À la mi-décembre, le Guardian a publié, pour illustrer un article dans lequel Théo, le fils d'Ursula LeGuin, évoquait le souvenir de sa mère, une photo qui m'a touché, troublé, ému, appelez ça comme vous voulez, vous voyez ce que je veux dire…
Ursula Le Guin sur le port de Marseille en 1953.
Un peu comme si elle était venue me rendre visite en passant (mais pas à la bonne date: fichues machines à voyager dans le temps qui se dérèglent toujours à mi-parcours!). Reste son sourire, pour terminer l'année 2018.
Chers lecteurs, il me semble que vous aimez bien Tom Gauld, je me trompe? Retrouvons-le donc aujourd'hui pour célébrer l'esprit de Noël, dans une perspective rigoureusement scientifique (car c'est pour The New Scientist qu'il a réalisé ce strip, une publication sérieuse, pas question, donc, de faire n'importe quoi):
Avec lui, je vous souhaite un Noël ouvert sur une infinité de possibles!
La semaine avant Noël est souvent paisible, dans le métier, apprit Ombre durant le dîner. Les deux hommes se trouvaient dans un petit restaurant à deux blocs des pompes funèbres Ibis & Chaquel. Le repas de l'invité consista en un petit déjeuner complet - y compris les beignets - tandis que son compagnon picorait une tranche de gâteau au café. "Les optimistes s'accrochent pour voir un dernier Noël, expliqua M. Ibis, voire un dernier Nouvel An. Quant aux autres, ceux pour qui les réjouissances des voisins se révèleront trop douloureuses, ils n'ont pas encore rencontré la goutte d'eau, la goutte de champagne, devrais-je dire, qui fera déborder non le vase mais leur pauvre enveloppe charnelle." Sur ces mots, il émit un petit son à mi-chemin entre reniflement et claquement des lèvres, suggérant qu'il venait de prononcer une phrase bien rodée dont il était très fier.
Comment, à votre avis, traduire au mieux l'esprit de la saison? Minimalisme du calendrier de l'aventde Samuel Beckett révélé par Tom Gauld aux lecteurs du Guardian?
Ou luxuriance du Calendrier de Plus Comme Avant, en ligne sur le site du Scriptarium, illustré par Florence Magnin?
Peut-être l'avez-vous compris à demi-mot, fidèles lecteurs, une accumulation de mauvaises nouvelles freine depuis quelque temps mon envie de bloguer: elles s'empilent si haut qu'elles ont fait de l'ombre aux quelques bonnes nouvelles que j'aurais eu envie de partager avec vous. Alors... Allons plutôt nous promener.
Pour ce genre de promenade imaginaire, la compagnie d'amis imaginaires n'est pas à dédaigner.
You say I am repeating
Something I have said before. I shall say it again.
Shall I say it again? In order to arrive there,
To arrive where you are, to get from where you are not,
You must go by a way wherein there is no ecstasy.
In order to arrive at what you do not know
You must go by a way which is the way of ignorance.
In order to possess what you do not possess
You must go by the way of dispossession.
In order to arrive at what you are not
You must go through the way in which you are not.
And what you do not know is the only thing you know
East Coker, c'est un de ces Quatre Quatuors dont (vous vous en souvenez, j'espère?) mon amie Mori avait recommandé l'acquisition à la gentille bibliothécaire d'Arlinghurst (elle aurait aussi pu aller rendre visite à L'Œil des Chats, si internet avait existé en 1979); la bibliothèque a fini (début 1980) par les recevoir! Lors des pauses que nous avons faites au bord des sentiers qui nous ont emmenés de là où nous n'étions pas jusque là où nous ne serions toujours ni l'une ni l'autre, et où pourtant nous avons marché la main dans la main, Mori a pu m'en faire la lecture, ajoutant au charme imaginaire de notre promenade imaginaire.
Mourir, pour de bon, ça prend un certain temps. La façon dont l'âme se sépare du corps, pour certaines personnes ça va vite, mais pour d'autres c'est différent. Dans certains cas, il faut bien plusieurs jours à l'âme pour qu'elle prenne congé. Dans la région du Munster on raconte une anecdote que j'aime beaucoup, à propos d'un homme qui venait de mourir. Son âme quitta son corps et se dirigea vers la porte: au bout du chemin l'éternité l'attendait. Mais sur le seuil, l'âme s'arrêta et se tourna vers ce corps qui ne contenait plus rien à présent. Elle revint sur ses pas, l'embrassa et se mit à lui parler. L'âme remercia le corps pour lui avoir été si hospitalier sa vie durant et pour tous les petits réconforts que lui, le corps, lui avait prodigués à elle, l'âme. In his wise and beautiful bookAnam Cara (Bantam, 1997), the late Irish poet-philosopher John O'Donohue wrote: It takes a good while to really die. For some people it can be quick, yet the way the soul leaves the body is different for each individual. For some people it may take a couple of days before the final withdrawal of the soul is completed. There is a lovely anecdote from the Munster region, about a man who had died. As the soul left the body, it went to the door of the house to begin its journey back to the eternal place. But the soul looked back at the now empty body and lingered at the door. Then, it went back and kissed the body and talked to it. The soul thanked the body for being such a hospitable place for its life journey and remembered the kindnesses the body had shown it during life.
John O'Donohue, Anam Cara, Bantam Books, 1997 ISBN-10: 0593042018 ISBN-13: 978-0593042014
Je ne sais ce qu'il en est pour vous, mais moi en ce moment j'ai l'impression de ne recevoir que des nouvelles tristes. Je viens d'apprendre avec un peu de retard la mort d'Elzbiéta. Je chéris ses albums: Flonflon et Musette est le plus connu, mais il y a aussi La pêche à la sirène, Le petit navigateur illustré... Je vous les recommande si vous aimez les grandes images qui, si on les regarde un moment, se mettent à dépasser du bord de la page et commencent à mouiller la table sur laquelle vous avez posé le livre. Et si vous n'êtes pas intimidés par les livres avec peu d'images et beaucoup de mots, je vous recommande aussi L'enfance de l'art et Le langage des contes, où elle parle très bien de son métier de conteuse en ayant l'air de parler d'autre chose, ou le contraire.
Il y a de cela seulement quelques lustres, il m'arrivait de me dire: "Nous qui aurons la chance de connaître le vingt-et-unième siècle, nous pourrons compter, grâce aux progrès de la science, accélérés par la conquête des étoiles, les laboratoires en orbite, le génie génétique augmenté par l'intelligence artificielle, tout ça, sur une espérance de vie de… voyons… cent cinquante? cent soixante ans? Au moins. À quelque chose près".
Récemment, cet optimisme raisonnable a commencé à se fissurer.
Et on dirait que ne suis pas le seul concerné. Après Harlan Ellison (il faudra qu'on en reparle), voilà Pétillon qui baisse les bras et renonce au ticket pour le vingt-deuxième siècle. Pétillon avait sa méthode: contrairement à d'autres, plutôt que frapper comme un sourd, il préférait viser juste; je n'arrive pas à trouver d'exemple d'un dessin de lui où il aurait tapé à côté de sa cible.
Peut-être s'est-il dit que dans le brillant futur qui nous attend, on aurait de moins en moins besoin de gens pour enfoncer les clous, les clous ayant désormais tendance à s'enfoncer eux-mêmes. Je ne lui donne pas raison, pour une fois: droit devant nous, presque sous nos roues, il y a justement de gros clous qui dépassent, et continuer sans Pétillon - même en évitant aussi longtemps qu'on pourra la crevaison - ce ne sera pas aussi gai.
L'autre jour j'ai vu Edmond Baudoin en chair et en os!
Il a complété mon exemplaire du Chemin de Saint Jean d'un dessin: sur le talus au bord du chemin, deux grands pins jumeaux.
Père tombé sur le côté.
J'ai lu et relu tous les albums de Baudoin, Le chemin de Saint-Jean est peut-être
celui auquel je suis revenu le plus souvent.
Depuis, mon album sent bon la résine.
Il avait aussi avec lui son dernier album (co-réalisé avec Troubs): Humains / La Roya est un fleuve: une autre histoire avec des cols dedans. Ai-je besoin de vous le recommander?
Dans le film de Hayao Miyazaki, Mon voisin Totoro, la petite Mei fait la connaissance d'un de ses voisins. Pas très bavard, il ne se présente pas; cependant Mei pense reconnaître en lui un personnage qu'elle a vu dans un de ses petits livres: un troll (on ne sait pas lequel. Peut-être le Moomin de Tove Jansson?) . En japonais, troll se dit tororo (tororu, en fait, si on veut coller au plus près à la translittération habituelle, mais vous avez compris pourquoi Mei, avec son tetit défaut de langue, prononce Totoro). Et c'est de là que vient le nom de ce blog. Hé oui, vous êtes tombé par mégarde dans l'antre d'un troll: précisément ce que tout le monde espère éviter. Pas de chance, Internet est un univers impitoyable.