Un récent billet de Phersv a valu à notre blog un afflux exceptionnel de visiteurs; essayons (dans la mesure de nos moyens) de lui rendre la pareille.
Son billet du 29 juin sur son blog Anniceris ne met pas seulement en lumière un jalon peu connu de l'histoire de la fantasy romanesque: Phantasmion, de Sara Coleridge (de l'intéressante famille Coleridge); il en souligne la proximité avec un très long poème de Robert Southey (un ami de la famille en question!), Thalaba the Destroyer, inspiré des Mille et Une Nuits. Prudent, notre ami blogueur nous met en garde: ce ne sont pas des page-turners, leur verbosité décomplexée lasse vite le lecteur contemporain! Dans un billet plus ancien, il avait fait les mêmes réserves sur la fameuse épopée de Spenser, The Faerie Queene qui, dit-il non sans malice, fait partie des "Grands Illisibles" du Canon occidental, un énorme poème que seuls des érudits et des étudiants en littérature anglaise doivent encore lire en entier. Plus sévère encore pour Southey, Phersv commente: "Le texte paraît illisible tant il est répétitif mais Shelley ou Keats l'avaient adoré (et je ne peux pas croire que Tolkien n'en ait pas eu quelque influence inconsciente)". En outre, il précise (en réponse à un commentaire) que du poème de Southey on ne connaît pas de traduction française et que même en anglais, il n'y a que des reprints de vieilles éditions, pas de rééditions annotées ou révisées.
On l'a compris, si on ne peut manquer de ressentir, pour la pionnière Sara Coleridge, admiration et sympathie, on ne se sentira pas obligé de partir à la recherche des œuvres de Southey et de Spenser.
Mais Phersv n'en reste pas là: c'est la généalogie de la fantasy qui l'intéresse (justement, nous aussi!) et il mentionne une série d'auteurs beaucoup plus accessibles, à commencer par Jacques Cazotte (le diable amoureux!) qui avait déjà écrit une parodie fantastique des Mille et Une Nuits, Mille et Une Fadaises (en 1742) puis en avait rédigé une Suite publiée en feuilleton dans le Cabinet des fées (le Cabinet des fées est aujourd'hui partiellement disponible en poche), puis The Princess and the Goblin de George MacDonald, The Worm Ouroboros d'Eddison, et le très curieux The Blazing World, de Lady Margaret Cavendish, duchesse de Newcastle: une œuvre non sans quelque parenté avec la Clélie de Madeleine de Scudéry ou l’Astrée d'Honoré d'Urfé, mais avec injections de bizarreries quasi science-fictionesques, de beaucoup de bruit et de fureur (et de proto-féminisme!).
Les "Grands Illisibles" n'ont pas été admirés que par leurs contemporains: The Faerie Queene a inspiré à Michael Moorcock sa Gloriana; l'Orlando de l'Arioste, à Chelsea Quinn Yarbro son Ariosto Furioso (et je me permets d'ajouter que l'épisode de Britomart fut une des inspirations d'Italo Calvino pour Le Chevalier Inexistant).
Vous savez ce qu'il vous reste à faire: écrivez à votre tour une fantaisie bien héroïque, avec des chevaliers, des géants, des chevaux magiques, des oiseaux magiques, des fleurs magiques; des reines, des fées, pourquoi pas des reines des fées, des voyages dans la Lune: que tous vos serpents s'en mordent la queue, et Phersu rendra compte sur son blog de vos travaux et traverses!
vendredi 3 juillet 2026
Quêtes fantastiques: y aller pas à pas
lundi 16 février 2026
Modeste proposition
Les personnalités les plus représentatives de nos élites intellectuelles (jurés des prix littéraires, concepteurs de systèmes informatiques sophistiqués, candidats aux plus hautes fonctions), alarmés par l'état du monde, déploient, en ce moment même, des efforts considérables (chacun dans sa spécialité) pour l'améliorer; Éric Chevillard (éminent spécialiste en questions générales) ne pouvait manquer de leur apporter sa contribution:
Il semblerait que le monde soit gouverné par un tyran insane et ivrogne. La planète agonise sous sa coupe, des conflits armés l’ensanglantent, une dernière vague enfle qui va l’engloutir avant de s’évaporer, tandis que nous déléguons notre intelligence à des robots afin de n’avoir plus à nous soucier que d’être bêtes.
Mais, de son côté, la littérature s’est assagie. Elle milite pour les justes causes, elle se défie des excès, elle sacrifie la fable à sa moralité, elle rachète nos péchés, mieux disposée envers le lecteur que la charogne envers le vautour, elle restaure les liens familiaux, elle se veut empathique, thérapeutique.
Heu… ne devrait-ce pas être le contraire? Ne conviendrait-il pas plutôt de gouverner le monde avec sagesse, mesure et équité, et, pour la littérature, de ne rien s’interdire, nulle outrance de l’imagination, la cocasserie, la fantaisie, la noirceur, toutes les folies ? Remettons donc les choses à leur place: laissons écrire Trump, Poutine et King-Jong-un, et confions aux écrivains l’administration bien comprise de ce monde.
vendredi 2 janvier 2026
Ce serait déjà ça
Je vous souhaite à tous la meilleure année possible. Ce n'est pas un vœu trop déraisonnable, non? Il suffirait, pour qu'il se réalise, que rien n'aille trop mal?
D'ailleurs, les autres blogueurs sont aussi prudents; leurs bilans comme leurs vœux sont modérés.
Les Chats voient des raisons d'espérer dans l'accélération de l'expansion de l'univers! La sortie serait-elle au fond de l'espace?
Tonton Alias ne se plaint de rien: il n'est même pas mort!
Et kwarkito ajoute: j'aurai connu de beaux et paisibles crépuscules. C'est déjà ça.
jeudi 18 décembre 2025
Ça commence puis ça finit
Cela commence ainsi.
Laura Barnett: Quoi qu'il arrive
Une fin pas réellement tragique, mais un peu triste quand même: celle de Ça a débuté comme ça...
La partie était terminée.
Jean-Pierre de Lucovich: Occupe-toi d'Arletty
... depuis le mois de Mars, le site n'est plus mis à jour.
Un site sur lequel découvrir des centaines d'incipits de livres de toutes sortes: de pulps comme de littérature blanche, de mémoires, de nouvelles, de biographies mais surtout de romans (des centaines je vous dis! je soupçonne que ce pourrait être un travail collectif).
Il n'y a pas qu'une façon d'écrire une première phrase: certains auteurs essaient, dès cette fameuse première phrase, de harponner le lecteur, d'autres affectent de s'en ficher royalement... les deux méthodes ont l'air de fonctionner.
Que penser d'un début comme:
Aldo et Rosita Peyró – un couple mûr du quartier de Flores – adoptèrent un jour un singulier métier, qui éveilla la curiosité des rares personnes qui étaient au courant : ils livraient des pizzas à domicile, la nuit. (César Aira: Les nuits de Flores) ...?
... il parle d'"éveiller la curiosité" avec une information apparemment banale? Ça doit cacher quelque chose, sûrement, se dit le lecteur à qui on ne la fait pas.
Et parfois c'est le contraire: on lit "Des rafales d’un vent glacial fouettaient l’abbaye de Saint-Michel-de-la-Cluse, faisant pénétrer entre ses murs une odeur de résine et de feuilles sèches", et la première impression est "Que de clichés!"...
... puis on découvre que c'est l'incipit d'un livre intitulé "Le marchand de livres maudits" d'un certain Simoni (Marcello) et on se dit "Ah! Ah! Des livres maudits? J'achète!".
Très souvent ça a marché avec moi, je me suis demandé "Mais dans quoi veut-il nous embarquer?" en lisant un de ces incipits.
Aux environs de cinq heures et demie,
je fermai mon livre et commençai à
chasser les clients du magasin.
Lawrence Block: La Spinoza Connection
Habituellement quand je tire des rayons d'une librairie ou d'une bibliothèque un livre que je ne connais pas, je me garde bien de l'ouvrir à la première ou à la dernière page: savoir d'avance que ça commence mal, que ça finit bien (ou le contraire), ça spoilerait trop! Au lieu de ça j'entame le livre par le milieu, avec un paragraphe au hasard: ça me dit si le style va me plaire et si j'aimerais savoir ce qui vient après. Pas plus: je n'ai pas envie que le libraire me chasse!
Si, à l’époque, j’avais su ces choses,
est-ce que la situation serait différente
aujourd’hui ?
Indigo Bloome: Le jeu des tentations
Vous avez, je suppose, entendu parler du test de la page 99, du prix de la page 111, ce genre de trucs... autant de méthodes pour se faire une idée des livres qu'on n'a pas lus (mais qu'on a peut-être envie de lire): à chacun ses préférences!
— Alors, qu’en dites-vous ?
Colin Dexter: Les silences du professeur
Toutes les citations ci-dessus, faites dans un but informatif, appartiennent, évidemment, à leurs auteurs, etc etc...
vendredi 13 juin 2025
Vibrations, bad or good
Peut-on encore parler d'un échange de bons procédés? Encore une nouvelle à la fois musicale et triste; comme dit imaginos, "tout le monde sur internet " en a déjà parlé: Brian Wilson, l’un des fondateurs des Beach Boys, allait avoir 83 ans - depuis plusieurs années déjà, il n'était plus tout à fait, tout entier, parmi nous. Oui, le titre choisi est peu original, mais pour aborder ce sujet, chercher l'originalité à tout prix serait-il de bon goût? (d'autres ont choisi Love and Mercy, ce qui n'est pas non plus un mauvais choix).
Michael Leddy parle avec émotion des stades successifs par lesquels sa relation avec la musique des Beach Boys est passée au fil des années et des différents sentiments qu'elle lui a inspiré.
Puisse ce vendredi 13 vous réserver de bonnes surprises (on ne sait jamais avec le vendredi 13).
Brian Wilson 1942–2025
jeudi 15 mai 2025
Pont pont pont
Le premier Mai je l'ai célébré comme nous en avons tous pris l'habitude: je n'ai rien fait.
Je n'ai pas fait la vaisselle.
Mais j'ai fait le pont, puisque pont il y avait.
Un second pont est arrivé sans que je l'aie vu venir.
Les jours suivants, j'ai fait la vaisselle qui, elle, avait trouvé le temps de s'accumuler dans l'évier. Ensuite il a bien fallu que je me repose, après toute cette dépense physique. Une association d'idées m'a ramené au recueil de nouvelles de Kipling, Les bâtisseurs de ponts, et l'activité du blogueur m'a paru - par comparaison - bien futile; mais peut-être devrais-je vous parler de Kipling, un de ces jours? Qu'en pensez-vous?
Puis j'ai réfléchi aux événements d'actualité dont j'avais omis de vous parler dans les semaines précédentes: par exemple, la mort de Mario Vargas Llosa, survenue en Avril (Chris Kearin, lui, en a parlé).
Après ça, Avril, le goinfre, a avalé le pape. Que compte-t-il laisser à manger aux autres mois? Les dernières baleines?
Mai est le mois des ponts. Si j'étais à la place du pont de Kerch, je ne serais pas tranquille.
mardi 11 février 2025
Sunday, Monday, Happy Days...
Encore un cas de synchronicité: un des derniers billets de l'ami Coulthart (Biblioklept) semble vouloir faire écho à un de ceux de l'amie Fresca (Noodletoon):
Part of an ostensible review of the sitcom Happy Days; from Ellison’s column published on 3 July 1970 and reprinted in The Other Glass Teat:
One begins to realize that our national middle-class hunger to return to two decades of Depression, world war, Prohibition, Racism Unadmitted, Covert Fascination with Sex, Deadly Innocence, Isolationism, Provincialism, and Deprivation Remembered as Good Old Days has become a cultural sickness.
The past has always been a rich source for fun and profit. Nostalgia is a good thing. It keeps us from forgetting our roots. Readers of this column know I trip down Memory Lane myself frequently. But it is clearly evident that when an entire nation refuses to accept the responsibilities of its own future, when it seeks release in a morbid fascination with its past, and when it elevates the dusty dead days of the past to a pinnacle position of Olympian grandeur … we are in serious trouble.
Harlan Ellison critique de télévision! Ça vous surprend sans doute, mais vous saviez déjà qu'il ne pouvait pas s'arrêter d'écrire, sur tout ce qui lui passait par la tête. Il est hautement improbable que ces recueils de critiques soient jamais traduits en français (ça donnerait Le Téton de Verre? hum... ou peut-être Le Biberon Cathodique? on comprendrait mieux); alors jetez un coup d'œil aux 4 de couv' pour avoir une idée du contenu. Oui, je sais, je vous ai promis de vous parler bientôt sérieusement d'Ellison, un peu de patience, ça viendra!
Quant à la corrélation entre le billet de Biblioklept et celui de Noodletoon, elle sera peut-être difficile à saisir pour les lecteurs français, puisque l'émission dont Fresca parle (the Prairie Home Companion) et son host Garrison Keillor, l'un et l'autre longtemps très populaires aux USA, sont totalement inconnus chez nous (tant pis! ou tant mieux?)... si après l'avoir lu vous revenez au premier paragraphe d'Ellison, ça vous aidera à faire le lien (Happy Days, ça, au moins, vous connaissez!).
mercredi 18 décembre 2024
Calendrier de Pas-en-Avance
Oh la la, la saison où, sur les blogs sérieux, on suggère des listes de livres à déposer au pied du sapin est de retour!
Yossarian, par exemple, propose, images à l'appui, neuf titres que je n'ai pas eu l'occasion de lire ni même de feuilleter:
Tiny Tango, de Judith Moffett; Conque, de Perrine Tripier; Les champs de la Lune, de Catherine Dufour, OVNI 78, de la bande à Wu Ming; La maison des soleils, d'Alastair Reynolds; Pour mourir, le monde, de Yan Lespoux; Pays de fantômes, de Margaret Killjoy; Un détail mineur, d'Adania Shibli; Jour de ressac, de Maylis de Kerangal...
... et seulement deux que j'ai lus: La sonde et la taille de Laurent Mantese et Le voyage de Shuna de Hayao Miyazaki. Comme ces deux-là, je vous les aurais moi aussi signalés (j'en reparlerai, si, si!), et puisque Yossarian ne recommande pas n'importe quoi (en général), je fais un geste un peu vague dans la direction de son blog (il les tous chroniqués; cliquez sur les images!)
Tiens, puis qu'on parle de sapin, je m'avise que je ne vous ai pas encore parlé d'Eliza Shua Dusapin (ça aussi, j'aurais dû!) sa bibliographie est courte mais bonne, cherchez-la sur le net!
mardi 5 septembre 2023
Lunes qui vont par treize, années qui vont par vingt
En cette semaine de rentrée où les journées (et les nuits) spéciales se sont bousculées: la nuit de la Super-Lune (celle qui revient once in a blue moon), le vingtième anniversaire du décès de J. R. R. Tolkien... il n'y aurait rien de surprenant (avec toutes ces lentilles à astiquer, tous ces hymnes en qenya à mémoriser) à ce que vous ne sachiez déjà plus où donner de la tête. Il s'ajoute pourtant aux deux précédents un événement qu'il est important de célébrer, même si les journaux en ont moins parlé: les vingt ans du blog de Michel Volkovitch! Michel Volkovitch ne manque jamais de mettre à jour sa page au début de chaque mois, et je suis certain que, pour vous comme pour Tororo, visiter son journal infime et son carnet du traducteur, c'est devenu au fil des années un petit rituel mensuel; ce mois-ci, il conviendra en outre de lever quelques coupes, de choquer quelques chopines (si vous lisez en bonne compagnie), ou de pousser quelques hourras pendant votre lecture, pour souhaiter à l'infatigable traducteur-éditeur-apiculteur* de continuer à rendre le web plus intéressant pendant encore de nombreuses années.
*il s'est spécialisé dans la récolte du miel d'ange: si vous croyez que c'est facile!...
jeudi 29 décembre 2022
Escapade
Parmi les traditions de Noël, il en est une que j'apprécie particulièrement: celle qu'observe Biblioklept de republier à intervalles réguliers...
... un certain dessin de Glen Baxter.
mardi 6 décembre 2022
Different sizes, different vigour of ticking (Sebastian Knight, 2bis)
Michael Leddy me rappelle opportunément que l'an dernier, il avait déjà eu cette idée: poster sur son blog quelques impressions laissées par la lecture (dans le texte original) de La vraie vie de Sebastian Knight. Opportunément, car, je l'avoue à ma confusion, ça m'était complètement sorti de la tête; ou plutôt, ça avait dû, par quelque lent processus psychique, se transformer en une sorte d'injonction hypnotique (accompagnée d'amnésie post-hypnotique?): "Poste des billets sur Sebastian Knight! Poste des billets sur Sebastian Knight!" Justement, voici le texte anglais dont je ne connais que la traduction française citée dans ce billet: nous pouvons à présent juger (favorablement, aurais-je dit, jusqu'à ce que Michael me fasse remarquer, en commentaire, une inexplicable disparition) de la fidélité de la traduction d'Yvonne Davet. Merci Michael!
Vladimir Nabokov: The Real Life of Sebastian Knight, New Directions Publishing, 1941
lundi 29 août 2022
Comment calculer la racine d'une citation
UN CHIFFRE
J'ai pris (disait G.H. Hardy à Ramanujan malade), pour venir, un taxi portant le numéro 1729; c'est là, me semble-t-il, un nombre bien peu intéressant.
— Pas du tout, répliqua Ramanujan après quelques instants de réflexion. C'est le plus petit nombre décomposable de deux façons différentes en une somme de deux cubes. (Raymond Queneau, Bords, Hermann, 1963, p.34)
mardi 19 juillet 2022
C'est quoi le féminin de challenge?
Vert (de Nevertwhere) a proposé un(e?) challenge dont "le principe est simple: présenter soit dix ouvrages écrits par des autrices et appartenant aux littératures de l’imaginaire (SF, fantasy, fantastique) soit dix autrices de littératures de l’imaginaire qui sont pour vous incontournables, quelle qu’en soit la raison". Et le défi a déjà été relevé des dizaines de fois, bientôt une centaine: allez voir la liste ici.
On va dire que Mary Shelley est hors concours, parce que ce serait un peu comme si, dans une course de trottinettes électriques, on inscrivait une De Lorean gonflée au plutonium, non?
Dans la catégorie "Incontournables de tous les temps toutes catégories confondues", il y aurait évidemment Ursula K. Le Guin, Leigh Brackett, Catherine L. Moore: tout le monde (ou presque) est d'accord là dessus, moi le premier: ça m'en fait trois.
Dans la catégorie "Petites Nouvelles" (pas si petites ni forcément si nouvelles que ça, mais vous voyez ce que je veux dire) il y a plus de choix: souvent citées (mais moins souvent que les Grandes Anciennes, en raison de la concurrence), Emily St. John Mandel, Octavia Butler, Becky Chambers, Nnedi Okorafor, Martha Wells, Emma Newman (des choix auxquels j'adhère tout à fait), plus celles dont je n'ai jamais rien lu alors je m'abstiens; je vais donc me limiter à mes chouchoutes préférées (celles dont je n'ai pas pu m'empêcher de vous parler déjà sur ce blog - cherchez, vous verrez!), Kij Johnson, Jo Walton, Claire Duvivier; encore trois.
Ça ne vous a pas échappé, bien sûr: entre la première et la deuxième catégorie il y a un vide de pas mal d'années. Pour ces incontournables des années 1960-2000, j'ai passé mon tour parce qu'il y en a vraiment trop et elles ont toutes trouvé au moins un champion ou une championne pour les défendre.
La troisième catégorie... Au moment de définir un champ de recherche, j'avais été vaguement tenté par l'idée d'une catégorie "Marginales, aux frontières de la SFF un pied dehors un pied dedans": Doris Lessing, Léonora Carrington... peut-être même Catherine Dufour, qui met les pieds un peu partout? Puis je me suis dit que ce n'était pas ça qu'on attendait, et qu'il valait mieux rester dans la SFF pure et dure. La troisième catégorie, donc, sera celle des "Pas assez souvent citées à mon goût dans les autres listes": mon choix, ce sera Angelica Gorodischer, James Tiptree (Junior!), et Tanith Lee. Regardez fixement mon pendule et allez voter pour elles!
Mais on en est déjà à neuf, et je n'ai encore cité que des noms sur lesquels existe déjà un consensus... ça ne me ressemble pas! Il est temps d'ajouter un greffon à cet arbre généalogique, au moins une autrice dont personne n'a encore parlé, sinon à quoi bon?
Plongeons dans l'abîme du temps. Il y a quarante ans et des poussières, je découvrais dans un fanzine (polycopié, comme on faisait à l'époque!), une nouvelle brève, mais marquante: Roubia. Il y avait certes de nombreux points communs entre ce texte et le fameux Journal d'un monstre, de Richard Matheson (que justement j'avais lu peu de temps avant). Mais le ton et le rythme étaient suffisamment originaux pour que je ne sois pas tenté d'y voir une volonté de pastiche ou même d'hommage; une influence, tout au plus. L'auteur? Une certaine Josiane Bala.... Balala... Balaskowitz, voilà. On commençait alors à parler d'une quasi-homonyme, une comédienne nommée Josiane Balasko, mais, sûrement, aucun rapport (les comédiennes n'écrivent pas de nouvelles de SFF, n'est-ce pas?). Je m'attendais à revoir un jour cette signature, car Roubia c'était un bon début; mais le temps passa, et je n'entendis plus jamais parler d'une écrivaine de SFF nommée Balaskowitz. Et puis, l'année dernière, surprise: Josiane Balasko, ne trouvant plus assez de cabines téléphoniques pour se changer (le monde change, les super-héroïnes doivent s'adapter), décide de révéler son identité secrète: c'est elle, la mystérieuse Josiane Balaskowitz! Elle vient de publier un recueil de nouvelles ("fantastiques" au sens large) intitulé Jamaiplu.
Pourquoi l'ajouter à ma liste? La réponse est évidente: la nostalgie, camarade (pour l'odeur de l'encre des fanzines polycopiés). Et puis, Vert a dit "quelle qu’en soit la raison", alors j'ai le droit. Et ça fait dix.
mercredi 1 septembre 2021
Driiiiiiiiing!
En Septembre, il se passe quoi?
Ah, déjà une bonne réponse (c'est bien, il y en a qui suivent): la rentrée!
La rentrée sera, cette année, euh… un peu compliquée.
Raison de plus pour bien la préparer: prenez exemple sur ces deux élèves,
Li-An et Boulet qui ont commencé leurs préparatifs à l'avance:
Li-An en rangeant son pupitre et en faisant de la place pour tous les crayons neufs et les rames de papier dont il aura besoin en octobre (on lui a déjà donné le programme pour octobre);
Boulet en mettant en ordre ses notes de l'année dernière (il les a déjà bien potassées, et il donne ici des conclusions intéressantes) et en en faisant des polycops pour distribuer à tous ses copains: ça rendra service à tout le monde, aux redoublants comme à ceux qui passent!
Et pour rendre ça un peu plus ludique ils vous invitent à venir leur donner un coup de main! Ludique, ça le sera au point qu'il y aura des chips et du Champomy des images à gagner! Pas la peine que je les poste ici, ces images: vous pourrez en voir tout plein ici et là.
Quand vous bouclerez votre cartable, demandez à votre papa et à votre maman de vous donner un peu de sous, ils se montreront compréhensifs quand vous leur direz que c'est pour les imprévus de la rentrée (ils connaissent ça).
dimanche 2 mai 2021
J'aime tant le travail que je voudrais que...
Comment, me demandez-vous, ai-je occupé le premier mai, un jour où évidemment, il n'était pas question de travailler? Entre autres choses, j'ai regardé le film de Radu Jude, Peu m'importe si l'Histoire nous considère comme des barbares (suggéré par L'Œil des Chats). Il est encore visible gratis pour peu de temps (jusqu'au 4) sur Arte TV; trouvez donc un moment pour y jeter un coup d'œil, il n'est pas mal du tout. Le talent et la verve des acteurs, apportant un peu de rire et de gaieté… Et si vous n'avez pas le temps ces jours-ci, vous pourrez un autre jour, grâce à votre abonnement, le retrouver sur Mubi…
samedi 24 avril 2021
Corona Heights dans un monde-miroir
Vous vous souvenez de Fritz Leiber… comment auriez-vous pu l'oublier? C'est à cause de lui que (dans des mondes alternatifs) vous vous êtes si souvent fondu dans l'ombre, cachant sous les plis de votre cape grise une dague en forme de griffe… que vous avez empli tant de tavernes de votre rire tonitruant, en balançant négligemment au bout d'un bras interminable votre hache à deux tranchants… Fritz Leiber… mais peut-être avez-vous oublié certaines choses le concernant?
Le Blog des Chats, fidèle à sa mission de sauvegarde mémorielle, a consacré cette semaine à Fritz Leiber, sous un angle particulier: inventorier les traces laissées dans l'Histoire par les Serpents et les Araignées… Lisez donc les billets de cette semaine, faites une pause, puis revenez au début: ce sera l'occasion de vérifier lesquels de vos souvenirs correspondent encore à une réalité soumise à des modifications permanentes.
dimanche 21 mars 2021
Insérez ici (la légende de votre choix)
Sur Médiapart (section "les blogs") Charlie Wellecam publie une lettre ouverte à laquelle je ne vois rien à ajouter ou à retrancher. C'est plutôt réconfortant à un moment où tant de gens parlent pour ne rien dire. Dommage que le contenu de la lettre, lui, ne soit pas à proprement parler réconfortant. La perfection n'est pas de ce monde.
mardi 9 mars 2021
Une rencontre dans un parc
Peut-être ce mois de Mars entend-il nous montrer sa bonne volonté en nous réservant quelques surprises agréables?
Tenez, par exemple: il nous promet pour bientôt un nouveau livre illustré par Rebecca Green! Sa sortie était, de longue date, annoncée pour le 9 Mars par son éditeur, Viking Books; et le 9 Mars c'est aujourd'hui! Il est un peu tôt, je vous l'accorde, pour vous précipiter chez votre libraire: mais un(e) lecteur(euse) averti(e) en vaut plusieurs. J'aime bien Rebecca Green, je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit. Mais je bavarde, je bavarde et je ne vous ai pas encore dit le titre du livre:
Kafka and the Doll!
Si vous vous intéressez aux mêmes choses que moi, ce qui est probable puisque vous voilà en train de lire ceci, vous connaissez déjà le roman que Fabrice Colin a écrit il y a déjà quelques années: La poupée de Kafka (synchronicité: la même année, Didier Lévy (texte) et Tiziana Romanin (illustrations) avaient déjà tenté la mise en image de cette histoire, dans une collection pour enfants chez Sarbacane: Franz, Dora, la petite fille et sa poupée).
Le livre qu'ont co-signé Larissa Theule et Rebecca Green, et celui de Colin, sont basés sur le même récit, répété ici et là depuis pas mal d'années (à l'origine, l’histoire de la poupée a été rapportée par Dora Diamant à deux des biographes de Kafka, son ami Max Brod et Marthe Robert), que certains ont dénoncé comme sûrement imaginaire: enfin Kafka, quoi! KAFKA! Ce grand homme qui a donné à toutes les langues de la planète un terrifiant adjectif* modelé sur son nom, un adjectif qui n'a pas d'autre rival en noirceur que UBUESQUE! Comment cet auteur pour gens sérieux, que la postérité a si strictement redingoté et cravaté de noir, aurait-il perdu du temps (alors qu'il avait de grands romans à achever), à écrire les aventures d'une poupée voyageuse?
Moi je suis tenté d'y croire, comme Colin. Son roman est un peu trop bavard (comme moi!!!), mais il traite sans sensiblerie cette histoire presque trop belle pour être vraie.
Je suis curieux de voir ce que Larissa Theule, dans ce livre qui, selon l'éditeur, s'adresse aux 4 - 8 ans, aura fait de cette anecdote.
Sur son blog, Rebecca Green parle avec passion de la façon dont elle aborde son travail d'illustratrice - "My favorite way to celebrate a book is by sharing the illustration process!", dit-elle - je vous recommande, par exemple, le making-of de Madame Saqui, Revolutionary Rope Dancer -
et dans le billet de ce mois-ci, elle nous raconte comment elle s'y est pris pour illustrer Kafka et la poupée:
"The first tests were pure exploration. I thought Irma might have short hair, I tried a more animation-y style, and I even thought for a second, I’d do the book three-dimensionally. While that last one is a dream I hope to make happen someday, it was impossible for this project. "
Les premiers tests furent de simples explorations. Je me suis dit qu'Irma (c'est la poupée) pourrait avoir les cheveux courts... j'ai essayé un style un peu "dessin animé"... j'ai même songé un instant que je pourrais illustrer le livre en saynètes à trois dimensions. Ça, c'était un rêve, un rêve que j'espère réaliser un jour, mais dans le cadre de ce projet-ci, c'était impossible.
Elle pratique un style d'illustration assez classique, mais parfois elle sort des sentiers battus et, comme ici, entre dans la Troisième Dimension:
![]() |
| Non, votre écran n'est pas déréglé (clic!). Vous venez d'entrer dans la Troisième Dimension. |
Ça ce n'est pas un travail de commande, c'est une de ses recherches personnelles.
![]() |
| Treasures untold. |
Non seulement j'aime bien tous les petits détails, mais je trouve que l'ensemble est supérieur à la somme de ces détails.
J'aimerais bien voir Rebecca Green, un jour, illustrer tout un bouquin de cette façon.
Et je pense que, pour Kafka and the Doll, ce procédé aurait été particulièrement bien adapté: je ne suis pas surpris que Rebecca ait été tentée par cette idée. J'imagine bien un Kafka de pâte à sculpter, ou de papier mâché "à la manière de Rebecca Green": un chapeau bien enfoncé sur une tête stylisée - les traits anguleux arrondis par le polissage de la pâte, de grands yeux très noirs et une bouche souriant, à peine, d'un sourire de Joconde - sortant d'un col dur en bristol; et une petite fille et une poupée dans des robes de même matière (en papier crépon?) mais de couleurs différentes. Rebecca Green et son éditeur ont choisi un parti différent, privilégiant la simplicité. Contraintes de temps, de budget, j'imagine... On ne peut pas tout avoir: pour autant, je n'en suis pas moins impatient de voir à quoi ressemblera ce livre.
En attendant, allez voir le site de Rebecca Green!
Kafka and the Doll, "Viking Books for Young Readers", 2021
* Nous traversons une période KAFKAÏENNE! N'est-ce pas le bon moment pour retourner vers Kafka?
images © Rebecca Green
dimanche 13 décembre 2020
Des brumes, des brumes, des brumes
Il me semble déjà que j'ai été bien mal inspiré, en allant chercher des liens pour documenter le billet sur Corben, de parcourir les pages d'actuabd. J'y ai appris encore trois nouvelles déprimantes: en quelques jours, Taffin, Le Hir et Malik ont rejoint Corben au pays des ombres. Et ce n'est pas la lecture des blogs d'Alias, d'Anniceris et d'Imaginos, qui tous déploraient le départ prématuré de Jérôme Bianquis, encore quelqu'un qu'on connaissait et qu'on appréciait, qui pouvait me remonter le moral.
"Douze/douze, l'année n'est pas finie, et de 2020 déjà j'ai ma dose", constate, de son côté, Nikolavitch.
Sortez couverts, amis.



