Affichage des articles dont le libellé est animation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est animation. Afficher tous les articles

dimanche 28 juin 2026

Wendy et Trevor, et Gemma et Josie, et Adam et Evan, et Marsha et Trixie...

Petit à petit, je vais rattraper le retard que j'ai pris en juin...
Pour le festival d'Annecy, était-il bien nécessaire que je vous prévienne à l'avance? Vous êtes des jeunes gens modernes, avec des moyens de communication modernes, vous avez créé des alertes sur votre smartphone et tout ça, vous le saviez, n'est-ce pas, que c'était cette semaine? Vos avez pu y aller? Si vous n'avez pas pu, voici le palmarès, qui réservait quelques surprises (des films qu'on n'attendait pas et qui ont raflé plusieurs prix). Ce que je retiens, c'est une annonce: SuperMutant Magic Academy, le comic de Jillian Tamaki dont je vous ai dit tant de bien, est en cours d'adaptation par Cartoon Network Studios en série animée! Quand on en saura davantage, je vous en parlerai, c'est sûr.  

vendredi 16 janvier 2026

I'm having a moment here. Don't spoil the mood.

Vous le savez sûrement déjà, lecteurs curieux de tout, mais je vous le rappelle à tout hasard: la diffusion de la deuxième saison de Frieren (l'anime) va commencer! 

Et puisque c'est la saison des vœux, c'est le moment d'en faire pour Kanehito Yamada et Tsukasa Abe, scénariste et dessinatrice du manga dont la série est l'adaptation, que des problèmes de santé ont forcé à mettre leur travail en pause, ce qui fait que le futur des deux séries, la dessinée et l'animée, est pour le moment plein d'incertitudes...

Le voyage vers Ende n'est pas terminé!

Image © Toho productions

 

 

lundi 24 novembre 2025

Premières neiges

 Quand il neige, il est normal de passer le plus de temps possible le nez en l'air (et personne ne s'étonnera de vous voir  ouvrir grand la bouche et tirer la langue). Mais, tout de même, si vous êtes dans les environs de Montpellier (où les chutes de neiges ne sont d'ailleurs qu'intermittentes, vous trouverez bien du temps pour faire autre chose que des boules de neige), ne manquez pas la 5ème édition du Festival du Cinéma d'Animation (L'Illuminé, c'est comme ça qu'ils l'appellent) du 28 au 30 novembre! Le 28, ce sera en principe la journée professionnelle, les 29 et 30, des centaines de métrages longs et courts, pour tous les âges et pour tous les goûts.  

Et de toutes façons, dans les salles obscures ce sera pareil: personne ne s'étonnera de vous voir  ouvrir grand la bouche et tirer la langue!

 

vendredi 17 octobre 2025

Il est des pays où les gens, au creux des lits, font des rêves

 Les rêves prémonitoires, vous y croyez, vous? À moitié seulement? Hé bien j'ai la preuve irréfutable que ça existe. Vous vous souvenez de la prédiction qui concluait le billet que j'avais écrit il y a... huit ans sur Zootopia? Elle était inspirée par un rêve que j'avais fait (un vrai rêve que j'avais vraiment fait, hein, ce n'était pas un procédé rhétorique; je suis toujours sérieux quand je parle de choses sérieuses, comme les rêves ou les dessins animés).
Et voilà, la prédiction s'est réalisée: on va retourner à Zootopia, cette fois encore en compagnie de Gazelle! C'est réconfortant de penser que les rêves peuvent nous signaler les rares raisons que nous avons d'espérer en un avenir meilleur, comme des chandelles dans la nuit.

 

mardi 10 juin 2025

Une actualité gratinée

 Actualité politique internationale: Deux psychopathes sont dans un bateau (pour ne pas les confondre, convenons de les appeler Psycopatati et Psycopatata). Psycopatata secoue  Psycopatati, et Psycopatati  secoue le bateau; qui reste-t-il sur ... ah, bah voilà que le bateau flotte la quille en l'air maintenant, où sont-ils passés?

Actualité galactique intergalactique; en ce moment le gratin du cinéma d'animation se retrouve à AnnecyVous pourrez (si vous avez de la chance)  papoter avec Matt Groening ou Michel Gondry, fondre de tendresse devant les premiers pas (tataaaaa!) sur grand écran d'une toute petite Amélie Nothomb (on parie qu'elle deviendra grande?), assister aux premières de futurs blockbusters et de courts métrages de toutes dimensions. Enfin, je veux dire, si vous avez pris vos dispositions à temps... mais je suis sûr que vous aviez noté ça depuis longtemps sur votre calendrier, n'est-ce pas? 

 

samedi 31 août 2024

Gloria...

 Août n'a pas voulu écouter mes conseils, et a préféré imiter ses grands frères et leur fichue manie d'emporter des gens avec eux. Ça m'a perturbé, ces avis de décès qui s'empilaient; j'en ai oublié de souhaiter son 120ème anniversaire à Julio Cortazar (c'était pourtant simple de se rappeler la date, c'était le 24 août).
Gena Rowlands, Alain Delon et puis, comme ça ne suffisait pas, Atsuko Tanaka et Catherine Ribeiro.
Devinez les quel(les) me manquent le plus?


Gena Rowlands 1935-2024
Alain Delon 1930-2024
Atsuko Tanaka 1962-2024
Catherine Ribeiro 1941-2024

lundi 12 août 2024

Et tu étais toujours là, dans ces beaux souvenirs

 Les Perséides sont un essaim de météores (ou étoiles filantes) visible dans l'atmosphère terrestre, constitué de débris de la comète Swift-Tuttle et dont la taille est comprise entre celle d'un grain de sable et celle d'un petit pois. C'est wikipedia qui le dit, alors ça doit être comme ça: une pluie d'étoiles filantes, en vrai, c'est une pluie de grains de sable et de petits pois.
Ces météores sont observables lorsque les débris de Swift-Tuttle rencontrent l’atmosphère terrestre, soit à partir du 20 juillet environ jusqu’aux alentours du 25 août, avec un maximum habituellement situé entre les 11 et 15 août. La nuit la plus active de la pluie des Perséides est celle du 12 au 13 août de 2 à 5 heures du matin. 


Il y a... voyons... cinquante ans, ou pas loin, avec un groupe d'amis, nous avons décidé de veiller au grand air, tout la nuit s'il le fallait, pour voir passer ce nuage de poussières qui ressemblent tellement à des étoiles. Nous avons choisi une pente bien orientée au flanc d'une colline loin de toute pollution lumineuse et nous avons parlé de choses et d'autres, pour rester éveillés en attendant que pleuvent les petits pois (car le marchand de sable, lui, était déjà là). Pas étonnant que je ne me souvienne pas de ce que nous avons dit: une conversation comme on en a tous les jours, alors que c'est pour une nuit comme il n'y en a pas toutes les nuits que nous étions là.
Les personnes qui étaient avec moi, c'était qui, déjà?


Les noms, je les ai oubliés.


Sauf un.


Les plus attentifs d'entre vous à ce qui se passe sur internet ont déjà compris où je veux en venir. Comme vous, j'ai traîné sur Youtube où il est impossible de rater (il y en a partout) les trailers, les teasers, les commentaires de cette série animée dont le premier épisode montre une pluie de météores: Sousou no Frieren (un titre avec lequel les traducteurs on du mal: Frieren, après la fin du voyage; Frieren la fossoyeuse ...). Et, après ce que je viens de vous confier, vous ne serez pas surpris de l'apprendre: j'ai voulu voir ça de près, et, dès le premier épisode, j'ai été aspiré hors de notre réalité comme par un vortex spatio-temporel, et j'ai binge watché la suite. Vraiment, c'est un très chouette anime que vous pouvez, si vous êtes impatient, voir sur Crunchyroll (un site que, pour plusieurs raisons, je ne recommande pas vraiment, mais enfin bon, ils proposent des périodes d'essai gratuites, on peut avoir envie d'en profiter en attendant que ça sorte en DVD ou en Blu-ray). Vous pouvez aussi lire le manga (l'anime est adapté, plutôt fidèlement, d'un manga traduit en français par Ki-oon).

 

Cinquante ans, c'est long.

Je me demande si je ne devrais pas donner de mes nouvelles à cette personne dont je n'ai pas oublié le nom? Notre pluie d'étoiles filantes à nous, c'est maintenant.

 

image © Madhouse production

mercredi 21 février 2024

Un moment d'émotion pour Nimona

 Certains des visiteurs parmi les plus fidèles de ce blog ont fait savoir à leur ami Tororo qu'ils s'inquiétaient pour sa santé (celle du blog); pourquoi ce long silence en un début d'année riche en événements? Rassurons-les: Tororo est, simplement, très pris par ses activités en dehors d'internet, et, que voulez-vous, tororoshiru.com ne s'écrit pas tout seul (une version assistée par une intelligence artificielle est actuellement en développement dans nos bureaux d'étude).


Cependant, une actualité particulièrement brûlante force l'humain derrière la machine à retourner à son clavier: si vous faites partie de ceux de mes lecteurs qui, convaincus par tout le bien que j'ai dit par le passé de la série Nimona, se désolaient de ne pouvoir, faute d'argent, accéder à son adaptation animée disponible jusqu'ici seulement sur Netflix (c'est que ça coûte des sous, ce machin), vous serez heureux d'apprendre que ledit Netflix vient de la mettre gratis pro deo* à la disposition du public, sur Youtube, dans une définition confortable et sans coupure de pub! Saluons cette initiative, peut-être pas complètement désintéressée (le film  a été sélectionné dans plusieurs compétitions, et ils ont pu penser que créer autour de lui un peu de buzz, ou de hype -
au fait, c'est quoi qui est mieux, le buzz ou la hype? vous le savez, vous? - ne pouvait pas lui faire de mal). En tous cas je suis content pour Indy Stevenson et tous les gens qui se sont décarcassés pendant sept ans pour que ce film existe.
Profitez-en, tant que ça dure!

 

 * "Rien n'est gratuit en ce monde, sauf la grâce de Dieu."
Charles Portis: True Grit

 

 

jeudi 23 novembre 2023

Bon annauniversaire

 Quel jour sommes-nous aujourd'hui? Le 23 novembre? Voyons... Mais c'est l'anniversaire de Masamune Shirow!

Bon anniversaire  Masamune Shirow!


Toujours prêtes à faire la fête, Annapuma et Unipuma. 


mardi 15 août 2023

Tonight's the night to knight knights

 Chez nous, la nuit du 4 août, on célèbre l'anniversaire de l'abolition des privilèges. Enfin... c'est ce que j'ai entendu dire autrefois: cette année, les célébrations ont été plutôt discrètes, il me semble; les privilèges à abolir, ce ne serait donc plus d'actualité?

Et dans les royaumes imaginaires, ces fameux pays imaginaires où il nous semblait l'autre jour que l'horizon était plus dégagé que par ici, que célèbre-t-on à une date consacrée? Hé bien, the Night to Knight Knights (ça sonne bien, non?), on la célèbre dans le Royaume (le Royaume tout court: on ne lui donne pas d'autre nom), celui où vivent Ballister Boldheart, Ambrosius Goldenloin... 

et Nimona.

Hé oui, Nimona s'en sort toujours, ça s'est vérifié une fois de plus. Si vous voyez de quoi je parle, ça veut dire que vous êtes allé regarder (c'est sur Netflix depuis le mois dernier) à quoi ressemblait cette fameuse adaptation animée de Nimona dont je vous ai rebattu les oreilles. Alors? Ça vous a plu?
The Night to Knight Knights, et le drame qui se déroule pendant cette nuit fatidique, ça fait partie des nombreux petits changements qui ont été apportés à l'histoire que vous avez pu lire dans les versions webcomic ou papier. Pour tenir dans une heure (et quelques) de vidéo, le récit a été allégé de pas mal de péripéties,  et différents artifices le font avancer à cent à l'heure; le personnage de Goldenloin (qui dans la BD était au départ une simple silhouette un peu ridicule) a été rendu plus complexe et plus sympathique: dans la BD, les circonstances qui avaient valu à Ballister de perdre son bras étaient laissées un peu dans le flou, dans le film elles sont précisées, et on répond enfin à la question: Goldenloin l'a-t-il fait exprès, ou pas? La réponse est : il l'a fait exprès sans le faire exprès, ça a l'air idiot si on le dit comme ça mais dans le contexte c'est logique. La présence de technologies avancées dans une société qui garde une structure féodale s'explique par le passage d'un millénaire entre l'instant fondateur et le présent*. C'est d'ailleurs d'une actualité troublante: des sociétés qui se prétendent tournées vers le futur, en restant attachées à une mythologie nationale vieille de mille ans ou plus...  ça ne vous rappelle rien?
Le dessin est moins anguleux que dans le comic, plus rond, plus "Blue Sky", quoi; l'animation est fluide et les couleurs, chatoyantes, ont été l'objet d'une attention spéciale; les character designers, les dialoguistes et les doubleurs se sont donnés à fond; s'ils avaient fait tout ça pour rien (comme on a pu le craindre un moment), ç'aurait été un beau gâchis. Ceux qui l'ont vu en avant-première ont été ravis (il y a un florilège de critiques sur Cartoonbrew), et les abonnés de Netflix aussi.
Bref, Nimona le film est plutôt une bonne adaptation: les meilleures adaptations, ce sont en général celles qui ne cherchent pas à coller de trop près au matériau original, on l'a vu avec The Princess bride, Le Guépard, L'illusioniste, Le Prestige, la liste peut être longue, n'hésitez pas à proposer des exemples (et des contre-exemples si vous en trouvez).
J'aimerais bien que ça sorte en DVD, pour que je puisse me le repasser dans tous les sens quand je voudrai! Mais ça, avec Netflix, c'est une autre histoire.

*oui, ça laisse sans réponse la question: qu'a fait Nimona pendant tout ce temps? Les cartésiens pourraient appeler ça un plothole. À ces cartésiens on répondra comme pourrait le faire Nimona: reprends donc de la pizza.


mardi 23 mai 2023

Nimona: un phénix qui a eu chaud

 Netflix isn’t the hero we needed, but the hero we deserve.
(un fan de Nimona sur internet)


Vous qui commenciez à désespérer de voir un jour Nimona passer de la page à l'écran, la nouvelle vient de tomber: l'animation est bouclée!

Récapitulons:
2012 naissance de Nimona le webcomic;
2014 conclusion de la série sur le web (saluée, en son temps, ici)
2015 Nimona est publiée, sous la forme d'un bel album relié, chez Harper Collins! Plus tard Dargaud en  publiera une version française aussi soignée, qui sera suivie d'une édition brochée petit format.
2019 on annonce pour bientôt une adaptation animée! ce devait être une collaboration entre WebToons et le studio Henson. Ce choix, ainsi que celui de Patrick Osborne comme réalisateur, me semblait de bon augure. On estime alors que le film pourrait sortir en 2020...
2020 Patrick Osborne et le studio Henson ont passé la main à Nick Bruno et Troy Quane de Blue Sky Studio, et le projet avance bien, mais le covid 19 passe par là, et le confinement ralentit tout...
2022 le film est, annonce-t-on, terminé à 75%,  quand Blue Sky qui produisait le film est racheté par l'oncle Picsou. On connaît les habitudes du vieux grigou: une fois propriétaire de Blue Sky, il décide que l'entreprise ne vaut pas la peine d'être conservée, et les projets qu'elle développait non plus...
Oui mais, aussi entre-temps, la carrière de Stevenson a pris un autre tour: le reboot de l'antique série Masters of the Universe (un truc du vingtième siècle; ça vous rappelle quelque chose?) connaît, sous le nom de She-Ra and the Princesses of Power, un succès inattendu, et "Indy" Stevenson , scénariste et producteur exécutif de cette nouvelle série, est devenu quelqu'un de "bankable". Ça, ça plait aux financiers. Voilà la production de Nimona qui reprend, cette fois, sous le label Annapurna et, teaser à l'appui, le lancement est annoncé pour...
2023!

Seulement sur Netflix.


Ma réaction à toutes ces nouvelles est mitigée. Netflix est capable du meilleur comme du pire, n'est-ce pas? Et quand c'est le pire, c'est pas le meilleur du pire. L'équipe d'animation a connu plusieurs changements, au vu du premier teaser le style graphique est très différent de celui du comic, Stevenson, bien que toujours co-producteur exécutif, ne semble pas avoir eu la maîtrise totale du script... gardons tout de même espoir; n'avais-je pas conclu mon dernier billet sur le sujet par un optimiste "Nimona s'en sort toujours"?


 

jeudi 2 mars 2023

Il veille sur la galaxie

 Leiji Matsumoto et moi, ça a failli être un rendez-vous manqué: pour Albator, je n'ai pas eu le bon âge au bon moment. Mais Interstella 5555, je peux vous dire que j'ai kiffé grave. Et à présent, voir défiler le générique d'Albator, ça me rend nostalgique de quelque chose que je n'ai pas connu. Rendez-vous dans la prochaine galaxie, peut-être? Il doit bien exister quelque part des systèmes solaires secrets où l'on peut se rencontrer loin de la foule déchaînée.

1938-2023

jeudi 1 décembre 2022

Couleur de la cannelle

 La date du 19 novembre, je n'avais pas envie de l'appeler un anniversaire, parce qu'un anniversaire ça devrait être gai, et le 19 novembre c'est une date triste, c'est ce jour-là qu'est mort  Bruno Schulz. Mais John Coulthart, dont l'attention est toujours en éveil, vient  juste de nous signaler que les frères Quay, qui travaillent depuis des années à l'adaptation en animation image-par-image du livre de Bruno Schulz, Sanatorium pod Klepsydrą (que son éditeur français a préféré appeler Le Sanatorium au croque-mort, pourquoi? je ne sais pas), viennent de terminer un court métrage - pas en animation: à partir d'images d'archives - sur la vie trop brève de Bruno Schulz. Merci John Coulthart! Et il nous a fourni les liens vers ce court métrage, ainsi que vers un extrait prometteur (et déjà un peu ancien) du film d'animation.

Un jour on le verra, ce long métrage animé (longues ou courtes, les animations des frères Quay sont toutes de petites merveilles - je suppose que vous en avez vu - mais il leur faut du temps, aux frères Quay, pour les faire,  c'est long, l'animation image-par-image) et ce jour-là on sera contents: le temps sera aboli, comme dans le rêve de Jerzy Ficowski (vous vous souvenez?). Vous remarquerez, d'ailleurs, que le documentaire, les frères l'ont dédié à Jerzy Ficowski, pour des raisons évidentes.


vendredi 16 juillet 2021

Nimona niée

Ça ne peut pas être tous les jours fête, malheureusement.

Depuis des années, vous détestiez les gens qui dirigent* Disney™, et c'est bien normal, puisque ce sont des gens détestables, qui commettent des actes détestables au service d'une vision du monde détestable. Vous avez depuis février dernier une raison de plus de les détester, puisqu'ils ont ouvert la trappe sous les pieds de Patrick Osborne, de Noelle Stevenson et de tous les gens impliqués dans le projet d'adaptation de Nimona en film d'animation qui, nous disait-on en début d'année, aurait déjà été achevé "à 75%".  

Nimona.

Notre Nimona.

Une petite lueur d'espoir en mars: d'autres "gens" seraient intéressés par le rachat des projets de Blue Hour Studio...


Nimona, elle s'en sort toujours, pas vrai? Pas vrai?


 

* Je parle, bien sûr, des gens de tout en haut de la pile, puisque au contraire, parmi les gens qui triment dans les soutes pour enrichir Disney™, il y en a de très bien, qu'on aimerait serrer sur son cœur.

jeudi 19 mars 2020

Webcomics go Hollywood (sort of)


Vous vous souvenez de ce que j'écrivais il y a quelques années à propos des webcomics: qu'une sorte de tropisme les dirige à plus ou moins long terme vers le papier?
Ça donne souvent d'excellents résultats (voyez Boulet, Maliki, Dakota McFadzean, Tillie Walden, Hans Rickheit, j'en passe…) … parfois ça tourne court, comme pour le talentueux Derek Kirk Kim, qui, faute de soutien de la part de l'éditeur qu'il avait choisi, a dû arrêter sa très prometteuse série Tune, dont il avait pourtant entamé la prépublication en ligne spécifiquement en vue d'une édition papier (seuls le tome 1, Vanishing Point, et le tome 2,  Still Life, sont parus).
Cela aurait-il fonctionné aussi bien pour Lore Olympus, dont je soulignais ici qu'elle était particulièrement bien adaptée au visionnage sur écran, et qu'un remontage au format comics aurait privé de ce rythme syncopé, qui fait une partie de son charme?
Mais il doit y avoir en quelque Olympe des divinités bienveillantes qui s'intéressent à la destinée des webcomics. C'est une place parmi les constellations qui attend  le webcomic de Rachel Smythe quand il sera parvenu au terme de son existence terrestre (j'entends les constellations du septième art): Lore Olympus devrait bientôt être adapté en série animée.
Voir pour de vrai sautiller Perséphone, Zeus tonner (ou se cacher derrière un nuage), et les changements d'humeur de Hadès plonger dans les ténèbres le monde d'en-bas (avant que le fidèle Cerbère ne vienne, à grands coups de langue, lui remonter le moral)… c'est une perspective plutôt excitante, non? Ce sera une collaboration entre WebToons et le studio Henson. Henson… si ce nom ne vous dit rien, c'est que vous ne vous intéressez pas du tout à l'animation et que je vous fais perdre votre temps.

Mais si, au contraire, vous aimez les dessins qui bougent, ce n'est pas tout!
Retenez votre souffle: bientôt Ninéma au cimona.
Ninoni au cimama.
Allons bon, j'en suis encore tout retourné.
Je voulais dire: Nimona au cinéma. 


Flûte zut et zuppercut enfin l’important c’est que c’est NIMONA que vous pourrez voir au cinéma… enfin, à la télé… en vidéo… sur votre tablette... ou peut-être sur votre home cinéma si vous avez ça. Bref sur votre écran préféré… mais cette fois en images qui bougent!
Vous avez déjà fait connaissance avec Nimona, vous possédez sans doute déjà ses aventures en version papier, vous n'êtes donc pas étonné de la voir aller se fourrer là où on ne l'attendait pas.
Elle a tapé dans l'œil d'un réalisateur qui n'avait pas encore dirigé de série: Patrick Osborne. Prudent, il parle d'un délai de production qui s'étalera sur trois ans (une coproduction Fox et Blue Sky Animation); espérons que ça veut dire que les choses seront bien faites. Osborne n'a pas l'air manchot: vous pouvez voir son court métrage "Pearl" ici.

J'espère que ce billet vous aura convaincu que le futur n'est pas uniformément sombre.

Image: Noelle Stevenson forever!

jeudi 23 mai 2019

Dominion Fun Police


Trouvant toutes les nouvelles plus déprimantes les unes que les autres, j'ai éteint la radio et fouillé parmi les DVD qui prenaient la poussière dans un coin (le cimetière des passe-temps délaissés).
Ah! Voilà qui va nous faire joyeusement régresser: 
La galette se met à tourner, et le film commence.

J'avais oublié que les premières répliques du film étaient celles-ci:

- Pourquoi la police estime-t-elle nécessaire de s'équiper d'une puissance de feu capable d'anéantir 5 fois la population de la ville? Le rôle de la police est de protéger les droits et les biens des citoyens, et non de les menacer! En sacrifiant des vies innocentes au nom de la lutte contre le crime, la police s'abaisse au niveau de ceux qu'elle prétend combattre.
- Madame le maire, vous auriez dû dire ça au Conseil il y a des années, quand la Tank Police a été formée. Permettez-moi de vous rappeler que le taux de criminalité a baissé de 20% depuis l'utilisation des tanks. Je considère que la police mérite des félicitations! Quant au pourcentage de civils tués ou blessés lors des incidents dus aux interventions des tanks, il représente seulement 5%  des décès liés aux accidents de la circulation ou à la contamination bactérienne.
- Seulement 5%? Et vous en êtes fier? Ce genre d'attitude pourrait nous coûter nos postes. Je crois que vous n'avez pas la moindre idée de la facilité avec laquelle les élections pourraient nous faire perdre nos places. 

Ouch.

La déprime menaçant à nouveau de me submerger, je suis allé dans la cuisine faire du café.
Heureusement, quand je suis revenu avec la cafetière, la scène avait changé et Annapuma et Unipuma venaient de se lancer dans un de ces strip-tease impromptu dont elles ont le secret.
La soirée ne fut donc pas définitivement gâchée.



Dominion Tank Police (1988) par Takaaki Ishiyama et Kōichi Mashimo
d'après Masamune Shirow
Image © Agent 21, Toshiba video, Pathé video

dimanche 21 mai 2017

Zootopia: une tragédie toute mignonne




    “We desire our present civilization to advance steadily 
toward some kind of Utopia. 
The thought that it may decay and collapse, 
and that all its spiritual treasure may be 
lost irrevocably, is repugnant to us. 
Yet this must be faced as at least a possibility. 
And this kind of tragedy, 
the tragedy of a race, must, I think, 
be admitted in any adequate myth.” 

Nous voulons que notre civilisation se fixe 
comme objectif de parvenir à une forme d'utopie. 
L'idée nous répugne que puissent être inscrits, 
dans le destin de cette entreprise, sa corruption 
et son effondrement, la perte de ses trésors spirituels. 
Cependant, cette perspective doit rester présente 
à notre esprit, au moins comme une éventualité. 
Ce motif tragique, la tragédie 
de la transmission d'un destin
ne doit jamais être absent lorsque nous 
essayons de créer un mythe.



Il y a des œuvres qui sont des jungles, d'autres qui sont des zoos, ou encore des parcs à la française ou des jardins de curé. Quelle catégorie, pour Zootopia? Méfions-nous des évidences.

Aux nombreuses attractions qu'offre, à ceux qui le rêvent,
ce rêve agité qu'est le Rêve Américain
s'est ajoutée récemment cette variante du Palais des Miroirs (également connu, dans quelques luna-parks, sous le nom de Palais des Illusions): la vision, située dans un futur proche, d'une société "color-blind". Une société dans laquelle, non seulement on aurait cessé de classer par réflexe ses concitoyens selon la nuance de leur épiderme, mais on prêterait moins d'attention à ce détail qu'à la marque de leur smartphone (il y a des limites à la suspension d'incrédulité: on aurait, je le crains, beaucoup de mal à convaincre nos contemporains  de la possibilité d'une société dans laquelle le choix d'un smartphone ne serait pas un marqueur social. Chassez l'esprit de discrimination par la porte, il revient par la fenêtre).


Zootopia nous emmène dans une utopie qui ressemble fortement au pays de rêveurs mentionné plus haut (c'est une utopie pleine de gratte-ciels). Peaux, poils et carapaces s'y parent de toutes les couleurs du spectre, mais on ne se permet pas d'en déduire quoi que ce soit sur le caractère de leurs porteurs (il y a des ours blancs et des moutons blancs, et, la nuit, les éléphants ne sont pas moins gris que les souris): ce n'est donc pas, dans ce pays-ci, la couleur (au sens littéral) qui compte* : la difficulté initiale que les Pères Fondateurs de Zootopia ont dû surmonter, c'est que certains des pèlerins multicolores qui l'ont construite étaient des prédateurs qui considéraient d'autres pèlerins tout aussi multicolores comme leurs proies.
L'idéal vers lequel tend la société zootopique n'est donc pas la "color-blindness" mais la, euh… blindness, ça veut dire cécité… la "cécité à la position dans la chaîne alimentaire", c'est un peu long, mais je ne sais pas faire plus court. La difficulté à le nommer, cet idéal, rend manifeste son rattachement  à la tradition anglo-saxonne du nonsense, non? Pour trouver un meilleur mot, il faudrait faire appel à un spécialiste de la chose, par exemple Humpty-Dumpty (je l'ai appelé, mais je n'ai eu que sa boite vocale: il était en conférence). À première vue, une telle société ne peut trouver naturellement sa place que dans les contrées brillamment colorées de la nursery-rhyme et de la whimsy (depuis longtemps annexées par le royaume enchanté de Disney Productions: ça tombe bien, c'est un film Disney).
Pour le vérifier, voyons si, en re-transposant  la situation décrite dans Zootopia dans le monde dominé par les humains, on obtient quelque chose d'absurde: ça donnerait: une société dans laquelle tout le monde aurait renoncé à se demander s'il est désirable que l'homme soit exploité par l'homme, ou s'il vaudrait mieux que ce soit le contraire...
Euh... j'ai dit une bêtise (ça m'arrive): 
en fait, on n'a pas tellement besoin de transposer.
Il nous suffit de jeter un coup d'œil autour de nous 
pour y voir des homo sapiens qui souhaiteraient construire 
exactement cette utopie-là.

Zootopia,  sous l'apparence d'une silly symphony hypertrophiée, serait donc une allégorie transparente? réductrice? naïve?
Transparente: oui.
Réductrice: pas tant que ça, car le scénario fait bon usage de la complexité de la nature: il y a de très gros herbivores au caractère pas commode, et les carnassiers les plus petits ne sont pas les moins teigneux: voyez les musaraignes.
Et naïve...
... posons une question naïve, pour voir: mais qu'est-ce qu'ils mangent, tous ces animaux dont les habitudes alimentaires ataviques sont si contrastées?

La réponse est dans le film, et elle n'est pas naïve:
ils mangent de la junk food.

Hmmmmmm... pas comme dans Soleil Vert, quand même? Non? Sûrement pas? ça passerait encore pour des carnivores, mais des herbivores, disons au hasard des ovins et des bovins qu'on nourrirait de sous-produits de carcasses d'animaux réduits en farine, ça ne pourrait exister nulle part, même au royaume des fables, ce serait encore plus absurde que des renards en chemise hawaïenne ou des dromadaires en jogging?
Oh.
Flûte, j'ai encore dit une bêtise 
(qu'est-ce que j'ai en ce moment?):
en fait, nous n'avons même pas besoin de nous forcer 
pour avaler cette énormité, 
nous sommes déjà en train de la digérer.

Ici, Joyce Carol Oates a envie de s'inviter dans le débat: dans la postface, intitulée "Réflexions sur le grotesque", de ce recueil de nouvelles dont nous parlions justement il y a quelques semaines, elle insinue: "la place de l'humanité dans la chaîne alimentaire… serait-ce là la connaissance innommable, le tabou ultime, qui donne naissance à l'art du grotesque?… ou à toute forme d'art, de culture, de civilisation?"

... Supposons que nous sommes des gnous ou des oryctéropes, et remplaçons "la place de l'humanité dans la chaîne" par "la place dans la chaîne de notre voisin de palier qui laisse des poils partout", et nous réalisons que la question soulevée par Oates vaut pour les zootopiens comme pour les humains.
Dès qu'on se demande "que mangent-ils, les zootopiens? d'où viennent les additifs dans leurs ice-creams, dans leurs pâtisseries, dans les délicieux entremets qu'on sert dans les mariages de musaraignes?" on s'aperçoit que la question que la scène d'ouverture du film (le spectacle de fin d'année de l'école primaire de Bunnyburrow) a évacuée d'une façon badine n'a jamais cessé de se poser.
Et on saisit mieux que la position la plus ambiguë, dans cette fameuse chaîne alimentaire, ce n'est pas celle des lions (qui sont prêts à beaucoup de concessions pour qu'on ne les dérange pas dans leur occupation la plus importante: la sieste), ni celle des lapins (qui ont tendance à préférer, à tout bouleversement social, la préservation même inconfortable du statu quo), c'est celle des moutons et des cochons.
Je n’ai rien contre les moutons et les cochons, notez bien: j’ai pour voisins plusieurs familles de moutons et de cochons, et, je peux en témoigner, ce sont de très braves gens, le coeur sur la patte et tout; mais  écoutons-les parler, il ne faut pas les encourager beaucoup pour qu’ils se laissent aller à dire, par exemple,  c’est pas normal qu’on ait créé des emplois réservés aux, comment on dit déjà, aux mammifères dotés d’un métabolisme différent, même que dans le temps, on ne disait pas ça, mammifères au métabolisme différent, avant on employait un mot plus facile à retenir et qui disait bien ce qu’il voulait dire, mais maintenant soi-disant que c’est pas zoologiquement correct, c’est comme ces lapins qui vous regardent de travers si vous leur dites qu’ils sont mignons, on se demande où ça va s’arrêter, groïnk.
D'où vient cette insécurité qui transparaît si fréquemment dans leur discours? Être mouton ou cochon, en zootopie, ça correspondrait, chez les humains, à faire partie d'une classe moyenne qui ressent intimement la fragilité des douteux privilèges à elle concédés par la méga-faune.
Et, songez-y: ce qui, dans une telle société, permet à des musaraignes de devenir big boss, c'est leur habitude de - leur aptitude à - manger sans discrimination tout ce qui n'aura pas eu la possibilité de les manger avant.
Ce sont les omnivores qui, à Zootopia, ont fixé les règles tant sociales qu'économiques: le choix qu'ont fait les Mister Big étant moins de les transgresser que de les appliquer sans prendre de gants. Peu importe qu'une musaraigne pèse moins d'un pour cent du poids du plus petit des ours; dès lors que la loi reconnaît à la musaraigne le droit de manger chaque jour trois fois son poids de protéines, la capacité de la musaraigne à amasser des victuailles fait suffisamment rêver les ours pour qu'ils la prennent pour role model et pour maître à penser: pour qu'ils adhèrent à un modèle économique qui donne la préséance à ceux qui ont vocation à accumuler de la richesse sur ceux qui ont vocation à en créer (le raccourci scénaristique qui nous fait passer des champs de carottes de Bunnyburrow à la barquette de plastique des carrots for one évoque ce modèle avec un réalisme réfrigérant saisissant).

Ouvrons une parenthèse:
saviez-vous que le talentueux Peter De Sève
a été un des principaux contributeurs
au character design de Zootopia?
Fin de la parenthèse.

En Zootopie, ce n'est pas le fait d'être doté de cornes, de ramures, de défenses, de canines, de carnassières qui assure l'intégration des mammifères dans la société: c'est leur capacité à adhérer à (et à tirer le meilleur parti de) ce système  de production globalisé dans lequel une protéine est une protéine, peu importe d'où elle vient.

On a beaucoup parlé d'économie ces derniers temps; il n'est pas inopportun qu'un dessin animé plein de mignonnes créatures aux grands yeux nous rappelle (à nous mammifères superlatifs, pardon supérieurs) que notre choix d'un système économique dépend de ce que nous sommes, au sens propre comme au sens figuré, disposés à avaler.

Il y a deux cents ans William Blake notait sévèrement: Même Loi pour le Lion et le Bœuf, c'est Oppression.
Je me demande si c'est la lecture de William Blake (si les Indiens lisent William Blake, pourquoi les buffles du Cap ne le liraient-ils pas?) qui a inspiré au capitaine Bogo la réflexion désabusée: Ce n'est pas vous qui avez cassé le monde, Hopps. Il a toujours été cassé
Je suis sûr d'avoir déjà entendu ce genre de maxime sortir du mufle d'officiers de police à l'oreille fendue, dans nombre de classiques (des cinéphiles plus méthodiques que moi trouveront sûrement une foule de références, pour l'instant il ne m'en vient qu'une ou deux, pas toutes neuves, à l'esprit): les "capitaine Bogo", ces officiers no-nonsense, bourrus, cachant un cœur énorme sous d'épaisses couches de lard et de cuir tanné, on les a déjà vu dans un tas de films et de feuilletons… n'est-ce pas, capitaine Dobey?

Et que dire des demi-sels qui vous jettent, d'une pichenette, leur cure-dent à la face, des seconds couteaux qui font le signe de croix avant d'aller réfrigérer, des gentilles fliquettes qui rosissent comme des éléphantes quand leur chef leur souhaite un bon anniversaire, et de l'appartement triste où l'on entend tout ce que beuglent les voisins... autant d'images familières qui nous arrachent un sourire de connivence...
Puis, au détour d'un couloir de commissariat, nous croisons un guépard**, un représentant de l'ordre… euh, non, de l'espèce la plus rapide (sur courte distance) de tous les mammifères terrestres… mais c'est un guépard obèse.
Un guépard obèse. Vous commencez à comprendre pourquoi, dans le titre de ce billet, j'ai appelé Zootopia "une tragédie"? J'aurais dû plutôt dire un mythe tragique, imaginé par des gens qui ont médité l'avertissement d'Olaf Stapledon. Une utopie qui transforme les guépards en boules de suif est déjà bien lézardée***.

Le scénario fait passer ça en jouant sur le cliché immédiatement reconnaissable du flic accro aux donuts (qui doit être présent, la tradition l'exige - à moins que ce ne soit inscrit dans une convention syndicale? - dans tous les polars américains). Encore un! Zootopia, c'est vrai, fait un usage abondant - surabondant même, aux yeux de certains critiques - de clichés empruntés aux crime movies, aux noir, aux police procedurals, à l'urban fiction...
Mais justement, cette accumulation de clichés n'a pas qu'une vocation comique.

Ses ressorts comiques, Zootopia va les chercher  très loin des inoffensives petites blagues anthropomorphiques qui parsemaient les précédents films Disney, et beaucoup plus près des cruautés balzaciennes de la comédie animale de Grandville. Dans les "classiques" de Disney, l'attribution occasionnelle à des animaux d'un comportement caricaturalement humain sonnait toujours un peu faux: le vieux Saint-Hubert, dans Les 101 Dalmatiens, qui parlait comme un général en retraite, pour ne rien dire du colonel Hathi dans le Livre de la Jungle (version  1966), étaient en décalage avec les autres personnages. Ces grossières tentatives de satire alourdissaient des films qui devaient l'essentiel de leur charme à la légèreté de leurs protagonistes. Aucune rupture de ton de ce genre dans Zootopia, pas davantage de faux raccord entre le monde merveilleux où les lapins peuvent entrer à l'académie de police et le nôtre: des dromadaires qui font du jogging... nous en croisons tous les jours, n'est-ce pas?

Même l'échange, dans l'avant-dernière séquence, entre Judy et son partenaire,  la fameuse réplique  digne d'une comédie de Lubitsch ou de Wilder ("Do I know that? Yes. Yes I do"), remplit une fonction bien précise (en plus de celle de faire fondre le cœur de tout spectateur normalement constitué comme fond un Jumbo Pop sur un toit brûlant): celle de nous confirmer (en tirant définitivement un trait sur l'impossibilité, jusque-là supposée, d'une romance entre nos deux peluches favorites) que les personnages de Zootopia sont bien, en réalité, des humains. Des humains avec de grandes oreilles, mais des humains quand même****.






Oui, décidément, j'aimerais bien lire un essai de Joyce Carol Oates sur Zootopia. Respectueusement, je lui proposerais pour épigraphe une citation de son cher Edgar Poe:
... Une tragédie qui s'appelle L'Homme
Et dont le héros est le Ver conquérant.


Il y a des œuvres qui sont des jungles, d'autres qui sont des zoos, ou encore des parcs à la française ou des jardins de curé. Pour moi, Zootopia, c'est… au moins jusqu'à un certain point, le parc mémorial de Ground Zero. Un mémorial, un mémento du prix payé pour ce que nous appelons la civilisation*****.





Dans une scène de Zootopia coupée au montage (mais visible sur youtube), on entend le grand-papa Hopps s'exclamer "Foxes are red because the Devil made them!". Mais bon, c'est un lapin.

** Si, si, regardez-le bien, regardez ses taches: ce n'est pas un léopard, c'est bien un guépard.

*** Cette locution imagée ne doit en aucune façon être interprétée comme impliquant un appel à la ségrégation ou à la discrimination envers les lézards.

**** Il ne reste plus, à nos détectives au poil soyeux, qu'une vérité choquante à révéler à leurs concitoyens:  Carrots for one are people!

***** Puisque depuis un certain temps déjà vous tolérez sans protester que je déballe ici mes récits de rêves, je peux bien vous en raconter un tout récent: j'ai rêvé l'autre nuit que je lisais les news sur allo ciné ou un autre site web de ce genre-là, et j'apprenais qu'une suite de Zootopia est prévue. Même que (spoiler) dans une des intrigues secondaires, nos mammifères préférés enquêteront sur un mystère dans lequel Gazelle sera impliquée: vous n'avez donc pas fini de l'entendre, il faudra vous faire une raison.
A moins bien sûr que ce rêve n'ait eu aucun caractère prémonitoire.
Et vous savez quoi? Sur le caractère prémonitoire (ou non) des rêves, je ferai comme Confucius: je me garderai bien d'émettre une opinion.


Illustrations © Disney, Amblinn, Peter de Sève et The New Yorker. 

jeudi 8 mai 2014

Nouvelle visite aux fantômes (Emily Dickinson, Antonio Tabucchi)


La voix de la poésie a le pouvoir d'établir un dialogue avec les fantômes, et, une fois le fantôme évoqué et convoqué par son médium, les deux interlocuteurs peuvent parfaitement faire abstraction de tous les éléments sensoriels qui ont rendu possibles cette rencontre: la voix, le toucher, la vue, l'odorat et le goût. Ce qui compte, une fois que la convocation a eu lieu,  c'est la pure présence du fantôme. Celle-ci peut advenir dans le plus parfait silence, et dans l'immanence fantômatique qui se suffit à elle-même.
Sur la pure présence du fantôme convoqué, une grande poétesse a écrit un texte inégalable:

Conscious am I in my Chamber,
Of a shapeless friend -
He doth not attest by Posture -
Nor Confirm - by Word -

Neither Place - need I present Him -
Fitter Courtesy
Hospitable Intuition
Of His Company -

Presence - is His furthest license -
Neither He to Me
Nor Myself to Him - by Accent -
Forfeit Probity -

Weariness of Him, were quainter
Than Monotony
Knew a Particle - of Space's
Vast Society -

Neither if He visit Other -
Do He dwell - or Nay - know I -
But Instinct esteem Him
Immortality -  *


Antonio TabucchiSur Requiem, Paris février 1998 
(texte rédigé en partie directement en français par l'auteur, avec la complicité de Bernard Comment); 
repris dans Autobiographies d'autrui: poétiques a posteriori, Éditions du Seuil 2003

Dans le livre de Tabucchi, la traduction proposée 
pour le poème d'Emily Dickinson est la suivante:

*Je sens dans ma Chambre 
Un ami sans forme 
Il ne s'annonce par le Geste- 
Ne se Confirme - par la Parole -

Place - n'ai besoin de Lui faire - 
Meilleure Courtoisie 
L'hospitalière intuition 
De Sa Compagnie - 

La Présence - est Sa seule licence - 
Lui envers Moi 
Ni Moi envers Lui - par le Verbe - 
Ne manquons à l'Honneur - 

Être lasse de Lui serait plus étrange 
Que si la Monotonie 
Connaissait une Parcelle - de la vaste 
Société de l'Espace - 

Et s'Il rend à d'Autres visite - 
Demeure-t-Il - ou Non - je ne sais - 
Mais l'Instinct L'appelle 
Immortalité -


Emily Dickinson, Vivre avant l'éveil, 
traduit de l'anglais par 
William English et Gérard Pfister, 
Paris, Arfuyen, 1989


Rien n'échappe à l'œil des chats:  sur leur blog, ils ont signalé, à plusieurs reprises, la présence, en des recoins du Web où l'on ne se serait pas forcément attendu à les croiser, de quelques-uns de ces fantômes dont l'invisibilité n'était pas un déguisement suffisant pour qu'ils trompent la vigilance d'Emily Dickinson, par exemple ici, ici, ou ; et je vous recommande tout particulièrement  ce billet, qui vous ouvrira une porte sur l'univers nocturne, fréquenté par de bien étranges visiteurs, de Warren Criswell.


Les manuscrits d'Emily Dickinson, vous vous en souvenez, vous pouvez les consulter ici.

samedi 13 juillet 2013

Goblin market


L'été est une saison où l'on n'a pas besoin de chercher d'excuse particulière à sa paresse.
Aussi dans ce billet je vais y céder, à ma paresse, et au lieu de poster mes habituelles élucubrations, je vais tout simplement rebloguer quelques informations puisées aux meilleures sources, en faisant lentement tourner les glaçons dans mon daïquiri. Si, comme il est fort probable, en ce moment votre chambre vous semble plus fraîche que votre terrasse et votre clavier moins collant que votre tube de crème solaire, suivre ces quelques liens, je vous le promets, ne vous fatiguera pas trop.

Shige a récemment rappelé aux lecteurs de son blog que s'ils cherchent des livres de Kerouac, de Brautigan, de Meyrink, de Crumb, des frères Picasso (les vrais, les seuls: Kiki et Loulou), de Milton Glaser ou de Caroline Sury, de Suehiro Maruo ou de Horst Janssen, bref des livres qu'ils ne trouvent pas ailleurs, c'est à la librairie Un Regard Moderne qu'il faut qu'ils les cherchent!  Qu'ils soient branchés cuisine paléolithique façon Joseph Delteil ou cuisine cannibale style Roland Topor, que leur came, ce soit les pavés de papier glacé produits dans les usines de Georges Lucas ou les incunables tirés à la presse à bras dans la cave des éditions Le Dernier Cri, c'est là-bas qu'ils ont les meilleures chances de trouver ce qu'il leur faut.

Lecteurs du blog de Tororo, vous avez bonne mémoire, et vous vous souvenez sûrement qu'on en avait déjà parlé ici l'an dernier; mais, sur le moment, vous vous étiez peut-être dit:
"Une librairie où, sur quatre mètres carrés, s'entassent des dizaines de milliers de livres introuvables? 
"Et de plus, située dans une des rues de Paris les plus chargées de souvenirs littéraires: la rue Gît-le-cœur! 
"On n'y croit pas, c'est un peu trop beau pour être vrai: ça sent la fiction, ça ressemble trop à ces librairies imaginaires dont on parle dans les romans de Carlos Ruiz Zafon, d'Arturo Perez-Reverte, d'Umberto Eco; un de ces endroits où un personnage des Cités de la Nuit Écarlate se rendrait pour s'y procurer le matériel nécessaire à la confection du faux journal de bord d'un pirate du XVIII° siècle, où un détective sorti de l'imagination d'Howard Fast ou de William Hjorstberg irait chercher des poupées vaudou et le manuel pour s'en servir…"

Une des mystérieuses poupées
qui veillent sur le stock de la librairie
Un Regard Moderne.

Votre scepticisme n'est pas sans excuses, je répète donc le message; et si vous n'êtes pas convaincu, regardez: à présent, la librairie a même une page Facebook! Quand on est sur Facebook c'est bien la preuve qu'on existe, non?


Et les kickstarters, vous connaissez le principe? c'est un peu comme l'édition par souscription: vous promettez une participation au financement d'un projet, et l'auteur du projet vous promet une petite gâterie si le projet voit le jour: un tiré à part, une dédicace, ou mieux s'il a de l'imagination…

Terry Windling, blogueuse aussi infatigable que Shige, entre deux essais sur les univers de la fantasy ancienne et moderne, a récemment attiré l'attention de ses lecteurs sur deux de ces nobles causes en quête de mécènes. Si, suivant le conseil de Terry Windling, vous allez voir la page kickstarter de Gary Lippincott (qui vient de réunir par ce moyen le financement de l'artbook qu'il veut éditer), il y explique pourquoi il a fait ce choix d'auto-édition.

Toby Froud  a fait le même choix; vous vous souvenez de Toby Froud?
...  comment ça, non?
Allons donc, vous ne connaissez que lui.
C'était lui, Bébé Toby, ce bébé appétissant comme un sucre d'orge que Jennifer Connelly allait (il y a un peu plus de vingt ans) chercher dans le Labyrinthe - celui du film de Jim Henson et Brian Froud. et qu'elle réussissait contre toute attente à arracher aux mains gantées de David Bowie.

Voilà à quoi ressemblait Toby Froud
il y a (en gros) un quart de siècle.

Toby dessine comme son papa Brian et sculpte comme sa maman Wendy; et à présent qu'il est grand, voilà qu'il veut faire des films comme tonton Jim!

Et voilà à quoi il ressemble aujourd'hui.
Être élevé par une meute de gobelins,
ça laisse des traces.

Formé par les meilleurs maîtres (il a travaillé dans l'atelier des Muppets et celui de Weta Workshop) il a déjà créé les marionnettes qui seront les vedettes de son film - car, vous l'avez deviné, ce sera un film d'animation. D'ailleurs, les souscripteurs les plus généreux recevront une des marionnettes du film en souvenir! Ça donne envie, non?

Lesson learned? (pour parler comme Toby Froud).
Quant à moi, je vais retourner chercher quelques glaçons, ça fond vite.

Photos © Tororo, Jim Henson estate et Toby Froud.

samedi 3 novembre 2012

Nos voisins les japonais



M. Miyazaki (Hayao) compte parmi ses voisins, sur la grande île où il habite, plusieurs personnages discrets qui, au bout de chemins veillés par des torii laqués de rouge,  mènent une vie assez recluse (il a d'ailleurs consacré un film à l'un de ces voisins excentriques,  vous en avez peut-être entendu parler).  Sa surprise a été grande quand un autre d'entre ces voisins, justement un des plus casaniers, lui a fait parvenir une invitation à se rendre en son palais.

On dira ce qu'on voudra, 
c'est toujours un peu intimidant 
d'entrer dans un palais.


C'est aujourd'hui 3 novembre que l'Empereur du Japon remet à Miyazaki-sama  une distinction enviée, le Mérite Culturel (c'est écrit, là) - distinction qu'il avait attribuée par le passé à Matsumoto Leiji (dessinateur de pirates au cœur tendre), Shibayama Tsutomu (co-fondateur du stdio Ajiado) et Mizuki Shigeru (auteur de NonNonBā ).
Au Japon c'est le Jour de la Culture. C'est donc le moment de sortir du placard où vous l'aviez oublié ce parapluie qu'on vous avait prêté, une nuit, il y a longtemps, et de le brandir en exécutant la Danse des Totoros autour de la dernière graine que vous avez plantée.

Oh, et puis, vous avez vu? I Wish / Nos vœux secrets, de Kore-Eda, est désormais disponible en DVD. Elle pourra peut-être avoir lieu finalement, cette fameuse soirée vidéo + crackers goût tartare de cheval.

Illustration: Studios Ghibli