samedi 28 juin 2014
En ligne - en première ligne
Lorsque ce livre est paru il y a un quart de siècle, j’avais commencé à le lire avec un certain scepticisme; ce n’est qu’au bout de quelques chapitres que j’avais réalisé que - bien que la forme choisie semblât inviter à une lecture par petites doses - je ne le lâcherais pas avant de l’avoir terminé.
Jean Guerreschi, auteur de Montée en première ligne, roman qui revient en une série de flashes parfois crûment factuels, parfois hallucinatoires, sur les premières semaines de l’été 1914, a appris récemment que son roman n’était plus disponible chez son éditeur et que celui-ci (signe des temps?) n’envisageait pas de le réimprimer - non plus que sa suite, Comme dans un berceau, consacrée, elle, au mois d’août de cette même année. Il a donc choisi d’en mettre en ligne gratuitement le début, sur son site personnel. Si vous êtes encore indécis quant à ce qu’en ce début d’été vous pourriez bien glisser dans votre liseuse, vous pouvez télécharger ces premiers chapitres en PDF: à mon humble avis, vous ne le regretterez pas.
Son éditeur appelait ce livre, à l’époque de sa parution, une «épopée délirante sur les derniers jours de paix de l’Europe de 14»: il aurait pu aussi bien parler de tragédie, de comédie, de farce, d’élégie ou de rite d'exécration, mais c’est au fond une description pas plus mauvaise qu’une autre de cette œuvre fiévreuse.
Dans les parutions nouvelles de 2014, on rencontre peu de délires sur les derniers jours de la paix, encore moins d’ «épopées délirantes» sur l’Europe d’il y a cent ans. L’absence de délire, l’absence de fièvre ne doivent pas nécessairement être vus comme des symptômes rassurants. Dans certaines maladies, ça peut vouloir dire que le malade est mort.
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vendredi 27 juin 2014
Les Grands Webcomics Du XXIe Siècle (3): SMBC
L’ordre dans lequel sont évoqués sur ce blog les Grands Webcomics Du XXIe Siècle n’est en aucune façon hiérarchique, j’espère que vous l’avez compris: ce n’est pas un classement! C’est l’actualité liée aux auteurs de ces comics qui dicte leur date d’apparition.
Et s’il est grand temps, à présent, que je vous parle de Saturday Morning Breakfast Cereal, c’est qu’une autre initiative de son auteur, Zach Weiner, mérite de retenir toute votre attention, et de toute urgence encore: plus que quelques jours pour participer à la souscription qu’il a ouverte sur kickstarter pour l’impression de l’histoire qu’il a écrite (un conte qui s’adresse plutôt aux enfants, mais pas seulement), et qui sera illustrée de très jolis dessins!
Qu’est-ce que vous avez dit, vous? oui, vous, là, au fond? Ayez le courage de vos opinions, que diable! Ne faites pas semblant de n’avoir rien dit, je vous ai entendu: « … Mais Zach Weiner dessine comme un cochon », c’est ça que vous avez dit?
Bon, ce n’est pas entièrement faux: Zach Weiner dessine un petit peu comme un cochon, et un cochon qui de surcroît aurait des problèmes de perception des couleurs. Mais seulement un petit peu. Et puis cette comparaison n'est pas très pertinente, ce n'est que dans les comics qu'on rencontre des cochons qui dessinent, dans la vraie vie ça n'existe pas. Et le fait que les couleurs dont il tartine ses dessins font un peu mal aux yeux ne prouve pas qu'il a des problèmes oculaires,
ça veut peut-être seulement dire qu'il a des goûts, et des préférences, et, en un mot, une Weltanschauung qui le mettent un peu à part du reste de l'humanité (cette hypothèse n'est pas contredite par la lecture de SMBC).
Pour vous convaincre que SMBC est un grand webcomic, c’est simple: il vous suffit de le lire et vous pourrez réviser certaines de vos idées reçues. La spécialité de Zach, c’est ça: les idées reçues, les attraper, les tordre en forme d’anneau de Moebius, ou en faire des cocottes.
Ce qui lui permet de transformer n’importe quoi, même les postulats les plus respectables de la physique quantique, en blagues cochonnes (cochonnes, dans un sens métaphorique: à la différence de Pearls before Swine, le webcomic de Stephan Pastis dont nous parlions l'autre jour, dans SMBC il n'y a pas de cochon dans la liste des personnages récurrents, liste pourtant éclectique qui compte des extraterrestres verts, Dieu, Batman et Superman. Et des robots. Et, évidemment, des zombies). Et un dessin maladroit, raide et totalement dépourvu de sophistication est le véhicule qui convient le mieux à la méthode choisie par Weiner pour revisiter lesdites idées reçues (un papier un peu raide se prête mieux aux pliages en forme de cocottes).
Quant à l’album dont je vous parlais à l’instant, Augie and the Green Knight, que nous en dit Zach Weiner?
« J’aime les récits d’aventure à l’ancienne. J’aime Robert Louis Stevenson, H. Rider Haggard, Jules Verne, H. G. Wells, Lewis Carroll, Rudyard Kipling, et tout plein d’autres […] … on commence à trouver des livres avec, dedans, des petites filles futées, mais ça manque encore un peu de livres avec (dedans) des petites filles à la fois futées ET douées d’un esprit scientifique ET disposées à prendre des risques. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Augie and the Green Knight ».
A mon avis c’est exactement le genre de bouquin qu’aurait apprécié Suzy (Suzy Bishop - la Suzy de Moonrise Kingdom).
J’oubliais un tout petit détail: l’illustrateur qui enluminera Augie and the Green Knight, le livre écrit par Weiner, c’est Boulet.
Boulet, le vrai, d’ailleurs il n’y en a qu’un.
Si cette information ne vous convainc pas que Zach Weiner
est homme de goût autant qu’homme d’esprit,
je ne sais pas ce qu’il vous faut.
Zach Weinersmith est l'auteur des illustrations réalisées par Zach Weiner.
À part ça, il va bien.
mardi 17 juin 2014
Enfant, je croyais que c’était cela
Boouuuaouhh!
En entrant dans le Sound d’Islay, le ferry signale toujours son approche par un coup de sirène. Enfant, je croyais que c’était cela, le Sound: une longue plainte qui retentissait chaque fois que mon père m’amenait à Port Askaig. Puis, à l’école, j’ai fait cette découverte: le même mot signifiait à la fois bruit et détroit. Les mots avaient plusieurs masques: c’était déroutant, un peu comme de se faire mordre par le chien de la maison. Aujourd’hui encore, chaque boouuuaouhh de la sirène réveille en moi une petite fille craintive; et je frémis à la vision d’un monstre tapi dans les eaux noires du bras de mer séparant Islay de Jura, qui meugle sa douleur quand la coque du ferry vient lui labourer le dos.
Les maîtres de Glenmarkie,
Gallimard, 2008
Photo: Matthias Heiderich
mardi 10 juin 2014
It’s almost “Bill” backwards
Une rumeur a couru récemment sur le net: le cartoonist Stephan Pastis, auteur du webcomic Pearls Before Swine, aurait récemment reçu dans son atelier la visite d’un inconnu qui aurait, en quelques coups de marker vigoureux et précis, fait apparaître dans les cases du comic un nouveau personnage: Libby (Lib, pour les intimes) une petite fille fort précoce qui, maniant le sarcasme avec une dextérité stupéfiante pour son âge, aurait en quelques répliques quasiment réduit à quia l’habituel cast of characters du strip, auquel, pourtant, le sarcasme n’était nullement étranger.
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| Libby, oh, Libby... |
Une voisine, Miss Wormwood, institutrice à la retraite, aurait affirmé qu’elle avait reconnu, dans le mystérieux auteur de cet attentat au marker, un de ses anciens élèves nommé Bill Watterson.
Celui-ci a démenti: ce n’était pas lui, la preuve, le mystérieux étranger au comportement imprévisible, voire erratique, portait (selon tous les témoignages) un masque et une cape, et lui, William Boyd Watterson, homme aux manières douces et policées, n’en porte jamais.
Selon Mr. Watterson, tous les indices concordent: il ne peut s’agir que de l’insaisissable Stupendous Man.
Ilustration © Stephan Pastis / Universal
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dimanche 1 juin 2014
On aperçoit le bout du chemin
Chères lectrices et chers lecteurs, certains parmi vous, de ceux qui me sont le plus chers (je pense à vous, très chère Algésiras), n’ont cessé de se demander, depuis l’année dernière, quand L’Océan au bout du chemin, la traduction française de The Ocean at the End of the Lane, de Neil Gaiman, pourrait enfin rejoindre leurs étagères…
J’ai pour eux (pour vous tous) une bonne et une mauvaise nouvelle: la bonne c’est que selon les meilleures sources (la source étant le traducteur en personne, Patrick Marcel*) ce sont les éditions Au Diable Vauvert qui la publieront en septem... ah, non, la dernière fois que j'avais regardé c'était septembre, mais depuis la page a été mise à jour et maintenant c'est pour octobre que le livre est annoncé.
La mauvaise nouvelle c’est donc que cet été encore vous ne pourrez pas le glisser dans votre sac de plage.
Mais d’un autre côté, s’il sort en octobre, vous aurez juste le temps qu'il faut pour lui préparer une place douillette au pied de l’arbre de Noël, non?
Alors si on compte bien, ça ne fait pas une bonne et une mauvaise nouvelle, je me suis trompé, ça fait deux bonnes nouvelles.
L’été commence bien!
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| Pendant ce temps, dans le métro de Londres... |
*Patrick Marcel, ayant pris la suite de Jean Sola depuis le tome 13, est aussi le second traducteur à s'être attaqué au Trône de Fer, le roman-fleuve qui ne se montre pas plus miséricordieux avec ses traducteurs qu'avec ses personnages… ah, coincé entre les fans de Neil Gaiman et ceux de G. R. R. Martin, il ne doit pas avoir la vie facile, ce traducteur-là!
La photo provient du blog de Neil Gaiman.
mardi 27 mai 2014
Antonio Tabucchi et le rêve retrouvé
Pendant la nuit, il a fait un rêve.
Un rêve qu'il ne faisait plus depuis des années,
de trop nombreuses années.
C'était un rêve d'enfant dans lequel
il se sentait léger et innocent; en rêvant,
il a curieusement eu conscience d'avoir retrouvé ce rêve,
et ceci a augmenté encore son innocence,
comme une libération.
(Il Filo dell'Orizonte, 1986),
traduit par Christian Paoloni,
l'auteur et Bernard Comment
l'auteur et Bernard Comment
Christian Bourgois 1989
traduction révisée Gallimard 2006
Illustration: quand j'ai trouvé ce gif par hasard sur un tumblr,
il m'a rappelé vaguement quelque chose, mais quoi?
Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus (et Google Image Search
ne m'a pas fourni la solution: aucun de ceux qui
l'avaient publié n'a jugé bon de le sourcer. Tsss).
Si vous reconnaissez l'œuvre dont il est extrait, n'hésitez pas à me l'écrire!
traduction révisée Gallimard 2006
Illustration: quand j'ai trouvé ce gif par hasard sur un tumblr,
il m'a rappelé vaguement quelque chose, mais quoi?
Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus (et Google Image Search
ne m'a pas fourni la solution: aucun de ceux qui
l'avaient publié n'a jugé bon de le sourcer. Tsss).
Si vous reconnaissez l'œuvre dont il est extrait, n'hésitez pas à me l'écrire!
lundi 19 mai 2014
Grands Webcomics Du XXIe Siècle (2): SMMA
Aux heures ouvrables, Jillian Tamaki est une illustratrice prodige.
Hum, j’oubliais que pour les illustrateurs/trices, les heures ouvrables, c’est tout le temps.
Je vais donc formuler cette information autrement: Jillian Tamaki est une illustratrice prodige, point.
Prodige? Vous me demandez si je n’exagère pas? Comme si j’avais l’habitude d’exagérer. Bon, si vraiment vous avez besoin de vous en convaincre, allez donc voir son portfolio ou son blog. Ou allez voir la preview de la graphic novel qu’elle et sa cousine Mariko, scénariste, viennent de terminer (oui, Jillian a une cousine aussi douée pour écrire qu’elle-même pour dessiner. Une mutation a-t-elle altéré les gènes de la famille Tamaki? Les Tamaki sont-elles l'avenir de l’humanité? Peut-être… mais attendez donc, je reviendrai là-dessus, un peu de patience, ne me forcez pas à spoiler!)
Si vous la rencontriez dans son atelier, si vous aviez l’occasion de voir combien de projets elle vient de mener à bien et sur combien d’autres elle travaille, vous penseriez sans doute qu’elle l’est à temps plein, illustratrice. Elle trompe bien son monde, Jillian Tamaki.
Car, illustratrice prodige, ce n’est là que son identité publique: dès que l'ordre du monde est menacé, Jillian Tamaki revêt une combinaison moulante qui met sublimement en valeur son anatomie de supermutante et, en cet appareil, elle rétablit l'équilibre cosmique!
Il lui suffit pour cela de publier un nouvel épisode de son webcomic:
![]() |
| Les couleurs de l'Académie. |
Et, tout de suite, tout va mieux.
Attention, ce comic-ci n'a pas un rythme de parution aussi régulier que NIMONA; et c'est normal, l'équilibre cosmique ne vacille pas tous les jours, ni même toutes les semaines.A la SuperMutant Magic Academy, il y a Wendy et Trevor, et Gemma et Josie, et Adam et Evan, et Marsha et Trixie. Des kids, quoi. Et comme tous les kids, avides de reconnaissance, incertains sur leur identité, et inquiets pour leur avenir, leur self-esteem connaît des hauts et des bas, bref, the kids of the SuperMutant Magic Academy want to be your friend. Dites, vous voulez bien être leur ami? Si vous disiez non, ils seraient dévastés, et qui sait si dans un paroxysme de teen angst, ils ne feraient pas disparaître l’univers. C’est qu’ils en seraient bien capables, les petits salopiaux!
Trixie a des gènes de dinosaure! Trevor a des yeux de lasers!
(hein? Non, Trevor, je n’ai pas dit "salopiaux", j’ai dit "marsupiaux").
Gemma est très cérébrale (son cerveau représente 32,6% du poids total de son corps) ce qui ne l’empêche pas d’être très blonde, aussi.
Evan, c’est Everlasting Boy, qui existe, a existé et existera toujours et partout!
Marsha est une théoricienne de l'art capable de critiques super-caustiques!
Elle a - en plus - un autre super-pouvoir très spécial, celui de faire fondre à distance, comme marshmallow sous le regard d’un œil-laser, le cœur des lectrices et lecteurs de SMMA.
Comment fait-elle ça? Non non non, je ne vous le dirai pas, faites-vous vous-même une idée en allant lire le webcomic.
… et Evan… je veux dire, Everlasting Boy… il est super cute! Trixie n'hésite pas à dire qu'il est "dreamy".
- Hum, on dirait que quelqu’un a un mild crush pour Everlasting Boy.
- Tais-toi, Marsha, tu ne peux pas comprendre toi, tu n’aimes personne.
Allons bon, qu’est-ce que j’ai dit, voilà qu’elle fait la tête à présent.
Tu n’aurais peut-être pas dû dire ça, Wendy.
Et voilà!, Trixie, Marsha et Wendy viennent l’une après l’autre de partir en claquant la porte. Everlasting Boy est là, comme toujours - il est toujours là, partout - … j’aurais bien aimé l’interviewer, mais comme il vient de s’abîmer dans la contemplation de la naissance d’une nébuleuse spirale, survenue il y a mille millions d’années, il ne nous sera pas d’un grand secours pour poursuivre cette présentation. Trevor? Ça fait un moment qu’il est parti, en claquant la porte lui aussi, d’ailleurs, depuis, ça sent un peu le brûlé, il faut que j’aille voir ce qui se passe dans le couloir.
...
Hum.
On ne peut vraiment rien dire ici.
Alors je ne vous dirai rien de plus, ça m’aura servi de leçon:
à la SuperMutant Magic Academy, on apprend la vie.
![]() |
| La vie. |
La graphic novel de Jillian et Mariko Tamaki s’appelle This One Summer (ISBN: 978-1-59643-774-6), éditeurs: First Second Books (USA) et Groundwood Books (Canada); et, en français, aux éditions Rue de Sèvres, sous le titre Cet été-là.
Les deux cousines y ont travaillé pendant trois ans et ça y est! il vient de sortir!
Rose et Windy ne sont pas cousines, juste best friends, elles ont treize ans, elles passent leurs vacances au bord d’un lac, et… je ne sais pas ce qui va leur arriver, mais mon instinct me dit que ce sera intéressant. Parce que le talent de conteuse lié à la mutation génétique des Tamaki parvient à rendre intéressants même les incidents les plus banals de la vie quotidienne dans une académie de magie pour super-mutants, alors…
Seth T. Hahne fait partie des privilégiés qui ont pu lire l’album en avant-première, alors vous pouvez lire ce qu’il en pense ici. Françoise Mouly en parle aussi dans le New Yorker, mais elle reste un peu vague pour mon goût, j'aurais aimé qu'elle se mouille davantage!... et bien sûr, il est légitime de penser que cet album, ce sont Jillian et Mariko qui en parlent le mieux.
Ça ne vous suffit pas? Vous voulez savoir s’il y aura aussi un album pour la SuperMutant Magic Academy? Hé bien oui, c’est prévu. Mais pour ça, encore un peu de patience.
All art Copyright © 2014 by Jillian Tamaki
dimanche 18 mai 2014
Le séminaire sur la mythopoièse est ajourné
Fearful symmetry.
Alors que leurs recueils d’illustrations voisinaient depuis des lustres sur les étagères des librairies, les deux artistes s’étaient rencontrés pour la première fois en 2002.
Ce jour-là ils exposaient tous deux leurs œuvres dans la belle ville de Gruyères, Woodroffe arborant le grand sourire qui était sa signature, Giger moulé dans son emblématique cuir noir.
Je n'y étais pas, mais je n’ai pas de peine à imaginer Patrick Woodroffe, lors de cette rencontre historique, affirmant avec force «le vingt-et-unième siècle sera vert» et Giger ajoutant sotto voce «ou ne sera pas».
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| Patrick Woodroffe (pochette de Greenslade: Time and Tide) |
Zeitgeist.
| H. R. Giger (Giger's Necronomicon) |
Fearful symmetry.
Par la suite Giger dessina et sculpta la créature d’Alien, et y gagna une notoriété planétaire, le genre de notoriété que parfois les artistes sont tentés de maudire, dès lors que, ne concernant qu’une petite partie de leur œuvre, elle occulte tout le reste.
Woodroffe, au contraire, entra dans une relative obscurité, à mesure que pâlissait l’étoile des musiciens qui l’avaient pris pour mascotte, et que changeaient les modes qui gouvernent le choix des couvertures de livres de poche (il en a fait beaucoup aussi, en particulier pour les éditions britanniques d'écrivains comme Michael Moorcock, Abraham Merritt, P. J. Farmer...).
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| Patrick Woodroffe (Sept Pas vers Satan, 2° version) |
Zeitgeist.
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| Une des œuvres récentes de Patrick Wodroffe (tomogtaphie, 2011) |
Fearful symmetry.
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| H. R. Giger (affiche, exposition 2014) |
Zeitgeist.
Fearful symmetry.
Ce pourrait être les tags à attacher à ce billet.
Et on pourrait ajouter aussi "Hallelujah, anyway".
Images © H. R. Giger et P. Woodroffe.
mardi 13 mai 2014
Grands Webcomics Du XXIe Siècle (1): Nimona
On a annoncé partout que c'est le mois du roman, ou quelque chose comme ça. Il me semble donc que c'est le bon moment pour se pencher sur le phénomène littéraire le plus florissant (pour l’instant) de ce siècle: les webcomics.
- Mais il y en a des brouettes! Par lequel commencer?
La réponse est évidente: par NIMONA.
J'ai entendu quelqu'un demander:
- NIMO quoi?
NIMONA.
- Comment?
NI-MO-NA.
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Ça s’écrit comme ça se prononce,
et ça se prononce comme ça s’écrit.
|
Nimona, l’héroïne, a une relation compliquée, un peu conflictuelle, on va dire, avec le super-villain dont elle est la sidekick: mais il faut bien qu’elle s’en accommode, ça n’a pas été simple pour elle de décrocher, à l’agence pour l’emploi, ce stage de sidekick chez un super-villain.
En fait non. Ce n’est pas ça qui s’est passé.
Ce qui s’est passé est bien plus compliqué que ça.
Comme si ce n’était pas assez que la vraie vie des vraies gens soit compliquée, il faut que celle des super-villains et de leurs sidekicks le soit aussi. Alors que des fois, au lieu d’ourdir des schèmes funestes pour la domination du monde, ce dont vous avez vraiment envie c’est de vous promener dans une fête foraine avec quelqu’un qui pourrait être votre papa, et de mordre à belles dents dans le churro* tout chaud qu’il vous a payé.
Il y a bien d’autres choses dans ce comic, de l’action, de la romance, des capes qui flottent élégamment même en l’absence de vent, des canons à plasma qui font FWOOM, des lasers qui font CHOOOOM, et des épées qui font SHLINK, et des accès inattendus de mélancolie.
Les choix graphiques de Noëlle Stevenson pour NIMONA privilégient la lisibilité, la cursivité auxquelles invite le format webcomic, les passages les plus intenses, émotion, action, sont servis par un minimalisme assumé dont la dessinatrice s'affranchit, à l'occasion, pour suggérer qu'il peut y avoir, dans son petit théâtre de marionnettes, plus que ne rencontre le regard.
Et pourquoi en parler maintenant? Parce que le prochain chapitre, qui commence cette semaine, de Nimona est annoncé comme le dernier, et que vous pourrez donc, pour quelques semaines encore, connaître les angoisses délicieuses de l’attente entre deux épisodes: la plus grande jouissance qu’offrent les webcomics. Mais le temps presse! Il n’y en a plus pour longtemps, précipitez-vous dessus!
Mais surtout, commencez par le commencement et lisez tous les épisodes dans l’ordre.
Il le faut absolument, sinon vous ne comprendrez jamais pourquoi tout le monde à la récré ne parle que de «Fwoom cannon» et de «shark boobs».
Un message à caractère informatif de Noëlle Stevenson (l’auteur de Nimona, donc):
Noëlle: It has recently occurred to me that some of you, particularly those who don't follow me on Tumblr, might not know about the future of NIMONA the webcomic. Here are the details: NIMONA is a self-contained single-arc story. Meaning that it is entering its final act now and will be coming to an end soon.
Noëlle: Il a récemment été porté à ma connaissance que certains d’entre vous, en particuliers celles et ceux qui ne me suivent pas sur Tumblr, pourraient se poser des questions à propos du futur de Nimona the webcomic. Voilà l’affaire: NIMONA est une self-contained single-arc story. Ce qui veut dire qu’elle entre dans sa phase finale et que la conclusion est pour bientôt.
Q: How soon?
A: Well, not like SUPER soon. Probably about 5-6 months.
Question: Quand bientôt?
Noëlle: Pas super-bientôt, mais bientôt.
Q: Will I be able to buy NIMONA in physical form in the future?
A: Yes! Upon completion, NIMONA will be published by HarperCollins as a YA graphic novel. The graphic novel is due out in early 2015.
Question: On pourra un jour acheter « NIMONA, le livre »? au format papier, ou e-book, ou whatever?
Noëlle: Oui! Une fois terminé, NIMONA sera publié par Harper Collins sous le label « Young Adult graphic novel ». La version papier sortira début 2015.
Q: Is the webcomic ending because of the book deal?
A: No, the ending has been planned from the very beginning! It was never meant to continue indefinitely - it's ending because it was always supposed to end.
Question: C’est à cause du contrat d’édition que tu mets fin au webcomic?
Noëlle: Non, la conclusion était prévue dès que j’ai commencé à écrire l’histoire, il était prévu dès le départ que ça s’arrêterait un jour, c’est ça que ça veut dire « self-contained single-arc », suivez un peu.
Q: What's next after NIMONA wraps up?
A: It will be followed by another comic! It will feature a new story, a new setting, and new characters.The details on that are still sketchy, except that it will also be published by HarperCollins.
Question: Tu feras quoi quant tu auras bouclé NIMONA?
Noëlle: Je ferai une autre comic! Avec une nouvelle histoire, un nouveau contexte, de nouveaux personnages. Je ne vous en dis pas plus, sinon que ce sera aussi publié par Harper Collins.
Q: Is there a sequel planned for NIMONA?
A: Not at the moment. We'll see what happens.
Question: Y’ aura une suite à NIMONA? Dis oui, dis oui!
Noëlle: C’est pas prévu pour l’instant. Il arrivera ce qui arrivera.
Pendant que je rédigeais ce billet, dans un de ces brefs épisodes de narcolepsie, hantés de fugitives images oniriques, dont je vous ai déjà parlé, j’ai vu Noëlle Stevenson surgir soudain de la nuit, se pencher vers moi et me déposer un petit bisou sur le bout du nez.
La vie est belle.
* chichifregi, en anglais des Amériques.
Life advice from Nimona: when you get tired, just be a cat.
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jeudi 8 mai 2014
Nouvelle visite aux fantômes (Emily Dickinson, Antonio Tabucchi)
La voix de la poésie a le pouvoir d'établir un dialogue avec les fantômes, et, une fois le fantôme évoqué et convoqué par son médium, les deux interlocuteurs peuvent parfaitement faire abstraction de tous les éléments sensoriels qui ont rendu possibles cette rencontre: la voix, le toucher, la vue, l'odorat et le goût. Ce qui compte, une fois que la convocation a eu lieu, c'est la pure présence du fantôme. Celle-ci peut advenir dans le plus parfait silence, et dans l'immanence fantômatique qui se suffit à elle-même.
Sur la pure présence du fantôme convoqué, une grande poétesse a écrit un texte inégalable:
Conscious am I in my Chamber,
Of a shapeless friend -
He doth not attest by Posture -
Nor Confirm - by Word -
Neither Place - need I present Him -
Fitter Courtesy
Hospitable Intuition
Of His Company -
Presence - is His furthest license -
Neither He to Me
Nor Myself to Him - by Accent -
Forfeit Probity -
Weariness of Him, were quainter
Than Monotony
Knew a Particle - of Space's
Vast Society -
Neither if He visit Other -
Do He dwell - or Nay - know I -
But Instinct esteem Him
Immortality - *
Antonio Tabucchi, Sur Requiem, Paris février 1998
(texte rédigé en partie directement en français par l'auteur, avec la complicité de Bernard Comment);
repris dans Autobiographies d'autrui: poétiques a posteriori, Éditions du Seuil 2003
Dans le livre de Tabucchi, la traduction proposée
pour le poème d'Emily Dickinson est la suivante:
*Je sens dans ma Chambre
Un ami sans forme
Il ne s'annonce par le Geste-
Ne se Confirme - par la Parole -
Place - n'ai besoin de Lui faire -
Meilleure Courtoisie
L'hospitalière intuition
De Sa Compagnie -
La Présence - est Sa seule licence -
Lui envers Moi
Ni Moi envers Lui - par le Verbe -
Ne manquons à l'Honneur -
Être lasse de Lui serait plus étrange
Que si la Monotonie
Connaissait une Parcelle - de la vaste
Société de l'Espace -
Et s'Il rend à d'Autres visite -
Demeure-t-Il - ou Non - je ne sais -
Mais l'Instinct L'appelle
Immortalité -
Emily Dickinson, Vivre avant l'éveil,
traduit de l'anglais par
William English et Gérard Pfister,
Paris, Arfuyen, 1989
Rien n'échappe à l'œil des chats: sur leur blog, ils ont signalé, à plusieurs reprises, la présence, en des recoins du Web où l'on ne se serait pas forcément attendu à les croiser, de quelques-uns de ces fantômes dont l'invisibilité n'était pas un déguisement suffisant pour qu'ils trompent la vigilance d'Emily Dickinson, par exemple ici, ici, ou là; et je vous recommande tout particulièrement ce billet, qui vous ouvrira une porte sur l'univers nocturne, fréquenté par de bien étranges visiteurs, de Warren Criswell.
Les manuscrits d'Emily Dickinson, vous vous en souvenez, vous pouvez les consulter ici.
Les manuscrits d'Emily Dickinson, vous vous en souvenez, vous pouvez les consulter ici.
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