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mercredi 1 juillet 2026

Bientôt les feux d'artifice

 C'est le premier Juillet aujourd'hui! Juillet, un mois de fêtes! À qui souhaiter un bon anniversaire? 
À notre amie la Cour pénale internationale, bien sûr! Née le premier juillet 2002, elle a vingt-quatre ans aujourd'hui
(mais pas encore toutes ses dents).


dimanche 19 avril 2026

Désastre pour tout le monde, champagne pour les autres

 Je dois le reconnaître: j'ai trouvé le mois de Mars... décourageant, surtout vers la fin. 
Quelle semaine ça a été, que cette semaine d'avant-élections!
Les néo-nazis ont tendu la main aux néo-pétainistes, qui l'ont serrée avec ferveur.
Ça nous promettait un printemps plein de réconciliations et de joyeux partages: qu'est-ce qui aurait pu tourner mal? Ça n'a pas tourné si bien que ça pour ces braves gens, il n'y a pas eu de raz-de-marée de néocons, et si vous êtes de ceux à qui la musique de Wagner donne envie d'envahir la Pologne, il vous faudra attendre encore un peu. Et mon découragement a persisté, avec les nouvelles de la dernière semaine: Valérie Perrine n'est plus parmi nous depuis le 23, j'espère qu'une soucoupe volante est venue de la planète Tralfamadore pour la récupérer à temps.

Petit sourire éphémère le jour de la mort de Jospin: j’aurais bien repris plusieurs fois des moules (merci Desproges pour la suggestion), s'il y avait eu des moules au menu (malheureusement y en avait pas; mais à la place j'ai repris de la tartiflette).


Le pire était encore à venir: Glen Baxter, le colonel Baxter, ne nous fera plus profiter de ses blurtings. "Mr. Baxter betrays all the ominous symptoms of genius", nous avait prévenu  Edward Gorey; si les symptômes du génie peuvent être décrits comme omineux, c'est parce que la plupart des génies, juste avant d'être reconnus comme tels, sont devenus morts (Glen Baxter ayant peut-être été une de ces exceptions qui confirment la règle?).
Remuez-vous un peu,  futurs parents de génies, sinon on va en manquer!

Rien ne s'est encore produit en Avril qui me redonne courage, mais il faut bien que la vie continue.

Valerie Perrine 1943 –  2026 

Glen Baxter  1944 – 2026 

mercredi 22 octobre 2025

Tignous, que vois-tu venir?

 Tignous nous manque, tous les jours.
Encore plus quand l'actualité nous rappelle - comme aujourd'hui - que ses dessins sont plus pertinents que jamais: ce dessin-ci, ne dirait-on pas q'il vient de le faire tout spécialement pour résumer les événements qui ont fait bruire toute la semaine nos media tricolores?

Verrons-nous bientôt une rétrospective Tignous à la Bibliothèque Nationale?

 

Dessin de Tignous (Bernard Verlhac)

mardi 10 juin 2025

Une actualité gratinée

 Actualité politique internationale: Deux psychopathes sont dans un bateau (pour ne pas les confondre, convenons de les appeler Psycopatati et Psycopatata). Psycopatata secoue  Psycopatati, et Psycopatati  secoue le bateau; qui reste-t-il sur ... ah, bah voilà que le bateau flotte la quille en l'air maintenant, où sont-ils passés?

Actualité galactique intergalactique; en ce moment le gratin du cinéma d'animation se retrouve à AnnecyVous pourrez (si vous avez de la chance)  papoter avec Matt Groening ou Michel Gondry, fondre de tendresse devant les premiers pas (tataaaaa!) sur grand écran d'une toute petite Amélie Nothomb (on parie qu'elle deviendra grande?), assister aux premières de futurs blockbusters et de courts métrages de toutes dimensions. Enfin, je veux dire, si vous avez pris vos dispositions à temps... mais je suis sûr que vous aviez noté ça depuis longtemps sur votre calendrier, n'est-ce pas? 

 

mercredi 19 février 2025

On n'est pas sortis de l'eau beige

 Exercice d'hypothésologie: dans les jours/semaines qui viennent un président sera de nouveau la cible d'un attentat, cette fois mieux préparé que les précédents. Des hypothèses contradictoires seront formulées (plus précisément: vociférées). Des précédents historiques seront évoqués. S'ensuivra un enchaînement d'événements chaotiques.

 

mardi 11 février 2025

Sunday, Monday, Happy Days...

 Encore un cas de synchronicité: un des derniers billets de l'ami Coulthart (Biblioklept) semble vouloir faire écho à un de ceux de l'amie Fresca (Noodletoon):

Part of an ostensible review of the sitcom Happy Days; from Ellison’s column published on 3 July 1970 and reprinted in The Other Glass Teat:

    One begins to realize that our national middle-class hunger to return to two decades of Depression, world war, Prohibition, Racism Unadmitted, Covert Fascination with Sex, Deadly Innocence, Isolationism, Provincialism, and Deprivation Remembered as Good Old Days has become a cultural sickness.

    The past has always been a rich source for fun and profit. Nostalgia is a good thing. It keeps us from forgetting our roots. Readers of this column know I trip down Memory Lane myself frequently. But it is clearly evident that when an entire nation refuses to accept the responsibilities of its own future, when it seeks release in a morbid fascination with its past, and when it elevates the dusty dead days of the past to a pinnacle position of Olympian grandeur … we are in serious trouble.

Harlan Ellison critique de télévision! Ça vous surprend sans doute, mais vous saviez déjà qu'il ne pouvait pas s'arrêter d'écrire, sur tout ce qui lui passait par la tête. Il est hautement improbable que ces recueils de critiques soient jamais traduits en français (ça donnerait Le Téton de Verre? hum...  ou peut-être Le Biberon Cathodique? on comprendrait mieux); alors jetez un coup d'œil aux 4 de couv' pour avoir une idée du contenu. Oui, je sais, je vous ai promis de vous parler bientôt sérieusement d'Ellison, un peu de patience, ça viendra!

 Quant à la corrélation entre le billet de Biblioklept et celui de Noodletoon, elle sera peut-être difficile à saisir pour les lecteurs français, puisque l'émission dont Fresca parle (the  Prairie Home Companion) et  son host Garrison Keillor, l'un et l'autre longtemps très populaires aux USA, sont totalement inconnus chez nous (tant pis! ou tant mieux?)...  si après l'avoir lu vous revenez au premier paragraphe d'Ellison, ça vous aidera à faire le lien (Happy Days, ça, au moins, vous connaissez!).

jeudi 28 novembre 2024

Ce qu'on peut attendre de Radu Jude

 Radu Jude, vous vous souvenez? Je vous avais parlé de lui il y a trois ans, à propos du passage, sur Arte, de son film Îmi este indiferent daca în istorie vom intra ca barbari (ça veut dire Peu m'importe si l'Histoire nous considère comme des barbares); l'an dernier il en a réalisé un autre, qu'il appelé Nu astepta prea mult de la sfârsitul lumii (ça veut dire N’attendez pas trop de la fin du monde). Celui-ci je ne l'ai pas encore vu (pas sorti en salles; surveillez Mubi!), mais on peut déjà en conclure que Radu Jude est très fort pour donner à ses films des titres mémorables (et qui collent à l'actualité, en plus).

vendredi 6 septembre 2024

Choses sérieuses

Les chefs d'État n'ont pas toujours les 18 Brumaire qu'ils voudraient bien avoir: parfois ils doivent se contenter d'une approximation douteuse:  par exemple un 5 septembre dangereusement proche du  4 septembre.
Toujours est-il que notre presque-président a déniché un premier ministre approximatif. Que va-t-il en faire? On aurait quelques raisons de s'inquiéter pour le bonhomme, ce garnement de président ayant l'habitude de casser ses jouets. 

Passons maintenant aux choses sérieuses:
Bon anniversaire China Miéville!
Bon anniversaire Donna Haraway!
Bon anniversaire Tony DiTerlizzi!

Oui, ils fêtent tous leur anniversaire le même jour: celui où on le souhaitait naguère au regretté Roland C. Wagner.
Ça a peut-être une signification cachée, mais laquelle?


dimanche 7 juillet 2024

Soirée caresses

 Ce soir, George Bernard Shaw caresse sa barbe et sourit en silence; tout commentaire lui semble superflu. 

 

lundi 11 décembre 2023

Encore un mort innocent?

"Il ne faut pas souhaiter la mort des gens: ce n'est jamais assez méchant", nous rappelait fort utilement Dominique A, chanteur adepte du wu wei, il y a déjà des années de cela. Utile, indispensable même, ce rappel,  tant parfois la tentation est grande. Pour raffermir nos convictions, essayons de nous dire que les dernières des trop longues années d'Henry Kissinger ont peut-être été les pires de sa vie, qu'il lui arrivait (qui peut le dire?) de se réveiller, dans un lit souillé, d'un cauchemar de poursuites judiciaires.

Henry Kissinger est-il mort innocent? Pour la presse, il semble qu'il soit mort à peu près aussi innocent (peut-être même plus, puisque son procès n'a même pas été ouvert) que Bernard Tapie, pour les mêmes raisons.
Je lis cependant dans Le Monde Diplomatique:

Dans son dernier ouvrage (Henry Kissinger, Does America Need a Foreign Policy? Toward a Diplomacy for the 21st Century, Simon & Schuster, New York, 2001, 352 pages, 30 dollars US.), destiné à servir de bréviaire aux diplomates du XXIe siècle, M. Henry Kissinger se départit de son ton docte et froid aussitôt qu’il évoque l’intrusion récente du principe de la «juridiction universelle» dans les relations internationales. L’ancien secrétaire d’Etat américain ne décolère pas lorsqu’il parle de l’arrestation à Londres, en 1998, de son protégé, le général chilien Augusto Pinochet, sur ordre d’un juge d’Espagne. Il affirme que le discours sur les droits de la personne (dont il revendique par ailleurs la paternité) devait «servir avant tout d’arme diplomatique fournie aux citoyens des pays communistes pour leur permettre de combattre le régime soviétique, et non d’arme légale pouvant être utilisée contre des dirigeants politiques devant des tribunaux de pays tiers». Un paragraphe plus loin, il affirme cependant qu’il est aujourd’hui impératif d’interdire que «les principes du droit soient utilisés à des fins politiques».
Si l’analyse est embrouillée, sinon contradictoire, c’est sans doute en raison du trouble que ressent M. Kissinger depuis l’affaire Pinochet. En effet, de passage à Paris le 28 mai 2001, l’ancien secrétaire d’Etat reçut la visite de la brigade criminelle, qui venait lui remettre une convocation du juge Roger Le Loire. Invité à comparaître au palais de justice comme témoin dans l’affaire de la disparition de cinq Français au Chili, M. Kissinger, impliqué directement ou indirectement dans la création du plan «Condor» — réseau de chasse aux opposants dans six dictatures militaires d’Amérique latine (Chili, Bolivie, Brésil, Paraguay, Uruguay, Argentine, alors gouvernés par des dictatures militaires) -, réserva sa réponse. Le lendemain, il quitta précipitamment la France.

L'auteur de cet article datant de 2001 et repris récemment dans l'édition en ligne du journal, Ibrahim Warde, note également:

Le journaliste britannique Christopher Hitchens a effectué l’inventaire des agissements du «magicien de la diplomatie» qui pourraient, à l’aune de la nouvelle jurisprudence internationale, constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou d’autres délits justiciables (Christopher Hitchens, Les Crimes de monsieur Kissinger, Editions Saint-Simon, Paris, 2001, 206 pages, 99 F.). Ses révélations, fondées pour l’essentiel sur des documents officiels américains récemment «déclassifiés», contredisent les versions présentées par l’intéressé dans trois volumes de Mémoires aussi massifs que tendancieux.


"Il ne faut pas souhaiter la mort des gens:
ça les fait vivre plus longtemps
".
Merci Dominique A.

 

mardi 28 novembre 2023

Chats pas chats

 Boileau, s'étant donné pour règle de conduite
 Je ne puis rien nommer, si ce n'est par son nom,
citait ensuite deux exemples concrets:
 J'appelle un chat un chat, et Rollet un fripon.

Le monde a-t-il changé au point que les règles de l'art poétique définies par Boileau pour les siècles à venir ne s'appliqueraient plus? Un chroniqueur de France-Inter vient de se faire, quasi simultanément, taper sur les doigts et tirer les oreilles par - motivations différentes, effets similaires - un magistrat empressé d'étaler son zèle et une Commission  soucieuse, elle, de dissimuler son embarras. Qu'avait-il fait? Il avait appelé un chat un chat, et Rollet un fripon (euh, en fait non, pas Rollet, et pas un fripon non plus, Rollet est bien oublié aujourd'hui, et fripon n'est plus trop en usage: remplaçons ce mot et ce nom par des équivalents contemporains approximatifs... ou plutôt non, ne remplaçons rien par rien, nous risquerions de nous faire taper sur les doigts ou tirer les oreilles.
La prudence devrait même nous commander de ne plus appeller un chat un chat, on ne sait jamais, des antispécistes pourraient trouver que "chat" c'est spéciste: quand nous postons sur des sites de partage des photos du dernier de la portée qui s'émerveille des possibilités offertes par les pelotes de laine, ou de Mamie Moustache qui quémande un câlin, usons de termes moins connotés que "chat": minounette, poupouline, Kitty-kitty, vous trouverez bien.


Synchronicité; dans un billet récent du toujours pertinent David Apatoff,  j'ai appris un mot que je ne connaissais pas: edentulous. J'en trouve  la sonorité plaisante, et je me demande si j'aurai un jour l'occasion de l'employer dans une conversation (en anglais: il n'a pas en français d'équivalent aussi rigolo). Ça, l'avenir nous le dira.
Revenons au présent: si je parlais de synchronicité, c'est parce c'est en commentant l'ultimatum, adressé à un journal, de retirer de son site une caricature qui avait le grand tort de ressembler à son modèle (inexcusable, ont tranché les gardiens autoproclamés de la paix publique et de la féquentabilité d'internet!), que David Apatoff employait ce joli adjectif pour caractériser les dessins inodores et incolores par lesquels le trou dans la rubrique "humour" du magazine a été rempli le jour suivant.
Je commence à craindre que tout ça ne donne des idées aux détenteurs du titre de propriété d'un chat - qui se sont, bien sûr, déjà empressés de le faire dégriffer - et qu'ils ne choisissent bientôt de le faire édenter aussi. Au secours, Boileau!


lundi 14 août 2023

L'époque que chantent les chattes

 Vous avez, je n'en doute pas, fêté à la date fixée par les instances supérieures concernées par ces questions (le 8 Août) la Journée Internationale du Chat (peut-être en organisant une soirée sandwiches au thon?); mais savez-vous que plusieurs pays ont repris à leur compte la même idée, en choisissant, chacun, une date locale? Aux États-Unis, le National Cat Day (ne pas confondre avec le Caturday) est fêté le 29 Octobre. Pour l'Italie la Festa del Gatto est le  17 Février. En Russie, c'est le 1er Mars. Au Japon, le Jour du Chat (猫の日, neko no hi) tombe le 22 Février (2月22日), car 222 se prononce ni ni ni: à l'oreille, ça sonne un peu comme nyan nyan nyan (にゃんにゃんにゃん), ce qui, traduit du japonais, veut dire miaou miaou miaou.
En de telles matières, les japonais sont toujours de bon conseil.
Ne conviendrait-il pas (en ces heures où la France cherche à réaffirmer, sur la scène internationale, sa volonté de s'impliquer dans les grandes questions du moment), d'ajouter à cette liste de célébrations une Journée Nationale du Chat bien de chez nous? Et pour cela, pourrait-on choisir, dans toute l'année, meilleur moment que la Mi-Août?

 

mardi 11 avril 2023

Encore des sentiers qui bifurquent

 

Benjamin Ferencz (1920-2023) avait beaucoup de choses importantes à dire: c'est à les dire, et à les répéter car il semblait parfois qu'elles tombent dans les oreilles de sourds, qu'il a occupé les trois quarts de cent trois années.


Maria Kodama (1937-2023) aurait certainement eu beaucoup de choses intéressantes à dire, mais elle ne les a sans doute pas toutes dites; il semble, en particulier, qu'elle ait omis d'indiquer précisément à qui devait revenir après elle l'héritage de Borges: une question dont on n'a sûrement pas fini de parler... 


mercredi 30 novembre 2022

Frimaire

 Commencement du mois des frimas, dernier jour de novembre.

Novembre est, on nous l'a appris à l'école, un mois propice aux Révolutions d'Octobre.  Bon, c'est râpé pour cette année.  Peut-être peut-on espérer, en mars de l'année prochaine, une Révolution de Février, qui sait?


mercredi 23 novembre 2022

Un murmure de marquise

 "Les apparentements terribles", c'était naguère le titre  d'une rubrique du  Canard Enchaîné.

On peut aussi appeler ça synchronicité: quelque temps après avoir refermé le roman d'Iegor Gran dont je vous parlais il y a quelques jours, je rouvre (j'éprouvais le besoin d'un peu de légèreté) le petit volume de chroniques parisiennes de la chère Nancy Mitford, et le hasard veut que j'y lise:

Avril 1953

Après le portrait de Staline peint par Picasso, nous avons eu droit, dans l'Humanité, au poème d'Aragon sur le retour de Russie de Maurice Thorez:

Il revient! Les vélos, sur le chemin des villes,

Se parlent, rapprochant leur nickel ébloui.

Tu l'entends, batelier? Il revient. Quoi? Comment? Il

Revient! Je te le dis, docker. Il revient. Oui,

Il revient...

Un texte charmant. Le Canard Enchaîné a écrit à son propos:

"Vous dites qu'il revient", murmure la marquise...


Les discussions au plus haut niveau (des services compétents) sur le portrait de Staline peint par Picasso occupent une place non négligeable dans le roman de Gran; il y est aussi question, de façon plus cursive, des différents séjours de Maurice Thorez en URSS, et le camarade Aragon y est mentionné en des termes flatteurs. En revanche, si on y évoque à plusieurs reprises l'humour du Krokodil de l'ère  khrouchtchévienne, on y parle peu du Canard Enchaîné.


Nancy Mitford: Une Anglaise à Paris (chroniques), traduit par Jean-Noël Liaut

Payot Documents     ISBN: 978-2-228-90287-8

Petite Bibliothèque Payot     ISBN: 978-2-228-90524-4

vendredi 4 novembre 2022

Les missions des services compétents sont claires: Iegor Gran

Nous avons donné, en vérité, un admirable exemple de résignation. L'ancien temps avait vu jusqu'où pouvait aller la liberté, mais nous avons vu, nous, jusqu'où peut aller la servitude, quand les espions nous confisquaient jusqu'à la possibilité d'échanger des paroles. Nous aurions même perdu la mémoire avec la voix, s'il était autant en notre pouvoir d'oublier, que de nous taire.

Tacite, Vie d'Agricola, II, 3


Iegor Gran est un nom de plume. Pour l'état-civil, il s'appelle... mais je vais vous le laisser deviner, ça vous mettra dans le bain, après tout, le thème de ce roman policier, c'est la découverte d'une identité cachée. Je vous donne un indice: Iegor Gran apparaît sous son vrai nom (Iegorouchka!) dans le roman, pour quelques instants seulement, ce n'est pas lui le protagoniste. Gran n'a pas choisi la facilité en racontant l'histoire de son point de vue, ou de celui de gens dont il a été proche: ç'aurait été faire preuve d'un individualisme bourgeois, ce qui, justement, est fortement déconseillé par les services compétents. Au lieu de cela, il donne la place principale dans son livre à un personnage dont les principaux attributs sont la compétence, et le dévouement au service auquel il appartient: le KGB. 

Les missions des services compétents sont claires. 

Elles ont été rappelées noir sur blanc dans le protocole n° 200 du 9 janvier 1959, rédigé après la réunion du Comité Central du Parti communiste de l'Union Soviétique. "Le KGB est un organe réalisant les décisions  du Comité Central du Parti relatives à la sécurité de l'état socialiste confronté aux attaques de ses ennemis extérieurs et intérieurs. Cet organe se doit de surveiller attentivement les tentatives secrètes des ennemis du pays des Soviets, de mettre au jour leurs projets et de mettre un terme aux agissements crapuleux des agences de renseignement impérialistes." 

Il en découle une attitude saine de défiance envers tout le monde.

Iegor Gran, Les services compétents

Le lieutenant Ivanov (du KGB, donc) est jeune encore, un sujet prometteur, quand on le met sur une piste:  on signale la parution en Occident d'un détestable pamphlet: Le Réalisme Socialiste, ça s'appelle. D'un certain Abram Terz. Inconnu, aucune fiche à ce nom. Serait-ce un  nom de plume? Tout est ambigu dans cette affaire: les motivations de l'auteur du livre ne sont pas claires, le Réalisme Socialiste, cette révolution dans la Révolution, y reçoit de nombreux éloges, mais formulés d'une façon telle qu'on peut se demander si l'auteur n'a pas voulu dissimuler ses intentions véritables - des intentions contre-révolutionnaires! Comme si le KGB n'avait pas assez de travail avec l'affaire Pasternak (le Docteur Jivago: encore un livre publié à l'étranger, sans autorisation!).

- Et si cet Abram Terz était...  Pasternak? lance le lieutenant-colonel Pakhomov pendant une réunion de service. Pakhomov venait de lire (en anglais, dans un livre confisqué lors d'une perquisition) une enquête d'Agatha Christie, où le coupable était le narrateur, et, pour cette raison, personne ne pouvait y songer. L'astucieuse hypothèse est discutée.

Et bien d'autres hypothèses seront discutées pendant cette enquête qui durera six ans (cet Abram Terz est une anguille! s'indignera un enquêteur; un ténia! suggèrera un autre). Bref, l'enquête sera riche en rebondissements; les services compétents en viendront même (un moment) à soupçonner un de leurs indics les plus zélés! Quand on vous le dit, qu'il faut se méfier de tout le monde.

L'intérêt du roman ne réside pas seulement dans l'exposition des méthodes du KGB pour distinguer le bon grain de l'ivraie et, en parallèle, de celles des dissidents pour se fondre dans le paysage. L'auteur évoque avec ce qui ressemble bien à de la tendresse les ressources inépuisables de bonne humeur qui ont permis à ses compatriotes d'affronter les innombrables petites difficultés de la vie quotidienne dans un pays qui en dépit de bien des obstacles ne perdait jamais de vue son objectif: construire un avenir radieux; oui, il est difficile de se procurer des pommes et des oranges, et alors? Quand on en trouve, ça embellit les fêtes. Oui, il faut parfois détonner (discrètement) une petite charge nucléaire pour étouffer un incendie incontrôlable dans un puits de mine: heureusement il y a des services compétents pour empêcher les fuites. À chaque page abondent les détails sur les particularités de la vie quotidienne dans la Russie du temps de Khrouchtchev. Certaines de ces particularités seront utiles aux enquêteurs du KGB (la vie quotidienne en URSS est la meilleure des écoles de patience), d'autres (les mêmes, en fait) permettront à ceux qu'ils traquent de ne jamais perdre espoir  (la vie quotidienne en URSS est la meilleure des écoles de patience).

Où sont les héros positifs? Les victoires?  Où est la morale de l'histoire?                 

se demande le lieutenant Ivanov, après avoir refermé un de ces livres dépourvus d'utilité pour la construction du socialisme qu'il était obligé de lire, dans le cadre de ses missions pour le Service. La morale du roman de Iegor Gran, elle, est claire (enfin... il me semble). Les mérites du lieutenant Ivanov seront reconnus: en fin de carrière, il parviendra au grade de général et dirigera la Cinquième Section du KGB. Une carrière exemplaire. Quant à Terz, démasqué (Abram Terz, c'était bien un nom de plume!), après un procès qui aura un certain retentissement (ça vous rappelle quelque chose, le procès Siniavski?) il fera cinq ans de camp, puis s'exilera à Paris, avec sa femme Maria et leur petit Iegorouchka, qui, devenu grand, écrira lui aussi des livres aux intentions ambiguës. La pomme ne tombe jamais loin du pommier.

Iegor Gran, Les services compétents (aucun nom de traductrice ne figure dans l'édition que j'ai sous la main: c'est peut-être prudent, on ne sait jamais);  POL, 2020: Folio n°6975, 2021


Si passionné qu'il soit par l'Histoire ancienne (celle du vingtième siècle), Iegor Gran est un homme de son temps. Son dernier ouvrage traite d'une actualité brûlante; la pandémie récente qui a transformé des populations entières en zombies: il s'appelle   "Z comme zombie", on ne peut pas faire plus clair.

 

mardi 4 octobre 2022

Deux cent vingt deux jours en deux mille vingt deux

 Jusqu'à présent, 222 journées de 2022 ont été suivies de nuits de mauvais sommeil. Dès ce soir,  ça devrait commencer à aller mieux pour tous les gens qui ont la chance de ne savoir compter que jusqu'à deux; les autres devront attendre encore un peu.


mardi 21 juin 2022

Polka

Oh, la Fête de la Musique! On l'avait presque oubliée, celle-là. Abandonnons-nous donc sans arrière-pensée au plaisir simple d'une bonne vieille polka autour du feu de camp.

Jona Lewie: Stop The Cavalry (1980)


Après la Grande Guerre, les poilus racontaient: "ceux qui ont craqué les premiers, ce sont les optimistes, ceux qui répétaient 'nous serons à la maison pour Noël'; quand ils ont vu que Noël arrivait et qu'on était toujours là..." Entraînons-nous, alors, à être des pessimistes gais plutôt que des optimistes tristes, pour être prêts à toute éventualité. 


vendredi 4 mars 2022

Monsieur le président, je vous fais une lettre


 Pour parler, dans Les Inrocks, de la lettre ouverte du PEN International à propos de l'attaque menée par la Russie contre l'Ukraine, Nelly Kapriélian ne va pas avec le dos de la cuillère à sarcasmes: "les Salman Rushdie ou Jonathan Franzen de rigueur", "il y avait sans doute plus fin et plus fort à écrire"...  (je la soupçonne tout de même, cette brave Nelly qui a un avis sur tout, d'être un peu vexée de n'avoir pas été consultée sur la rédaction de ce texte). Le plus intéressant se trouve dans la conclusion de son papier:

"On peut aussi se dire que s’ils ne l’avaient pas fait, on le leur reprocherait peut-être. Je me demande ce qu’en pense Anetta Antonenko (l'éditrice, entre autres, de Clarice Lispector, Borges, Bataille), dont l’écrivain américain Benjamin Moser a fait le bouleversant portrait dans The Nation – texte qu’il a voulu voir publié en traduction dans Les Inrockuptibles et que vous trouverez plus bas. Depuis son appartement à Kiev, avec ses chats, à attendre le pire, peut-être que cela l’aidera, lui remontera le moral, lui apportera de la force, de savoir que les écrivains internationaux ont signé un texte ou postent sur les réseaux sociaux. Dans l’article de Moser, elle dit qu’elle a une arme et qu’elle sait s’en servir. "


Quant aux présidents, de toutes façons, ils ne lisent les lettres que s'ils en ont le temps.


mardi 1 mars 2022

Her face, at first just ghostly, turned a whiter shade of pale

 De mauvaises nouvelles, et encore de mauvaises nouvelles: 2020 avait mal commencé, 2021 encore plus mal, 2022 fait des efforts pour rattraper ses grandes sœurs.

Les gens qui pensaient qu'on pourrait, pour quelque temps encore, quand on parlerait de l'Ukraine, faire l'économie du terme "crimes de guerre" doivent être bien déçus, les pauvres. Mais ce qui peut les réconforter, c'est la pensée qu'après tout, être accusé de crimes de guerre, ce n'est pas si terrible que ça. Des crimes de guerre, il y en a eu aussi - récemment, moins récemment et, qui sait? il y en a peut-être encore - au Yémen, en Irak, au Liban, en Syrie, au Soudan (je me demande si je n'en oublie pas) et on n'en fait pas toute une histoire. Certains souhaiteraient que les crimes de guerre soient imprescriptibles, comme le sont déjà leurs copains les crimes contre l'humanité: mais que se passe-t-il si on les oublie, si on se met à penser à autre chose? Il y a tant de choses auxquelles il faut penser.

Pas de démenti, pas de controverse, pas de rétropédalage de ministre ni de surenchère de directeur de la communication au sujet de la mort du professeur Montagnier (vibrionnant tarabusteur de virus), de Mark Lanegan de Queens of the Stone Age, de Gary Brooker de Procol Harum, de Jacques Abeille et d'Angélica Gorodischer: ils vont rester morts et on n'y pourra rien. Oui, Angélica Gorodischer aussi (comme Abeille, je l'ai su avec retard), il faudra qu'on en reparle, elle avait des choses intéressantes à dire, entre autres sur les empires et sur l'hubris de leurs dirigeants. 

Fichu mois de Février.