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lundi 18 mars 2024

Changer l'eau du bocal

 De temps en temps, il faut changer l'eau de l'aquarium.
C'est peut-être de cette constatation banale qu'est partie la réflexion qui a conduit Derek Kirk Kim à revenir aux comics.

Souvenez-vous: vous avez découvert Derek Kirk Kim il y a déjà quelques années, quand Same Difference a été publié en français par 6 Pieds sous Terre; puis vous vous être précipité sur Short Stories aussitôt que le même éditeur l'eut rebaptisé Autres Histoires, puis vous avez patiemment attendu que The Eternal Smile (scénario de Gene Luen Yang) soit disponible en français, et vous vous l'êtes procuré quand il est paru chez Dargaud (à moins que vous n'ayez pas résisté à l'envie de le lire en VO?) ...

Et puis, il y a eu la grosse déception de l'abandon par l'éditeur (First Second) de la publication papier de Tune, que Tororo vous avait pourtant chaudement recommandé (vous n'en avez pas acheté assez! à quoi ça sert que Tororo il se décarcasse?).

Le retour de Derek Kirk Kim dans le monde des comics (papier!) a tout pour surprendre. Sa nouvelle série, The Last Mermaid, diffère en tous points de ses précédentes publications: plus fermement ancré dans un genre, la science-fantasy (alors que les comics précités ne se conformaient à aucun modèle établi); une ambiance plus sombre, franchement dystopique (l'humour omniprésent dans Same Difference et dans Tune n'y subsiste qu'à l'état de traces); graphiquement, aux antipodes de ce qu'il faisait au début des années 2000 (depuis, il a travaillé pendant dix ans pour des sociétés de production d'animation, en 2d et en 3d, il a remplacé le crayon par le stylet et ça se voit!) et, comme si ça ne suffisait pas, imprimé dans un format atypique pour un comics papier (presque carré: nostalgie du format webcomic?). Bref: ce n'est pas Same Difference, pas du tout. Je n'ai pourtant pas été complètement dépaysé: son héroïne m'a rappelé de chers souvenirs: ceux du personnage de Forest, Hypocrite, et surtout de sa grande copine à nageoire caudale: sous certains angles, la ressemblance est frappante ... Kim est un homme de goût: qui sait s'il n'a pas lu et apprécié, lui aussi, Hypocrite et le monstre du Loch Ness? Si c'était le cas, on ne pourrait que l'en féliciter.

Derek Kirk Kim a une chaine YouTube, c'est pratique pour se tenir au courant de ce qu'il fait.

Vous pouvez aussi voir  ici une assez longue (30 minutes) interview de lui, ou il s'explique sur les changements que son expérience dans l'animation a apportés dans ses méthodes de travail - c'est la première d'une longue (2 heures) série d'interviews réalisée à l'occasion de l'Emerald City Comic Con, j'avoue que j'ai seulement survolé la suite.

Stay Tuned! 

Derek Kirk Kim: The Last Mermaid
(série, premier tome paru)
Image Comics, 2024


mardi 15 août 2023

Tonight's the night to knight knights

 Chez nous, la nuit du 4 août, on célèbre l'anniversaire de l'abolition des privilèges. Enfin... c'est ce que j'ai entendu dire autrefois: cette année, les célébrations ont été plutôt discrètes, il me semble; les privilèges à abolir, ce ne serait donc plus d'actualité?

Et dans les royaumes imaginaires, ces fameux pays imaginaires où il nous semblait l'autre jour que l'horizon était plus dégagé que par ici, que célèbre-t-on à une date consacrée? Hé bien, the Night to Knight Knights (ça sonne bien, non?), on la célèbre dans le Royaume (le Royaume tout court: on ne lui donne pas d'autre nom), celui où vivent Ballister Boldheart, Ambrosius Goldenloin... 

et Nimona.

Hé oui, Nimona s'en sort toujours, ça s'est vérifié une fois de plus. Si vous voyez de quoi je parle, ça veut dire que vous êtes allé regarder (c'est sur Netflix depuis le mois dernier) à quoi ressemblait cette fameuse adaptation animée de Nimona dont je vous ai rebattu les oreilles. Alors? Ça vous a plu?
The Night to Knight Knights, et le drame qui se déroule pendant cette nuit fatidique, ça fait partie des nombreux petits changements qui ont été apportés à l'histoire que vous avez pu lire dans les versions webcomic ou papier. Pour tenir dans une heure (et quelques) de vidéo, le récit a été allégé de pas mal de péripéties,  et différents artifices le font avancer à cent à l'heure; le personnage de Goldenloin (qui dans la BD était au départ une simple silhouette un peu ridicule) a été rendu plus complexe et plus sympathique: dans la BD, les circonstances qui avaient valu à Ballister de perdre son bras étaient laissées un peu dans le flou, dans le film elles sont précisées, et on répond enfin à la question: Goldenloin l'a-t-il fait exprès, ou pas? La réponse est : il l'a fait exprès sans le faire exprès, ça a l'air idiot si on le dit comme ça mais dans le contexte c'est logique. La présence de technologies avancées dans une société qui garde une structure féodale s'explique par le passage d'un millénaire entre l'instant fondateur et le présent*. C'est d'ailleurs d'une actualité troublante: des sociétés qui se prétendent tournées vers le futur, en restant attachées à une mythologie nationale vieille de mille ans ou plus...  ça ne vous rappelle rien?
Le dessin est moins anguleux que dans le comic, plus rond, plus "Blue Sky", quoi; l'animation est fluide et les couleurs, chatoyantes, ont été l'objet d'une attention spéciale; les character designers, les dialoguistes et les doubleurs se sont donnés à fond; s'ils avaient fait tout ça pour rien (comme on a pu le craindre un moment), ç'aurait été un beau gâchis. Ceux qui l'ont vu en avant-première ont été ravis (il y a un florilège de critiques sur Cartoonbrew), et les abonnés de Netflix aussi.
Bref, Nimona le film est plutôt une bonne adaptation: les meilleures adaptations, ce sont en général celles qui ne cherchent pas à coller de trop près au matériau original, on l'a vu avec The Princess bride, Le Guépard, L'illusioniste, Le Prestige, la liste peut être longue, n'hésitez pas à proposer des exemples (et des contre-exemples si vous en trouvez).
J'aimerais bien que ça sorte en DVD, pour que je puisse me le repasser dans tous les sens quand je voudrai! Mais ça, avec Netflix, c'est une autre histoire.

*oui, ça laisse sans réponse la question: qu'a fait Nimona pendant tout ce temps? Les cartésiens pourraient appeler ça un plothole. À ces cartésiens on répondra comme pourrait le faire Nimona: reprends donc de la pizza.


mardi 23 mai 2023

Nimona: un phénix qui a eu chaud

 Netflix isn’t the hero we needed, but the hero we deserve.
(un fan de Nimona sur internet)


Vous qui commenciez à désespérer de voir un jour Nimona passer de la page à l'écran, la nouvelle vient de tomber: l'animation est bouclée!

Récapitulons:
2012 naissance de Nimona le webcomic;
2014 conclusion de la série sur le web (saluée, en son temps, ici)
2015 Nimona est publiée, sous la forme d'un bel album relié, chez Harper Collins! Plus tard Dargaud en  publiera une version française aussi soignée, qui sera suivie d'une édition brochée petit format.
2019 on annonce pour bientôt une adaptation animée! ce devait être une collaboration entre WebToons et le studio Henson. Ce choix, ainsi que celui de Patrick Osborne comme réalisateur, me semblait de bon augure. On estime alors que le film pourrait sortir en 2020...
2020 Patrick Osborne et le studio Henson ont passé la main à Nick Bruno et Troy Quane de Blue Sky Studio, et le projet avance bien, mais le covid 19 passe par là, et le confinement ralentit tout...
2022 le film est, annonce-t-on, terminé à 75%,  quand Blue Sky qui produisait le film est racheté par l'oncle Picsou. On connaît les habitudes du vieux grigou: une fois propriétaire de Blue Sky, il décide que l'entreprise ne vaut pas la peine d'être conservée, et les projets qu'elle développait non plus...
Oui mais, aussi entre-temps, la carrière de Stevenson a pris un autre tour: le reboot de l'antique série Masters of the Universe (un truc du vingtième siècle; ça vous rappelle quelque chose?) connaît, sous le nom de She-Ra and the Princesses of Power, un succès inattendu, et "Indy" Stevenson , scénariste et producteur exécutif de cette nouvelle série, est devenu quelqu'un de "bankable". Ça, ça plait aux financiers. Voilà la production de Nimona qui reprend, cette fois, sous le label Annapurna et, teaser à l'appui, le lancement est annoncé pour...
2023!

Seulement sur Netflix.


Ma réaction à toutes ces nouvelles est mitigée. Netflix est capable du meilleur comme du pire, n'est-ce pas? Et quand c'est le pire, c'est pas le meilleur du pire. L'équipe d'animation a connu plusieurs changements, au vu du premier teaser le style graphique est très différent de celui du comic, Stevenson, bien que toujours co-producteur exécutif, ne semble pas avoir eu la maîtrise totale du script... gardons tout de même espoir; n'avais-je pas conclu mon dernier billet sur le sujet par un optimiste "Nimona s'en sort toujours"?


 

jeudi 8 septembre 2022

La ronde des saisons

 On dirait que la canicule est rentrée dans sa niche (jusqu'à l'année prochaine?). Qu'est-ce qui vient après l'été? L'automne, non?

Sans attendre l'arrivée officielle de l'automne, et après avoir pris de très brèves vacances, Rachel Smythe a entrepris de nous raconter la suite des aventures de Perséphone et Hadès: la troisième saison de Lore Olympus commence. Et les débuts sont encourageants; notre couple bicolore échange des serments solennels: 

     "I will love you, even when all the mortals have forgotten about us and we are nothing but stardust..."

Ouf! On avait eu chaud, dans la deuxième saison (n'est-ce pas?).

Mais déjà des complications apparaissent à l'horizon...

Dans les librairies, vous pouvez déjà trouver (au choix, en français ou en anglais) les deux premiers volumes de la version "papier". Comme on pouvait s'y attendre, il y a quelques petites choses qui se sont perdues, lors de la transition webcomic-papier; les couleurs ne sont évidemment pas aussi lumineuses que sur écran, les responsables de l'édition ayant choisi de ne pas les désaturer (la décision était sûrement difficile); manque aussi le rythme syncopé que seul pouvait permettre le défilement vertical... mais c'est quand même une belle édition! Et la version "série animée",  me demanderez-vous? Hé bien... rien de nouveau pour le moment.


dimanche 16 janvier 2022

La vida es sueño

 

Vous vous souvenez de Santapau? J'en avais parlé, j'espère, avec assez de chaleur pour vous convaincre d'aller voir ce qu'il fait. Il s'est confié ici à propos d'un jeu de cartes qu'il avait imaginé il y a pas loin de vingt ans: Sueños.

It was a graphic design project and sort of thesis at the same time, so it also involved research into new aesthetics in fantasy art (back then, around 2004) and its impact on various media.

Un joli projet de fin d'études de graphisme, je trouve! Un jeu qui consiste, pour les joueurs, à développer des rêves à partir de cartes recensant des situations archétypales, d'autres cartes permettant l'intervention de notoires explorateurs de rêves tels que Borges ou Neil Gaiman (pour modifier la valeur d'une carte ou d'une combinaison de cartes: vous connaissez le principe si vous avez joué à Magic).

That’s why it features a lot of digital collage and some art trends from the late 90’s going into mid 00s, particularly more than a pinch of influence from artist Dave McKean.

Et comme source d'inspiration, les collages de Dave McKean, on peut trouver pire.

It’s a lovely, pretty much complete game model, living in my old boxes. I have good memories of working on this project, and over the years I’ve even seen some similar ideas around (as it happens with all ideas in time).

Hé, Juan, pourquoi tu ne ferais pas un kickstarter pour éditer ce jeu? Moi, en tous cas, j'y jouerais volontiers. Pas vous, lecteurs?


- Hum, j'aime bien l'idée d'une sorcière qui se change en barque, j'en mettrais bien une dans une pièce de théâtre. La difficulté, ce serait de trouver des machinistes pour les transformations à vue: il faudrait les meilleurs, et à Madrid, la dernière fois que je me suis renseigné, Seigneur Jésus ayez pitié! Leurs services étaient hors de prix.

Et Pedro Calderón de la Barca retourna dans le paquet de cartes.


dimanche 18 juillet 2021

In illo tempore (les Grands Webcomics, la vie, et tout le reste)

 

Three Gods, one nymph, and one mortal woman enchanted to look like a nymph…  were about to unknowingly embark on separate but simultaneous journeys to the Mortal Realm. On any other occasion, such a mundane trip would be harmless and altogether unmemorable.
However, the combination of these specific individuals fated to cross paths on this particular day would prove to have disastrous results.
And one of these five souls would not be returning to Olympus.

Lore Olympus (épisode 166)



Sur l'Olympe, tout baigne dans le nectar et l'ambroisie: Arès, Dieu des triomphes et des carnages, joue gentiment avec le favori (un hamster) de l'adorable benjamin de sa compagne Aphrodite, sous le regard béat de celui-ci… Zeus et Héra ruminent, chacun de son côté: tout baigne, je vous dis…
Et pendant ce temps:

"Trois Dieux, une nymphe et une mortelle déguisée en nymphe par un puissant enchantement, sont sur le point de rendre, séparément mais simultanément, visite au Domaine des Mortels. En toute autre journée, ce n'eût été qu'un concours de circonstances tout à fait anodin, sans rien qui justifie qu'on en préserve la mémoire.
Et pourtant, les interactions qui se produiront entre ces cinq individus (
en grec: idiota) quand, ce jour d'entre les jours, leurs chemins se croiseront auront de désastreuses conséquences.
Et un des cinq ne retournera pas sur l'Olympe
."


C'est Rachel Smythe qui le dit, alors ça doit être vrai, non?

Thanatos, moissonneur des âmes attaché à sa routine quotidienne, pour qui une journée parmi les mortels ne saurait être qu'une journée comme les autres: qu'est-ce qui pourrait tourner mal? hein? tourner mal pour QUI?

Daphné, la nymphe qui croit encore qu'un flirt avec Apollon peut n'être qu'une bagatelle sans conséquences…

Psyché, la mortelle que les Parques dans leur insondable sagesse destinaient dès sa naissance à partager l'immortalité d'une certaine divinité dont le caractère un peu trop frivole avait besoin d'être tempéré (mais parfois, Dieux et mortels emmêlent sans même s'en apercevoir le fil des Parques, en trébuchant dessus; pas étonnant: c'est un fil invisible)…

Artémis, chasseresse solitaire dont le cœur déborde de sentiments contradictoires qu'elle ne sait comment exprimer…
 
Apollon, le Dieu qui inspire aux Sibylles des oracles qui ne sont jamais que, justement, euh… sibyllins… se pourrait-il qu'en mainte occasion, comme le premier venu des gros lourds de chez lourd, il dise et fasse n'importe quoi?

Ah… vous l'avez entendu vous aussi, le grincement du rouet des Parques? Vous vous dites que ça sent la fin de deuxième saison, pour ce passionnant feuilleton de mystère, de suspense (et de romance!) signé Rachel Smythe?

Si tout va bien (par précaution, faites une offrande de lait et de miel à Tyché, déesse qui n'a pas encore été mentionnée dans Lore Olympus, mais qui a peut-être son mot à dire dans tout ça, comme dans tout le reste) le gros volume qui regroupera les saisons 1 et 2 sera prêt à temps pour,  à la fin de l'année, se retrouver au pied d'un certain arbre… Transposer sur le papier une histoire comme celle que Rachel Smythe a si brillamment adaptée au format webtoon, se jouant de ses contraintes et de ses limites, et les transformant en points forts, cela veut dire affronter un nouveau bataillon de limites et de contraintes tout aussi traîtresses… comment Rachel (et sa fidèle équipe, car, ne l'oublions pas, c'est un travail qui a déjà fait appel à trop de collaboratrices pour que je puisse les citer toutes) s'en sortira-t-elle? (et après, on attend avec impatience la troisième saison, n'oublie pas, Rachel!)

Quant à l'adaptation en série animée… tenez, à la réflexion, faites une deuxième offrande de lait et de miel… 


jeudi 18 février 2021

Grands Webcomics Du XXIe Siècle (11): The Secret Knots

 

Le soir qui précéda cette journée importante entre toutes,
à Würzburg,  je fis une promenade.
Quand le soleil descendit sous l'horizon, il me sembla
que toute ma joie sombrait avec lui.
Je ressentis de l'horreur à la pensée
que je serai forcé de me séparer de tout,
de tout ce qui m'était précieux.
Perdu dans mes pensées, pour regagner la ville,
je passai sous la voûte d'une des portes.
Pourquoi, me demandai-je, cette arche ne s'écroule-t-elle pas,
ces pierres qui n'ont pas de support?
La réponse qui me vint: l'arche subsiste parce que les pierres
veulent toutes tomber en même temps
- et de cette idée naquit une certitude
indescriptiblement consolatrice,
qui était toujours en moi quand vint, le lendemain,
ce fameux moment décisif: 
moi non plus, je ne m'effondrerai pas,
même une fois retirés les étais
qui avaient permis de me construire.


Heinrich von Kleist,
Lettre à Wilhelmine von Zenge,
16-18 novembre 1800

 

Un des webcomics les plus barrés de la webcomicosphère,  c'est The Secret Knots, de Juan Santapau.


Juan Santapau n'est certes pas l'auteur de webcomic le plus prolifique du web. Mais son site, The Secret Knots, devrait vous plaire, amateurs de Buzzati, de Calvino, de Wilcock, de Moebius, de Cortazar, d'Ocampo, de Kafka, ou de Borges ou de Vandermeer… autant de références qui vous expliquent pourquoi j'ai une tendresse particulière pour ces drôles de petites histoires; parfois, aussi, on n'est pas loin de l'univers de Michaux: Santapau se plaît à décrire de misérables miracles.


Les brèves vignettes ont quelque chose de délicieusement tordu, qu'elles aient le ton du reportage ou celui du conte de fées. Les réminiscences de jeux vidéos, de séries télé, de films de série Z, de comics bon marché, de romans noirs - toutes ces voyageuses clandestines qui trouvent refuge dans des recoins déjà mal fréquentés de notre mémoire, où elles sont accueillies avec enthousiasme par les souvenirs d'enfance ambigus, les amis imaginaires à-demi oubliés, les terreurs informulables, les espoirs irréalistes et ces illégitimes sensations de triomphe qu'on n'a pas osé s'avouer: c'est tout cela que Santapau noue ensemble: l'apparent désordre de l'entreprise est trompeur.
Et si le graphisme peut sembler brouillon, ne vous y laissez pas non plus tromper: Santapau sait toujours exactement où il veut nous emmener.


Vous pouvez aussi trouver des fragments de cette concaténation éparpillés sur Tumblr; mais vous avez, à mon avis, tout intérêt à souscrire au Patreon de Santapau, pour profiter de tout ce qu'il gribouille: dans les cases de The Secret Knots, le plus intéressant se trouve souvent dans les coins.



mercredi 17 février 2021

Grands Webcomics du XXIe siècle (6 quater): encore Hans Rickheit!

 

L’ordre dans lequel sont évoqués sur ce blog les Grands Webcomics Du XXIe Siècle n’est en aucune façon hiérarchique, j’espère que vous l’avez compris: ce n’est pas un classement! 

C’est l’actualité liée aux auteurs de ces comics qui dicte leur date d’apparition.
Et l'actualité de Hans Rickheit, c'est la parution de l'édition française d'un nouveau Cochlea & Eustachia! 

Les histoires contenues dans cet album, vous avez, il est vrai, déjà eu l'occasion de les lire (en anglais), soit en ligne, soit dans le recueil Folly (tant qu'il a été disponible chez Fantagraphics: il est actuellement épuisé). Mais vous pouvez à présent les retrouver en français et en couleurs!
 

Le blog de Hans Rickheit.


dimanche 12 juillet 2020

Deep, dark: service public 2 (ou 1bis?)


Vous vous souvenez 
(bravo, estimés lecteurs, 
vous avez décidément une mémoire d'éléphant!
qu'il y a de cela quelques années je m'étais demandé, à propos de Fran Krause, s'il fallait en parler comme d'un auteur de webcomics ou comme d'un prestataire de services publics? 
Le doute n'est plus permis, c'est bien à la seconde catégorie qu'il appartient: ici, il conjure une inquiétude non pas individuelle, mais collective.




Cet épisode de deep dark fears va nous permettre de tester la théorie selon laquelle, lorsque le pire se produit, c’est toujours une sorte de pire à laquelle on ne s’attendait pas: aussi, mettre des mots, ou des images, sur nos pires craintes, c’est s’assurer qu’elles ne deviendront pas la réalité: à présent que nous avons conjuré cette horreur en l'imaginant, elle ne se produira pas.
Attendons, avec confiance.
Et puis de toute façon, ce genre de choses ne pourrait pas se produire dans notre pays, n'est-ce pas? Ça ne pouvait arriver qu'aux États-Unis. 


 les "deep dark fears" de Fran Krause

jeudi 19 mars 2020

Webcomics go Hollywood (sort of)


Vous vous souvenez de ce que j'écrivais il y a quelques années à propos des webcomics: qu'une sorte de tropisme les dirige à plus ou moins long terme vers le papier?
Ça donne souvent d'excellents résultats (voyez Boulet, Maliki, Dakota McFadzean, Tillie Walden, Hans Rickheit, j'en passe…) … parfois ça tourne court, comme pour le talentueux Derek Kirk Kim, qui, faute de soutien de la part de l'éditeur qu'il avait choisi, a dû arrêter sa très prometteuse série Tune, dont il avait pourtant entamé la prépublication en ligne spécifiquement en vue d'une édition papier (seuls le tome 1, Vanishing Point, et le tome 2,  Still Life, sont parus).
Cela aurait-il fonctionné aussi bien pour Lore Olympus, dont je soulignais ici qu'elle était particulièrement bien adaptée au visionnage sur écran, et qu'un remontage au format comics aurait privé de ce rythme syncopé, qui fait une partie de son charme?
Mais il doit y avoir en quelque Olympe des divinités bienveillantes qui s'intéressent à la destinée des webcomics. C'est une place parmi les constellations qui attend  le webcomic de Rachel Smythe quand il sera parvenu au terme de son existence terrestre (j'entends les constellations du septième art): Lore Olympus devrait bientôt être adapté en série animée.
Voir pour de vrai sautiller Perséphone, Zeus tonner (ou se cacher derrière un nuage), et les changements d'humeur de Hadès plonger dans les ténèbres le monde d'en-bas (avant que le fidèle Cerbère ne vienne, à grands coups de langue, lui remonter le moral)… c'est une perspective plutôt excitante, non? Ce sera une collaboration entre WebToons et le studio Henson. Henson… si ce nom ne vous dit rien, c'est que vous ne vous intéressez pas du tout à l'animation et que je vous fais perdre votre temps.

Mais si, au contraire, vous aimez les dessins qui bougent, ce n'est pas tout!
Retenez votre souffle: bientôt Ninéma au cimona.
Ninoni au cimama.
Allons bon, j'en suis encore tout retourné.
Je voulais dire: Nimona au cinéma. 


Flûte zut et zuppercut enfin l’important c’est que c’est NIMONA que vous pourrez voir au cinéma… enfin, à la télé… en vidéo… sur votre tablette... ou peut-être sur votre home cinéma si vous avez ça. Bref sur votre écran préféré… mais cette fois en images qui bougent!
Vous avez déjà fait connaissance avec Nimona, vous possédez sans doute déjà ses aventures en version papier, vous n'êtes donc pas étonné de la voir aller se fourrer là où on ne l'attendait pas.
Elle a tapé dans l'œil d'un réalisateur qui n'avait pas encore dirigé de série: Patrick Osborne. Prudent, il parle d'un délai de production qui s'étalera sur trois ans (une coproduction Fox et Blue Sky Animation); espérons que ça veut dire que les choses seront bien faites. Osborne n'a pas l'air manchot: vous pouvez voir son court métrage "Pearl" ici.

J'espère que ce billet vous aura convaincu que le futur n'est pas uniformément sombre.

Image: Noelle Stevenson forever!

lundi 2 mars 2020

Aux Champs Élyséens j'ai goûté mille charmes: Lore Olympus (Grands Webcomics du XXI° siècle, 10)



Hades: - Persephone, you're one of the reasons 
why the mortals see us as Gods 
and not complete monsters.


Lore Olympus (webcomic écrit et dessiné par Rachel Smythe) je l'ai découvert grâce à Algésiras (merci Algésiras!) et j'y suis devenu accro (euh… merci?).

Les Immortels ont fait les hommes à leur image, et Rachel Smythe le leur a bien rendu.

Être immortel, concrètement, ça a quoi, comme conséquences? Hé bien, par exemple, on n'est jamais démodé, on peut même se permettre d'avoir de l'avance sur la mode, puisqu'elle a l'éternité pour nous rattraper.
Dans Lore Olympus, les mortels - on en aperçoit quelques-uns, ils font de la figuration, tous les premiers rôles étant, eux, immortels - portent le chiton ou l'himation, les sandales et le pétase, et ils parlent comme des contemporains d'Homère, ils disent des choses comme: "Éloigne-toi, ô toi qui ne dois pas être vu!" ou "Être divin, entends la prière de celui-ci qui fut mortel et qui n'est plus qu'une ombre! Permets que prospère la ferme que j'ai laissée à ma famille!"
Les Immortels, eux, n'ont pas de scrupule à dire "Oh, shit" et à se déplacer en limousine (elles doivent fonctionner, je suppose, à l'énergie éthérique, ou phlogistique, plutôt qu'à l'essence de pétrole). Et ils tweetent. Et ils font des selfies. Et ils vont cancaner sur SnarkyChat. Et ils se friendent sur Fatesbook. 
Que voulez-vous, ils sont faillibles: ça, ça n'a pas changé depuis  les temps homériques.
Le procédé en soi n'est pas nouveau: déjà dans l'Ulysse de Lob et Pichard, déjà dans Thor ou Wonder Woman, certains des attributs des dieux étaient représentés comme des engins hyper-technologiques (toute technologie suffisamment avancée étant indiscernable, etc. etc. vous connaissez le refrain). 
Ce qu'en fait Rachel Smythe: elle en décrit les effets sur la "vie quotidienne" de ses immortels, et ça ressemble beaucoup à vos propres mésaventures connectées. 
Vous pensiez que la mythologie était quelque chose de très éloigné de nous? Think again.

Tout le panthéon grec est présent dans le webcomic de Rachel Smythe: sa character list est plus classe que la guest list du festival de Cannes. Une liste, donc, bien colorée, mais c'est un petit bonbon rose qui vole toutes les scènes où elle apparaît: Korè - pardon, je veux dire Perséphone. Comme vous partagez avec les Immortels le privilège d'aller sur internet, vous trouverez facilement des tonnes d'informations sur Perséphone et sa famille compliquée: par exemple chez Terri Windling, qui va rapidement à l'essentiel ou sur Wikipédia qui est plus prolixe et fournit un tas de liens vers des ouvrages spécialisés. Attention, spoiler: une des premières choses qu'en faisant ces recherches vous apprendrez sur notre héroïne est sa généalogie, que dans le webcomic cette jeune fille innocente ne connaît pas encore  à ce jour, au bout de cent épisodes, sa maman ne lui a toujours pas révélé qui était son papa (autre spoiler: Rachel Smythe est en train de concocter une explication de son cru - peut-être inspirée par ces vers de la Théogonie qui mentionnent des déesses ayant conçu sans s'être unies à aucun autre dieu? - à la venue au monde de Perséphone).
Et il y a d'autres choses dont Déméter n'a encore jamais parlé à Korè.
Erreur pédagogique très commune.
Même si - prenons un exemple au hasard - vous vous appelez Hébé et si vous êtes l'incarnation de la Jeunesse, vous n'appréciez pas que votre maman Héra, en réponse à des questions sérieuses, vous dise "C'est compliqué, c'est des histoires de grandes personnes" en vous faisant pouic sur le nez comme si vous étiez un bébé.

Comme le récit de Rachel Smythe, malgré les apparences, est très fidèle au mythe, nul doute que Korè apprendra un jour tout ce qu'on ne lui a pas dit, et… ce sera intéressant de voir comment Rachel mettra en scène sa réaction. 
Jusqu'à présent, la principale préoccupation de la petite Korè a été de ne jamais décevoir personne - surtout pas sa maman - mais peu à peu une deuxième préoccupation se fait jour: celle de s'affirmer, de prouver qu'elle n'est pas juste une petite campagnarde naïve (c'est comme ça qu'elle se décrit elle-même à plusieurs reprises); elle découvre petit à petit (comme les héroïnes de Marvel ou de DC) qu'elle a des pouvoirs qu'elle ne soupçonnait pas (elle peut voler!!! qu'est-ce qu'elle peut bien encore avoir en réserve?), et, ma foi, c'est bon pour l'estime de soi, ce genre de choses.

En lisant son CV (vous ne le trouverez pas dans la bibliographie proposée par Wikipédia: c'est une exclusivité Lore Olympus), on est bien sûr, tenté de la décrire comme une "overachiever":
- Overall winner chess Olympus championship, 3 times running
- Junior swimmer Olympianswimming champion
- Mathematics champion
- Newest recipient of the
TGOEM (The Goddesses of Eternal Maidenhood) academic scholarship…


Ah. La bourse d'études offerte par Les Déesses de l'Éternelle Virginité (immarcescibles administratrices: Hestia, Athéna, Artémis).
Les Olympiens s'intéressent-ils assez à la mythologie? Il y a un truc mentionné dans un mythe, un gadget appelé la Boite de Pandore. Les Déesses de, etc, n'ont peut-être pas assez médité l'avertissement contenu dans ce mythe. Le cursus choisi par Perséphone (qui a grandi dans un environnement hyper-protégé) impliquait qu'elle fasse un stage en entreprise; Héra, la reine de l'Olympe, lui a fourni une recommandation pour une des plus prestigieuses: elle ne pouvait pas faire moins, n'est-ce pas, pour la fille de la grande Déméter… et c'est comme ça que tout a commencé.
Pourquoi certains d'entre vous ont-ils un mauvais pressentiment?
C'est la drôle de tête qu'a fait Déméter quand on lui a appris la bonne nouvelle qui vous inquiète?
Déméter, des temples lui sont consacrés par toute la Terre, des prières sans nombre lui sont adressées tous les jours: c'est comme par réflexe qu'on lui fait confiance… pourtant dans certains épisodes de Lore Olympus sont disséminés des indices qui suggèrent qu'elle garde pour elle quelques sombres secrets de famille.



Pour nous rassurer, allons interviewer le superviseur de Perséphone.
- Monsieur Hadès, hum, euh… grand Hadès, ô Souverain du Monde d'En-Bas, voulez-vous bien vous présenter pour nos lectrices et lecteurs?
- I'm an immortal being with unspeakable powers and unmeasurable reach.
- Et…  pouvez-vous nous dire ce que vous pensez de votre nouvelle stagiaire?
- She just makes me feel all warm and snuggly inside when I think of her.
Wait… I mean… No comment.


Je me sens moi-même tout warm and snuggly inside quand je vois Perséphone: même réaction dans tout le vaste fandom que Lore Olympus, en deux ans, a déjà accumulé.
La forme choisie par le site Webtoon qui héberge la série est particulièrement bien adaptée à la lecture sur écran (et sur tablette). Contrairement à plusieurs des webcomics dont nous avons déjà parlé, cette présentation ne reprend pas les codes de la page imprimée: pas de gaufrier, les cases s'affichent l'une après l'autre.
Certaines cases se suivent à touche-touche; entre certaines autres, la narratrice a interposé une certaine distance qui impose au lecteur un scrolling délibérément frustrant.  Entre une remarque pertinente (ou impertinente, ça dépend du point de vue) de Perséphone


 et la réaction de son interlocuteur,



prend place une attente insoutenable qui peut durer jusqu'à… plusieurs dixièmes de seconde, et c'est délicieux.
Il y a ainsi une scène dans un ascenseur (pas n'importe quel ascenseur, celui qui mène des régions supérieures de l'Hadès jusqu'aux régions… inférieures - ça fait beaucoup d'étages) qui vaut son pesant de baklava. Il me suffira de vous dire que les "silences" y comptent autant que le dialogue.


- Et vous, Hécate, Maîtresse de la Nuit, que pensez-vous de Perséphone?
- She's a sight for sore eyes.

Je confirme: chaque apparition de Perséphone dans ce webcomic qui n'a pas peur de faire clasher les couleurs me fait du bien aux yeux.

De toute évidence, tout ne sera pas simple pour Perséphone: les super-pouvoirs ne résolvent pas tout (demandez à Superman). 
Mais on peut attendre la suite avec confiance: elle est pleine de ressource, la petite.
Au moment où je vous parle (et il en est ainsi depuis un temps immémorial),  Perséphone prend dans son panier à provisions la farine et le beurre, puis elle pétrit la pâte, bientôt elle disposera la baklava  dans la corbeille.
Elle sait ce qu'elle fait, ne vous en faites pas.





Jeunes gens, prenez-en de la graine.
Et à l'occasion, demandez-vous pourquoi les mystères la germination sont célébrés loin des rayons du soleil.


Un dernier conseil: si vous pressentez que vos jours sont comptés, voici un contact utile:
persephone@underworld.com
Il ne sera sans doute même pas nécessaire de lui dire "Déesse de beauté et de compassion, entends ma prière", elle prêtera attention même à un simple "je crois qu'on devrait se voir bientôt, vous auriez un créneau pour qu'on se parle?"
Cette déesse pourra sans doute vous apporter plus d'aide qu'Hermès et Thanatos réunis.




Toutes les images © Rachel Smythe

mercredi 23 janvier 2019

Days of Locusts


Tumblr, la célèbre plate-forme de micro-blogging, a été dévastée il y a peu par une invasion de sauterelles de proportions bibliques.

















Des pans entiers en ont été rongés par ces voraces insectes (il s'agit de sauterelles de la variété censeuse, ou censureuse, ou peut-être censorielle? Sauterelles censorielles, ça sonne mieux, mais je ne suis pas sûr que ce soit bien leur nom scientifique).
Le sage Benjamin Dewey l'avait prévu dès 2014, et en avait annoncé les conséquences.
C'est toujours après coup qu'on retient les avertissements des Cassandre; retenez-en au moins cette leçon: quand je vous parle d'un webcomic, c'est qu'il vaut la peine qu'on le bookmarque.

Illustration © Benjamin Dewey

vendredi 22 septembre 2017

Des cartoons pour les kids


Vous avez vu le dernier cartoon de Liniers
(bon anniversaire Stephen King!)? 
Il est tellement bien que je l'emprunte sans hésitation, pour vous le montrer, au blog de Dan Wagstaff the casual optimist 
("spread the love", c'est ma devise):

- Je lis une histoire qui fait peur...
- "ÇA", de Stephen King.
Ça parle d'un monstre qui ressemble à un clown
avec des dents pointues, qui apparaît à un enf...
- ...
- Ne te vexe pas!
J'aime bien Liniers, j'aurais dû vous en parler plus tôt. 
Il remplit des albums entiers de jolis dessins, par exemple, la série Macanudo, en français (du Québec) aux Éditions de la Pastèque, ou les leçons de coloriage d'Enriqueta, en français (de France) aux éditions Ici Même qui publient aussi Hans Rickheit et Caro, le monde est petit. Et son dernier album s'appelle Good night, planet, mais il n'est pas encore traduit chez nous, alors il vous faudra le lire en argentin d'Argentine ou en anglais des Amériques.




Et ce n'est pas tout, vous vous en souvenez, 
je vous avais annoncé "pour la fin de l'année" 
la version française de 
Don't get eaten by anything de Dakota McFadzean,  
sous le titre Soudain l'univers prend fin? Hé bien ça y est, soudain, il est apparu sur les rayons de toutes les bonnes librairies! Publié, lui, par les éditions Çà et là. Et la traduction n'est pas mal (par exemple, "boo" est traduit astucieusement par "bou").

Alors? Comment vous situez-vous? 
Vous êtes plutôt "çà et là" ou plutôt "ici même"? 
Plutôt pastèque, vous êtes sûrs?


Illustrations: dessins de Liniers.

dimanche 4 juin 2017

Dernières prédictions concernant la fin de l'univers


Don't get eaten by anything, 

de Dakota McFadzean (mais si, vous vous souvenez, je vous en ai parlé) sortira en français sous ce titre alléchant

Soudain l'univers prend fin, 

aux éditions Çà et Là, juste à temps pour les fêtes de fin d'année. 
Ça nous promet de sacrés réveillons.


(surtout que les éditions Çà et Là ont déjà un catalogue
pas piqué des hannetons mutants)


mercredi 15 février 2017

Grands moments de solitude du XXI° siècle (9): Mélaka



Vous portez le deuil de la démocratie.  
Donald Trump a beau se décarcasser, même lui ne parvient plus à vous faire rire. 
Il y a si longtemps que vous ne trouvez plus nulle part de raison de vous réjouir, que vous avez même renoncé à en chercher. 
Vous n'avez pas réussi à déloger le corbeau qui a élu domicile sur le buste de Pallas, au-dessus de la porte de votre chambre: la seule solution que vous avez trouvé pour rendre sa présence un peu moins oppressante, ou simplement moins visible, c'est de peindre tout en noir, du sol au plafond. 
Pour que les éclaboussures ne se voient pas, vous avez sorti du placard toute la garde-robe rigoureusement achromatique que vous portiez jadis pour aller aux concerts de The Cure.


Je suis navré de vous interrompre, je sais que 
ça risque de casser un peu l'ambiance, 
mais pendant ce temps, sur le blog de Mélaka
il y a 
un rat qui déménage 
de la barbe à papa.


Je vous assure, je ne me moque pas de vous, allez-y voir si vous ne me croyez pas: le blog de Mélaka - les Mélakarnets - ce n'est plus seulement un blog, c'est devenu carrément un webcomic.
Et quel webcomic!
Ça avait pourtant bien commencé, dans une ambiance studieuse et recueillie.



Mais ça n'a pas duré: trois strips plus loin, patatras! 
Ça partait déjà en sucette. 
Et ça ne s'est pas arrangé depuis.
On n'y peut rien, Mélaka est une hurluberlue de la variété la plus olibrieuse, elle tient ça de famille.

Les chiens font pas des chats.


Vous ai-je dit que la scénariste de Mélaka, c'est Gudule?
Ça explique beaucoup de choses.
Vous pouvez peut-être vous connecter sur Tippee, et essayer, en usant au besoin d'incitations financières, de convaincre Mélaka de faire des BD sérieuses, positives, politiquement correctes, quelque chose dans l'air du temps, quoi...

Ou alors, allez-y simplement parce que vous avez envie de retrouver Gudule.




On ne jette pas un rêve, même brisé.

vendredi 10 février 2017

Grands webcomics du XXI° siècle (8): Sarah Andersen is a myth



S'il y a quelque chose que je déteste chez Sarah Andersen, c'est cette manie qu'elle a de grimper le long de la façade de l'immeuble où j'habite pour m'espionner par la fenêtre. Et comme si ça ne suffisait pas, ensuite, elle raconte ce qu'elle a vu, sous la forme de petits strips qu'elle publie sur internet. Elle doit prendre des croquis sur le vif, parce que des épisodes comme celui-ci, ça ne peut pas s'inventer! 


Ça, c'est une scène typique 
de ma vie quotidienne.

Bien sûr, elle ne dit pas que c'est moi sa source d'inspiration (elle a dû consulter un avocat - les Américains font toujours ça - pour éviter le procès pour atteinte à la vie privée): pour brouiller les pistes, elle attribue mes aventures à une petite bonne femme aux yeux exorbités qui se coiffe avec un pétard. L'astuce est un peu grosse: malgré ce travesti, les gens qui me connaissent me reconnaîtront.


Vous voyez? Qui d'entre vous ne se souvient pas de m'avoir entendu - et plus d'une fois - décrire exactement dans ces termes mon rapport à mon travail?


En plus, elle me suit 
quand je fais mes courses. 
Je la préviens, 
si elle continue j'appelle un agent.

Et que ses comics lui apportent la célébrité sur internet, ça ne lui suffit pas: elle en fait des albums (d'abord Adulthood is a Myth, et maintenant - en précommande jusqu'en mars - Big Mushy Happy Lump), et ces trucs-là se vendent comme des petits pains!
Soyons beau joueur et souhaitons-lui beaucoup de succès.


Sarah Andersen: sans plus attendre,
“Adulthood is a Myth”,
puis très bientôt,
Big Mushy Happy Lump,
et avec encore un peu de patience,
vous pourrez vous procurer le calendrier 
ou l'agenda  Sarah's  Scribbles pour 2017-2018
 - ou les deux! 


Dessins de Sarah Andersen.

vendredi 26 août 2016

Grands Webcomics du XXI°siècle (6 ter): Ectopiary


Au premier coup d'œil, il pourrait sembler que Hans Rickheit a situé son comic Ectopiary dans un environnement plus familier que Cochlea et Eustachia ou The Squirrel Machine, et qu'il y a recouru à des codes narratifs plus conventionnels.


Quelle erreur ce serait. Quelle terrible erreur.


Dans une bichromie noir et vert-de gris, Rickheit rend compte de la rencontre d'une réalité vert-de grisée avec... une autre réalité, nettement plus noire. Hans Rickheit sait ce qu'il fait.


Rickheit a expliqué sur son blog qu'il entendait bien prendre son temps pour raconter cette longue histoire, alors n'ayez pas d'inquiétude: vous aussi, pour la lire, vous avez le temps.
Ceci dit, pourquoi tarder? 
Commencez donc tout de suite.

Ectopiary, un webcomic de Hans Rickheit.

vendredi 12 août 2016

Grands Webcomics du XXI° siècle (6 bis): la machine Hans Rickheit


Les romans graphiques de Rickheit commencent à être disponibles en France: leur version américaine parue chez Fantagraphics se trouve très facilement sur un site de vente par correspondance dont le nom évoque un fleuve du Nouveau Monde dont j'ai le nom sur le bout de la langue... le Mississipi? non... le Missouri? non plus... l'Orénoque, peut-être? quelque chose comme ça... cherchez, vous verrez bien...
... et aussi, bien entendu, dans les meilleures librairies importatrices de comics: cherchez encore mieux.
Et en français? On ne trouve encore, pour l’instant, disponible en notre langue que La machine écureuil (The Squirrel Machine, Fantagraphic 2009), traduit de l’anglais par Ludivine Bouton-Kelly (j’espère qu’elle ne m’en voudra pas pour les quelques réserves que j'émets ci-dessous sur sa traduction, par ailleurs très soignée) pour les éditions ICI-MÊME  (un drôle de nom vraiment, où sont-ils allés chercher ça?)


  L'intérieur de la tête de Hans Rickheit ressemble à ça.


Puisque nous parlons de The Squirrel Machine, j'ai un aveu à vous faire: La Machine Écureuil me paraît une traduction bien timide du titre original. Quant à moi, j’aurais suggéré, plutôt,  La Machine à écureuiller. En effet, l’écureuillement est l’une des réactions que peut provoquer l’exposition aux dessins de Hans Rickheit: mais ce n’est pas la seule, bien loin de là: l’énerveillement n’est pas une réaction moins plausible, la détestabilisation, non plus, n’est pas exclue. Rickheit outrepasse occasionnellement les bornes de la décendance, et la notion de bon coût lui semble étranglère, tant il se montre prodigue de détails bizarres, de perspectives faussées, de rapprochements improbables, de conjonctions illicites: en un mot d’imagination.
Les lecteurs de BDGest  en sont restés tout perplexes: 
parmi leurs commentaires, cette réaction très française: 
"clairement pas destiné aux cartésiens".

  Vous reprendrez bien un peu de... non? Vraiment? Vous êtes sûr?


En résumé, donc: en français, La Machine Écureuil  chez Ici-Même; en anglais, les albums ChloéFolly et Cochlea and Eustachia sont distribués par Fantagraphics Books.

Dessin de Hans Rickheit.