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lundi 13 juillet 2026

Quelques mots illisibles

Ah! le quatorze juillet, son défilé et son feu d'artifice!  Cette année, le feu d'artifice n'est pas garanti (pour compenser, il y aura peut-être près de chez vous - pas trop près de préférence - un feu tout court?) et pour le défilé et la fanfare... comme pour les artifices, ça dépendra de la décision des autorités compétentes.
Demandons à Alvaro de Campos (ou à Fernando Pessoa) de se charger de diriger une fanfare virtuelle!

Avec un [un mot illisible] avec toi et une furie de vociférations et de sauts
Je déflagre en te beuglant
Et je t'adresse tous les vivats et pour moi et pour toi et pour Dieu
Et l'univers tourne autour de nous tel un carnaval avec musique au-dedans de nos crânes
Et j'ai des lumières essentielles sur mon épiderme antérieur
Moi, fou de [un mot illisible] sibyllant ivre de machines
Toi célèbre, toi téméraire, toi le grand Walt - et le [un mot illisible]
Toi la sensualité port
Moi la sensualité en [plusieurs mots illisibles]
Toi l'intelligence

Avec des orphéons militaires devant, composés de cylindres et d'hélices
Avec une avant-garde sonore composée de sirènes d'automobiles et de bateaux
Avec un tintamarre lointain, avec tumultes et culbutes
De grosses caisses et de cymbales, avec [ un blanc dans le texte ]
Je me déchaîne pour te saluer. Poum!
Poum, poum, poum…
Pou-ou-ou-ou-ou-m!

Alvaro de Campos, Salut à Walt Whitman (1915)
dans Les grandes odes (1914-1916)
Traduction de Michel Chandeigne, 
Pierre Léglise-Costa et René Tavernier,
Christian Bourgois, 1988 
ISBN-10 : 226700545X 
ISBN-13 : 978-2267005455
 
Vous l'avez compris, Alvaro de Campos (et sans doute Fernando Pessoa) aimaient bien Walt Whitman. Il y a des "blancs" dans le texte, parce que c'est la transcription d'un manuscrit inédit du vivant de l'auteur.

dimanche 3 août 2025

Copains


Il irait me décrocher la Lune
Un beau jour si j'en voudrais une
Bouboule
Des gars comme lui y'en a pas plein
C'est ce qu'on appelle un vrai copain
C'est cool
Il est fidèle comme un vieux chien
Du coeur il en a plein les mains
Il donne
Mais y'a des jours où l'amitié
Comme une enclume ça peut peser
Des tonnes


Il me pompe l'air
Il m'étouffe
Mon copain patapouf
Il est lourd
Il lambine
Il est mou
En plus il comprend rien
Mais bon
C'est mon copain


Quand il commence à être sérieux
Et qu'il me regarde avec ses yeux
De veau
Je voudrais lui dire de s'en aller
Mais si ça se trouve il va me manquer
Le gros
Il irait me décrocher la Lune
Un beau jour si j'en voudrais une
Bouboule
Des gars comme lui y'en a pas plein
C'est ce qu'on appelle un vrai copain
Ma poule


Il me pompe l'air
Il m'étouffe
Mon copain patapouf
Il est lourd
Il lambine
Il est mou
En plus il comprend rien


Mais bon
C'est mon copain


Bon, on a tous des faiblesses, d’accord? Moi les chansons de Gotainer, c’en est une, de mes faiblesses, maintenant vous le savez. Mon gros copain, Chipie, Le béquillard du bois, je m’en rassasie pas, j’en ferais ripaille, come il dit dans Vive la Gaule. Me regardez pas avec ces yeux de veau, des faiblesses, on en a tous, d’accord?

Mon gros copain, c'est une chanson 
de Richard Gotainer, musique d'Eric Kristy.
Les photos, elles traînaient sur Tumbler, 
je ne suis pas sûr du nom de leur auteur, 
elles s 'embêtaient un peu sans légende pour les accompagner, 
alors je les ai mises là.




samedi 21 juin 2025

On peut être et avoir l'été (tant que c'est l'été)

 C'est officiel, Alfred Brendel ne descendra pas dans la rue pour la Fête de la Musique. Écouter (le casque bien enfoncé sur les oreilles, évidemment) quelques-uns de ses enregistrements sera notre façon de participer à l'événement.
Rassurez-vous, il y a d'autres événements pour lesquels casques et AirPods seront facultatifs!


Si vous êtes à Marseille, vous faites probablement déjà la queue devant la librairie Tsundoku (49 cours Pierre Puget, 13006, Marseille) pour vous inscrire (premiers arrivés, premiers servis, ça ouvre à 10 heures, et la queue doit déjà être longue) à la séance de dédicaces de Junji Ito: il sera là en personne le 12 juillet, ça risque d'être chaud. L'inscription est payante.


Si vous êtes à Paris, vous vous préparez sans doute pour aller, ce matin ou peut-être demain dimanche (ça dépend de combien de temps il vous faut pour vous faire une beauté) place Saint-Sulpice, faire votre marché (au Marché de la Poésie: c'est du 18 au 22 juin). Entrée libre!
 

Alfred Brendel 1931-2025

 

samedi 14 décembre 2024

Détour par la rue Georges Perec

 Il y aurait encore des choses à dire sur Jacques Roubaud,
J'ai été séduit (dans l'ardeur de ma jeunesse) par des textes qui sont, je m'en rends compte bien tardivement, relativement marginaux dans son œuvre, tout en en ignorant d'autres qui peut-être comptaient davantage pour lui (?): ses poèmes, surtout. Les Chats (merci les Chats!) ont attiré mon attention sur cette lacune, je vais maintenant (grâce à leur commentaire) me chercher un de ses recueils de poèmes (il y en a des tas); pourquoi pas celui qu'ils ont cité? Je ferai peut-être ça dans la nuit de dimanche prochain? En attendant voici ma réponse à leur commentaire:

rue georges perec 15/03/07:
c’est une rue où
les chats sont
les seuls vrais passants.

Un "Trident", trouvé dans le "dossier Roubaud"
 sur le site En attendant Nadeau;
allez-y voir, vous apprendrez plein de choses.

jeudi 9 novembre 2023

Il y aura un brin d’herbe

 Le monde est notre désir.
 Le monde est notre vouloir.
 Il n’y a rien à dire du monde — sauf qu’il nous ressemble trait pour trait. 
 

Si nous le trouvons médiocre — c’est que nous sommes médiocres. 
 

Si nous le trouvons vain — c’est que nous sommes vains. 
 

Si nous le trouvons affreux — c’est que nous sommes affreux.

Si nous le trouvons dur — c’est que nous sommes durs.  
 

Si nous le trouvons morne — c’est que nous sommes mornes.
 

Si nous le trouvons petit — c’est que nous sommes petits. 
 

Si nous le trouvons écœurant — c’est que nous sommes écœurants. 

 Si nous le trouvons hostile — c’est que nous sommes hostiles.

Il ne changera que quand nous changerons.

Il est nous et indéfiniment il nous ressemblera. 

 Pour l’instant c’est un monde de terre sèche.
 Il y aura un brin d’herbe quand vous serez devenus brin d’herbe. 


  Ou alors laissez tout crever. 
 Les démoniaques des pouvoirs ont ce qu’il faut dans l’arsenal pour une gigantesque épouvante. 
 Une gigantesque Mort.  

Louis Calaferte : L’Homme vivant
Gallimard (collection L'Arpenteur), 1994
ISBN 2070740021
EAN13 / ISBN  9782070740024

samedi 7 octobre 2023

Aimer rêver

 

J'aimais bien rêver quand j'étais en vie
Mon cerveau faisait des images

Laura Vazquez

 

Laura Vazquez:
Vous êtes de moins en moins réels,

anthologie 2014-2021,
éditions Points, 2022

EAN 9782757895566

dimanche 21 mai 2023

Flash

 Le projet "Flash Forest" dont je vous parlais il y a quelques années, quand ils avaient lancé une souscription qui a récolté 108 713 dollars (canadiens) - ça leur a permis, estiment-ils, de bien démarrer - ont, depuis, réussi à obtenir des subventions substantielles, aussi bien du gouvernement canadien que de diverses ONG.
Ils espèrent atteindre, fin 2028 ou  peut-être en 2030, le milliard de graines plantées (si les petits cochons ne les mangent pas).

Voyons quel impact peut avoir cette nouvelle sur notre capacité à produire des haikus réguliers?

Après les semailles
Les drones se sont tus
Printemps silencieux 


....

Un peu sinistre tout de même. Bon. Ce n'est qu'un premier essai; pour les prochains, je vais essayer d'être plus badin; l'optimisme n'est pas interdit, dans les haikus, non?

 

mercredi 10 mai 2023

Haiku macaronique

 Se pencher sur le reflet de la lune dans l'eau, lever les yeux vers les branches fleuries des cerisiers, tendre l'oreille vers la rumeur des couloirs de la prison... est-ce vraiment nécessaire pour imaginer des haikus approximatifs? 

Ne soyons pas timides: pour se convaincre qu'on a composé un haïku, au lieu de compter et recompter les pieds, il suffit de se dire que, si c'était traduit en japonais, ça ne sonnerait sans doute pas mal.

 

En écrivant sur le mur avec une branche de pin,
Le vent s'aperçoit qu'il a fait une faute.
Pas content, il casse son pinceau.


 Et si, vous aussi, passantes, passants, vous vous lanciez dans la composition de haïkus, en jetant toutes les règles de versification par-dessus bord (ça laisse du temps pour faire autre chose)?

 

Photo: Arnaud Maisetti

vendredi 24 mars 2023

Lutz Bassmann se plante des haÏkus dans la tête

 

 Le Japonais parle de cerisiers     
Pourtant dehors     
La neige tombe     

 

Quand approche le moment où les cerisiers fleurissent, on commence à fouiller dans sa cervelle pour voir s'il n'en sortirait pas des haïkus. Ce n'est jamais facile, parce que   la langue japonaise s'accommode sans difficulté des exigences métriques du haïku, mais dans les langues occidentales, en particulier en français (ça marche un peu mieux avec l'anglais, plus fourni en mots d'une syllabe), en français, allez donc faire des vers de cinq et sept syllabes qui non seulement veulent dire quelque chose, mais doivent si possible suggérer plusieurs choses différentes en même temps!
C'est pourquoi beaucoup de versificateurs francophones font des haïkus approximatifs, ou carrément de faux haïkus. Et s'il n'y a pas le moindre cerisier en fleurs à l'horizon, ça devient un vrai défi! Un défi que Lutz Bassmann n'a pourtant pas peur de relever. Il faut dire qu'il n'a pas grand' chose à perdre, Lutz Bassmann. Écrivain post-exotique, non seulement il vit dans un monde ravagé, mais en plus il est en prison.

Cette nuit j'a entendu les arbres
Les feuilles frissonnaient sous la brise
J'ai dû rêver

En l'absence de cerisiers, on peut rêver d'arbres d'espèces non spécifiées (de toute façon, d'arbres, il n'y en a pas). Mais de la brise, il y en a: elle aide les odeurs à circuler.

L'odeur d'oignon
Chevauche l'odeur d'urine
Bientôt la soupe du soir

Le compte de pieds n'est peut-être pas règlementaire, mais il suffit bien de trois vers pour créer l'atmosphère. Vous sentez?

On a lessivé la cellule
La crasse a pris des odeurs
De savon

Il n'y a pas de cerisiers, il y a des Ouzbeks, des furoncles, des Tchétchènes, des cafards, des droit-communs et des politiques (qui n'ont pas beaucoup d'estime les uns pour les autres), des trafiquants, un bonze, des proxénètes, des mouches, un mouchard (pas pour longtemps), des Tadjiks qui peinent à se faire des amis (on ne comprend rien à ce qu'ils disent) un Vietnamien et un Coréen qui offrent d'enseigner à qui veut bien leurs arts martiaux nationaux respectifs, un voleur de chevaux et un voleur de chiens, un ex-officier (lui non plus n'en a pas pour longtemps): les sources d'inspiration ne manquent pas.

La mort de l'indic a été instantanée
Un clou dans l'oreille
Même pas un cri

Les compagnons de captivité de Bassmann viennent d'un peu partout - comme les écrivains post-exotiques, d'ailleurs. Mais contrairement aux écrivains post-exotiques, ils n'écrivent pas: le papier est trop rare pour qu'on l'emploie à un usage autre qu'hygiénique.

Les Ukrainiens entonnent une chanson russe
Même les tueurs de vieilles
Ont les larmes aux yeux

Alors Bassmann compose ses haïkus dans sa tête; en détention, on a du temps pour exercer la mémoire.

Cliquetis roulis pénombre
Le Tibétain m'apprend des obscénités tibétaines
Ma prononciation laisse à désirer

Qu'est-ce que je vous disais tout à l'heure? Tibétain et obscénités dans le même vers, et on a déjà trop de pieds. Les choix prosodiques de Lutz Bassmann, si peu orthodoxes qu'is soient, sont compréhensibles.

Je m'entends bien avec le souteneur tchèque
Pour ma libération
Il m'a promis sa sœur

Le recueil est divisé en trois parties: Prison, Transfert, Enfer; la partie Prison est plus fertile en incidents pittoresques.

Il paraît que le Secours Rouge
A envoyé
Des couvertures made in China

Les deux dernières parties (d'abord dans un wagon à bestiaux, puis dans les baraques d'un camp) décrivent des journées plus monotones.

Le bruit de la porte qui se referme
Cette fois encore on a oublié de penser
À l'évasion

Le voyage est très long, de la prison au camp.

Le Yakoute n'a pas desserré les dents
Pendant
Les deux mille derniers kilomètres

Et quand on arrive au camp, on a oublié qui on est.

La feuille d'appel s'est envolée
Le soldat rougit il bredouille
Des noms imaginaires


Tous les haïkus ci-dessus sont de Lutz Bassmann.

Lutz Bassmann: Haïkus de prison
Verdier (Chaoïd) 2008

ISBN 9782864325369

mercredi 23 novembre 2022

Un murmure de marquise

 "Les apparentements terribles", c'était naguère le titre  d'une rubrique du  Canard Enchaîné.

On peut aussi appeler ça synchronicité: quelque temps après avoir refermé le roman d'Iegor Gran dont je vous parlais il y a quelques jours, je rouvre (j'éprouvais le besoin d'un peu de légèreté) le petit volume de chroniques parisiennes de la chère Nancy Mitford, et le hasard veut que j'y lise:

Avril 1953

Après le portrait de Staline peint par Picasso, nous avons eu droit, dans l'Humanité, au poème d'Aragon sur le retour de Russie de Maurice Thorez:

Il revient! Les vélos, sur le chemin des villes,

Se parlent, rapprochant leur nickel ébloui.

Tu l'entends, batelier? Il revient. Quoi? Comment? Il

Revient! Je te le dis, docker. Il revient. Oui,

Il revient...

Un texte charmant. Le Canard Enchaîné a écrit à son propos:

"Vous dites qu'il revient", murmure la marquise...


Les discussions au plus haut niveau (des services compétents) sur le portrait de Staline peint par Picasso occupent une place non négligeable dans le roman de Gran; il y est aussi question, de façon plus cursive, des différents séjours de Maurice Thorez en URSS, et le camarade Aragon y est mentionné en des termes flatteurs. En revanche, si on y évoque à plusieurs reprises l'humour du Krokodil de l'ère  khrouchtchévienne, on y parle peu du Canard Enchaîné.


Nancy Mitford: Une Anglaise à Paris (chroniques), traduit par Jean-Noël Liaut

Payot Documents     ISBN: 978-2-228-90287-8

Petite Bibliothèque Payot     ISBN: 978-2-228-90524-4

vendredi 16 avril 2021

C'était qui, ce Topor?

Je suis né à l'Hôpital
Saint-Louis proche du Canal
Saint-Martin en trente-huit
Aussitôt j'ai pris la fuite
Avec tous les flics aux fesses
Allemands nazis SS
Les Français cousins germains
Leur donnaient un coup de main
En l'honneur du Maréchal
Pour la Solution Finale
Bref je me suis retrouvé
En Savoie chez les Suavet
Caché près de Saint-Offenge
En attendant que ça change
Je n'avais qu'un seul souci
Celui de rester en vie
Après la Libération
J'avais encor l'obsession
D'arriver jusqu'à dix ans
Ensuite il serait bien temps
De réclamer un peu plus
Si j'échappais aux virus
Cette période historique
M'a insufflé la Panique
J'ai conservé le dégoût
De la foule et des gourous
De l'ennui et du sacré
De la poésie sucrée
Des moisis des pisse-froid
Des univers à l'étroit
Des staliniens et des bouddhistes
Des musulmans intégristes
Et de ceux dont l'idéal
Nie ma nature animale
A se nourrir de sornettes
On devient pire que bête
Je veux que mon existence
Soit une suprême offense
Aux vautours qui s'impatientent
Depuis les années quarante
En illustrant sans complexe
Le sang la merde et le sexe.

Topor
(Un Beau Soir, Je Suis Né En Face De L'Abattoir) 


Que pourrait-on ajouter à ce résumé absolument parfait, sinon qu'en ce moment l'absence de Topor se fait cruellement sentir? Roland Topor, né à Paris, le 7 janvier 1938, et mort dans la même ville, le 16 avril 1997, est un illustrateur, dessinateur, peintre, écrivain, poète, metteur en scène, chansonnier, acteur et cinéaste français, nous apprend Wikipédia. On pourra sûrement en apprendre plus sur Wikipéchat (le jour où elle montrera le bout de son museau: pour le moment elle doit se cacher sous un meuble, cette bestiole), car "il y a bien trente-six sortes de chats, des p'tits, des gros, des angora, mais y'a qu'une Wikipé, c'est Wikipéchat".

mardi 1 décembre 2020

Dodo

 

Anne Sylvestre chantait des berceuses aux petits vampires.
Maintenant elle fait dodo avec eux.


Dodo, petits vampires,
La vie pourrait être pire
La vie, mes sangsues,
Que de moi avez reçue
La vie vient et puis s´en va
V.
I.
E.
N.
T.
V.
A.
À épeler comme ça
C´est facile, on pense pas

Dodo, mes voraces,
Tout mon bien, toute ma race,
Près de vous, mes féroces,
Attila n´était qu’un gosse
La vie passe, passera
P.
A.
DEUX S.
E.
R.
A.
La vie, la vie que l´on a
On la donne, il reste quoi?

Dodo, cannibales,
Je suis comme votre balle
Je viens et je roule
Entre vos mains, tendres goules,
La vie ne rembourse pas
Les nuits blanches, les coups bas
La vie, c´est peut-être ça
On vous mange et on s´en va

Dodo, mes barbares,
En vous, déjà se prépare
La minuscule graine
Qui s´étendra, souveraine
Qui demain vous mangera
L´amour, c´est peut-être ça
Tout ce qu’on a dans le cœur
Ne vaut pas la moindre fleur

Dodo, petits vampires,
Ça serait tellement pire
Si on n´avait personne
P.
E.
R.
S.
O.
DEUX N.
E.


Anne Sylvestre, 1934-2020

 

dimanche 11 octobre 2020

Poussière de rêve

 

C’était un rêve ; je pensais rentrer chez moi.
Un vers de Louise Glück


Il y a d'abord ces rêves brefs, à peine des esquisses, qui surgissent quand on vient de se coucher et qu'on n'a pas encore trouvé la position qu'on gardera ensuite toute la nuit: là, par exemple, je m'engage dans un escalier, et l'impression d'avoir raté une marche me réveille en sursaut.
Puis il y a les rêves de l'aube, déambulations tortueuses dont on ne parvient, au réveil, à se remémorer que la fin.
Nous rentrons d'une longue promenade, P. et moi, il se plaint de picotements dans les mains et les attribue à l'électricité statique qui selon lui, s'accumule quand il les garde longtemps crispées sur le guidon de son vélo. Cette explication me laisse un peu sceptique; pour que ça ne se voie pas trop, j'affecte de m'intéresser à un des livres que nous avons ramenés de la promenade (les circonstances de cette trouvaille se sont déjà perdues dans les profondeurs du rêve). Les pages sont un peu gondolées, la tranche supérieure et le premier plat du livre sont couvertes de poussière: sans doute a-t-il séjourné des années dans une pièce un peu humide sans que personne n'y touche. Machinalement, j'essuie la poussière: elle est fine et un peu grasse, je m'en mets plein les doigts… et quelques instants plus tard, au réveil, je ressens d'abord étonnement, puis soulagement de ne plus voir sur mes mains aucune trace de saleté, avant de parvenir à la conclusion qu'après tout, c'est un peu normal.

 

mardi 22 janvier 2019

Jusqu'ici tout va bien


Un an déjà.


La plus récente addition à la bibliographie d'Ursula LeGuin, un recueil de poèmes, 
a pour titre 
So far so good:

ce qui veut dire:
 
jusqu'ici tout va bien…
jusqu'ici tout va bien…
jusqu'ici tout va bien…
 jusqu'ici tout va bien… 


Ursula K. Le Guin, So Far So Good: Poems 2014–2018
ISBN 978-1-55659-538-7

dimanche 11 novembre 2018

Envie de grand air


Peut-être l'avez-vous compris à demi-mot, fidèles lecteurs, une accumulation de mauvaises nouvelles freine depuis quelque temps mon envie de bloguer: elles s'empilent si haut qu'elles ont fait de l'ombre aux quelques bonnes nouvelles que j'aurais eu envie de partager avec vous. 
Alors...
Allons plutôt nous promener.



Pour ce genre de promenade imaginaire, la compagnie d'amis imaginaires n'est pas à dédaigner.

You say I am repeating
Something I have said before. I shall say it again.
Shall I say it again? In order to arrive there,
To arrive where you are, to get from where you are not,
You must go by a way wherein there is no ecstasy.
In order to arrive at what you do not know
You must go by a way which is the way of ignorance.
In order to possess what you do not possess
You must go by the way of dispossession.
In order to arrive at what you are not
You must go through the way in which you are not.
And what you do not know is the only thing you know
And what you own is what you do not own
And where you are is where you are not.
T. S Eliot, East Coker

East Coker, c'est un de ces Quatre Quatuors dont (vous vous en souvenez, j'espère?) mon amie Mori avait recommandé l'acquisition à la gentille bibliothécaire d'Arlinghurst (elle aurait aussi pu aller rendre visite à L'Œil des Chats, si internet avait existé en 1979); la bibliothèque a fini (début 1980) par les recevoir! Lors des pauses que nous avons faites au bord des sentiers qui nous ont emmenés de là où nous n'étions pas jusque là où nous ne serions toujours ni l'une ni l'autre, et où pourtant nous avons marché la main dans la main,  Mori a pu m'en faire la lecture, ajoutant au charme imaginaire de notre promenade imaginaire.


lundi 5 mars 2018

L’image a détourné la tête (Ursula LeGuin, 7; L'Anniversaire du monde, 6)

Nous retrouvons une dernière fois L'Anniversaire du Monde, et ses Paradis perdus.
Bien sûr, le titre de la nouvelle se réfère à l'œuvre de Milton; mais est-il interdit (Ursula LeGuin ayant une connaissance étendue des lettres françaises) d'y voir aussi un souvenir de celle de Baudelaire?


"The Tiger"
Of course there are pictures of moons and suns and animals, all labelled with names. In the Library on the bookscreens you can watch big things running on all fours over some kind of hairy carpet and the voices say, "horses in wyoming," or "llamas in peru." Some of the pictures are funny. Some of them you wish you could touch. Some are frightening. There's one with bright hair all gold and dark, with terrible clear eyes that stare at you without liking you, without knowing you at all. "Tiger in zoo," the voice says. Then children are playing with some little "kittens" that climb on them and the children giggle and the kittens are cute, like dolls or babies, until one of them looks right at you and there are the same eyes, the round, clear eyes that do not know your name.
"I am Hsing," Hsing said loudly to the kitten-picture on the bookscreen.
The picture turned its head away, and Hsing burst into tears.
Teacher was there, full of comfort and queries. "I hate it, I hate it!" the five-year-old wailed.
"It's only a movie. It can't hurt you. It isn't real," said the twenty-five-year old.
Only people are real. Only people are alive. Father's plants are alive, he says so, but people are really alive. People know you. They know your name. They like you. Or if they don't, like Alida's cousin's little boy from School Four, you tell them who you are and then they know you.
"I'm Hsing."
"Shing," the little boy said, and she tried to teach him the difference between saying Hsing and saying Shing, but the difference didn't matter unless you were talking Chinese, and it didn't matter anyway, because they were going to play Follow-the-Leader with Rosie and Lena and all the others. And Luis, of course.

"Le Tigre"
Bien sûr, il y a des images de lunes et de soleils et d’animaux, toutes avec des noms écrits sur des étiquettes. Dans la Bibliothèque, sur les livrécrans, on peut voir de grosses créatures qui courent à quatre pattes sur une sorte de tapis avec des poils, et les voix disent "chevaux dans le wyoming" ou "lamas au pérou". Quelques-unes des photos sont drôles. Il y a des créatures qu’on aimerait bien toucher. Il y en a qui font peur. Il y en a une qui a des poils brillants, dorés et noirs, avec des yeux clairs terrifiants qui vous regardent sans vous aimer, sans vous connaître du tout. "Tigre au zoo", dit la voix. Ensuite, on voit des enfants qui jouent avec des petits "chatons" qui leur grimpent dessus, et les enfants gloussent et les "chatons" sont adorables, comme des poupées ou des bébés, jusqu’à ce que l’un d’eux vous regarde directement et ce sont les mêmes yeux, les yeux ronds et clairs qui ne connaissent pas votre nom.
- Je m’appelle Xing, a dit Xing d’une voix forte à l’image du chaton sur le livrécran.
L’image a détourné la tête, et Xing a fondu en larmes.
La maîtresse a tout de suite été là, pleine de réconfort et de questions.
- Je le déteste, je le déteste, a hurlé la petite fille de cinq ans.
- Ce n’est qu’un film. Il ne peut pas te faire de mal. Il n’est pas réel, a dit la jeune femme de vingt-cinq ans.
Seuls les gens sont réels. Seuls les gens sont vivants. Les plantes de Père sont vivantes, c’est ce qu’il dit, mais les gens sont vraiment vivants. Les gens vous connaissent. Ils vous connaissent par votre nom. Ils vous aiment. Ou s’ils ne vous connaissent pas, comme le petit garçon de la cousine d’Alida, à l’École Quatre, vous leur dites qui vous êtes et alors ils vous connaissent.
- Je m’appelle Xing.
- Shing, a dit le petit garçon, et elle a essayé de lui expliquer la différence entre dire Xing et dire Shing, mais la différence n’avait aucune importance à moins de parler chinois, et ça n’avait aucune importance après tout puisqu’ils allaient jouer à Jacques-a-dit avec Rosie et Léna et tous les autres. Et Luis, bien sûr.



Les malentendus culturels ne guettent pas que les anthropologues futurs qui partiront un jour explorer la galaxie.
Alexeï Panshin, lui-même auteur d'une ces "histoires de vaisseau où vivent des générations successives" - qui, nous rappelait Le Guin, ont fini par constituer un des sous-genres de la SF - et non une des moins mémorables, puisqu'il s'agit de l'excellent Rite de Passage (prix Nebula du meilleur roman 1968), avait rédigé une critique, sinon totalement négative, du moins très réservée de La Main Gauche de la Nuit à l'époque de sa parution: il s'était dit choqué par les libertés que LeGuin y prenait avec la grammaire, aussi bien en accordant au masculin des substantifs féminins qu'en usant uniformément de pronoms masculins pour les appliquer à des personnages décrits dans des "rôles" féminins; plus précisément, il y voyait un pur artifice maniériste, contre-productif en ce qu'il distrayait inutilement le lecteur (il semble loin, le temps où un critique pouvait, si chevronné fût-il, être déconcerté par cette timide audace).
Il n'est pas douteux, cependant, qu'Ursula LeGuin avait des idées très claires sur les rapports qu'entretiennent les différences - ou les similitudes - biologiques et l'affectivité.




"If nothing is very different from you, 
what is a little different from you 
is very different from you."

Luis was very different from Hsing. For one thing, she had a vulva and he had a penis. As they were comparing the two one day, Luis remarked that he liked the word vulva because it sounded warm and soft and round. And vagina sounded rather grand. But "Penis, peee-niss," he said mincingly, "pee-piss! It sounds like a little dinky pissy sissy thing. It ought to have a better name." They made up names for it. Bobwob, said Hsing. Gowbondo! said Luis. Bobwob when it was lying down and Gowbondo when it stood up, they decided, aching with laughter. "Up, up, Gowbondo!" Luis cried, and it raised its head a little from his slender, silky thigh. "See, it knows its name! You call it." And she called it, and it answered, although Luis had to help it a little, and they laughed until not only Bobwob-Gowbondo but both of them were limp all over, rolling on the floor, there in Luis's room where they always went after school unless they went to Hsing's room.

Si rien n’est très différent de vous, 
ce qui est un peu différent de vous 
est très différent de vous

Luis était très différent de Xing. Par exemple, elle avait une vulve et il avait un pénis. Alors qu’ils comparaient les deux, un jour, Luis lui a fait remarquer qu’il aimait le mot vulve parce que le son évoquait quelque chose de chaud, doux et rond. Et vagina avait un son assez impressionnant. Mais pénis, pinisse, dit-il en prenant des airs, pipisse! On dirait un tout petit machin pisseux. On devrait lui trouver un meilleur nom. Ils ont inventé des noms. Bobwob, a dit Xing. Gobwondo! a dit Luis. Bobwob, ce serait quand il se reposait, et Gobwondo, quand il se relevait, décidèrent-ils, en se tordant de rire. Allez, debout, debout, Gobwondo! criait Luis, et la tête se levait légèrement en s’écartant de la mince cuisse soyeuse de Luis. Tu vois, il reconnaît son nom! Appelle-le, toi. Et elle l’appelait, et il répondait, même s’il fallait que Luis l’aide un peu, et ils ont ri jusqu’à ce que non seulement Bobwob-Gobwondo devienne tout à fait flasque, mais qu’eux aussi se retrouvent sans force, à se rouler par terre de rire, là, dans la chambre de Luis où ils allaient toujours après l’école, à moins qu’ils n’aillent dans la chambre de Xing.

 Les choix typographiques et orthographiques de la traduction française sont légèrement différents de ceux du texte anglais: tirets au lieu de guillemets, etc; le prénom chinois de la petite fille est transcrit selon le système pinyin, au lieu de l'être, comme dans l'anglais,selon le système Wade. Dans les paragraphes ci-dessus, j’ai respecté ces choix; je ne suis revenu que sur un des choix de traduction parce que bon, vagina, je veux bien qu’à des oreilles anglaises ce mots sonne "rather grand" mais  dire en français que "vagin a un son assez impressionnant" ce serait, au minimum, un peu exagéré, non? Alors j’ai remis le mot employé dans le texte anglais, il a au moins la majesté fanée des termes latins.

Comme L’Anniversaire du monde, Paradis perdus a pour sujet un changement de paradigme. Changement de paradigme c’était une expression qui avait l’air un peu savant et même un peu prétentieux jusqu’à ce que, depuis quelques années, tout le monde se mette à l’employer; ça désigne pourtant quelque chose qui n’a rien de nouveau, c’est même, depuis toujours, le sujet principal des récits d’anticipation, scientifiques ou pas; pendant longtemps, il a fallu du temps pour qu’on les remarque, ces changements, mais maintenant que les paradigmes changent tout le temps on s’est mis à ressentir le besoin d’aller chercher dans des pages pas trop fréquentées des dictionnaires le mot pour les désigner.
Dans Solitude, une mère ne prend que tardivement conscience que pour ses enfants, l’éducation qu’ils recevront sur une planète dont les habitants ont délibérément tourné le dos à la civilisation que leurs ancêtres avaient bâtie ne leur apprendra pas seulement des mots nouveaux et des techniques artisanales autochtones, mais façonnera aussi, chez eux, une vision du monde totalement différente de la sienne.
Ce changement de paradigme dont elle est exclue, nous percevons, en creux, à travers le récit serein de sa fille, Sérénité, si bien nommée, la souffrance qu’il lui a causé:
Ce n’était pas facile pour ma mère. C’était difficile pour elle, et compliqué. Elle était forcée de faire semblant de connaître des détails alors même qu’elle était en train de les apprendre, et elle était obligée de penser à le façon d’écrire et d’expliquer cette façon de vivre dans des rapports adressés à des gens d’ailleurs qui ne la comprenaient pas.

La souffrance liée au changement de paradigme est présente dans toutes les nouvelles de LeGuin.
Dans L’anniversaire du monde, un enfant élevé pour être le dieu vivant de son peuple se retrouve, à l’âge adulte, sans peuple pour le vénérer.
Dans Solitude, c'est l'adulte, pas l'enfant, qui est confrontée à des "images qui détournent la tête", et qui ne comprend pas.
Dans les récits qui se passent sur Yeowe et Werel (Musique Ancienne... et les quatre de Quatre chemins vers le pardon), les artisans du renversement de l’ordre ancien vivent assez vieux pour se retrouver veufs et veuves de la Révolution, morte en accouchant d’un nouvel ordre.
Et dans Paradis perdus...
... il arrive aux protagonistes une chose presque aussi étrange que de devenir vieux après avoir été jeunes: après avoir été petits, ils deviennent grands. Gobwondo!

Voilà, je referme L'Anniversaire du Monde; je serais ravi que vous le rouvriez quand vous en aurez l'occasion, surtout si vous vous demandiez par quel bout aborder les fictions d'Ursula Le Guin, car ce recueil, par la diversité des textes qui le composent, me semble une bonne introduction à son œuvre (Le Livre d'or d'Ursula Le Guin, chez Pocket, en est une autre: mais attention, je crois qu'on ne le trouve plus que chez les bouquinistes!).
Dans les semaines à venir, peut-être trouverons-nous d'autres façons de nous rapprocher d'elle, qui sait?

À suivre...


L'Anniversaire du Monde, nouvelles 
(The Birthday of the World, Harper Collins, 2002; 
traduction française de Patrick Dusoulier, 
Robert Laffont, 2006)


dimanche 25 février 2018

Petits poucets de l'espace (Ursula Le Guin, 5; L'anniversaire du Monde, 4)




Il faut une bonne quantité de cailloux pour faire un monde. Mais, de même qu'un premier pas est un bon début pour le proverbial voyage de dix mille lis, un caillou, quand on commence un monde, c'est aussi un bon début.
Si ce n'est pas la création d'un monde qu'on entreprend, mais un voyage, surtout s'il est de dix mille lis ou plus, une poche pleine de cailloux peut suffire: il est important, aussi, de regarder où l'on met les pieds.


En épigraphe de Paradis perdu, Le Guin a placé le quatrain final du poème de Théodore Roethke,  The Waking. Un poème fermement ancré dans le sol; 
"God bless the Ground!   I shall walk softly there"
dit un autre vers, qui, lui aussi, n'est pas sans écho dans la nouvelle. Mais ce n'est pas celui-ci que Le Guin a choisi de citer:

This shaking keeps me steady. I should know.  
What falls away is always. And is near.  
I wake to sleep, and take my waking slow.  
I learn by going where I have to go.

Ce tremblement me maintient ferme. Je le sais bien.
Ce qui s’éloigne est  toujours. Et proche.
Je m’éveille pour dormir, et m’éveille lentement.
J’apprends, en allant, où il me faut aller.

La traduction ci-dessus est celle qu'offre l'édition française.
Je ne la trouve pas très satisfaisante: son principal mérite est de tenter de trouver une équivalence française approximative au mètre de l'original: ce choix est louable, le rythme étant essentiel dans une pièce qui joue, comme la villanelle de Roethke, sur une répétition obsédante. Mais essayer de rendre à la fois le rythme ET le sens d'un vers anglais, n'est-ce pas une entreprise chimérique? Ici c'est le sens qui est sacrifié à la forme. Ce tremblement me maintient ferme, ça ne veut rien dire. Et  Je m’éveille pour dormir, ça pourrait fâcheusement suggérer un contresens. Or je soupçonne Le Guin d'avoir isolé ces vers du poème pour la leçon (un coup de sonde vers une région où l'explorateur n'est pas bienvenu) qu'ils contiennent, plus encore que pour leur sonorité (quelque amour qu'elle ait témoigné, à mainte reprise, pour la musique des vers).
Jetant le mètre par-dessus les moulins, je suis tenté de proposer cette interprétation-ci:

C'est ce vacillement qui me permet de garder mon équilibre.
[J'ai de bonnes raisons de le savoir.
Ce qui tombe ne disparaît pas, ne s'en va pas loin.
Je m'éveille au sommeil: pour cet éveil, je prends mon temps.
C'est en allant que j'apprends où je dois aller.


Rassurez-vous, je ne disparais pas, je ne m'en vais pas loin; je vais bientôt revenir!
Je dois faire court aujourd'hui, parce qu'un travail m'attend (le genre de travail qu'on n'apprend à faire qu'en le faisant).

À suivre...

Et, toujours, le site officiel d'Ursula Le Guin, 
dont les liens sont mis à jour régulièrement envers et contre tout
par des gens (euh, des personnes) qui l'aimaient bien.

mercredi 24 janvier 2018

Late in the day




The Old Music

I sought a newer music,
but it rang false and wrong.
I'd find a tune and lose it,
hearing an older song.

I'd find a tune and lose it,
and always, all day long,
among my thoughts and doings
half heard some older song.

Among my thoughts and doings
a tune would ring out strong,
yet change when I pursued it,
lost in that older song.

The tunes of my own choosing 
all sounded false and wrong.
I sought a newer music,
I found an older song.


Late in the day, poems 2010-2014
PM Press, 2016
ISBN 978 262963 122 6


samedi 17 décembre 2016

L'ingrédient secret de la recette secrète de sandwich de Richard Brautigan



Après le divorce de mes parents, lui et moi nous nous rendions parfois à la librairie City Light pour récolter auprès de Shig Murao les minuscules recettes de ses ventes. Puis nous remontions Columbus Avenue pour aller acheter des sandwichs à l'épicerie Molinari de North Beach. 
Après quoi nous aimions nous arrêter dans le parc de Washington Square. 
Il y avait là une petite aire de jeux. 
Très jeune, j'ai appris 
à associer la poésie à la nourriture.

Ianthe Brautigan, Introduction à 
traduit par Thierry Beauchamp, 
Frédéric Lasaygue et Nicolas Richard, 

mercredi 21 janvier 2015

Allons prendre l'air avec Georges



Tous les oiseaux étaient dehors
Et toutes les plantes aussi.
Le petit cheval n'est pas mort
Dans le mauvais temps, Dieu merci.
Le bon soleil criait si fort :
"Il fait beau", qu'on était ravis.
Moi, l'enterrement de Paul Fort
Fut le plus beau jour de ma vie.

On comptait bien quelques pécores,
Quelques dindes à Montlhéry,
Quelques méchants, que sais-je encore :
Des moches, des mauvais esprits,
Mais qu'importe ? Après tout ; les morts
Sont à tout le monde. Tant pis.
Moi, l'enterrement de Paul Fort
Fut le plus beau jour de ma vie. 

Le curé allait un peu fort
De Requiem à mon avis.
Longuement penché sur le corps,
Il tirait l'âme à son profit,
Comme s'il fallait un passeport
Aux poètes pour le paradis,
S'il fallait à Dieu du renfort
Pour reconnaître ses amis.

Tous derrière en gardes du corps
Et lui devant, on a suivi.
Le petit cheval n'est pas mort
Comme un chien, je le certifie.
Tous les oiseaux étaient dehors
Et toutes les plantes aussi.
Moi, l'enterrement de Paul Fort
Fut le plus beau jour de ma vie.

Georges Brassens  
L'enterrement de Paul Fort