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lundi 1 décembre 2014
Je suis l'Esprit des Angoulêmes futurs
Dans vingt-cinq jours, Noël.
Dans soixante jours, Angoulême.
On est vraiment, vraiment
obligés d'attendre jusque-là pour ouvrir tous les paquets?
Ça ferait pas plaisir à tonton Watterson,
de voir nos yeux briller,
avant qu'il ne se replonge
dans ses chères études... non?
(parce que, bon, on l'a tous deviné que c'est lui,
ce paquet-là, c'est pas le père Noël:
il est pas tombé par la cheminée).
Bill Watterson, pour le festival d'Angoulême 2015.
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mardi 10 juin 2014
It’s almost “Bill” backwards
Une rumeur a couru récemment sur le net: le cartoonist Stephan Pastis, auteur du webcomic Pearls Before Swine, aurait récemment reçu dans son atelier la visite d’un inconnu qui aurait, en quelques coups de marker vigoureux et précis, fait apparaître dans les cases du comic un nouveau personnage: Libby (Lib, pour les intimes) une petite fille fort précoce qui, maniant le sarcasme avec une dextérité stupéfiante pour son âge, aurait en quelques répliques quasiment réduit à quia l’habituel cast of characters du strip, auquel, pourtant, le sarcasme n’était nullement étranger.
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| Libby, oh, Libby... |
Une voisine, Miss Wormwood, institutrice à la retraite, aurait affirmé qu’elle avait reconnu, dans le mystérieux auteur de cet attentat au marker, un de ses anciens élèves nommé Bill Watterson.
Celui-ci a démenti: ce n’était pas lui, la preuve, le mystérieux étranger au comportement imprévisible, voire erratique, portait (selon tous les témoignages) un masque et une cape, et lui, William Boyd Watterson, homme aux manières douces et policées, n’en porte jamais.
Selon Mr. Watterson, tous les indices concordent: il ne peut s’agir que de l’insaisissable Stupendous Man.
Ilustration © Stephan Pastis / Universal
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samedi 5 avril 2014
Silly pictures
Que Bill Watterson souffle sur la poussière qui s’était déposée sur sa bouteille d’encre de Chine (enfin, c’est lui qui le dit: le soupçon me vient qu'il pourrait bien en avoir vérifié le niveau de temps à autres au cours des vingt dernières années, un bon artisan ne néglige pas ses outils comme ça), on l’attendait depuis longtemps.
Il l’a fait!
Bon, on le sait, Bill Watterson n'avait, en fait, jamais lâché ses pinceaux; la nouveauté, c'est que cette fois il est revenu au style de ses daily strips du bon vieux temps, style qu'il avait abandonné pour s'adonner à plein temps à la peinture à l'huile. Lorsqu’il y a deux ans il avait contribué au fundraiser en faveur de son confrère et ami Richard Thompson en réalisant en hommage à son strip Cul-de-sac un portrait d'un de ses personnages (Petey) c'est l'huile qu'il avait utilisée.
Et voilà qu’il a dessiné l’affiche du film de Dave Kellett et Frederick Schroeder Stripped! (le point d’exclamation prévu à l'origine, et qui, bizarrement, a disparu de la version définitive de l'affiche, ne me paraît pas insignifiant): un documentaire sur la situation actuelle du strip périodique, en ces jours où tout le monde et son chien abandonne la feuille de chou au profit de la liseuse ou de la tablette. Le film contient des interviews de Jim "Garfield" Davis, de Scott "Undestanding Comics" MacCloud, de Watterson bien sûr, et de dizaines d'autres.
“Aside from supplying a few sentences to the documentary, I’m not involved with the film, so Dave’s request to draw the poster came completely out of the blue,” a déclaré Watterson au Washington Post ("à part ma brève apparition à l'image, je n'ai été impliqué en rien dans la réalisation de ce documentaire, aussi la demande d'une affiche, venant de Dave, m'a pris par surprise"). “It sounded like fun, and maybe something people wouldn’t expect, so I decided to give it a try. Dave sent me a rough cut of the film and I dusted the cobwebs off my ink bottle” ("c'était une idée marrante, et ça pouvait peut-être attirer un peu l'attention du public, aussi j'ai décidé d'essayer, pour voir. Dave m'a envoyé une copie de travail de son montage et j'ai épousseté les toiles d'araignées qui recouvraient mon encrier").
“It’s a silly picture that sums up my reaction to the current publishing upheaval*, so I had a good time, and I hope it brings the film some attention”: c’est dans ces termes qu’il a décrit l’affiche.
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| C’mon, kid, do something funny. |
"Attirer un peu l'attention", c'est un euphémisme, Bill. Ton retour à la vie publique était si ardemment espéré, et depuis si longtemps, que cette affiche aurait fait parler d'elle même si tu avais juste renversé l'encrier sur la feuille.
Alors, tu penses, un cartoonist au nez rouge et les fesses à l'air, on peut être sûr que ça fera jaser.
Dans ces conditions, est-il si déraisonnable que ça d’espérer que le lauréat du grand prix d’Angoulême 2014 sortira pour le festival de l'année prochaine une affiche de derrière ses fagots, comme le veut la vénérable tradition angoumoisine?
Et même, soyons fous, qu'il se déplacera pour recevoir les clés de la ville?
D'éminents spécialistes de la BD avaient émis des réserves sur la probabilité de ces événements.
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| Une boule de neige roulée par Li-An. |
J'espère quant à moi que Watterson écoutera l'avis de Calvin, comme toujours de bon conseil:
it's fun to win!
Si le cartoonist américain pose comme condition à sa venue qu’on lui laisse conduire le camion des pompiers en tête de la parade dans les rues d’Angoulême, je suis sûr que ça peut s’arranger (et même qu’en grand secret, les pompiers, qui ne sont pas moins fans de Calvin et Hobbes que vous et moi, doivent déjà astiquer, à tout hasard, leur grande échelle).* N'ayant pas vu le film, je préfère laisser pendante la question: qu'entend Watterson par upheaval? Renaissance, révolution, bouleversement, chaos, déménagement à la cloche de bois? On en reparlera plus tard, d'accord?
Stripped!, un film de Dave Kellett et Frederick Schroeder .
Financé grâce à un Kickstarter, le film est téléchargeable sur iTunes et sera bientôt disponible en DVD.
Les dessins illustrant ce billet sont de Bill Watterson
(les petits bonshommes ébourrifés)
et de Li-An (le tendre hommage).
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vendredi 3 mai 2013
Une petite plage de temps libre
Vous n'avez jamais entendu parler de Crockett Johnson? Rassurez-vous, chers lecteurs, ça ne prouve en aucune façon que vous être ignares, mais c'est un indice suggérant que vous pourriez bien être français (si, au contraire, vous êtes surpris que je prenne la peine de présenter longuement quelqu'un d'aussi connu, ça veut probablement dire que vous avez grandi dans un pays de langue anglaise). Il y a des auteurs pour la jeunesse dont la transplantation hors de leur terroir natal ne réussit pas.
Crockett Johnson a écrit, et dessiné dans un style minimaliste et cartoonesque, nombre d'albums dans lesquels, depuis soixante ans, plusieurs millions de petits Américains ont appris à lire (par exemple, L'Alphabet Magique, ou encore la série des aventures, écrites de 1955 à 1969, d'Harold, le petit garçon au crayon rose - purple crayon en VO*). Parmi les auteurs qui reconnaissent avoir été influencés par son travail: Bill Watterson et Chris Ware, rien que ça.
L'histoire vraie des vicissitudes de la publication de La Plage Magique, de Crockett Johnson, que Maurice Sendak en personne évoque dans une courte préface, n'est pas moins intéressante que celle, fictive, des Mystères de Harris Burdick (il faudra qu'un jour nous parlions du mystérieux Harris Burdick, qu'en pensez-vous?). Voici ce qu'en écrivait Maurice Sendak: "Réflexion à la fois sérieuse et comique sur le monde, La Plage Magique était bien en avance sur son temps; au point que la version originale, celle que Crockett avait imaginée, ne fut pas acceptée à la publication. Crockett n'est pas l'illustrateur de l'édition de 1965, publiée sous le titre Castles in the Sand. C'est un pur miracle que la maquette originale avec le manuscrit complet et les croquis aient réapparu et puissent être publiés.Crockett ne termina pas les dessins, que vous allez découvrir ici sous forme de croquis."
Et en effet, les dessins illustrant ce petit livre ont cette qualité, normalement introuvable dans les livres illustrés, qu'on les voit se faire sous nos yeux: on distingue, ici et là, les traits de crayon mal effacés d'états antérieurs de l'image.
Regardez: entre le premier coup de crayon et le dernier trait de plume, le petit Ben s'est levé et a tourné le dos à sa copine Anne.
Entre le premier jet de l'histoire imaginée par Crockett Johnson et la nouvelle publication de cet album quarante ans après sa conception, il y a eu aussi beaucoup de coups de gomme (métaphoriques, ceux-ci). En effet, si la biographie de Crockett Johnson (David Johnson Leisk pour l'état-civil, Dave pour ses amis) s'apparente par de nombreux traits à ce que nos amis américains appellent une success story (ses premiers livres connurent un succès immédiat (instant success), figurèrent sur des listes de best-sellers, reçurent des awards, et certains furent adaptés pour la télévision et devinrent des e-books interactifs), le principal intéressé mit beaucoup de constance à chercher à lui donner un tour différent. Soumettre Magic Beach au jugement de son directeur éditorial fut le premier pas qu'il fit hors des sentiers qui s'étendaient devant lui tout tracés (la réponse fut immédiate et sans équivoque: "NON"). Il persévéra année après année, faisant faire à son manuscrit le tour des éditeurs (qui tous, raconta-t-il plus tard, "le lui retournèrent avec enthousiasme").
La raison de cet accueil glacial demeure un peu mystérieuse. Johnson ne s'était pourtant pas beaucoup éloigné de la recette qui avait si bien réussi à sa série vedette: le petit Harold possède un crayon magique, ce qu'il dessine avec prend vie; les petits promeneurs de La Plage écrivent sur le sable magique des mots isolés, qui, combinés, deviennent une histoire. Mais, alors que les créations d'Harold permettent habituellement d'amener le récit à une conclusion satisfaisante pour le héros et ses lecteurs, l'histoire écrite sur le sable par Ben et Anne leur échappe et part vivre sa vie loin d'eux… c'est peut-être ce qui a mis les éditeurs mal à l'aise? L'actualité récente nous rappelle que les éditeurs n'aiment pas l'idée que des histoires pour lesquelles ils ont déboursé du bon argent s'égaillent dans la nature, échappant au copyright. Mais surtout, les éléments discrètement perturbants abondent dans ce récit atypique: outre la volonté d'indépendance des créatures imaginaires, il y a la relation un peu tendue, pleine de non-dits, entre Ben et Anne, l'étonnante maturité avec laquelle ils s'expriment… c'est une histoire inquiète que celle de La Plage Magique.
Le livre finit par trouver preneur, mais seulement pour son texte: lors de cette (tardive) première publication, comme nous le rappelle Sendak, l'éditeur** insista pour qu'il fût fait appel à une illustratrice professionnelle***. Cette version "historique" est toujours disponible sur amazon.com, si le cœur vous en dit. Mais pour ma part je préfère cette édition en fac-similé de la maquette originale (celle qui se promena si longtemps d'éditeur enthousiaste en éditeur enthousiaste), qui nous rappelle combien sont choses fragiles le dessin et, aussi, les histoires, qui ne commencent à exister que s'il y a quelqu'un à qui les raconter.
*En VF, le crayon du petit Harold est tantôt rose et tantôt violet, comme, dans la version des Compagnons de la Chanson, le Sous-marin Jaune des Beatles était tantôt vert et tantôt bleu.
**Holt, Rinehart and Winston.
***Betty Fraser, qui produisit très exactement le genre d'illustrations qu'un éditeur spécialisé souhaitait pour un livre destiné aux enfants dans les années 60; c'est ce qui est à la mode qui se démode le plus vite, et l'essentiel du charme que nous pouvons leur trouver aujourd'hui réside précisément dans leur saveur "d'époque".
**Holt, Rinehart and Winston.
***Betty Fraser, qui produisit très exactement le genre d'illustrations qu'un éditeur spécialisé souhaitait pour un livre destiné aux enfants dans les années 60; c'est ce qui est à la mode qui se démode le plus vite, et l'essentiel du charme que nous pouvons leur trouver aujourd'hui réside précisément dans leur saveur "d'époque".
Un album de Crockett Johnson, publié en fac-similé de la maquette originale (avec préface de Maurice Sendak!), d'abord en anglais par Front Street Press (Magic Beach, 2005), puis en français par Tourbillon (La Plage Magique, 2006). On ne le trouve pas forcément partout, mais en cherchant bien, on le trouve.
Dessins de Crockett Johnson (Dave Johnson Leisk)
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