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samedi 18 juillet 2026

Hj-yo, c'est quoi?

C'est l'écho, mais bien sûr! 

Pas de F'murrrstival cette année à Champcella. Ne soyez pas tristes; vous pouvez retrouver F'murrr ailleurs! En ce moment même (oui, je sais, ça a commencé en Mars;  j'aurais pu vous en parler plus tôt, mais j'étais occupé) une exposition judicieusement appelée HI-YO, c’est l’écho (d'où le titre de ce billet) est présentée à Strasbourg au musée Tomi Ungerer  (6 mars au 30 août 2026). Merci à  Camille Potte qui a mouillé son pull (pas autant que Naphtalène, mais presque).

Et puisqu'on parle de Naphtalène, rappelons que les éditions 2042 rééditent du F'murrrr à tour de bras. 

Et quand l'expo de Strasbourg sera finie,  c'est à Paris que, dans le cadre de Formula Bula, vous pourrez en voir une autre: Le Génie de la Page du 17 septembre au 9 octobre, à le Mairie du Cinquième  (c'est dans le cinquième).

 En attendant le bon moment pour aller voir tout ça, procurez-vous Le Char de l’Etat dérape sur le sentier de la guerre, et n'oubliez pas de le lire pour ne pas vous égarer en chemin.

samedi 9 mai 2026

Vous avez bien un peu de temps devant vous?

 Vous avez envie de vous changer les idées? vous avez un peu de temps devant vous (et de bonnes chaussures)?
Dans les semaines précédant sa mort, Glen Baxter préparait encore une exposition à Paris, à la galerie Semiose. Prévue du 23 mai au 20 juin 2026, elle sera maintenue. Elle prendra désormais la forme d’un hommage, offrant une dernière rencontre avec un univers où le langage ne cesse de glisser. Un livre d’entretien avec Bernard Blistène paraîtra également à cette occasion.
Semiose 44, rue Quincampoix 75004 Paris
Du mardi au samedi de 11h à 19h et sur rendez-vous.
À la galerie Martel Paris (dont je vous ai déjà parlé) une expo Ugo Bienvenu vient d'ouvrir! Vous aurez jusqu'au 25 juillet pour constater qu'il met dans ses BD une touche d'illustration, et  une touche de BD dans ses illustrations - des "je ne sais quoi".
UGO BIENVENU "Futur antérieur" à MARTEL PARIS (du 07.05.26 au 25.07.26)

Tout ça si vous êtes à Paris.

Et si vous êtes à Lyon?
Les éditions de la Lanterne et les éditions RJTP organisent un salon du livre politique à Lyon, intitulé  "Lyon - Livres - Nouvelles résistances". Ce salon aura lieu le samedi 20 juin 2026, de 10h à 19h, et se déroulera à la Maison des Passages à Lyon. Dix-huit éditeur·ices de livres et de périodiques seront réunis. C’est la première édition de ce salon gratuit et ouvert à toutes et tous.
Ça ne dure qu'une journée, mais il y a aussi une exposition sur le bestiaire médiéval au Musée d'Histoire de Lyon: "Merveilleux Moyen-Age le bestiaire médiéval": pour celle-là vous avez le temps, les dragons et les griffons ne vont pas s'envoler tout de suite: ça dure jusqu'au 1er novembre!
  (Les organisateurs précisent: la billetterie en ligne est indisponible. Pour la réservation des activités, rendez-vous à la billetterie sur place à Gadagne. Merci de votre compréhension). 

Et si vous êtes à Bâle?
Au Cartoonmuseum  (Centre pour l'art narratif, Basel, Switzerland) vous pourrez retrouver José Muñoz; l'exposition s'appelle "Broken Voices", quand on connaît l'atmosphère des BD de Muñoz on comprend pourquoi; c'est jusqu'au 21 juin.

Et si vous êtes à Londres?
Au Quentin Blake Center for Illustration, dans une exposition collective (Queer as Comics) vous pourrez retrouver parmi plein d'autres gens queer as folk notre vieil ami Alex Barbier.
Et si vous flânez du côté de St James Park, admirez sous tous les angles une statue d'une actualité troublante, signée Banksy (j'espère que le socle est bien vissé, ce serait dommage que le vent l'emporte!). 


 

dimanche 2 juin 2024

Des idées pour muser

 Juin fera-il un effort pour se distinguer de ses frères, en nous apportant, pour une fois, de bonnes nouvelles? Ma foi, si vos aimez les bandes dessinées, on peut appeler ça une bonne nouvelle: vous pourrez faire un tour au Centre Pompidou, vous aurez tout l'été (et tout l'automne) pour musarder devant les planches exposées, ou prendre des paris (par exemple: dans les soixante prochaines minutes, un.e activiste.e woke-e viendra-t-iel jeter de la peinture ou de la confiture sur un panneau? et sur lequel?) ou jouer à cache-cache et à chat perché dans les escaliers, les escalators et les ascenseurs (c'est un espace ludique, le Centre Pompidou). Car les bandes dessinées occuperont plusieurs niveaux - deux, en fait, l'accroche publicitaire "BD à tous les étages" enjolive un peu la réalité; mais tout de même, quel programme!

Avec l'exposition « La bande dessinée au Musée », Jean Dubuffet, Mark Rothko, Francis Picabia ou encore René Magritte croisent, en un jeu de correspondances, les auteurs et autrices David B., Lorenzo Mattotti, Catherine Meurisse, Joann Sfar ou Chris Ware — entre autres!




Au sixième niveau, galerie 2 (BANDE DESSINÉE 1964 - 2024), il y aura, classés par thèmes, des planches d'Alex Barbier, de Nina Bunjevac, Charles Burns, Daniel Clowes, Florence Cestac, Guido Crepax,  Robert Crumb, Ludovic Debeurme, Nicolas de Crécy, Brecht Evens, Emil Ferris, Anke Feuchtenberger, Fred, Dominique Goblet, Lorenzo Mattotti, Richard McGuire, José Muñoz, Thomas Ott, Gary Panter,  Art Spiegelman, Chris Ware (et quelques autres, les noms ne tenaient pas tous sur l'affiche).


Au cinquième niveau (LA BD AU MUSÉE), des œuvres de quinze autrices et auteurs contemporains sont mises en dialogue direct avec les pièces de la collection moderne (1900-1960), créant des connexions subtiles. Là, il y aura Blutch, Brecht Evens, Dominique Goblet, Gabriella Giandelli,  Éric Lambé, Lorenzo Mattotti, Anna Sommer et toujours Chris Ware. Rien que des gens intéressants. Bon, c'est vrai, ils en ont oublié (elle est où Alison Bechdel? il est où Guido Buzelli? Et Willem, et Franquin, et Bretécher? peut-être qu'ils n'avaient pas assez de place (c'est tout petit, le centre Pompidou, vous savez) ou qu'ils en gardent pour la prochaine fois. Mais bon ça va, c'est un excellent choix. Marion Fayolle sera là en personne, elle animera un atelier. On dit que Corto Maltese sera là aussi, mais vous savez comment il est, il ne fait jamais que passer (il est aussi demandé, tout l'été, au Lyon BD Festival!).
On nous promet des liens secrets à découvrir (the secret knots!)...  c'est peut-être à la Bibliothèque publique d'information (c'est aussi au niveau 2) que vous pourrez croiser Corto, toujours à la recherche de documents sur les liens bien cachés entre l'Atlantide, Venise et le Continent Perdu?

BANDE DESSINÉE (1964 - 2024), Galerie 2, niveau 6; et
LA BD AU MUSÉE, Galerie 2, niveau 5
Centre Pompidou, Paris
11h-21h, tous les jours sauf mardi
du 29 mai au 4 novembre 2024


Attention: l'année prochaine la TGBAC (Très Grande Boite À Chaussures - quand on est pressé, on dit le centre Pompidou) sera fermée pour travaux, et le restera jusqu'en 2030! Profitez-en tant que vous pouvez.

Images ©  centre Pompidou - Paris Musées

mardi 7 mai 2024

Mai aors?

Alors, ce mois de Mai, commence-t-il bien? Avons-nous quelques bonnes nouvelles? Ma foi, dès à présent, vous pouvez voir l'exposition Joost Swarte, à la galerie Martel;

"La Galerie Martel est heureuse de vous convier au vernissage de l'exposition rétrospective consacrée à JOOST SWARTE, le jeudi 16 mai à partir de 18h, à l'occasion de la publication récente de son livre Biblio+Picto aux éditions Dargaud."

Séance de dédicaces
le vendredi 17 mai à partir de 17h
Exposition du 17 mai au 6 juillet 2024
17, rue Martel - 75010 Paris; ouvert de 14h30 à 19h, du mardi au samedi.

Bon, ce livre ne risque pas de chasser de vos étagères l'irremplaçable Total Swarte paru chez Denoël en 2012 (j'espère que vous l'avez! Non? vous auriez dû l'acheter quand il était tout frais sorti des presses!) mais c'est un livre bien sympa; et une exposition de dessins de Swarte, ça vaut toujours le détour!
Ça ne dure pas assez longtemps? Vous serez trop occupé tout le mois de Mai? C'est vrai qu'en Mai il y a des ponts à bâtir...  Vous aurez tout l'été pour aller au musée Guimet voir l’exposition "Au cœur de la couleur": des porcelaines aux couleurs intenses, ça nettoie les yeux.

"Evénement de l’été au musée Guimet, l’exposition "Au cœur de la couleur" retrace la longue histoire de la porcelaine et des couleurs de grand feu en Chine entre les 8ème et 18ème siècles. Provenant de l’extraordinaire collection Zhuyuetang de Richard Kan (Hong-Kong) et de celle du musée Guimet, 250 chefs-d’œuvre illustrent le goût chinois pour la simplicité formelle et la pureté des coloris, issus de siècles de perfectionnement. "

Du 12 juin au 16 septembre 2024
Musée Guimet - Rez-de-jardin

Ça compte comme bonnes nouvelles, non?
(en attendant mieux)


lundi 2 octobre 2023

Que chasser?

  Ahuworah! Bonne chasse à tous,
qui suivez la loi de la jungle!
Kipling

 Automne, saison de la chasse. Qu'allons-nous chasser?
Mais voyons, les idées noires, bien sûr (j'en vois qui traînent encore par-ci par-là; tout l'été, on leur a donné  coup d'éventail sur  coup d'éventail, mais ça n'a pas suffi).
Comment? quoi? où?  
Pourquoi ne pas aller voir ces deux expositions: la première est déjà en place (elle a été vernissée la semaine dernière) à l'occasion de la sortie d'un livre qui s'appelle Le serval et la tortue...
C'est quoi, une fable?
Mais non, c'est bien plus excitant que ça (les fables, on en fait vite le tour, même à une allure de tortue): c'est le catalogue des gravures de Gilles Aillaud, et la galerie Métamorphoses, 17 rue Jacob, les expose, ces gravures.

Vous avez tout le mois d'octobre, et même un peu de novembre! Vous repartirez avec ce Catalogue Raisonné, et vous constaterez (j'espère) qu'un coup de catalogue plein de jolies images c'est plus efficace qu'un coup d'éventail, pour estourbir une idée noire; mais peut-être, ensuite, vous direz-vous: "Les gravures c'est bien, mais il me semblait qu'il avait fait des dessins aussi, Gilles Aillaud? Et des peintures, des huiles, des acryliques, d'autres trucs?"

Vous avez parfaitement raison, vous pourrez en voir, des peintures, et cette fois au centre Pompidou, à partir de cette semaine et jusqu'au 26 février 2024, pour cette expo-là, "Gilles Aillaud animal politique" (quel titre!) vous pourrez prendre votre temps.

On récapitule (hé oui, tout ça c'est à Paris):
À la librairie-galerie Métamorphoses, pour la sortie du livre Gilles Aillaud, Le serval et la tortue, catalogue raisonné de l’œuvre gravé, texte de Jean-Christophe Bailly, édition établie par Ianna Andréadis, Métamorphoses, 2023 (oui, tout ça), exposition jusqu'au 18 novembre 2023;
Au Centre Pompidou, exposition Gilles Aillaud animal politique, du 4 octobre 2023 au 26 février 2024 - 11h - 21h, tous les jours sauf mardis (et vous pouvez parier que là aussi, vous trouverez tout un choix de livres, catalogues, lithos, cartes et affiches à mettre dans votre gibecière).

Genette, lithographie extraite du tome 2 de l’Encyclopédie de tous les animaux y compris les minéraux, Atelier Franck Bordas imprimeur-éditeur, 1989  © ADAGP, Paris, 2023


jeudi 25 mai 2023

Pons Pons Pons Pons

 

 Souriez! 

 

Vous pourrez voir tout l'été une rétrospective de l'œuvre de Louis Pons au musée Cantini.
L'exposition s'appelle "J'aurai la peau des choses" (c'est du Louis Pons tout craché).
Les samedis, vous pourrez même dessiner sur les murs.

Enfin, sur un mur.
Un mur spécial.
Il faudra s'inscrire avant.

Musée Cantini, 19 rue Grignan  13006 Marseille
Du 24 mars 2023 au 03 septembre 2023
Tél. : 04 13 94 83 30
Mail :  musee-cantini@marseille.fr
Tarifs d’entrée : plein 6 €/réduit 3 €
Du mardi au dimanche de 9h à 18h
Fermeture hebdomadaire le lundi,
sauf les lundis de Pâques et de
Pentecôte
(profitez-en!).

Dessin © Louis Pons & Fata Morgana

lundi 14 septembre 2020

Cindy Sherman, my one true love


C'était en novembre 1943. La dernière chose dont je me souvenais: j'étais à mon poste dans la tourelle du bombardier, l'appareil était, apparemment, en chute libre, et soudain tout était devenu noir. 
Puis j'ai ouvert les yeux dans ce lit d'hôpital, et la première chose que j'ai vue, c'est elle. 

Plus tard, bien plus tard, les copains m'ont raconté avec force détails pittoresques comment et pourquoi je ne suis pas mort (pourquoi nous ne sommes pas tous morts) au retour de cette mission au-dessus de l'île d'Heligoland en novembre 1943. Ça les a étonnés, je crois, les copains, que je ne pose pas davantage de questions, parce que c'était quand même, comme a dit Hammill, le navigateur, un sacré foutu miracle. Mais je n'arrivais à penser qu'à elle.


Par la suite, j'ai pu apprendre par la head nurse Bramwell (une vraie peau de vache, celle-là) qu'elle s'appelait Sherman, l'infirmière qui m'avait veillé pendant ces trois nuits où on se demandait si j'allais sortir du coma, ou non (selon Hammill, tout l’équipage avait parié - c'était Thomson qui prenait les paris - et la cote ne m'était pas très favorable: ça lui avait coûté une tournée, à Hammill).

Cindy, c'est comme ça que les autres filles l'appelaient.

On m'a dit que peu après mon réveil elle avait reçu une nouvelle affectation à l'hôpital militaire de Rangoon, en Birmanie. Je n'ai pas pu remonter plus loin sa piste: son dossier a été détruit dans un bombardement, et à l'hôpital de Rangoon, on ne trouve aucune trace de son passage, elle n'y est peut-être jamais arrivée. 
Mais je n'ai jamais pu oublier son visage. 
Parfois je crois la reconnaître sur des photos - des photos où il est impossible que ce soit elle, et pourtant. 
Nurse Sherman, Cindy, pour moi maintenant vous êtes partout, et tant pis si ça veut aussi dire nulle part.


“I am trying to make other people recognize something of themselves rather than me.” 
Cindy Sherman


L’exposition Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton  (initialement prévue du 2 avril au 31 août 2020) durera, finalement, du 23 septembre 2020 au 3 janvier 2021: le premier événement consacré en France à Cindy Sherman depuis son exposition personnelle au Jeu de Paume en 2006.
Elle accueillera quelques-unes des œuvres que vous aviez pu admirer au Jeu de Paume (des séries Untitled Film Stills, Rear Screen Projections, Fashion, History Portraits, Disasters, Headshots, Clowns, Society Portraits...), plus des nouveautés!
Allez-y avec vos nouveaux masques, ceux que vous venez tout juste de peindre; ou alors, pourquoi ne pas en profiter pour en peindre d'autres, "sur le motif", d'après les thèmes chers à Cindy Sherman?
 

Illustration: photo par Cindy Sherman 

mercredi 5 juin 2019

Le déjeuner est servi dans la pièce à côté (Vilhelm Hammershøi, 2)


"Il n'y a rien de plus intéressant qu'une porte derrière laquelle il se passe quelque chose", affirmait Alfred Hitchcock
Ailleurs, le Maître du Suspense soutient qu'une table banalement garnie d'un déjeuner devient très intéressante (au moins au cinéma) dès lors que le spectateur a été prévenu qu'une bombe est cachée dessous.
Vilhelm Hammershøi n'a pas eu besoin des conseils d'Hitchcock pour peindre des images derrière lesquelles il se passe quelque chose.
Cependant, il s'est toujours dispensé de donner à ses tableaux des titres programmatiques (à la différence d'Alfred Khnopff, à qui on l'a souvent comparé) et si quelque chose est caché derrière ses portes, il l'a laissé à l'imagination de ses visiteurs.

Parmi les visiteurs de l'exposition au musée Jacquemart-André, justement, il y en avait que le sujet des peintures rendait perplexes:
- Est-ce la disparition d'un cuillère à thé qui préoccupe ainsi la dame?
- Ce qu'elle vient d'entendre tomber dans la pièce d'à côté, était-ce une chaussure? Et dans ce cas, était-ce la première ou la deuxième?
D'autres se demandaient pourquoi, dans ce portrait d'un groupe de quatre amis du peintre, chacun semble isolé des autres par un mur invisible. 

À ces questions, évidemment pas de réponse. Je ne pense pas que ce qui obséda Hammershøi  c'était les pièces vides, les portes entrebâillées, les femmes indifférentes à celui qui les regarde ni même les rayons obliques d'un soleil exténué: le soupçon m'est venu qu'il cherchait à peindre ce qu'il se passe pendant que nous attendons qu'il se passe autre chose.

Ce n'est sûrement pas une chose visible dont l'absence, dans les fameux intérieurs de Hammershøi, donne cette troublante impression d'un manque.
Une vue du quartier du port est un sujet inhabituel dans son œuvre (on n'est pas allé bien loin cependant: on est toujours à Christianshavn!); pourtant, aucun doute, celle-ci porte sa marque immédiatement reconnaissable: par son cadrage, sa lumière certes, mais surtout, cette scène vide de personnages - comme les intérieurs, mais de façon rendue plus ostensible par les mâts dénudés qui la dominent - est habitée par l'imminence de quelque chose, une chose qui, pas plus ici qu'ailleurs, ne sera jamais ouvertement désignée; ici, on pense, bien sûr, à la possibilité d'un départ, mais encore?…


Fra det gamle Asiatisk Kompagni (1902)


Qui sait? Peut-être toutes les toiles de Hammershøi sont-elles clandestinement des marines, des embarquements: entrée par les hautes fenêtres, ce qui emplissait le vide apparent de la maison de la Strandgade, c'était peut-être la rumeur des quais.

Dasola est allée voir, et nous confie:
"Et j'ajouterai que l'on peut prendre les tableaux en photo. J'en ai profité."
Si vous pensez avoir l'occasion de passer au musée Jacquemart-André dans les prochains mois (vous avez jusqu'à la fin de juillet), vous trouverez toutes les informations ici.
Sinon, allez donc voir les photos de dasola!



mardi 4 juin 2019

Grains de poussière dans un rayon de soleil (Hammershøi, 1)


Je suis comme les odes de Cowley, 
m'écrivit-il de Longford le 6 mars 1939
Je n'appartiens pas à l'art, 
mais à la pure histoire de l'art.
Jorge-Luis Borges,  
Examen de l'œuvre d'Herbert Quain.


Herbert Quain est mort à Roscommon: j'ai constaté sans étonnement que le supplément littéraire du Times lui consacre à peine une demi-colonne de piété nécrologique, dans laquelle il n'y a pas une seule épithète laudative qui ne soit corrigée (ou sérieusement admonestée) par un adverbe.
Presque aussi mélancolique que celle du biographe de Quain est la constatation que fait Poul Vad*, spécialiste de Vilhelm Hammershøi, au sujet de la fortune critique du peintre danois:  Admiré et célébré de son vivant, on se mit très vite à lui dénier toute importance réelle, ne lui attribuant tout au plus que quelques lignes dans les ouvrages d'histoire de l'art et ne le nommant qu'avec une sorte de respect détaché.

Les peintures de Hammershøi ne se laissent pourtant pas facilement oublier par ceux qui ont, une fois, succombé à leur fascination. Il y a deux ans, nous avions remarqué ensemble, vous vous en souvenez peut-être, de frappantes citations visuelles de toiles de Hammershøi dans un film de Terence Davies (film qui, lui, mérite bien d'être oublié).

Nous avons tous fait une nuit ou une autre, je pense, un rêve de cette sorte: ouvrir, dans un appartement que nous croyons connaître par cœur, une porte qui donne sur une enfilade de pièces dont nous avions, jusque-là, ignoré l'existence? Dans l'appartement du 30, Strandgade, dans le vieux quartier de Christianshavn, le peintre pouvait revivre à volonté ce genre d'expérience onirique.

Hammershoi: l'intérieur de  l'artiste (1900)
La construction dont faisait partie cet appartement était une addition, datant du dix-huitième siècle, à une construction encore plus ancienne: faisant communiquer deux bâtiments hétérogènes, elle fermait une impasse qu'elle transformait en petite cour intérieure (dans quelques tableaux de Hammershøi on voit les jeux d'ombre sur les murs de cette cour). La stricte architecture danoise, en essayant de corriger par de fausses symétries un plan plein de décrochages et de changements d'échelle, ménageait à chaque passage de porte de petites surprises: larges vantaux ouvrant sur de minuscules antichambres, pièces sombres ne prenant la lumière qu'indirectement, par les hautes fenêtres du corridor-galerie voisin… 
Ida Ilsted, la femme et le modèle favori du peintre, confiait dans une lettre à une amie que son mari "avait toujours souhaité" vivre dans cet appartement, où ils purent emménager en 1898.

On peut en ce moment voir une exposition Hammershøi  au musée Jacquemart-André. 
À condition, bien sûr, que vous n'ayez pas de prévention contre l'idée de vous promener dans des rêves récurrents faits dans un autre siècle, je vous en recommande la visite...

À suivre...

*Poul Vad est un spécialiste de Vilhelm Hammershøi. Il a notamment publié : Vilhelm Hammershøi and danish art à the turn of the century (Vilhelm Hammershøi et l'art danois au début du siècle), Yale university Press, 1992)

dimanche 29 janvier 2017

Saison des masques


Sur le blog Les Ruines Circulaires, on a  pu lire ces jours-ci une jolie contribution au débat - qui a encore de beaux jours devant lui - sur le bon usage de la caricature.


Si cette anecdote rapportée par Marcel Griaule vous a donné envie - ce serait bien naturel - de voir de beaux masques, vous avez jusqu'au 2 avril pour visiter l'exposition Éclectique, au musée du Quai Branly.
Qui remercier? Mais voyons, Messieurs Jacques Chirac et Marc Ladreit de Lacharrière dont les efforts conjoints ont rendu possible cette exposition.
Et comment les remercier? Ne vous mettez pas en peine, je suis sûr qu'en ce moment même, sous l'herminette d'un sculpteur fang, ou baoulé, ou dogon, sont en train de prendre forme les masques qui permettront à ces deux mécènes de rejoindre les figures des ancêtres, d'entrer en effigie dans le monde des morts et des croque-morts: quel remerciement serait plus approprié?

Image © Musée du Quai Branly

jeudi 24 octobre 2013

Wednesday Dickinson


Ce mercredi, on inaugurait le site Emily Dickinson Archive.
Dans le monde physique, les archives d’Emily Dickinson sont dispersées entre plusieurs institutions et quelques collections privées; on peut désormais consulter sur ce site une large sélection des manuscrits conservés à la bibliothèque Houghton de l’université d’Harvard, à la bibliothèque Frost de l’Amherst College, à la Boston Public Library, à la bibliothèque du Congrès, dans la collection de l’American Antiquarian Society, à la bibliothèque Mortimer de l’université Smith, dans le Fonds Spécial de la bibliothèque de l’université Vassar et la Beinecke Rare Book and Manuscript Library de l’université Yale.
Vous pourrez tourner ces pages virtuelles, lentement, précautionneusement comme vous feriez si vous aviez entre vos mains les vénérables cahiers cousus à la main (ce qui est une façon de dire que la procédure de consultation est un peu lente et compliquée, mais que c’est pas grave, quand on aime on ne regarde pas sa montre) et même les télécharger (les conditions d'utilisation sont indiquées ici) pour les admirer à loisir, en faire vos fonds d’écran, en tapisser vos murs, que sais-je? Je suis sûr que votre imagination est sans limite.

Emily Dickinson:
We do not play on Graves

Vous savez à présent quelle bonne fortune a fait que cette reproduction du manuscrit du poème  We do not play on Graves  qu’il y a seulement quinze jours vous avez pu lire ici, accompagnée de sa traduction par Claire Malroux, a pu venir agrémenter ce billet.

L’université de Harvard, qui assure cette mise en ligne, a choisi de se limiter aux 1789 poèmes figurant dans l’édition « officielle » de l’œuvre poétique d’Emily, et de laisser - provisoirement, on l’espère - de côté ce que les dickinsoniens appellent les  scraps, les nombreux fragments laissés sur des lambeaux de papier, des enveloppes, des emballages de chocolat (déjà!) - ou ceux qu’elle avait inclus dans des lettres - soit une bonne partie de sa production postérieure à 1875.

Mais les lecteurs fascinés par l’écriture d’Emily, et par les petits gribouillis qui l'accompagnaient parfois, pourront voir, au Drawing Center à Manhattan, une exposition de cinquante de ces  scraps : cette exposition, qui ouvrira en novembre, les mettra en parallèle avec quelques-uns des micro-écrits de Robert Walser, dont nous évoquions la fin mélancolique il y a quelques mois. It’s a small world.

Emily Dickinson:
We Talked With Each Other About Each Other


Dickinson / Walser: Pencil Sketches, exposition au Drawing Center New York, NY, du 15 novembre 2013 au 12 janvier 2014.
Et, si vous n'avez pas prévu de vous rendre prochainement à New York, le Centre Robert Walser de Berne expose aussi des microgrammes de Walser jusqu'en octobre 2014!

Illustrations: courtesy The Emily Dickinson Collection, 
Amherst College Archives and Special Collections.

jeudi 17 octobre 2013

Il n’y a pas de chats


Si d’aventure vos pérégrinations vous amènent bientôt à New-York, vous aurez l’occasion de voir, au Metropolitan Museum où ils sont exposés jusqu’en Janvier, à quoi ressemblaient, pour de vrai, ces dessins  de Balthus - ou plutôt, de Baltusz, car c’est ainsi que Balthazar Klossowski les signa - qui impressionnèrent tant Rainer Maria Rilke, quand il les vit à Sierre, en 1920, peu après avoir fait la connaissance de Baladine Klossowska et de ses enfants Pierre et Balthazar, qu’il insista pour qu’ils soient publiés en un petit volume:  Mitsou (l’aventure ainsi racontée avait eu lieu deux ans plus tôt: Balthazar avait dix ans).

« Personne ne peut comprendre ce que représentent 
ces premiers dessins pour moi.
 Seul Rilke l’avait pressenti. » 
(Balthus, 1998)

La plaquette qui en constitue l’édition originale fut tirée à quelques centaines d’exemplaires par Rotapfel Verlag (les Éditions de la Pomme Rouge) à Zurich: par la suite le Balthazar qui s’autoportraiturait dans cette suite de dessins en petit garçon aux joues rondes devint un monsieur grand et maigre, il peignit beaucoup de chats et de petites filles aux joues comme des pommes, et il les signa Balthus. Aussi l’exposition actuelle s’appelle-t-elle: Balthus: Cats and Girls: on peut y voir, outre les encres de Chine de Mitsou, des dessins et des toiles datant de toutes les époques de sa longue carrière.


Balthus, Le Roi des Chats, 1935
"Le chat serait au peintre ce que le miroir serait à la peinture:
une sorte d'emblème, une signature
d'autant plus insistante qu'elle est plus secrète"
Jean Clair,
catalogue de l'exposition Balthus
 au musée national d'art moderne (1984)

Et c’est la commissaire de cette exposition, Sabine Rewald, une des curators du Met, qui a retrouvé les originaux de Mitsou, qu’on a longtemps supposés perdus, chez les héritiers de Rilke. Il n’est pas surprenant que Rilke ait si soigneusement rangé les dessins de son ami Balthazar qu’on ne les ait retrouvés qu’en cherchant bien: il avait pris très au sérieux le travail, qu’il avait décidé d’assumer pour ce mince volume, de directeur éditorial et surtout de préfacier. 
Qui ne souhaiterait pas qu’on écrive pour ses dessins une préface pareille? 


la vie + un chat

Qui connaît les chats? Se peut-il, par exemple, que vous prétendiez les connaître? J'avoue que, pour moi, leur existence ne fut jamais qu'une hypothèse passablement risquée.



Voilà l’histoire. L’artiste l’a mieux racontée que moi. Que me reste-t-il à dire encore? Peu. 
Trouver une chose, c'est toujours amusant; un moment avant elle n'y était pas encore. 



Mais trouver un chat: c'est inouï! Car ce chat, convenez-en, n'entre pas tout à fait dans votre vie, comme ferait, par exemple, un jouet quelconque; tout en vous appartenant maintenant, il reste un peu en dehors, et cela fait toujours:


la vie + un chat, 

ce qui donne, je vous assure, 
une somme énorme.


Perdre une chose, c’est bien triste. 
Il est à supposer qu’elle se trouve mal, qu’elle se casse quelque part, qu’elle finit dans la déchéance. 
Mais perdre un chat; non! ce n’est pas permis; jamais personne n’a perdu un chat.


Peut-on perdre un chat, une chose vivante, une vie? Mais perdre une vie: c’est la mort! Eh bien, c’est la mort. 
Trouver. 
Perdre. 
Est-ce que vous avez bien réfléchi à ce que c’est que la perte? Ce n’est pas simplement la négation de cet instant généreux qui vint combler une attente que vous-même ne soupçonniez pas. Car entre cet instant et la perte il y a toujours ce qu’on appelle - assez maladroitement, j’en conviens - la possession.



Or la perte, toute cruelle qu’elle soit, ne peut rien contre la possession, elle la termine, si vous voulez; elle l’affirme; au fond ce n’est qu’une seconde acquisition, toute intérieure cette fois et autrement intense.
[...] Vous l’avez senti d’ailleurs, Baltusz; ne voyant plus Mitsou, vous vous êtes mis à le voir davantage.



[...] Pour ceux cependant qui vous verront toujours éploré au bout de votre ouvrage, j’ai composé la première partie - un peu fantaisiste - de cette préface. Pour pouvoir leur dire à la fin: 
« Tranquillisez-vous: 
Je suis. Baltusz existe. 
Notre monde est bien solide. 

Il n’y a pas de chats. »


Au château de Berg-am-Irchel, 
en novembre 1920, 
Rainer Maria Rilke.

Il existe plusieurs éditions françaises de Mitsou:
Mitsou, quarante images par Baltusz, 
préface de Rainer Maria Rilke, 
librairie Séguier, 1988 ISBN 2-906284-90-4

Rainer Maria Rilke: Lettres à un jeune peintre, suivi de Mitsou
Somogy /Archimbaud, 1998 ISBN 2-85056-334-X
réédité  aux éditions Rivages,
2002 ISBN 2-7436-0877-3 
en collection de poche (Mitsou)
2002 ISBN  2-7436-1763-2

samedi 7 juillet 2012

Fin de partie


La grande bacchanale du Musée du Quai Branly a pris fin*.

Les Maîtres du Désordre, 
une exposition au Musée du Quai Branly.  


Mais, vous en avez sans doute fait l'expérience, il arrive parfois que des invités s'incrustent après la fin d'une party.




*Vous avez vu? Elizabeth en avait parlé sur Sédiments


Photos: droits réservés.

samedi 23 juin 2012

Il tient ma tête entre tes mains


L'intérieur du pavillon Mansart de la Bibliothèque Nationale est parcimonieusement éclairé… pour préserver de l'agression d'une lumière trop vive les précieuses gravures anciennes sorties du cabinet des estampes pour être placées en regard des compositions qu'elles ont inspirées au photographe; mais aussi, sans doute, par souci d'harmonie avec ces matières noires avec lesquelles joue Witkin. 
Les agents de sécurité, athlétiques, mutiques et cravatés, semblent tout droit sortis de Men in Black: je ne serais pas surpris d'apprendre qu'on les a munis de flashouilleurs pour effacer la mémoire des visiteurs que l'expo aurait trop sévèrement traumatisés. Leur présence discrète suffit à convaincre les amateurs d'allégories de chuchoter. 
Pénombre et silence, donc; pas de bande-son. Pourquoi en sortant du pavillon Mansart avais-je des chansons, des tas de vieilles chansons, qui me tournaient en boucle dans la tête? Allez savoir… Pour légendes des photos de ce billet, j'aurais pu choisir:
… en ce temps-là nos fleurs vendaient leur viande aux chiens…

... ou:
 … ils accouchent des scorpions et pleurent des mandragores…

... ou pourquoi pas:
 … je ris à m'en faire crever…

… et finalement j'ai choisi:


Et ta tête tombe
De son socle de rêves


Oui 
ta tête tombe
De son socle
de rêves



Ta tête
Tombe
De son socle




De rêves

Ha ha ha ha ha ha

Ha ha ha   Ha ha
Ha ha ha

Ha ha


Ha




Exposition Joel-Peter Witkin: Enfer ou Ciel? du 27 mars 2012 au 1 juillet 2012 BNF - Richelieu / Galerie Mansart (entrée 5 rue Vivienne).
Le catalogue.


Dessin et photos (Teatro de Morte 1 et 2; Face of a Woman) de Joel-Peter Witkin. 
Paroles de la chanson Le chant du fou de Hubert-Félix Thiéfaine