Un récent billet de Phersv a valu à notre blog un afflux exceptionnel de visiteurs; essayons (dans la mesure de nos moyens) de lui rendre la pareille.
Son billet du 29 juin sur son blog Anniceris ne met pas seulement en lumière un jalon peu connu de l'histoire de la fantasy romanesque: Phantasmion, de Sara Coleridge (de l'intéressante famille Coleridge); il en souligne la proximité avec un très long poème de Robert Southey (un ami de la famille en question!), Thalaba the Destroyer, inspiré des Mille et Une Nuits. Prudent, notre ami blogueur nous met en garde: ce ne sont pas des page-turners, leur verbosité décomplexée lasse vite le lecteur contemporain! Dans un billet plus ancien, il avait fait les mêmes réserves sur la fameuse épopée de Spenser, The Faerie Queene qui, dit-il non sans malice, fait partie des "Grands Illisibles" du Canon occidental, un énorme poème que seuls des érudits et des étudiants en littérature anglaise doivent encore lire en entier. Plus sévère encore pour Southey, Phersv commente: "Le texte paraît illisible tant il est répétitif mais Shelley ou Keats l'avaient adoré (et je ne peux pas croire que Tolkien n'en ait pas eu quelque influence inconsciente)". En outre, il précise (en réponse à un commentaire) que du poème de Southey on ne connaît pas de traduction française et que même en anglais, il n'y a que des reprints de vieilles éditions, pas de rééditions annotées ou révisées.
On l'a compris, si on ne peut manquer de ressentir, pour la pionnière Sara Coleridge, admiration et sympathie, on ne se sentira pas obligé de partir à la recherche des œuvres de Southey et de Spenser.
Mais Phersv n'en reste pas là: c'est la généalogie de la fantasy qui l'intéresse (justement, nous aussi!) et il mentionne une série d'auteurs beaucoup plus accessibles, à commencer par Jacques Cazotte (le diable amoureux!) qui avait déjà écrit une parodie fantastique des Mille et Une Nuits, Mille et Une Fadaises (en 1742) puis en avait rédigé une Suite publiée en feuilleton dans le Cabinet des fées (le Cabinet des fées est aujourd'hui partiellement disponible en poche), puis The Princess and the Goblin de George MacDonald, The Worm Ouroboros d'Eddison, et le très curieux The Blazing World, de Lady Margaret Cavendish, duchesse de Newcastle: une œuvre non sans quelque parenté avec la Clélie de Madeleine de Scudéry ou l’Astrée d'Honoré d'Urfé, mais avec injections de bizarreries quasi science-fictionesques, de beaucoup de bruit et de fureur (et de proto-féminisme!).
Les "Grands Illisibles" n'ont pas été admirés que par leurs contemporains: The Faerie Queene a inspiré à Michael Moorcock sa Gloriana; l'Orlando de l'Arioste, à Chelsea Quinn Yarbro son Ariosto Furioso (et je me permets d'ajouter que l'épisode de Britomart fut une des inspirations d'Italo Calvino pour Le Chevalier Inexistant).
Vous savez ce qu'il vous reste à faire: écrivez à votre tour une fantaisie bien héroïque, avec des chevaliers, des géants, des chevaux magiques, des oiseaux magiques, des fleurs magiques; des reines, des fées, pourquoi pas des reines des fées, des voyages dans la Lune: que tous vos serpents s'en mordent la queue, et Phersu rendra compte sur son blog de vos travaux et traverses!
vendredi 3 juillet 2026
Quêtes fantastiques: y aller pas à pas
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2 commentaires:
Voilà un appel à la création bien rafraîchissant.
En relisant cela, je suis peut-être injuste et même un peu à côté de la plaque avec Spenser. Toute la propagande de cour et le moralisme a mal vieilli mais il y a tant d'influence sur toute la littérature anglophone que c'est sans doute réducteur de l'écarter. L'ennui est que ce n'est pas sauvé par l'humour qu'on trouve dans l'Arioste par exemple.
Je n'ai toujours pas fini les tomes de League of Extraordinary Gentlemen d'Alan Moore mais The Blazing World de Margaret Cavendish y apparaît aussi comme la dimension où se retire Prospero (de The Tempest).
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