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mercredi 16 juin 2021

Tu es une grande fille maintenant

 

C'est l'anniversaire de qui aujourd'hui?
Celui de Joyce Carol Oates.
Bon anniversaire Joyce Carol Oates!

 

Hé oui, ça tombe le même jour que Bloomsday, que voulez-vous, il n'y a que 365 jours par an; mais où est le problème? Vos toasts célèbreront, alternativement, l'un et l'autre de ces anniversaires .

 

mardi 14 juillet 2020

Et vous, combien de kilomètres?



Aujourd'hui nous sommes le 14 Juillet; 
et le 14 Juillet, 
c'est l'anniversaire de qui?

Bon anniversaire Christopher Priest.

dimanche 24 mai 2020

Cela fait du bien de jeter ce genre de pierre dans le monde


Prague, vers le 27-05-1910

Voilà, cher Max, tu as deux livres et un petit caillou.
Je me suis toujours efforcé, pour ton anniversaire, de trouver quelque chose qui, vu son insignifiance, ne peut jamais se modifier, se perdre, se détériorer ou s'oublier. Et après avoir réfléchi pendant des mois, je n'ai rien trouvé de mieux que de t'envoyer un livre. Mais les livres, c'est une vraie plaie, s'ils laissent indifférent d'un côté ils deviennent d'un autre côté plus intéressants par ce fait même, et ce qui m'a attiré vers les livres indifférents c'est uniquement ma conviction qui, dans mon cas, est  toujours loin de faire pencher la balance; et à la fin, je me suis retrouvé avec un livre entre les mains, toujours convaincu d'autre chose, qui brûlait de son intérêt. Une fois, j'ai fait exprès d'oublier ton anniversaire, c'était mieux que d'envoyer un livre, mais ce n'était pas bien pour autant. Voilà pourquoi je t'envoie maintenant ce petit caillou et je t'en enverrai aussi longtemps que nous vivrons. Si tu le gardes dans ta poche, il te protègera; si tu le laisses dans un tiroir il ne sera pas non plus sans effet; mais si tu le jettes, ce sera encore mieux. Car tu sais, Max, que mon amour pour toi est plus grand que moi et plus habité par moi qu'il n'habitait en moi, et il est mal assuré vu ma nature fragile, mais dans le  petit caillou il trouve une maison de pierre, même si c'est une fente entre les pavés de la Schalengasse. Cela fait longtemps qu'il m'a plus longtemps sauvé que tu ne le sais, et en ce moment justement où je m'y retrouve moins que jamais et où je me sens comme dans un demi-sommeil, même en état de pleine conscience, juste très légèrement, juste encore un peu - je déambule comme si j'avais des entrailles noires - cela fait du bien de jeter ce genre de pierre dans le monde, séparant ainsi ce qui est certain de ce qui ne l'est pas. Que sont les livres, comparés à ça? Un livre commence à t'ennuyer et ne s'arrête plus; ou bien ton enfant déchire le livre, ou bien, comme le livre de Walser, il est déjà en morceaux quand tu le reçois. En revanche rien ne peut t'ennuyer dans une pierre; et  ce genre de pierre ne peut s'abîmer, et si oui, uniquement dans très longtemps; tu ne peux pas l'oublier non plus - parce que tu n'es pas obligé de t'en souvenir; enfin tu ne peux jamais le perdre complètement - car tu le retrouveras sur le premier chemin venu, parce que c'est justement la première pierre venue. Et je n'ai même pas pu l'abîmer en chantant ses louanges car on ne peut abîmer par des louanges que lorsque l'objet des louanges est écrasé, endommagé ou déplacé par les louanges. Mais ce petit caillou! Bref, je t'ai cherché le plus beau des cadeaux d'anniversaire et je te le donne avec un baiser qui doit exprimer l'impossible remerciement que tu sois là.

Ton Franz

Franz Kafka, Lettres à Max Brod 1904-1924
traduit de l'allemand et présenté par Pierre Deshusses
Fischer Verlag, 1989
2008 Payot et Rivages pour la traduction, 
ISBN 978-2-7436-1798-1
2011 Payot et Rivages pour l'édition de poche
ISBN 978-2-7436-2204-6

samedi 26 juillet 2014

Holy dingbat, Batman!



L’année dernière, quand le Department of Canadian Heritage dévoila les projets de logo qu’il avait fait réaliser en prévision du 150° anniversaire de l’accession du Canada à la souveraineté, ceux-ci furent accueillis plutôt fraîchement.


Le saviez-vous?
La feuille d'érable est le symbole
du Canada. Depuis 150 ans.

Quoi, pas mieux? se sont exclamé en chœur les canadiens; c’est tout ce que vous avez trouvé? ça fait penser à des badges d’équipes de hockey, dirent les uns; on dirait un de ces trucs qu’on voit sur les pompes à essence, déplorèrent les autres; d’autres enfin, plus sobrement, constatèrent: on dirait la feuille d’érable du Canada avec 150 écrit dessous. 
Les articles assassins se sont multipliés dans la presse, et les contre-propositions ont afflué.

Cette année, Batman a 75 ans, et les responsables de DC Comics (les employeurs de l’homme-chauve-souris), ont manifestement fait appel à la même équipe de designers que Canadian Heritage pour la création du logo associé à cet événement (ou alors à leurs clones).

On dirait un peu un dingbat
( d'où le titre).

Mais à propos de ce logo-ci, pas plus de polémique dans le fandom que de beurre en batcave (ou de chauve-souris en baratte, si vous préférez); jusqu’ici personne ne s’est écrié: mais on dirait le signal du Batman avec 75 écrit dessous. 

Les fans du Batman seraient-ils moins exigeants que les compatriotes du sasquatch? Auraient-ils un goût moins raffiné, un esprit critique moins affûté? Certes non, vous vous en doutez bien. L’explication est ailleurs: l’attention des fans est accaparée par une question bien plus grave: qui serait le meilleur interprète de Batman dans sa prochaine apparition sur grand écran, Ben Affleck ou Benedict Cumberbatch? C’est qu’il faudrait quelqu’un qui fasse le poids face à… vous savez qui. 
Pour une fois les spécialistes sont unanimes: tout est une question de menton. Le Dark Knight devant avoir, pour partenaire-adversaire dans le film, le héros que distingue la fossette la plus remarquable de toute l’histoire des comics, ce ne peut être qu’une longueur de menton qui départagera les Batman potentiels sur la ligne d’arrivée.

Tout compte fait, les gens de DC ont sans doute été bien inspirés de choisir un logo d’un style qu’on peut qualifier de consensuel. Ils se sont rattrapé en offrant aux lecteurs tout un choix de goodies parmi lesquels tout le monde est assuré de trouver son bonheur. 


Le test de l'été: quel Batman êtes-vous?

Vous pouvez aller voir, il y a des rééditions, des nouveautés, des téléchargements gratuits et des produits collectors pas donnés, bref tout ce à quoi on pouvait s’attendre.

Joyeux anniversaire donc, Batman! Il n’y aura pas (pas cette année, en tous cas), dans la salle à manger de Wayne Manor, de dispute autour de ton gâteau et c’est très bien comme ça; si une controverse doit voir le jour, ce ne sera sans doute pas avant l’automne prochain, date à laquelle la Fox a programmé un feuilleton qui testera une  façon encore inédite de faire du beurre avec une chauve-souris, puisque cette fois-ci, il s'agira d'une prequel qui nous fera découvrir Gotham avant Batman.

Dans ce feuilleton, Bruce Wayne aura huit ans. 
Se trouvera-t-il quelqu'un pour l'avertir que c'est le bon âge pour arrêter de grandir?


Au fait, l’anniversaire d’Alfred, on le fête quand? Si le young master Bruce va sur ses soixante-quinze ans cette année, lui doit bien approcher des cent-vingt-cinq? Ça ne s'arrose pas, ça?


Quant au blog de Boulet, ça fait juste dix ans 
qu'il a ouvert ses portes d'albâtre.


Illustrations ©  Canadian Heritage et DC Comics.

mercredi 1 mai 2013

Une chanson pour Jeliza-Rose


 Entre deux haies d'herbes de Cuba plus hautes que moi, j'ai suivi un étroit sentier tout sinueux tracé par le bétail qui avait dû passer par là, en écartant les bras bien droit pour que mes paumes s'enfoncent entre les tiges et effleurent les graminées.

Tu plies mais ne romps point, ai-je murmuré tandis que les hautes herbes me giflaient les mains; je fredonnais à demi la chanson
que mon père avait écrite pour moi :

Tu plies mais ne romps point 
Tu donnes, donnes mais ne prends rien Jeliza-Rose 
Alors je ne sais pas 
Très bien quoi faire pour toi.


J'ai avancé comme ça sur le petit chemin pendant un bon moment en bifurquant à gauche, puis à droite, et de nouveau à gauche, jusqu'à déboucher dans un pré piqueté de queues-de-renard, parmi lesquelles on voyait aussi les derniers lupins de la saison. C'était la fin du printemps. Une petite brise chahutait légèrement l'air chargé d'humidité et déjà le ciel s'assombrissait. Mais les lupins qui poussaient au ras du sol étaient encore d'une couleur radieuse, alors quand j'ai traversé le pré, je les ai enjambés en faisant bien attention.

traduction française d'Hélène Collon
(Naïve Livres, 2006)

samedi 13 avril 2013

Jenny reads the whole book to her doll, Anne, but she can't remember exactly how it ends


Avril.

Il est grand temps de rempoter, si vous ne l'avez déjà fait (il aurait mieux valu le faire en Mars, mais avec cet hiver qui s'attarde, tout n'est sans doute pas perdu pour celles de vos plantes qui se sentiraient à l'étroit),

Pour donner l'exemple, je vais moi-même rempoter ici un billet, datant de septembre dernier, prélevé sur l'excellent blog tenu par Ben, Toys & Techniques: un bref compte rendu d'un livre pour enfants intitulé Jenny Lives with Eric and Martin, par Susan Bösche (qui est Susan Bösche, me direz-vous? Voici une interview qu'elle a donnée au Guardian en 2000). Plus tout jeune (le livre), mais pas totalement sans lien avec l'actualité.

Voici ce qu'en dit Ben:

Il s'agit d'un livre danois, mais on s'en souvient ici pour la place qu'accidentellement il en vint à occuper dans l'actualité britannique des années 80. En effet, ce fut une des publications qui fournirent un prétexte à l'administration Thatcher pour justifier la Section 28 du Local Government Act de 1987-1988 prohibant "the teaching in any maintained school of the acceptability of homosexuality as a pretended family relationship" 
(je garde la version originale pour son inimitable saveur thatcherienne, pour laquelle, apparemment, quelques personnes éprouvent de la nostalgie. La nostalgie, c'est une drôle de chose.) 
[…] Le livre raconte un week-end dans la vie de Jenny, une petite fille qui vit avec son papa Martin et le partenaire d'icelui, Eric. C'est l'anniversaire d'Eric! Quand il rentre pour le thé, Jenny, Eric et la maman de Jenny, Karen (qui n'habite pas loin, ça tombe bien) l'attendent avec un gâteau et s'écrient: surprise!!!!!!


Susan Bösche, Jenny Lives with Eric and Martin (Gay Men's Press).
This is a Danish book, but most people know it for the role it inadvertently came to play in British history during the 1980s. It was one of the publications dragged through the mud by the Thatcher administration in its passing of Section 28 of the Local Government Act of 1987-1988, which outlawed "the teaching in any maintained school of the acceptability of homosexuality as a pretended family relationship." 

It is hard to fathom the ignorance of anyone who could possibly find this book threatening. The book tells the story of a weekend in the life of Jenny, a little girl who lives with her father, Martin, and his partner, Eric. The weekend begins with a surprise party for Eric's birthday, which they celebrate over cake and tea with Jenny's mother, Karen. It's a charming book full of great photographs (the extended family should really consider starting a band), and I imagine it's quite a useful book for parents of all stripes, and for teachers as well. There is a dark moment in the story when the family runs into a grumpy neighbor, who mutters some homophobic oaths Jenny struggles to make sense of. Eric breaks things down in a simple cartoon doodle that speaks volumes.
For more on this book and Section 28 see this speech by actor Ian McKellen.



Si le texte de loi cité plus haut rappelle à ceux  qui auraient des trous de mémoire à quoi ressemblait l'Angleterre de Thatcher, les quelques pages de l'album reproduites sur Toys & Techniques ont, quant à elles, bien que l'album eût été publié au Danemark en 1981, une saveur assez seventies (dans le petit cartoon qu'Eric - dans un style qui annonce déjà XKCD avec trente ans d'avance: Eric est un précurseur! - dessine pour amuser Jenny, notez la pipe et le chapeau de Monsieur le Voisin).

Spécial dédicace à Algésiras, à qui (je le sais!) il arrive souvent d'employer ses samedis matins à faire la lecture à ses poupées pendant que les hommes de la maison font la grasse matinée:
Cliquez sur la page pour la voir en plus grand;
vous pourrez aussi voir d'autres pages
dans le billet de
 Toys & Techniques.




Retrouvez Jenny et sa poupée sur le blog de Ben (un blog qui dépote).
Bon week-end (et, tout de même, ne prolongez pas trop la grasse matinée: je vous le rappelle, il y a des soins à donner aux plantes vertes).


La page reproduite ici grâce à la courtoisie de Ben de Toys & Techniques est ©Susan Bosche, texte et photo.

lundi 1 avril 2013

Dingue Donne



Que les hommes vieux 
sont plus fantasques 
que les jeunes

Qui peut lire ce paradoxe qu'il ne  me pense plus fantasque aujourd'hui que je n'étais hier quand je ne pensais pas ainsi?
Et si un jour produit en moi un si sensible changement,  que ne fera le poids des ans?
Etre fantasque est, chez l'homme jeune, un débordement calculé, une folie de ruse; chez le vieil homme, dont les sens ont fané, ce devient naturel, donc plus parfait et plein.
Lors que nous dormons, en effet, notre fantaisie est plus forte,
et de même avec l'âge,  qui est la somnolence avant le sommeil profond de la mort.
Paradoxe III, 
dans Paradoxes et Problèmes

Aujourd'hui, premier Avril, 
est une journée particulièrement recommandable
pour faire tenir une anguille en équilibre
sur le bout de son nez,
et en plus c'est le quatre-vingtième anniversaire
de quelqu'un que j'aime bien:
le calendrier est bien fait, tout de même. 


"Les Paradoxes et Problèmes furent publiés en 1633, 
peu après la mort de John Donne. "Par peur de la honte et 
honte de la peur", il s'était opposé à leur divulgation. 
Ils furent amputés par la censure et il fallut attendre 1980 
pour en lire le texte complet, dont c'est ici 
la première traduction française": 
voici ce que dit fièrement le feuillet de présentation 
de l'édition de Paradoxes et Problèmes que j'ai sous les yeux.
(John Donne, Paradoxes et Problèmes, 
traduit et présenté par Pierre Alferi, 

Illustration: dessin de Lewis Carroll : 
"You're old, Father william..."

vendredi 1 décembre 2006

Birthday

Today is both:
- my best friend's birthday
- and this blog's...

So, happy birthday, Pierre!
Long life to you, blog!