mercredi 17 février 2021

Grands Webcomics du XXIe siècle (6 quater): encore Hans Rickheit!

 

L’ordre dans lequel sont évoqués sur ce blog les Grands Webcomics Du XXIe Siècle n’est en aucune façon hiérarchique, j’espère que vous l’avez compris: ce n’est pas un classement! 

C’est l’actualité liée aux auteurs de ces comics qui dicte leur date d’apparition.
Et l'actualité de Hans Rickheit, c'est la parution de l'édition française d'un nouveau Cochlea & Eustachia! 

Les histoires contenues dans cet album, vous avez, il est vrai, déjà eu l'occasion de les lire (en anglais), soit en ligne, soit dans le recueil Folly (tant qu'il a été disponible chez Fantagraphics: il est actuellement épuisé). Mais vous pouvez à présent les retrouver en français et en couleurs!
 

Le blog de Hans Rickheit.


samedi 13 février 2021

Chevaux échappés

 

Sans se presser, l'agent de sécurité nous ouvre le portail. Est-ce parce que j'ai cru remarquer un rien de condescendance, une affectation de supériorité, dans le regard bovin qu'il a posé sur nous? Sans réfléchir, je lui lance:
 "Savez-vous que cette demoiselle a écrit un livre?
Le livre s'appelle TERRIBLE, le cheval sauvage. Vous devriez le lire, ça pourrait vous plaire."
Inutile de le préciser: il ne goûte pas le sel de la plaisanterie, et son regard reste, plus que jamais, celui d'un être qui mange du foin. Ma compagne, en revanche, étouffe dans son pull un éclat de rire; Terrible, le cheval sauvage, c'est une vieille private joke entre nous deux (le titre que nous avions donné à une histoire sans queue ni tête que nous avions imaginée ensemble); le livre que la petite fille est effectivement en train d'écrire, et dont elle m'a accordé l'honneur d'être le premier lecteur, ne s'intitule pas Terrible, et il n'y est question d'aucun cheval sauvage.
La séance de relecture du dernier chapitre, que nous entamons dès que nous avons rejoint le bureau vacant dont nous avons fait notre quartier général clandestin, est interrompue par des fous rires (oh, la tête qu'il avait, le vigile!) et, occasionnellement, par des hennissements de chevaux sauvages.

 

jeudi 11 février 2021

Un plan de travail bien détaillé


Edward Gorey 

idées jetées sur le papier pour The Nursery Friese, 1963-1964

mercredi 10 février 2021

Bonjour Madame Berthe

Un peu de whimsy par les temps qui courent, ça ne peut pas faire de mal. Je vous avais promis il y a longtemps qu'on retrouverait un jour Frédérick Tristan, pourquoi pas maintenant?

 Peu de curieux ont eu accès au zoo de Madame Berthe.
Sis au quatrième étage de sa somptueuse demeure de la rue Cuviau à Paris, ce parc animalier ressemble à s'y méprendre aux circonvolutions cérébrales de cette auguste milliardaire que le poète Alcophibras a pu décrire comme "un condensé de sublime dans une poche d'incongruité".
C'est ainsi que la chère femme s'avisa de créer le bestiaire fantastique le plus original de la planète. Dans ce dessein, elle envoya à travers le monde des aventuriers oniriques de première grandeur tels que Susho Bramlie, Valsage Dutrimont et Andrieu Passacai en quête des animaux les plus singuliers qui se puissent imaginer. Les trois hommes écumèrent les continents du mundus imaginalis durant dix longues années et finirent par ramener une trentaine d'espèces que Madame Berthe s'empressa d'exposer - tout en réservant l'honneur de la visite à des esprits suffisamment avertis.

Un condensé de sublime dans une poche d'incongruité

Le but du présent catalogue est de faire connaître à un plus large public les pensionnaires de ce remarquable zoo. Les caractéristiques scientifiques de chaque spécimen ont été étudiées par le professeur Adrien Salvat, membre  honoraire du Quai Conti. Il a bien voulu en rédiger des notes explicatives. Les dessins qui accompagnent ces textes sont dus au talent de monsieur Paul Bargasse. Ils ont été pris sur le vif par cet infatigable chercheur. On ne saurait trop le féliciter de sa capacité à voir et à transmettre ce que si peu de témoins ont été capables de discerner en descendant dans des profondeurs abyssales si rarement explorées.


Le Goreux têtu
Ce remarquable bipède se trouve dans la Sierra Leone où les indigènes l'appellent El' Fada. Il mesure 50 cm et pèse 800 g. Son petit corps est recouvert d'une cuirasse en corne tandis que sa tête au nez pointu et à l'œil mi-soupçonneux mi-menaçant est protégée par un casque muni de deux antennes verticales et d'une antenne horizontale. Les premières permettent à l'animal de capter les ondes émises par ses congénères, alors que la troisième semble n'être qu'un appendice d'ornement. D'une nature vive et ombrageuse, il ne cesse guère de se chamailler avec ses pareils en poussant des cris perçants. Il passe le reste de son temps à secouer les arbres pour en faire tomber les fruits dont il recrache la chair, les noyaux et les pépins demeurant sa nourriture exclusive.

Les pépins, c'est mes oignons.

Son allure de petit soldat est à l'origine de la légende que colportent les indiens Piscaduros. Les ancêtres de ces derniers auraient remporté la célèbre victoire de Belafonte contre les conquistadores grâce à une centaine de milliers de Goreux têtus venus leur prêter main-forte.
Pourquoi ces petits animaux se seraient-ils brusquement ligués pour assister des humains? Les Piscaduros croient que les âmes de leurs guerriers morts au combat se réincarnent dans les Goreux, ce qui donnerait un sens à la légende. Les scientifiques, eux, pensent plus volontiers que ces bipèdes étant d'une humeur particulièrement querelleuse se précipitèrent dans la bataille dès qu'ils en eurent connaissance. Muratory écrit: "Le courage insensé de ces petites bêtes est tel qu'elles iraient se mêler d'un combat entre un tigre et un éléphant." (Exposé devant le Parlement, Londres, 27 août 1802).

Frédérick Tristan,
Le fabuleux bestiaire de Madame Berthe
Éditions Zulma, 2005
ISBN 2-84304-312-3


 Le fabuleux bestiaire de Madame Berthe est, à ce qu'il semble, actuellement indisponible chez Zulma. En revanche, vous n'aurez pas de mal à trouver - dans leurs éditions françaises ou anglaises - les livres écrits ou illustrés pas les fabulous Fan Brothers. Eux aussi, je vous promets de vous en reparler.

Armadillo, dessin de Éric Fan.

dimanche 7 février 2021

2020, version "rien que du bon"

 

Qu'il y a-t-il eu de bon en 2020? La question demande réflexion…
… Ah oui: il y a eu Noël!
Noël, c'est une de mes fêtes préférées, parce qu'on y trouve des cadeaux au pied d'un arbre. Je soupçonne que cela doit nous permettre de renouer avec une satisfaction venue du fond des âges: après une rude journée passée à extraire de l'humus des larves et des lombrics avec notre bâton à fouir, à manipuler précautionneusement des orvets sans les casser, à planter des sagaies dans le flanc d'antilopes, à échapper à la curiosité intempestive d'ours et de hyènes des cavernes, quel plaisir ce devait être que de remarquer, sur le tapis de mousse au pied d'un tronc élancé, des choses bonnes à manger (à peine un peu blettes, et d'autant plus sucrées), qu'on n'avait qu'à se baisser pour savourer! Merci les arbres.


Mon arbre, vous le remarquerez, était vraiment tout petit, et pourtant quelle récolte il a portée! Derrière ses fruits, il disparaît presque: pas très gros mais bien épais, à gauche, Le Grand Livre de Béatrix Potter (pas à proprement parler une nouveauté, mais c'est toujours le bon moment pour accueillir chez soi Beatrix Potter); à droite, le livre de Neha Singh et Priya Sebastian, dont je vous avais signalé l'arrivée en avance et dont nous reparlerons;  et le plus grand, pas tout à fait aussi haut que l'arbre mais presque: l'Artbook de Florence Magnin, tout juste sorti des presses, dont je vous reparlerai aussi, vous vous en doutez bien! Voilà un plaisant programme pour ce début d'année.


vendredi 29 janvier 2021

La bonne odeur de plastique des jouets neufs

 

L'interview, assez brève, donnée par Chris Ware, ce 29 janvier 2021, à l'émission Boomerang vous plaira sûrement (si vous vous intéressez à Chris Ware). Chris Ware ne parle pas du tout comme les personnages de ses BD (bien que, physiquement, il leur ressemble). C'est plutôt une bonne chose, je ne pense pas que les personnages de Chris Ware seraient de très bons clients pour les interviewers: il y aurait beaucoup de "hmpf", de "snif" et de "what?"; Ware, au contraire, donne des réponses très directes et candides, comme disent les Américains.  

 

 

vendredi 22 janvier 2021

La tristesse est une chose sans plume

 Comme, en ce moment, je ne mets pas le nez dehors, ça m'avait échappé: je viens seulement de l'apprendre.

 
Depuis dix jours, déjà, Louis Pons  ne dessine plus.

 
Pourtant, il lui restait encore 3000 dessins (au moins) à faire.

Louis Pons, 1927-2021

lundi 11 janvier 2021

On reprend là où on en était

 

Bon, assez perdu de temps à des bêtises.


Si vous le pouvez, allez voir les dessins originaux de Thomas Ott pour son dernier album, La Forêt, à la galerie Martel. Thomas Ott, ça fait longtemps que vous l'avez repéré: vous savez que tout ce qu'il fait, il le fait bien. 


Et si vous ne pouvez pas?
Hé bien, demandez La Forêt (Éditions Martin de Halleux) à votre libraire, c'est aussi simple que ça.

La Galerie Martel vous souhaite une très belle année 2021
et est heureuse de vous convier au vernissage de l'exposition
consacrée à THOMAS OTT et à son nouveau livre LA FORÊT publié par
Les Éditions Martin de Halleux
Le jeudi 14 janvier de 15h00 à 20h00
en présence de l'artiste
Dédicace le samedi 16 janvier à partir de 15h
Exposition du 15 janvier au 21 février 2021
17 rue Martel - 75010 Paris


Illustration © Thomas Ott

vendredi 8 janvier 2021

All the way to normal and back

 

Longtemps, à chaque apparition de Trump dans les media, m'est revenu en mémoire, automatiquement, cette affiche de campagne du siècle dernier, qui montrait une photo de Richard Nixon faisant son plus beau sourire, avec cette légende légèrement perfide: "Achèteriez-vous une voiture d'occasion à cet homme?" ("Would you buy a used car from this man?")…
… et je ne pouvais m'empêcher de me demander "Non mais sérieusement, il existerait quelque part des gens qui achèteraient une voiture d'occasion à ce Trump? On pourrait même en trouver plusieurs millions? Sérieusement?"
Je ne me pose plus la question depuis que j'ai pris le temps, ces jours-ci (la curiosité était trop forte) de parcourir quelques sites pro-Trump. L'explication est simple: les gens qui le soutiennent sont encore beaucoup plus cinglés que lui, au point de le faire paraître presque normal.
Il est bon de se demander, de temps à autre, ce que "normal" peut bien vouloir dire.

 

Pendant ce temps, Éric Chevillard, toujours fasciné par les bizarreries du langage, se demande quelle réaction chimique improbable peut bien se produire si,  mû par la curiosité scientifique, on parvient à introduire les mots "Trump" et "humanisme" dans la même éprouvette:

Le trumpisme est un humanisme, hélas. Ce nom de trompette fanfaronne et néanmoins bouchée devrait être celui de l’espèce. Comme Trump, nous refusons d’admettre notre défaite, nous nous accrochons au pouvoir alors que nos décisions ont toujours été calamiteuses, pour ne pas dire criminelles, entachées d’abus de faiblesse et de prises illégales d’intérêts. Trump que nous sommes, nous ne reconnaissons pas l’échec complet de notre action, nous caressons l’idée d’un coup d’état encore, sur les mers et sur les forêts, après avoir réussi déjà l’exploit de faire de la banquise une terre brûlée. Au lieu de nous retirer, piteux, misérables, la trompe entre les pattes, dans les steppes les plus reculées, au fond des grottes, au lieu de laisser la place à de plus nobles bêtes. Tristes Trump que nous sommes…

 

 

mardi 5 janvier 2021

Une bonne année, c'est quoi déjà?

 

Quand, en janvier 2020,  j'écrivais "j'espère que le 21 février la météo sera meilleure", je n'avais pas l'impression d'en demander trop: je n'imaginais pas l'ampleur des changements qui surviendraient à cette date - ni de ceux qui viendraient après.
Alors, cette année, envisageons sereinement le futur, mais sans trop nous engager.


Bonne année à vous tous!
(mais n'oubliez pas que, comme dit tonton Alias,
"c’est non-contractuel")