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dimanche 30 août 2026

Il est tard pour les tartes

 J'écrivais le mois dernier que Juillet se terminait sur un concert "de discrets soupirs"...
Ce choix  ne semble pas avoir  été du goût de son successeur Août, qui a préféré prendre congé en balançant ici et là des claques retentissantes. Non mais sérieusement, en quelques jours, Le Gloupier, Dolly Parton, et pour finir Tim Curry? Alors qu'il y a d'autres octogénaires qui encombrent bien davantage le plancher? Il y a des mois qui mériteraient des tartes.

Tout le monde a quatre-vingts ans, de nos jours

1946-2026 

vendredi 31 juillet 2026

Silence et silence

 La bande-son de ce mois de juillet se termine donc, non avec de grosses explosions (enfin... pas plus de grosses explosions que d'habitude), mais avec de discrets soupirs.

Keigo Higashino est mort autrefois; on peut donc espérer qu'il n'a pas été pris au dépourvu quand ça lui est de nouveau arrivé. Ce n'était sans doute pas un géant des lettres, mais ses romans savent soutenir l'intérêt des lecteurs (il n'avait pas peur d'user des twists les plus bizarres): lisez-les donc. En France, ses œuvres sont exclusivement éditées chez Actes Sud, dans la collection Actes noirs en grand format et la collection Babel noir en format de poche, et principalement traduites par Sophie Rèfle. 

Raoul Vaneigem a consacré quatre-vingt-douze années (quasiment à temps plein) à faire l'éloge de la paresse, de la jouissance et de la rupture. Contradiction? Que non pas, puisque tout suggère qu'il s'est bien éclaté (à temps plein) à faire ça. Pourquoi lire son Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations?
Mais pour rester jeune pendant que se succèdent générations après générations!

Passe notre salut à Rabelais, Raoul! 

 

lundi 27 juillet 2026

Silences et crépitements

 Les nouvelles d'aujourd'hui ressemblent aux nouvelles d'hier, lesquelles ressemblaient aux nouvelles d'avant-hier et du jour d'avant, avec de petits changements ponctuels: 1200 hectares ravagés par le feu... non, c'est 20000... plutôt 30000... pardon, c'est 40000...
Les morts, en revanche, on en parle une fois, puis de moins en moins: Sinéad O'Connor, par exemple, se souvient-on qu'il y a trois ans qu'elle n'est plus là? Vous l'écoutez toujours, j'espère.
Marie-Paule Belle n'est pas rentrée. Ses parents ont voulu se montrer rassurants: "Y'a pas d'raison de s'inquiéter: elle est encore en train d'biaiser". Elle-même avait annoncé, longtemps à l'avance, son intention de partir, loin de la pollution: d'aller tondre ses moutons. On lui souhaite... que souhaite-t-on aux gens qu'on aimerait voir rester, mais qui s'en vont quand même?
Miwa aussi, on ne l'entend plus. Qui était Miwa? Vous n'êtes pas sûrs? C'est tout bien expliqué, chez Stéphane du Mesnildot, .

 Sinéad O'Connor
1966 - 2023

Marie-Paule Belle 
1946-2026

Miwa Akihiro
1935 - 2026 

vendredi 10 juillet 2026

Des chutes dans l'humus

Dans les dernières nouvelles, il y a un peu de bon, et un peu de mauvais.

Bonne nouvelle: on avait eu peur, il y a quelques années, pour Peow Studio, l'éditeur qui nous avait fait découvrir le premier album de Linnea Sterte: ils avaient cessé de vendre en ligne,  et pendant longtemps, ils n'avaient rien publié de nouveau. Mais ça va mieux pour eux: sous le label "Peow2", sur un site remis à neuf, une nouvelle histoire de Linnea Sterte, au dessin plus moebiusien que jamais, est annoncée: A Garden of Spheres. Un jardin de sphères, la traduction française, est 
aussi en précommande sur le site des Éditions de la Cerise; la Cerise ne perd pas de temps! et elle propose aussi d'autres titres de Sterte (et bien d'autres bonnes choses). Et chez les deux éditeurs, on pourra trouver une nouvelle édition "augmentée" de In Humus (Stages of Rot)!

Mauvaise nouvelle: la société Sauramps dépose son bilan. Le groupe est en liquidation judiciaire, "faute de repreneur", et les libraires ne savent pas ce qu'il va advenir de leur librairie. Chaque fois que je passais par Montpellier, je m'arrêtais un long moment dans cette librairie: elle était grande, on pouvait s'y perdre! (je n'ai pas eu l'occasion de visiter celle d'Alès; et maintenant, pour ça, il est bien tard...).  

jeudi 4 juin 2026

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

 La disparition de John Blanche, il y a trois jours,  avait porté un coup à mon moral, et voilà qu'une autre nouvelle tombe: c'est Marjane Satrapi qui va nous manquer, à un moment où nous avons plus que jamais besoin de gens comme elle.
Mais qu'est-ce qu'elle a, cette année?

 

dimanche 19 avril 2026

Désastre pour tout le monde, champagne pour les autres

 Je dois le reconnaître: j'ai trouvé le mois de Mars... décourageant, surtout vers la fin. 
Quelle semaine ça a été, que cette semaine d'avant-élections!
Les néo-nazis ont tendu la main aux néo-pétainistes, qui l'ont serrée avec ferveur.
Ça nous promettait un printemps plein de réconciliations et de joyeux partages: qu'est-ce qui aurait pu tourner mal? Ça n'a pas tourné si bien que ça pour ces braves gens, il n'y a pas eu de raz-de-marée de néocons, et si vous êtes de ceux à qui la musique de Wagner donne envie d'envahir la Pologne, il vous faudra attendre encore un peu. Et mon découragement a persisté, avec les nouvelles de la dernière semaine: Valérie Perrine n'est plus parmi nous depuis le 23, j'espère qu'une soucoupe volante est venue de la planète Tralfamadore pour la récupérer à temps.

Petit sourire éphémère le jour de la mort de Jospin: j’aurais bien repris plusieurs fois des moules (merci Desproges pour la suggestion), s'il y avait eu des moules au menu (malheureusement y en avait pas; mais à la place j'ai repris de la tartiflette).


Le pire était encore à venir: Glen Baxter, le colonel Baxter, ne nous fera plus profiter de ses blurtings. "Mr. Baxter betrays all the ominous symptoms of genius", nous avait prévenu  Edward Gorey; si les symptômes du génie peuvent être décrits comme omineux, c'est parce que la plupart des génies, juste avant d'être reconnus comme tels, sont devenus morts (Glen Baxter ayant peut-être été une de ces exceptions qui confirment la règle?).
Remuez-vous un peu,  futurs parents de génies, sinon on va en manquer!

Rien ne s'est encore produit en Avril qui me redonne courage, mais il faut bien que la vie continue.

Valerie Perrine 1943 –  2026 

Glen Baxter  1944 – 2026 

lundi 16 février 2026

Modeste proposition

  Les personnalités les plus représentatives de nos élites intellectuelles (jurés des prix littéraires, concepteurs de systèmes informatiques sophistiqués, candidats aux plus hautes fonctions), alarmés par l'état du monde, déploient, en ce moment même, des efforts considérables (chacun dans sa spécialité) pour l'améliorer; Éric Chevillard (éminent spécialiste en questions générales) ne pouvait manquer de leur apporter sa contribution:

Il semblerait que le monde soit gouverné par un tyran insane et ivrogne. La planète agonise sous sa coupe, des conflits armés l’ensanglantent, une dernière vague enfle qui va l’engloutir avant de s’évaporer, tandis que nous déléguons notre intelligence à des robots afin de n’avoir plus à nous soucier que d’être bêtes.

Mais, de son côté, la littérature s’est assagie. Elle milite pour les justes causes, elle se défie des excès, elle sacrifie la fable à sa moralité, elle rachète nos péchés, mieux disposée envers le lecteur que la charogne envers le vautour, elle restaure les liens familiaux, elle se veut empathique, thérapeutique.

Heu… ne devrait-ce pas être le contraire? Ne conviendrait-il pas plutôt de gouverner le monde avec sagesse, mesure et équité, et, pour la littérature, de ne rien s’interdire, nulle outrance de l’imagination, la cocasserie, la fantaisie, la noirceur, toutes les folies ? Remettons donc les choses à leur place: laissons écrire Trump, Poutine et King-Jong-un, et confions aux écrivains l’administration bien comprise de ce monde.

L'autofictif 

mercredi 7 janvier 2026

Le noir est blanc

Le 7 janvier... il me semble me souvenir que c'est, ou que ça a été, une date importante, mais laquelle? Une sorte d'anniversaire, peut-être?
Ah, oui, ça me revient (merci la radio): c'est le début des soldes d'hiver! la saison des bonnes affaires!


Adieu, Béla Tarr. La "saison du blanc", comme on l'appelait autrefois, ça ne vous intéressait pas spécialement, sans doute? Le noir, c'était votre fort, n'est-ce pas?

Béla Tarr: 1954-2026
La saison du noir: 2015-2026 

 

mardi 16 décembre 2025

The End Continues

 Même si Rob Reiner n'avait réalisé que Spinal Tap, Stand by Me, The Princess Bride, Misery, nous nous souviendrions de lui comme d'un des géants du pays du cinéma, un géant très gentil et capable de nous emporter sur son dos en escaladant à la force des poignets les Falaises de la Folie. Il a réalisé d'autres films, voulu en réaliser d'autres et participé, à différents titres, à beaucoup d'autres encore. Mais il n'a pas pu faire tout ce qu'il voulait: certains de ses films n'ont pas rapporté  autant d'argent que les studios auxquels il était lié par contrat escomptaient et ça c'est très vilain (du point de vue des studios), certains de ses projets ont été si bien enterrés que vous ne vous en souvenez peut-être pas. Vous souvenez-vous de Flipped, par exemple? J'en garde un bon souvenir, ce n'était pas du même niveau que Stand by Me (pas aussi parfaitement rythmé, quelques longueurs) mais c'était pas mal quand même. Enfin, il a pu terminer une suite à Spinal Tap (Spinal Tap II: The End Continues), sorti il y a quelques semaines, j'espère qu'il a été content.
Ceux qui doivent être contents, ce sont les financiers du cinéma: une bonne grosse controverse bien baveuse, s'ajoutant à une tragédie, c'est toujours une excellent publicité pour les nouveautés.

Rob Reiner, 1947-2025 

mardi 30 septembre 2025

Sinistre septembre

 Septembre est venu, et voilà qu'il s'en va.
Le 22 septembre est probablement la chanson la plus triste qu'ait écrite Brassens...  les autres années, je lui accorde une pensée, à ce jour, et cette année, comme Brassens, je m'en suis foutu. Et c'est triste de n'être pas plus triste le 22 septembre  que les autres jours.
Car chaque jour amène de nouvelles raisons d'être triste, ou mécontent, ou en colère, ou franchement furieux, ou tout cela à la fois.
C'est au point que je trouve du réconfort dans les nouvelles qui ne sont ni horribles, ni atroces, ni pré-apocalyptiques, mais seulement tristes, normalement tristes. 

John Coulthart nous a rappelé que le premier recueil d'illustrations de Roger Dean fut publié il y a juste cinquante ans (The book sold 60,000 copies in its initial run, and was reprinted twice the following year. This extraordinary success gave Dean and his associates at the newly-formed Dragon’s Dream the resources to publish a line of art books by other imaginative artists such as Chris Foss, Ian Miller and Syd Mead.). Je l'ai acheté dès sa sortie, ce qui vous donne un indice sur son pouvoir d'attractivité sur les jeunes lecteurs d'alors, car (moi-même jeune lecteur) je n'avais qu'un tout petit budget livres à l'époque. Depuis, Dean semble avoir traversé ce qu'on appelle pudiquement un passage à vide, et son activité s'est fortement ralentie. Santé, Roger!
J'aurais aimé que cet anniversaire me donne l'occasion de trinquer avec Chelsea Quinn Yarbro ou avec Jean-Pierre Bouyxou. Captain  Bouyxou publia des flopées de chroniques justement sur le genre de livres que produisait Dragon’s Dream, dans Vampirella, Sex Stars System, Zoom, Métal hurlant, L'Écho des savanes, Penthouse, Lui, Hara-Kiri, Paris Match, Miroir du fantastique, Ciné Revue, Continental Film Review, Actuel, Europe, Curiosa, Show Bzzz, Cinéfantastic, Yéti, La Revue du cinéma, Vertigo, Siné Hebdo, Fascination...  il est possible que ce soit une de ses notes dans un de ces magazines (sans que je n'en sache rien, car il signait de tout un tas de pseudos) qui ait attiré mon attention sur Roger Dean ou, un peu plus tard, sur Chelsea Quinn Yarbro. La bibliographie de Yarbro est assez fournie, et je m'avise que je n'ai lu d'elle que son Ariosto Furioso, qui m'a laissé un bon souvenir; et si je cherchais un autre de ses livres? Qu'elle ait eu l'idée de placer Lodovico Ariosto au cœur d'une uchronie incite à penser qu'elle gagnait à être connue. Oui, trinquer avec Chelsea Quinn Yarbro, ça aussi ç'aurait été une bonne idée. 

Mais ça n'arrivera pas: ils ont tous les deux disparu à quelques jours d'intervalle, en ce septembre cafardeux. 

Et, de même que les thrillers devront se passer de Terence Stamp, les westerns devront se passer de Graham Greene (pas celui-là, l'autre Graham Greene) et de Robert Redford; et Claudia Cardinale ne puisera plus d'eau pour les poseurs de rail assoiffés.


En octobre, préparons-nous à nous servir nous-mêmes à boire, et à trinquer avec d'autres absents. 

 

mercredi 19 février 2025

On n'est pas sortis de l'eau beige

 Exercice d'hypothésologie: dans les jours/semaines qui viennent un président sera de nouveau la cible d'un attentat, cette fois mieux préparé que les précédents. Des hypothèses contradictoires seront formulées (plus précisément: vociférées). Des précédents historiques seront évoqués. S'ensuivra un enchaînement d'événements chaotiques.

 

mardi 28 janvier 2025

A Barrel of Laughs, a Vale of Tears, and a ghost writer

Il est affamé, ce mois de Janvier.
À cause de lui nous n'avons plus de Gabriel Yacoub (de Malicorne) pour nous faire danser au son de l'épinette, de Jules Feiffer (de Mad, du NewYorker et d'un peu partout) pour nous faire rire de choses qui pourraient nous donner envie de pleurer, et de Bertrand Blier (du cinéma et de papa) pour nous tendre des mouchoirs (au cas où les deux autres n'auraient pas réussi à nous égayer).
Jean-François Kahn - ultime pirouette - a créé une dernière fois l'événement, en mourant un jeudi. Et ça ne suffisait pas à Janvier: Henri-Fréderic Blanc, le plus Marseillais de mes écrivains préférés, m'a fendu le cœur. Henri, j'ai le cœur fendu par toi. Alors, alors nous jouons plus alors? Ne crois pas t'en tirer comme ça, je parlerai encore de tes livres. Pourquoi pas du Discours de réception du Diable à l'Académie Française? Un peu de publicité pour tes talents de ghost writer, ça ne peut pas faire de mal à ta carrière posthume - parce que même devenu ghost pour de bon, je n'arrive pas à t'imaginer posant ta plume. 

Gabriel Yacoub 1952-2025
Jules Feiffer 1929–2025
Bertrand  Blier 1939-2025
Jean-François Kahn 1938-2025
Henri-Fréderic Blanc 1954-2025

 

 Au cas où le titre de ce billet vous laisserait perplexe: il emprunte à celui d'un recueil de Feiffer:   A Barrel of Laughs, a Vale of Tears (1996) 


dimanche 22 décembre 2024

À la crème d'angélique

 Sans faire sonner leurs trompettes ils sont venus la chercher, juste avant la date du Petit Souper Maigre et du Grand Souper Gras: un afflux récent de convives aux banquets célestes rend-il sa compétence nécessaire dans la Cuisine des anges?

En cuisine
Maïté ne sera plus ici-bas pour nous donner des conseils, alors chérissons le souvenir de ceux que naguère elle nous a laissés, comme:
"On n'enlève pas le gras, passe que c'est bon."

Maïté 1938-2024

Bartolomé Esteban Murillo (domaine public)

vendredi 6 septembre 2024

Choses sérieuses

Les chefs d'État n'ont pas toujours les 18 Brumaire qu'ils voudraient bien avoir: parfois ils doivent se contenter d'une approximation douteuse:  par exemple un 5 septembre dangereusement proche du  4 septembre.
Toujours est-il que notre presque-président a déniché un premier ministre approximatif. Que va-t-il en faire? On aurait quelques raisons de s'inquiéter pour le bonhomme, ce garnement de président ayant l'habitude de casser ses jouets. 

Passons maintenant aux choses sérieuses:
Bon anniversaire China Miéville!
Bon anniversaire Donna Haraway!
Bon anniversaire Tony DiTerlizzi!

Oui, ils fêtent tous leur anniversaire le même jour: celui où on le souhaitait naguère au regretté Roland C. Wagner.
Ça a peut-être une signification cachée, mais laquelle?


vendredi 19 juillet 2024

Le Docteur Mystère livre un diagnostic mi-figue, mi-raisin

 

— Pauvres gens, murmura-t-il, comme ils sont loin encore de la liberté!
Que de mensonges, de charlatanisme sont nécessaires pour les conduire à un esclavage moins dur!
  Puis, avec un geste brusque :
— À chaque jour suffit sa tâche.
Il faut des siècles à la Vérité pour éclater à la face du monde, et c'est la succession des tyrannies qui amène l'avènement de la Liberté. 

Paul d'Ivoi, Le Docteur Mystère, 1900

samedi 6 juillet 2024

Ne pas oublier

Dans un de ses derniers billets, David Madore s'interroge sur les choix qui nous sont permis (dans les circonstances que vous savez). Comme toujours, il ne ménage pas sa peine pour bien poser les problèmes (il n'est pas prof de maths pour rien); lisez son billet, c'est long et fertile en digressions mais c'est intéressant. Extrait mémorable:

J'aime bien dire qu'il y a deux erreurs dont il faut simultanément se garder en politique au sujet de la notion de "moindre mal" :
    la première est d'oublier que le moindre mal est moindre,
    la seconde est d'oublier que le moindre mal est un mal.

Incidemment, je crois qu'on va entendre  beaucoup de gens gloser, dans les jours qui viennent,  sur la notion de "moindre mal". 

 La réflexion que ça m'inspire (formulée avec moins de rigueur que celle de Madore):

Quand on a à choisir entre: le mal absolu, une brochette de moindres maux d'intensités variées et un moindre bien qui est tellement plus "moindre" que "bien" qu'on pourrait être tenté de le confondre avec un moindre mal, ça fait beaucoup plus de deux "erreurs dont il faut simultanément se garder" (si j'étais mathématicien, je dessinerais une arborescence), mais on devrait tout de même arriver à faire un choix, si on se concentre bien.

 

mardi 23 mai 2023

Nimona: un phénix qui a eu chaud

 Netflix isn’t the hero we needed, but the hero we deserve.
(un fan de Nimona sur internet)


Vous qui commenciez à désespérer de voir un jour Nimona passer de la page à l'écran, la nouvelle vient de tomber: l'animation est bouclée!

Récapitulons:
2012 naissance de Nimona le webcomic;
2014 conclusion de la série sur le web (saluée, en son temps, ici)
2015 Nimona est publiée, sous la forme d'un bel album relié, chez Harper Collins! Plus tard Dargaud en  publiera une version française aussi soignée, qui sera suivie d'une édition brochée petit format.
2019 on annonce pour bientôt une adaptation animée! ce devait être une collaboration entre WebToons et le studio Henson. Ce choix, ainsi que celui de Patrick Osborne comme réalisateur, me semblait de bon augure. On estime alors que le film pourrait sortir en 2020...
2020 Patrick Osborne et le studio Henson ont passé la main à Nick Bruno et Troy Quane de Blue Sky Studio, et le projet avance bien, mais le covid 19 passe par là, et le confinement ralentit tout...
2022 le film est, annonce-t-on, terminé à 75%,  quand Blue Sky qui produisait le film est racheté par l'oncle Picsou. On connaît les habitudes du vieux grigou: une fois propriétaire de Blue Sky, il décide que l'entreprise ne vaut pas la peine d'être conservée, et les projets qu'elle développait non plus...
Oui mais, aussi entre-temps, la carrière de Stevenson a pris un autre tour: le reboot de l'antique série Masters of the Universe (un truc du vingtième siècle; ça vous rappelle quelque chose?) connaît, sous le nom de She-Ra and the Princesses of Power, un succès inattendu, et "Indy" Stevenson , scénariste et producteur exécutif de cette nouvelle série, est devenu quelqu'un de "bankable". Ça, ça plait aux financiers. Voilà la production de Nimona qui reprend, cette fois, sous le label Annapurna et, teaser à l'appui, le lancement est annoncé pour...
2023!

Seulement sur Netflix.


Ma réaction à toutes ces nouvelles est mitigée. Netflix est capable du meilleur comme du pire, n'est-ce pas? Et quand c'est le pire, c'est pas le meilleur du pire. L'équipe d'animation a connu plusieurs changements, au vu du premier teaser le style graphique est très différent de celui du comic, Stevenson, bien que toujours co-producteur exécutif, ne semble pas avoir eu la maîtrise totale du script... gardons tout de même espoir; n'avais-je pas conclu mon dernier billet sur le sujet par un optimiste "Nimona s'en sort toujours"?


 

vendredi 21 avril 2023

La recette de succès d'un romantique oublié

 Il y aurait beaucoup à citer du livre de souvenirs d'Éric Losfeld, Endetté comme une mule: on y trouve de tout, littéralement de tout. Des considérations sur le métier d'éditeur, évidemment, et sur l'art délicat de l'endettement; sur différentes "affaires", certaines judiciaires, d'autres pas; sur les rapports ambigus entre l'autobiographie et la mythomanie, entre la dipsomanie et la graphomanie, sur des coïncidences heureuses, sur de malheureux concours de circonstances; des gentillesses et des vacheries, en parts presque égales, sur les centaines de gens qu'il a côtoyés, et encore bien des choses qui n'entrent dans aucune des catégories ci-dessus. Il y a même une blague belge (une seule, il faut bien la chercher). Surtout, il est question de livres, de livres et encore de livres. Il devait aimer ça, les livres, Losfeld, c'est pas possible autrement.
Et voilà que je tombe sur une page qui me fait ressouvenir qu'il y a bien longtemps que je n'ai rien posté sous la rubrique "À table!" - où je range surtout des recettes picorées dans des livres où  l'on ne s'attend pas forcément à en trouver. Réparons cette carence; nous venons de sortir du carême, voilà l'occasion:

On doit pouvoir encore dénicher chez José Corti, qui l'a réédité, sous couverture rose rosbif, un charmant petit livre d'autrefois que Philippe Audoin tient en grande estime. Il n'y est pas tellement question de ripailles, mais l'auteur, Émile Cabanon, un romantique oublié, avouait n'avoir pas trouvé de titre pour son roman, et l'avait astucieusement, quoique abruptement, conclu par une recette de cuisine, qui devait lui valoir un succès auprès des cordons-bleus. D'ou le titre accrocheur: Un roman pour les cuisinières. 

Hélas, Losfeld ne cite pas cette recette romantique conclusive. Il se rattrape ainsi:

Je pratiquerai le même genre de collage littéraire, en vous livrant ici la recette du pot-au-feu de René Girard:

Vous prenez un morceau de paleron que vous mettez dans la saumure pendant trois jours. Vous le faites cuire avec les légumes habituels. La saumure a la particularité de faire affluer le sang à l'extérieur, de sorte que la viande a dans la bouche la texture normale d'un pot-au-feu, mais son apparence est rouge comme celle d'un rôti. Vous la servez coupée en tranches sur un lit de pâtes fraîches parfumées au basilic après l'avoir nappée d'un coulis d'écrevisses.

Si c'est trop cher pour vous, le paleron et le coulis d'écrevisses, ne vous en faites pas, les pâtes fraîches parfumées au basilic, c'est déjà très bon, vous savez.

 

Éric Losfeld, Endetté comme une mule
Belfond, 1979; réédition Tristram 2017
ISBN 978-2-35719-058-7

mercredi 19 avril 2023

Ceux que les dieux veulent perdre, ils commencent par les rendre fous

Un entrefilet dans Livres Hebdo:

Ernest M., responsable des droits étrangers aux éditions La Fabrique, a été arrêté à Londres dans la soirée du 17 avril au motif qu’il aurait participé à des manifestations en France et sous prétexte de vérifier qu’il n’est pas sur le point de commettre des actes terroristes, rapporte son employeur dans un communiqué. La Fabrique dénonce une complicité de la police britannique avec les autorités françaises et appelle à manifester devant le consulat britannique ce mardi 18 avril à partir de 20 h.

Informations complémentaires du Guardian:

“When we were on the platform, two people, a woman and a guy, told us they were counter-terrorist police. They showed a paper called section 7 of the Terrorism Act of 2000 and said they had the right to ask him about demonstrations in France.”
Moret had been arrested over his refusal to tell police the passcodes to his confiscated phone and laptop. He was transferred to a police station in Islington, north London, where he remained in custody on Tuesday. He was later released on bail.
A joint press release from Verso Books and Éditions la Fabrique condemned Moret’s treatment as “scandalous”. It said: “The police officers claimed that Ernest had participated in demonstrations in France as a justification for this act – a quite remarkably inappropriate statement for a British police officer to make, and which seems to clearly indicate complicity between French and British authorities on this matter.”

Fou, n'est-ce pas? Une même folie, une longue traînée de délires paranoïaques, semble se répandre d'État en État, ceux du Camp du Bien comme ceux de l'Axe du Mal, de ministère de l'Intérieur en services de la Sécurité. Quel dieu veut donc leur perte? J'ai soupçon que ce pourrait être Poséidon, qui n'apprécie guère qu'on prenne son royaume pour un champ d'épandage d'ordures, et qui est connu pour son caractère un peu vif. Mais il se pourrait aussi que ce ne soit pas le seul dieu en colère. Homère ne nous a-t-il pas prévenu: "Mars, dans la bataille, répand la confusion"?

mardi 11 avril 2023

Encore des sentiers qui bifurquent

 

Benjamin Ferencz (1920-2023) avait beaucoup de choses importantes à dire: c'est à les dire, et à les répéter car il semblait parfois qu'elles tombent dans les oreilles de sourds, qu'il a occupé les trois quarts de cent trois années.


Maria Kodama (1937-2023) aurait certainement eu beaucoup de choses intéressantes à dire, mais elle ne les a sans doute pas toutes dites; il semble, en particulier, qu'elle ait omis d'indiquer précisément à qui devait revenir après elle l'héritage de Borges: une question dont on n'a sûrement pas fini de parler...