d'Avril nous ont bien ravitaillés en nouvelles tristes.
Celles de Mai semblent décidées à ne nous 
laisser manquer ni de radotages ni de vaticinations, aussi attristants les uns que les autres.


Pour autant, ne désespérons pas de la presse.
Demandons à Tom Gauld de 

And voilà!
Si vous allez sur cette page du New Yorker, vous ne verrez pas seulement l'état final de cette illustration; en plus, si vous laissez votre souris se promener sur l'image, vous entendrez 
pour de bon ce 
soundtrack to Spring

Merci Tom Gauld.


Au fait, vous êtes au courant pour Tom Gauld? On l'a vu récemment en cuisine avec Kafka. L'état dans lequel ces deux-là ont laissé la cuisine, je vous raconte pas.

L'image est, évidemment, © Tom Gauld.

mardi 24 avril 2018

The next best thing



FRANCE INFO – La voiture volante verra-t-elle le jour ? Ce projet porté par le géant Airbus ne relève plus de la science-fiction…

SUZIE – Oui, mais elle ne vole pas vraiment si elle est portée par un géant !

It's not exactly flying, but it's the next best thing.

À la recherche - comme moi - de raisons de ne pas trop déprimer en ce triste mois d'Avril (mais qu'est-ce qui ne va pas chez les mois d'Avril? ils ont une dent contre nous ou quoi?), vous avez sûrement noté, vigilants lecteurs, que L'Autofictif ultra-confidentiel d'Éric Chevillard se trouve désormais dans toutes les bonnes librairies. Mais je vous le rappelle quand même, au cas où ça vous aurait échappé, on ne sait jamais, un moment de distraction ça arrive à tout le monde.

Photo ©  Lovelane
(et non, sur la photo ce n'est pas Suzie Chevillard)

mercredi 11 avril 2018

Les moutons électriques rêvent-ils de F'murrr?


Qui était plus qualifié que F'murrr pour dessiner des moutons électriques, hein, je vous le demande?

Dessin de F'murrr pour le n° 2 de la nouvelle série de Fiction, 2005
(Les  Moutons Électriques, éditeur)

Qui va les dessiner maintenant?

La vie ne nous sert que des tartines de clous, 
et en plus les portions ne sont pas grosses.


Dessin © F'murrrrrrr et Les  Moutons Électriques

vendredi 6 avril 2018

Cocher lugubre et bossu, conduisez-moi au manoir



Et ne secouez pas le champagne.

06/04/2018


illustration © American Zoetrope, Columbia

vendredi 30 mars 2018

Martel en tête


Entracte.
Tout le mois d'Avril, à la galerie Martel, vous trouverez toutes les pièces, les matériaux et l'outillage nécessaires à la fabrication d'un Chris Ware (avec ses nombreuses options), ainsi que la notice de montage officielle.


À vos tournevis!


Exposition au 17, rue Martel  (75010)
du mardi au samedi de  14 h 30 à 19 h
du 29 mars au 19 mai 2018

Illustration © Chris Ware

jeudi 22 mars 2018

Pour naviguer avec Ursula Le Guin



J'avais suggéré, dans un billet récent, que Le Livre d'or d'Ursula Le Guin, chez Pocket, était une des portes d'entrée les plus accessibles à l'univers de la romancière, tout en déplorant qu'on ne le trouve plus que chez les bouquinistes.
Pas de panique!
Les éditions du Bélial ont annoncé pour Mai la parution d'Aux douze vents du monde, traduction de The Winds Twelve Quarters, dont Le Livre d'or n'était à vrai dire, qu'une version abrégée, Pocket ayant privilégié la veine la plus "science-fictionneuse" de Le Guin (cette édition contiendra "17 textes au lieu de 11, + la préface et les présentations des récits, avec des traductions révisées",  précise le french editor, Pierre-Paul Durastanti).
Vous y trouverez Le collier de Semlé (première incursion dans l'Ekumen, première nouvelle de ce qu'on appellera plus tard "le cycle de Hain"), ainsi que Ceux qui partent d'Omelas et À la veille de la révolution, deux des nouvelles d'Ursula Le Guin qui ont laissé a leurs lecteurs l'impression la plus durable.
Ce sera, cette année, un des principaux Événements de Mai: le 22 Mars était donc le moment le plus approprié pour vous le signaler.


dimanche 18 mars 2018

Une aventure de salamandre



Peut-être vous demandez-vous, lecteurs curieux, si en ce moment je rêve à Ursula Le Guin.
Eh bien non: mes derniers rêves exploraient d'autres allées.

Cette nuit, dans la nursery du monde des rêves, je ramasse un livre, manifestement destiné aux 4-6 ans.
La couverture montre un petit reptile orange essayant devant son miroir, avec un large sourire, un chapeau de sorcière.
Sip-sip Dorofeu (c'est écrit sur la couverture: sûrement c'est son nom), une petite salamandre, semble manifester un certain intérêt pour la sorcellerie, ou alors, se préparer pour quêter des bonbons à Halloween: je ne le saurai pas, car le rêve est très court, et se termine sans me donner l'occasion de feuilleter le livre plus avant.

Bonnes lectures, amis rêveurs.



mardi 13 mars 2018

L'anniversaire du Lear



Tout à mes préoccupations actuelles, j'ai omis de vous rappeler qu'hier 12 mars était la Journée Internationale du Hibou et de la Minouchette, instituée en 2012 par la Reine pour commémorer la naissance d'Edward Lear.
J'espère que vous n'avez pas oublié de la célébrer.
Voici, en réparation de ma négligence, un poster à suspendre au-dessus de votre table à thé.

Vous pouvez trouver cette image à une
plus haute définition sur le site du
Bélial.

Où est le hibou, me demandez-vous? Ma foi, ne perdez pas de vue que tous les hiboux ne sont pas ce qu'ils ont l'air d'être - et inversement.


Illustration de Nicolas Fructus 
Le Bélial 2018

jeudi 8 mars 2018

Celles qui partent d'Ulthar (Kij Johnson, La Quête onirique de Vellitt Boe)



Certains changent le monde. 
Et certains changent les gens qui peuvent 
changer le monde. 
Vous, par exemple. 
Kij Johnson
La Quête onirique de Vellitt Boe



Dans la septième galerie

Après une marche qui lui parut durer une éternité, ils traversèrent plusieurs galeries gigantesques, creusées par d'énormes mains - ou pattes - mystérieuses. Ces salles, toutes identiques, mesuraient des centaines de mètres de long et une cinquantaine de large. Elles contenaient des structures en ruine, des rochers, des blocs de construction, du bois pétrifié - et partout, sous ce chaos, de vastes flaques d'une eau glaciale fétide. On avait sculpté chaque voûte sur toute sa superficie: guilloches veinées d'une incroyable minutie dans une salle, hératis et botehs irrégulières dans la suivante, motifs chantournés évoquant un immense nid de serpents dans la troisième…
Le ciel, comprit-elle soudain.
Le ciel, représenté par des êtres qui ne l'avaient jamais vu, mais à qui on avait décrit ses motifs changeants.
Ce n'était pas une cité gug, mais celui qui guidait Vellitt semblait connaître cet endroit: dans la septième galerie, il emprunta un passage creusé dans la roche dont toutes les crevasses avaient été scellées par des murs en pierre de taille. Le passage se mit à grimper, à s'incurver en spirale. Des marches apparurent, ici et là, puis de plus en plus fréquemment, jusqu'au moment où Vellitt s'avisa qu'elle gravissait un escalier cyclopéen en colimaçon.

Vous vous sentez en terrain familier, sans doute? Vous avez déjà exploré ces galeries  cyclopéennes, ou d'autres qui leur ressemblaient comme deux gouttes d'eau glaciale et fétide. Un inédit de Lovecraft, sans doute, exhumé de quelque boite d'archives couverte de moisissures fongoïdes, par quelque doctorant en études lovecraftiennes en mal de notoriété?
Hé bien non, vous êtes bien dans le monde des rêves de la Terre, celui où on accède par un escalier de sept cents marches taillées dans l'onyx et polies par les pas de millions de rêveurs, mais votre compagnon d'aventures ne s'appelle ni Pickman ni Trevor ni Carter, mais Boe.
Vellitt Boe (Vellitt - Véline, pour les intimes - dans le monde des rêves c'est un prénom féminin).
Et, croyez-moi, ça fait une certaine différence.
Après avoir voyagé en sa compagnie, vous ne regarderez plus tout à fait du même œil - quand il vous arrivera encore, inévitablement, d'en côtoyer - les minarets de quartz rose coiffés de bulbes de calcédoine ou de rubis du pays des rêves. Non plus, sans doute, que les calandres des Buick. Et vous vous surprendrez peut-être à chercher un visage familier, un peu pâli, dans la foule de la place de l'Horloge, à Avignon, sur une vieille carte postale.

Une des bonnes surprises de ce début d'année - il fallait bien qu'il y en eût, à côté des mauvaises - ce fut la lecture de La quête onirique de Vellitt Boe, paru mi-février aux éditions du Bélial. Je l'attendais avec impatience; Gromovar Wolfenheir et Jeff Grubb en avaient dit, tous les deux, dès sa parution aux USA (chez Tor Books) il y a deux ans, beaucoup de bien: j'en avais pris note.
J'avais noté, aussi, que l'éditeur avait fait figurer sur la couverture un blurb (les Américains appellent ça comme ça) ainsi rédigé:
"Kij Johnson a un don sans pareil 
pour rendre l'irréel réel et le réel irréel" 
et signé:
Ursula Le Guin

Ce qui n'était pas une mince recommandation.
Ursula Le Guin n'a pas coutume (comme certains de ses confrères et consœurs - non, je ne pense à personne en particulier) d'écrire sur commande pour les quatrièmes de couverture des éloges de complaisance. "When I wrote my first novel, The Fox Woman,  - se souvient Kij Johnson - I took my courage in my hands and wrote her asking for a blurb. She sent a polite typed letter back, explaining that she wasn't doing blurbs at the moment, but wishing me well. A few months later, I received a hand-written postcard telling me that she had loved the book, ending, ‘‘I am so proud of you, fox girl!’’" 

(‘‘Quand j'eus terminé mon premier roman, The Fox Woman, je pris mon courage à deux mains et je lui écrivis pour lui demander un blurb. Elle répondit par une lettre dactylographiée, expliquant poliment qu'elle ne faisait pas de blurbs pour le moment, mais qu'elle me souhaitait tout ce qu'on peut souhaiter de mieux. Quelques mois plus tard, je reçus une carte de sa main, pour me dire qu'elle avait aimé le livre, et se terminant ainsi: "Je suis si fière de toi, fox girl!"’’)


Polaris

Quand c'est elle qui parle d'Ursula LeGuin, Kij Johnson ne voit pas de raison de faire preuve d'autant de réserve: 
"Elle était mon étoile polaire"
écrit-elle dans le journal qu'elle tient sur sa page Patreon
And later, too, after I did become a writer. I never wrote without thinking of her. Ever. What would Ursula say if she read this? What about that? I hope she would like what I am doing here. I thought about her when I wrote flash about mantises, a novella about a middle-aged woman questing, tales of dogs and cats and cephalopods and aliens -- even "Spar." Especially "Spar." I knew she would get it.  She never wrote me directly about my writing, but every so often I would find out she had said something generous and exciting about my work, and then I would try even harder, to deserve it. 
Et plus tard, quand écrire fut devenu mon métier, je n'ai jamais écrit sans penser à elle. Jamais. Qu'est-ce qu'elle dirait, Ursula, si elle lisait ça? Et ça? J'espère qu'elle va aimer ce que je suis en train de faire. Je pensais à elle pendant que j'écrivais des brèves sur des mantes religieuses, une novella avec une femme d'âge mûr qui part pour une quête, des histoires de chiens et de chats et de céphalopodes et d'aliens et même "Spar". En particulier Spar*. Je savais qu'elle, elle le comprendrait. Elle ne m'a jamais écrit directement à propos de mes textes, mais de temps en temps je découvrais qu'elle avait dit, sur l'un d'eux, quelque chose de généreux et de stimulant, et ça me poussait à travailler encore plus dur, à mériter ce qu'elle avait dit.


Ailleurs, elle note:
I also remember her creeping through the halls of the dormitory where we were staying, clutching a battery-powered water-gun, but that's another story.
Je me souviens aussi d'elle, se faufilant dans les couloirs du foyer où nous (ses étudiantes à Clarion West en 1987) étions logées, armée d'un pistolet à eau (à piles), mais ça, c'est une autre histoire.

Ces précisions apportées par Kij Johnson devraient balayer toutes les fantaisies qui pourraient venir hanter l'imagination des lecteurs, au sujet de possibles similitudes entre le personnage rêvé de Vellitt Boe, professeur de mathématiques à l'université d'Ulthar, et l'Ursula LeGuin qui enseignait la littérature dans le monde de l'éveil: non, la seconde n'a pas servi de modèle à la première, en aucune façon! la preuve: l'arme favorite de Vellitt était la machette, celle d'Ursula le pistolet à eau (à piles). Rien à voir, n'est-ce pas?

Rien ne vous oblige donc à approuver mon choix de faire figurer ce billet dans ce que nous appellerons provisoirement "Le Printemps Ursula LeGuin"; rien ne vous oblige non plus à lire  La quête onirique de Vellitt Boe , si ce n'est que c'est un bon roman, avec des tas de bons morceaux dedans, et même des monstres marins d'une taille vraiment inhabituelle; qu'il contient un hommage à la fois sensible et sensé à Lovecraft, ainsi qu'à quelqu'un d'autre qui fut une source d'inspiration constante pour celles et ceux qui la connurent, ou, simplement, qui la lurent; et, ce qui n'est pas à négliger, que l'édition française a été exquisement illustrée par Nicolas Fructus, et qu'elle ajoutera une touche de raffinement appréciable sur vos étagères. Ou, éventuellement, sur vos tapis. Ou dans votre panier,  je ne sais pas où vous vous installez pour lire. Voyez vous-même:

Officially cat-approved edition.


*Si vous vous demandez ce que c'est que Spar: c'est une nouvelle parue dans le magazine Clarkesworld, que Kij décrit comme "about the most NSFW thing that was ever NSFWed" (à peu près la chose la plus NSFW sur quoi on ait jamais apposé l'étiquette NSFW),  vous ne pourrez pas dire qu'on ne vous a pas prévenus.

traduit par Florence Dolisi et illustré par Nicolas Fructus
éditions Le Bélial, 2018
ISBN 978-2-84344-929-1

La photo de Jurat-la-Tachetée présentant l'édition française de 
La quête onirique de Vellitt Boe est © Kij Johnson 2018.