jeudi 21 avril 2022

Attention les doigts

 Hé bien, on dirait qu'on y va tout droit, non?


Une fois de plus, sur notre petit bonhomme de chemin, il se pourrait bien que nous rencontrions un trou. Attention si vous avez  envie de vous amuser à y déposer quelque chose: les trous, des fois, ça mord.


Orifice sans nom


mercredi 13 avril 2022

Quand le roi se meurt


Je n'ai vu Michel Bouquet sur scène qu'une seule fois: c'était dans No Man's Land d'Harold Pinter, pendant l'hiver 79, il y a, donc... quelques années... si longtemps déjà?

Au cinéma ou à la télévision, Bouquet était capable si son rôle le demandait de se fondre dans le paysage, mais sur scène il occupait tout l'espace, la présence, pourtant impressionnante, de son partenaire Raymond Gérôme n'y changeait rien.

À la fin de la pièce, juste avant qu'un petit artifice de mise en scène ne rende manifeste l'arrière-plan sinistre de cette comédie noire, Gérôme et Bouquet levaient leurs verres et, d'une seule voix, portaient un toast: "Au No Man's Land!"

C'est le moment, je crois, pour lever les nôtres: le rideau tombe. 


1925-2022



lundi 11 avril 2022

Sondage

 

Vous arrive-t-il parfois d'être surpris de ne pas être surpris?

◻︎  non

◻︎  je ne sais pas

◻︎  oui

◻︎  ça dépend


Formulaire amendé le 13/04/22 sur une suggestion d'Imaginos

mardi 5 avril 2022

Comme si de rien n'était

 Rien ne va bien, rien ne s'arrange; mais il y a des choses qui continuent comme si de rien n'étaient faites (peut-être parce que justement faites de petits riens); par exemple le journal d'Éric Chevillard (cinq mille petits riens que multiplient trois fois rien, tout de même!).

J’ai sérieusement songé à clore ce journal en ce cinq millième jour de publication. Je vais continuer pourtant. Il faut bien conserver quelques réflexes, ou l’essaim des mouches vous dévore vivant.

 écrit l'autofictif; et il ajoute:

[Toute ma gratitude à mes éditeurs de L’Arbre vengeur sans le soutien desquels je n’aurais certainement pas poursuivi cette entreprise aussi assidûment. Le soutien de l’éventuel lecteur est aussi apprécié. Rappelons que les neuf premiers tomes de la série sont vendus au prix du poche et qu’un beau volume cartonné rassemble les dix premières années… La maison propose désormais l’achat en ligne (il suffit de cliquer sur les couvertures, un enfant saurait le faire et je crois même que ça l’amuserait).]

Ça aussi c'est de l'information.

vendredi 1 avril 2022

Le poisson d'avril n'a pas bonne mine


Aux Amériques, espérant faire revivre les beaux jours de la slapstick comedy, un acteur pas drôle a slappé un stand-up comedian pas drôle. Personne n'a ri.

Dans les plaines d'Eurasie, c'est une des plus vieilles facéties du théâtre de Guignol qu'un homme d'Etat connu pour le ton pince-sans-rire sur lequel il énonce des énormités a essayé de faire revivre: "Je m'en vais! Hou-hou! Regardez, je suis parti, je ne suis plus là! Hein que vous ne me voyez plus? C'est parce que je ne suis plus là! Na na na, je me suis en allé!". Il attendait sans doute que lui réponde un joyeux vacarme de voix enfantines "On t'a vu! Y'a ton nez qui dépasse! On te voit!" pour revenir saluer modestement: "Vous êtes vraiment trop forts, les enfants! Tenez, pour vous récompenser, je vais vous tirer un feu d'artifice!"...

Mais pas une seule joyeuse voix d'enfant ne s'est fait entendre. Même le jeune public devient difficile, de nos jours.

En France, se souvenant qu'une vieille blague ministérielle d'il y deux ans ("le masque, de toute façon, ça ne sert à rien") avait eu un certain succès à l'époque, un ministre a déclaré il y a quelques jours, en faisant de son mieux pour ne pas attirer l'attention sur la date, que le masque, c'était fini. Il comptait annoncer, ce soir à minuit, que c'était une plaisanterie que, comme toute bonne practical joke, il avait préparée longtemps à l'avance pour en augmenter l'effet; étant donné que de toutes les mesures anticovidiques, le port du masque dans les lieux publics est à peu près la seule à avoir fait la preuve d'une certaine efficacité, c'était assez culotté, et comme on dit, plus c'est gros, mieux ça passe. Malheureusement, il y a eu des fuites, on sait depuis déjà plusieurs jours qu'on n'en aura pas fini de si tôt avec le masque, et le poisson d'avril est retombé à plat, retourné comme une crêpe. 

Quand des poissons nagent  le ventre en l'air, ce n'est jamais bon signe.

Ceci dit, il font peut-être semblant: on ne peut jamais être sûr avec les poissons, en avril. 


jeudi 24 mars 2022

Intéressant? Sûr!

 Yves Frémion - qu'on n'a plus besoin de présenter*, n'est-ce pas? -  nous avait déjà donné en 1989  Images interdites, (avec Bernard Joubert) aux éditions Alternatives; il vient de faire paraître la suite: Images interdites, la censure au 21ème siècle, toujours aux éditions Alternatives

Qu'est-ce? "Le premier panorama international de la censure des images de ces vingt dernières années".

Car "l’image – dessin de presse, illustration, BD, cinéma, TV, photo, peinture, graphisme... – est plus que jamais la cible des rages totalitaires dans le monde entier. Aucun pays, du plus démocratique au plus autoritaire, n’est épargné par le phénomène", précise la présentation de l'éditeur. C'était urgent, l'Histoire accélère. 


Avec la participation exceptionnelle

(et gracieuse) de Vladimir Poutine.

Dans toutes les bonnes librairies. Ou alors, si vous avez l'occasion de passer par le 66 rue Julien Lacroix (Paris 20°) le jeudi 31 mars 2022 entre 18 et 22 heures (ou, qui sait? un peu plus tard s'il n'y a pas de couvre-feu), peut-être pourrez-vous rencontrer l'auteur en personne, à moins qu'il ne se fasse représenter par un de ses nombreux à liasses.

*Mais si, mais si, vous le connaissez certainement sous son nom de plume de Théophraste Épistolier, ou peut-être sous d'autres noms: Art(h)ur Conan Doc, Baptiste Monoquini, Bethsabée Mouchot, Hassen Céheffe, Yvan E. Frémov, Jean-Edern Hyerestation-du-RER, Laurent Tharbes, Les Frères L. et D. Corson de Rojayhart, Max de Blé, Noël Hobalcon et Paco Tison, Yves Frémion de la Fermay, Yves Mousse, sans oublier le pseudonyme collectif Colonel Durruti qu'il partage avec Emmanuel Jouanne.

Image © Alternatives

Une précision après coup: le vigilant Théophraste Épistolier me fait remarquer que la fiche Wikipédia de Frémion est bourrée d'erreurs (jusqu'à la gueule): on y mentionne en particulier un "Images interdites, tome 2" qui serait paru en 2021: ne le cherchez pas, il n'existe pas! C'est sans doute une mauvaise interprétation d'un texte annonçant l'an dernier le livre dont il est question aujourd'hui, "Images interdites, la censure au 21ème siècle" qui n'a rejoint les rayons des librairies que le 10 mars 2022.


samedi 12 mars 2022

Burn the land, boil the sea, you can't take the sky from me

 L'ami Imaginos a beau être toujours sur la brèche, lui-même doit reconnaitre:

"J’ai beaucoup de retard dans ma présentation de l’actualité musicale ici-même, mais là ça n’est même plus du retard : j’ai découvert tout à l’heure seulement que le bluesman Sonny Rhodes, l’interprète de The Ballad of Serenity, était mort le 14 décembre à l’âge de 81 ans".

Et moi  ce n'est qu'encore plus tard, en lisant le billet d'Imaginos que je l'ai appris. Encore une raison d'avoir le blues, comme si on en manquait.





vendredi 11 mars 2022

L'Ombre du Z

 

Zorglub, candidat de très longue date (et, pour l'instant, malheureux) au poste de Maître du Monde, a signalé à l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle de nombreuses infractions aux lois sur le copyright et au droit des marques, à la suite de différentes tentatives d'appropriation, constatées dans plusieurs pays, du Z (marque qu'il a déposée dès 1960 au Bureau de la propriété intellectuelle de Belgique, et en 1961 en France à l'Institut de la propriété intellectuelle) et il a annoncé qu'il entendait poursuivre les auteurs de ces infractions, non seulement devant les instances internationales mais aussi devant la justice de tous les différents pays concernés (certains, à la différence de la Belgique, n'ayant pas ratifié l'accord international Anti-Counterfeiting Trade Agreement), considérant que ces tentatives contreviennent à la fois à la Convention de Paris, à l'Arrangement de Madrid, au Traité de Beijing et à la Convention de Berne.

On ne peut que se réjouir de voir un éventuel futur Maître du Monde donner un tel témoignage de confiance aux institutions judiciaires, tant locales qu'internationales. Puisse cet exemple causer une saine émulation parmi les autres candidats à ce titre convoité!


vendredi 4 mars 2022

Monsieur le président, je vous fais une lettre


 Pour parler, dans Les Inrocks, de la lettre ouverte du PEN International à propos de l'attaque menée par la Russie contre l'Ukraine, Nelly Kapriélian ne va pas avec le dos de la cuillère à sarcasmes: "les Salman Rushdie ou Jonathan Franzen de rigueur", "il y avait sans doute plus fin et plus fort à écrire"...  (je la soupçonne tout de même, cette brave Nelly qui a un avis sur tout, d'être un peu vexée de n'avoir pas été consultée sur la rédaction de ce texte). Le plus intéressant se trouve dans la conclusion de son papier:

"On peut aussi se dire que s’ils ne l’avaient pas fait, on le leur reprocherait peut-être. Je me demande ce qu’en pense Anetta Antonenko (l'éditrice, entre autres, de Clarice Lispector, Borges, Bataille), dont l’écrivain américain Benjamin Moser a fait le bouleversant portrait dans The Nation – texte qu’il a voulu voir publié en traduction dans Les Inrockuptibles et que vous trouverez plus bas. Depuis son appartement à Kiev, avec ses chats, à attendre le pire, peut-être que cela l’aidera, lui remontera le moral, lui apportera de la force, de savoir que les écrivains internationaux ont signé un texte ou postent sur les réseaux sociaux. Dans l’article de Moser, elle dit qu’elle a une arme et qu’elle sait s’en servir. "


Quant aux présidents, de toutes façons, ils ne lisent les lettres que s'ils en ont le temps.


mardi 1 mars 2022

Her face, at first just ghostly, turned a whiter shade of pale

 De mauvaises nouvelles, et encore de mauvaises nouvelles: 2020 avait mal commencé, 2021 encore plus mal, 2022 fait des efforts pour rattraper ses grandes sœurs.

Les gens qui pensaient qu'on pourrait, pour quelque temps encore, quand on parlerait de l'Ukraine, faire l'économie du terme "crimes de guerre" doivent être bien déçus, les pauvres. Mais ce qui peut les réconforter, c'est la pensée qu'après tout, être accusé de crimes de guerre, ce n'est pas si terrible que ça. Des crimes de guerre, il y en a eu aussi - récemment, moins récemment et, qui sait? il y en a peut-être encore - au Yémen, en Irak, au Liban, en Syrie, au Soudan (je me demande si je n'en oublie pas) et on n'en fait pas toute une histoire. Certains souhaiteraient que les crimes de guerre soient imprescriptibles, comme le sont déjà leurs copains les crimes contre l'humanité: mais que se passe-t-il si on les oublie, si on se met à penser à autre chose? Il y a tant de choses auxquelles il faut penser.

Pas de démenti, pas de controverse, pas de rétropédalage de ministre ni de surenchère de directeur de la communication au sujet de la mort du professeur Montagnier (vibrionnant tarabusteur de virus), de Mark Lanegan de Queens of the Stone Age, de Gary Brooker de Procol Harum, de Jacques Abeille et d'Angélica Gorodischer: ils vont rester morts et on n'y pourra rien. Oui, Angélica Gorodischer aussi (comme Abeille, je l'ai su avec retard), il faudra qu'on en reparle, elle avait des choses intéressantes à dire, entre autres sur les empires et sur l'hubris de leurs dirigeants. 

Fichu mois de Février.