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jeudi 5 août 2021

Soeur comme Franz Kafka

 

Cette nuit je suis la sœur de Kafka. Laquelle, me demandez-vous, il en avait trois? Seulement la sœur de Kafka, dans ce rêve je n'ai pas d'autre identité. Nous sommes en train d'emballer nos affaires personnelles, car nous nous préparons à quitter l'appartement dont nous avons été quelque temps locataires; nous devons rentrer au domicile familial, on nous a dit que notre père est malade et nous demande. "Tu sais, il t'aime beaucoup, il dit que tu es la couronne de sa tête", m'entends-je dire avec la voix de la sœur de Kafka. Franz ne dit rien, quelque conviction que sa sœur anonyme ait mise dans cette affirmation, lui ne semble pas entièrement convaincu. Le sol de la pièce presque sans meubles est encore encombré de petits objets qui n'ont pas trouvé de place dans les bagages, un plumier, un bougeoir, beaucoup de feuilles de papier, d'une boite en carton un peu cabossée se sont échappées des enveloppes vierges, le coffre - vide et renversé - d'une machine à coudre à l'ancienne met une note un peu incongrue. 


mardi 11 mai 2021

Histoire avec un cadeau dedans

 

L'histoire de la poupée de Kafka a intrigué beaucoup de gens. À tel point que certains ont écrit à Snopes - vous savez, le site de fact-checking - pour leur demander de la fact-chéquer. Diagnostic de Snopes: unproved.
Les gens de Snopes ont pris la chose au sérieux, et ils ont fait des recherches (sur le net évidemment, where else?) - sans rencontrer de difficultés majeures: si vous décidez de faire ces recherches par vous-même, ça vous prendra un quart d'heure. Vous apprendrez même que l'histoire est mentionnée dans un livre de Paul Auster: ça vous intéressera si comme moi vous aimez bien Paul Auster, sans pour autant avoir encore lu tout ce qu'il a écrit.

The vignette has enjoyed waves of popularity on social media in recent years and saw a resurgence in February and March 2021, prompting inquiries from Snopes readers. One especially influential iteration of it came in October 2011, when the psychoanalyst and writer May Benatar recalled the story in a column for HuffPost. That piece appears to have been the original written source of the wording of the final, touching message from Kafka: “Everything you love will probably be lost, but in the end, love will return in another way.”
Paul Auster included the doll story in his 2005 novel “The Brooklyn Follies,” and it inspired the March 2021 graphic novel “Kafka and the Doll” by Larissa Theule and Rebecca Green

Ils soulignent, notamment, que seules deux des sources de l'histoire rapportent un témoignage "de première main", toutes les autres étant des fictions dérivées de celles-ci:

... a “simple, perfect and true Kafka story,” which  [Dora] Diamant had originally relayed in person to Marthe Robert, a French Kafka translator, in the early 1950s […] ... according to the Irish-American Kafka scholar and translator Mark Harman, Diamant told a slightly different version to Max Brod...

Pour ma part, je ne mets pas en doute la fidélité des souvenirs de Dora Diamant; pourquoi le ferais-je? À votre avis, si je résumais devant deux personnes différentes à quelques années d'intervalle un échange de lettres que j'ai eu en 1985 avec… (peu importe, ça ne vous regarde pas), croyez-vous que je le ferais deux fois de la même façon?

Ce qui m'agace, c'est qu'il y ait tant de gens qui se soient cru permis - sans doute même s'y sont-ils senti obligés, tant est forte autour de nous la pression pour faire entrer les fictions dans des normes (celles dictées par, disons, pour faire court, "la société du spectacle") - d'enjoliver l'histoire, de lui trouver une fin bien conclusive
(on a retrouvé la petite fille soixante ans après:
elle allait bien, merci de demander
)
et, de surcroît, moralisante
(il y avait un papier caché dans la poupée,
paré de toute l'autorité
d'un message de l'au-delà!
).
Bref, une Hollywood Ending.

Une chose pourtant est sûre:
ce n'était pas son truc, à Kafka, les Hollywood Endings.
Kafka n'écrivait ni pour Fox, ni pour HBO, ni pour Netflix, et s'il a écrit Amerika, ce n'était pas dans l'espoir qu'il soit un jour adapté sur le Disney Channel.

Dan MacGuill, le fact-checker qui signe l'article de Snopes, choisit de laisser le mot de la fin (et je trouve ce choix singulièrement approprié) à un personnage de fiction: 

Tom Glass, the character who tells the tale in Paul Auster’s novel “The Brooklyn Follies”, describes the profound effect of the fake letters on the girl:
    "By that point, of course, the girl no longer misses the doll. Kafka has given her something else instead, and by the time those three weeks are up, the letters have cured her of her unhappiness. She has the story, and when a person is lucky enough to live inside a story, to live inside an imaginary world, the pains of this world disappear. For as long as the story goes on, reality no longer exists."



mardi 9 mars 2021

Une rencontre dans un parc

 

Peut-être ce mois de Mars entend-il nous montrer sa bonne volonté en nous réservant quelques surprises agréables?
Tenez, par exemple: il nous promet pour bientôt un nouveau livre illustré par Rebecca Green! Sa sortie était, de longue date, annoncée pour le 9 Mars par son éditeur, Viking Books; et le 9 Mars c'est aujourd'hui! Il est un peu tôt, je vous l'accorde, pour vous précipiter chez votre libraire: mais un(e) lecteur(euse) averti(e) en vaut plusieurs. J'aime bien Rebecca Green, je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit. Mais je bavarde, je bavarde et je ne vous ai pas encore dit le titre du livre:
 

Kafka and the Doll!

 Si vous vous intéressez aux mêmes choses que moi, ce qui est probable puisque vous voilà en train de lire ceci, vous connaissez déjà le roman que Fabrice Colin a écrit il y a déjà quelques années: La poupée de Kafka (synchronicité: la même année, Didier Lévy (texte) et Tiziana Romanin  (illustrations) avaient déjà tenté la mise en image de cette histoire, dans une collection pour enfants chez Sarbacane: Franz, Dora, la petite fille et sa poupée).
Le livre qu'ont co-signé Larissa Theule et Rebecca Green, et celui de Colin, sont basés sur le même récit, répété ici et là depuis pas mal d'années (à l'origine, l’histoire de la poupée a été rapportée par Dora Diamant à deux des biographes de Kafka, son ami Max Brod et Marthe Robert), que certains ont dénoncé comme sûrement imaginaire: enfin Kafka, quoi! KAFKA! Ce grand homme qui a donné à toutes les langues de la planète un terrifiant adjectif* modelé sur son nom, un adjectif qui n'a pas d'autre rival en noirceur que UBUESQUE! Comment cet auteur pour gens sérieux, que la postérité a si strictement redingoté et cravaté de noir, aurait-il perdu du temps (alors qu'il avait de grands romans à achever), à écrire les aventures d'une poupée voyageuse?
Moi je suis tenté d'y croire, comme Colin. Son roman est un peu trop bavard (comme moi!!!), mais il traite sans sensiblerie cette histoire presque trop belle pour être vraie.
Je suis curieux de voir ce que  Larissa Theule, dans ce livre qui, selon l'éditeur, s'adresse aux 4 - 8 ans, aura fait de cette anecdote.

Sur son blog, Rebecca Green parle avec passion de la façon dont elle aborde son travail d'illustratrice - "My favorite way to celebrate a book is by sharing the illustration process!", dit-elle - je vous recommande, par exemple, le making-of de Madame Saqui, Revolutionary Rope Dancer -

et  dans le billet de ce mois-ci, elle nous raconte comment elle s'y est pris pour illustrer Kafka et la poupée:
"The first tests were pure exploration. I thought Irma might have short hair, I tried a more animation-y style, and I even thought for a second, I’d do the book three-dimensionally. While that last one is a dream I hope to make happen someday, it was impossible for this project. "

Les premiers tests furent de simples explorations. Je me suis dit qu'Irma (c'est la poupée) pourrait avoir les cheveux courts... j'ai essayé un style un peu "dessin animé"... j'ai même songé un instant que je pourrais illustrer le livre en saynètes à trois dimensions. Ça, c'était un rêve,  un rêve que j'espère réaliser un jour, mais dans le cadre de ce projet-ci, c'était impossible.

Elle pratique un style d'illustration assez classique, mais parfois elle sort des sentiers battus et, comme ici, entre dans la Troisième Dimension:

Non, votre écran n'est pas déréglé (clic!).
Vous venez d'entrer dans la Troisième Dimension.

Ça ce n'est pas un travail de commande, c'est une de ses recherches personnelles.


Treasures untold.

Non seulement j'aime bien tous les petits détails, mais je trouve que l'ensemble est supérieur à la somme de ces détails.
J'aimerais bien voir Rebecca Green, un jour, illustrer tout un bouquin de cette façon.
Et je pense que, pour Kafka and the Doll, ce procédé aurait été particulièrement bien adapté: je ne suis pas surpris que Rebecca ait été tentée par cette idée. J'imagine bien un Kafka de pâte à sculpter, ou de papier mâché "à la manière de Rebecca Green": un chapeau bien enfoncé sur une tête stylisée - les traits anguleux arrondis par le polissage de la pâte, de grands yeux très noirs et une bouche souriant, à peine, d'un sourire de Joconde - sortant d'un col dur en bristol; et une petite fille et une poupée  dans des robes de même matière (en papier crépon?) mais de couleurs différentes. Rebecca Green et son éditeur ont choisi un parti différent, privilégiant la simplicité. Contraintes de temps, de budget, j'imagine... On ne peut pas tout avoir: pour autant, je n'en suis pas moins impatient de voir à quoi ressemblera ce livre.
 

En attendant, allez voir le site de Rebecca Green!  

Kafka and the Doll, "Viking Books for Young Readers", 2021


* Nous traversons une période KAFKAÏENNE! N'est-ce pas le bon moment pour retourner vers Kafka?

images © Rebecca Green

dimanche 24 mai 2020

Cela fait du bien de jeter ce genre de pierre dans le monde


Prague, vers le 27-05-1910

Voilà, cher Max, tu as deux livres et un petit caillou.
Je me suis toujours efforcé, pour ton anniversaire, de trouver quelque chose qui, vu son insignifiance, ne peut jamais se modifier, se perdre, se détériorer ou s'oublier. Et après avoir réfléchi pendant des mois, je n'ai rien trouvé de mieux que de t'envoyer un livre. Mais les livres, c'est une vraie plaie, s'ils laissent indifférent d'un côté ils deviennent d'un autre côté plus intéressants par ce fait même, et ce qui m'a attiré vers les livres indifférents c'est uniquement ma conviction qui, dans mon cas, est  toujours loin de faire pencher la balance; et à la fin, je me suis retrouvé avec un livre entre les mains, toujours convaincu d'autre chose, qui brûlait de son intérêt. Une fois, j'ai fait exprès d'oublier ton anniversaire, c'était mieux que d'envoyer un livre, mais ce n'était pas bien pour autant. Voilà pourquoi je t'envoie maintenant ce petit caillou et je t'en enverrai aussi longtemps que nous vivrons. Si tu le gardes dans ta poche, il te protègera; si tu le laisses dans un tiroir il ne sera pas non plus sans effet; mais si tu le jettes, ce sera encore mieux. Car tu sais, Max, que mon amour pour toi est plus grand que moi et plus habité par moi qu'il n'habitait en moi, et il est mal assuré vu ma nature fragile, mais dans le  petit caillou il trouve une maison de pierre, même si c'est une fente entre les pavés de la Schalengasse. Cela fait longtemps qu'il m'a plus longtemps sauvé que tu ne le sais, et en ce moment justement où je m'y retrouve moins que jamais et où je me sens comme dans un demi-sommeil, même en état de pleine conscience, juste très légèrement, juste encore un peu - je déambule comme si j'avais des entrailles noires - cela fait du bien de jeter ce genre de pierre dans le monde, séparant ainsi ce qui est certain de ce qui ne l'est pas. Que sont les livres, comparés à ça? Un livre commence à t'ennuyer et ne s'arrête plus; ou bien ton enfant déchire le livre, ou bien, comme le livre de Walser, il est déjà en morceaux quand tu le reçois. En revanche rien ne peut t'ennuyer dans une pierre; et  ce genre de pierre ne peut s'abîmer, et si oui, uniquement dans très longtemps; tu ne peux pas l'oublier non plus - parce que tu n'es pas obligé de t'en souvenir; enfin tu ne peux jamais le perdre complètement - car tu le retrouveras sur le premier chemin venu, parce que c'est justement la première pierre venue. Et je n'ai même pas pu l'abîmer en chantant ses louanges car on ne peut abîmer par des louanges que lorsque l'objet des louanges est écrasé, endommagé ou déplacé par les louanges. Mais ce petit caillou! Bref, je t'ai cherché le plus beau des cadeaux d'anniversaire et je te le donne avec un baiser qui doit exprimer l'impossible remerciement que tu sois là.

Ton Franz

Franz Kafka, Lettres à Max Brod 1904-1924
traduit de l'allemand et présenté par Pierre Deshusses
Fischer Verlag, 1989
2008 Payot et Rivages pour la traduction
ISBN 978-2-7436-1798-1
2011 Payot et Rivages pour l'édition de poche
ISBN 978-2-7436-2204-6

vendredi 4 mai 2018

A plus de quatre, on est une bande de sons


Les gazettes d'Avril nous ont bien ravitaillés en nouvelles tristes.
Celles de Mai semblent décidées à ne nous 
laisser manquer ni de radotages ni de vaticinations, aussi attristants les uns que les autres.


Pour autant, ne désespérons pas de la presse.
Demandons à Tom Gauld de 

And voilà!
Si vous allez sur cette page du New Yorker, vous ne verrez pas seulement l'état final de cette illustration; en plus, si vous laissez votre souris se promener sur l'image, vous entendrez 
pour de bon ce 
soundtrack to Spring

Merci Tom Gauld.


Au fait, vous êtes au courant pour Tom Gauld? On l'a vu récemment en cuisine avec Kafka. L'état dans lequel ces deux-là ont laissé la cuisine, je vous raconte pas.

L'image est, évidemment, © Tom Gauld.

mercredi 1 février 2017

Beaucoup d'un livre



« Beaucoup d'un livre est comme une clé pour inconnu chambres dans le château de sa propre auto. »
Franz Kafka, traduit par Microsoft


Kafka ne dédaignait pas de se payer à l'occasion une bonne tranche de rigolade: ses amis  se souvenaient qu'il était parfois pris de fou-rire  en leur lisant à haute voix ses dernières pages.  S'il était encore parmi nous, il serait sûrement ravi de découvrir ce qui peut sortir d'un logiciel de traduction automatique (surtout si on retraduit de l'anglais en français un texte traduit de l'allemand en anglais).



Information à caractère informatif: 
sur le blog L'ŒIL DES CHATS,  venant après une semaine de lecture, une semaine Annenkov et 
une semaine dans les oreilles
vient de commencer 

vendredi 31 octobre 2014

Contre le mur même de la bibliothèque (une des morts de K.)


Rome - 25 février 1938

[…] J’étais assise sur un petit divan bas et jaune, par terre devant moi se trouvait un tas de livres, j’étais jolie, ravissante comme cet été, avec ma robe à fleurs au col et aux poches de taffetas, mon grand chapeau de feutre noir. Comme d’habitude, quand je me sens belle, je prenais les attitudes supérieures et assurées qu’il fallait. Je ramassais et jetais avec négligence les livres que j’avais devant moi, mais en moi il y avait une morosité bien particulière, et Filippo S., qui, à sa façon idiote et égoïste, faisait de l’esprit, me donnait une sorte de nausée. 

Personne ne paraissait remarquer que là, contre le mur même de la bibliothèque, il y avait un lit ou mieux un berceau 
tout couvert de voiles clairs. 

Dans ce berceau luxueux mourait Franz Kafka.
 
Voilà qu’on vient le prendre pour l’emmener. Cependant quelle espèce de coutume est-ce là, de bander les moribonds et de les enfermer dans la tombe encore vivants: certes, ils n’y vont pas par quatre chemins. Deux hommes en civil arrivent donc, vêtus d’une couleur marron et tourterelle; à l’aspect de petits employés, l’un des deux a un peu une tête de gommeux, avec des petites moustaches blond foncé. Ils ne daignent pas ôter leur chapeau; Kafka sort de son berceau. 
Il est grand, tout habillé, d’un vêtement sombre, il a même son chapeau sur la tête. 

Pauvre garçon, je te reconnais, 
tu es exactement comme sur la photographie. 

Et il est tranquille, il semblerait presque déjà mort, 
mais ce n’est que résignation finale, d’ailleurs il n’y a rien à faire. Je vois maintenant que sur son habit sombre on lui a mis une robe légère de fillette, déboutonnée derrière et plutôt courte et large, à vives fleurs jaunes, rouges et bleues, en cretonne ordinaire. Lui reste sans bouger, debout, et laisse faire. Maintenant on lui met le cache sur les yeux, je le reconnais, ça par exemple, c’est cette bande de soie noire effilochée dont parfois je me sers pour rassembler mes cheveux.  Le gommeux aux petites moustaches rit en la lui liant derrière la tête, satisfait et d’un air de libre supériorité. Un nœud me serre, je suis indignée et je tremble. Comment peut-il rire, cet imbécile? Un jour ou l’autre il sera dans les mêmes conditions que Kafka. Mais sans doute cela lui paraît-il impossible, personne n’y pense avant. Sous le cache, la bouche un peu grande de Kafka est impassible, sa bouche de pauvre garçon. 
Et penser que lui, d’ici peu… Je regarde son visage brun, vif. Je cherche à imaginer son état. Que peut-il bien penser? Que peut-il bien sentir? Il est arrivé, ce moment effroyable. D’ici peu il aura la mort. Et il le sait, ça c’est terrible. Et ce sont ses jambes qui marchent pour y aller, s’enfermer dans la tombe, avec le cache noir. 
Je vois que les hommes s’affairent pour arranger une gorgerette, accessoire coupé dans la robe, fait moitié de la cretonne même, moitié de voile. Mais ils ne savent pas comment s’y prendre et alors, avec courtoisie, ils s’adressent à moi qui, femme, pourrai les conseiller. - Mais laissez-la donc tomber, cette gorgerette! - dis-je en tremblant - que voulez-vous que ça lui importe! - Ils obéissent, avec une courbette, et tous les trois s’en vont, grands et droits. 
Les voilà qui me l’emportent; 
un tourment sourd, 
comme un raclement, un rongement intérieur,  
me prend. 
Adieu K, cher K.


[…] L’artiste des rêves connaît vraiment son métier.

Elsa Morante, Diario 1938, 
Einaudi, 1989 
(Territoire du rêveGallimard, 1999, 
traduit de l’italien et annoté par Jean-Noël Schifano)