lundi 27 février 2023

Sale temps pour les bars-tabacs

 François Hadji-Lazaro, fondateur de Pigalle et des Garçons Bouchers, est mort avant-hier. Ce n'est donc pas de si tôt que nous aurons, lui et moi, l'occasion de  fêter un prochain anniversaire ensemble (les dates de nos anniversaires ne sont séparées que par quelques jours) et c'est bien dommage: peut-être rattraperons-nous  le temps perdu en faisant pour notre cent-vingtième une fête à tout casser?  Nous inviterons Topor, bien sûr.

... mais les étoiles, elles étaient là...

 
© Boucherie Productions


jeudi 23 février 2023

Cent mille milliards de bougies

 

Avant-hier, ce sera l'anniversaire de Raymond Queneau.
Bon anniversaire de Raymond Queneau à tous ceux qui, comme lui, fêteront, ou auront fêté, ou auraient fêté leurs cent vingt ans. 

 

mardi 14 février 2023

Les corbeaux lui mangeaient dans la main

Non, ce n'est pas d'Hitchcock que je parle, mais de Carlos Saura, dont l'œuvre la plus populaire chez nous reste Cria Cuervos, mainte fois réédité, alors que la plupart de ses autres films ont eu moins de chance avec les éditeurs français. "Carlos Saura est mort dans la matinée du 10 février 2023 à Madrid, à l'âge de 91 ans, alors qu'il devait recevoir un Goya d'honneur à Séville le lendemain", nous a dit la presse. Peut-être cela lui vaudra-t-il l'honneur d'une rétrospective ou de l'édition d'une intégrale? L'une et l'autre seraient amplement justifiées: je ne vous demande même pas si vous avez vu Cria Cuervos, je suis sûr que la réponse serait oui, mais si vous n'en avez pas encore eu l'occasion, essayez de voir le dyptique Anna et les Loups (Ana y los lobos) / Maman a cent ans (Mamá cumple cien años), ou ce petit joyau qu'est Elisa, mon amour (Elisa, vida mía). MUBI les a presque tous proposés à un moment ou à un autre... mais pas en ce moment. Il faudra vous armer de patience, ou essayer de vous procurer les éditions espagnoles.

 

samedi 11 février 2023

Projection privée

 Regardons les choses en face: à présent je vais au cinéma bien moins souvent qu'avant vous-savez-quoi.
Et, continuons à regarder  les choses en face: un jour prochain je serai de ceux qui se plaindront qu'il n'y a plus autant de salles de cinéma qu'au bon vieux temps.
Cette nuit (pour compenser?), je me suis fait une sorte de film. Dans la journée j'avais lu quelque chose au sujet d'un show intitulé The Descendants: apparemment c'est une sombre histoire de rivalités familiales, je n'ai pas cherché à en savoir plus. Dans mon rêve ce titre,
The Descendants, recouvrait tout autre chose: les épreuves, sur une longue période, d'un groupe de gens abandonnés sur une terre (ou une Terre? était-ce de l'Histoire ou de la science-fiction, je n'en suis plus certain) pas très accueillante, mais où la dernière génération finissait par se sentir chez elle. Au point que, dispersés, ils se retrouvaient, dans l'avant dernière scène, pour célébrer un anniversaire (celui du débarquement de leurs ancêtres, sans doute? comme souvent, ce n'est que de la fin du rêve que je me souviens avec précision, le début est devenu un peu flou). Puis la séquence suivante (la "vraie" fin) reprenait cette scène plan par plan, avec des personnages vieillis d'une dizaine d'années et d'autres détails qui suggéraient le passage du temps, certains détonaient par rapport à la sobriété de la première réunion, l'ambiance se voulait plus festive, certains des "descendants" s'étaient déguisés, en costumes "d'époque" (quelle époque? un passé fantasmé peut-être?): par exemple, le grand costaud qui s'était distingué plus tôt dans les scènes d'action, il s'était confectionné pour l'occasion une sorte de costume de pirate, qui ne parvenait pas à dissimuler qu'il avait pris de la bedaine. Une fin légèrement douce-amère, donc: la séquence était muette, et se terminait sur un fondu au noir. 

Pendant ce temps, dans le monde diurne, les scriptwriters de la réalité disséminaient çà et là des "carabines de Tchékhov", pour prévenir le public que tout ça risquait de finir mal.

 

lundi 6 février 2023

Objet volant difficile à identifier, dans le ciel de Chine

 Le Cinéphile Stakhanoviste vient de chroniquer un film (titre international: The Journey to the West) qui, malheureusement, ne connaît pour le moment chez nous qu'une diffusion confidentielle (dans des festivals, comme le Festival du film d'auteur chinois Allers Retour, au Studio des Ursulines à Paris: dernière projection le 11 février!); ça m'attriste, car ce que le Cinéphile en dit m'intrigue beaucoup: un Chinois persévérant (ou peut-être un peu obsessionnel) cherche à recueillir des témoignages sur d'éventuels contacts de certains de ses compatriotes avec des extraterrestres - et, comme le réalisateur, Kong Dashan, qui raconte son histoire, il ne dispose que de petits moyens. Ça me fait penser aux premiers films des frères Coen ou de David Lynch (mais avec une chinese touch); j'espère que bientôt il se trouvera un diffuseur français pour s'y intéresser, et qu'on pourra le trouver sur une de nos chaines, ou en DVD ou en Blu-ray.
En attendant, je garde le nez en l'air. Au fait, sauriez-vous reconnaître un alien d'un Chinois, si vous les voyez flotter,  l'un ou l'autre -  ou l'un et l'autre - au-dessus de vous?

 

jeudi 2 février 2023

De la difficulté de cacher un chat dans un sac en papier: Kenji Tsuruta

Si un chat choisit, de son propre chef, de se cacher dans un sac en papier: pas de problème. Les problèmes commencent quand vous essayez de convaincre un chat de rester caché dans un sac en papier, parce que vous voyagez avec lui dans un compartiment où des panneaux préviennent: "interdit aux chats et aux cigarettes": et justement,  ce jour-là, le chat n'a pas envie de rester dans le sac. Un livre, c'est aussi en papier et on peut aussi mettre tout ce qu'on veut dedans, ça rentre donc (dans une certaine mesure) dans la même catégorie que les sacs en papier, mais il est plus facile de faire entrer un chat dedans (jamais chat n'a refusé de figurer dans un livre, vérifiez, les exemples abondent): surtout si c'est un chat dessiné et le livre un manga, où il y a la place pour beaucoup de dessin et un peu de texte. Dans La pomme prisonnière, les pages de texte servent à Kenji Tsuruta pour nous faire quelques confidences sur sa façon de travailler, ses choix, ses rapports avec son éditeur, les chats et les chattes qu'il a bien connu(e)s. La place, importante, que le texte laisse au dessin sert à raconter la vie d'une demoiselle, Mariel Imari, et d'une chatte, Gelsomina. Pas de robots géants ni de monstres des abysses (qu'il y en ait dans tous les manga, ce n'est qu'une idée reçue), mais quantité de conseils pratiques très utiles:

- si, en faisant de la plongée, vous trouvez une souris au fond de l'eau, apportez-la à votre chat, c'est un cadeau que les chats apprécient, en principe - ne serait-ce que le temps de la renvoyer d'un coup de patte là d'où elle vient. On ne trouve pas toujours le cadeau idéal, mais l'intention, ça compte.

- s'il fait très chaud, enlevez tous vos vêtements (à supposer que, par une chaleur pareille, vous ayez eu l'idée bizarre d'en porter) et installez-vous confortablement pour une sieste: votre chatte approuvera.


Je m'étends un peu, dans ce compte-rendu, sur les questions relatives aux chats; Stéphane du Mesnildot, qui, lui aussi, a bien aimé ce manga, note que la chatte Gelsomina y est si omniprésente qu'on se demande parfois si ce n'est pas elle la protagoniste; il souligne aussi, à juste titre, la maîtrise dont fait preuve Tsuruta pour dessiner les jeunes filles longilignes aux longs cheveux, sans les encombrer d'un excédent de vêtements, n'hésitant pas à rapprocher la manière du mangaka de celle de Crepax (il s'en explique: "j’avoue que je cherche aussi Valentina partout"). Délicate attention, il nous propose une playlist pour accompagner notre lecture.

Kenji Tsuruta: La pomme prisonnière (Hakusensha, 2014) 

traduit par Yukari Maeda et Patrick Honnoré, Noeve-grafx, 2022 

image © Kenji Tsuruta / Noeve-grafx