lundi 31 juillet 2023

C'est, d'abord, la canicule; puis la température tombe brutalement

 Apparemment c'est devenu la norme: à présent les mois commencent mal et finissent mal. Juillet s'est distingué en consacrant ses derniers jours à mettre fin à l'existence de Sinéad O'Connor;  la presse ne manqua pas de nous rappeler par la même occasion que ses dernières années furent, pour elle, un calvaire. Comme pour illustrer l'adage "Life is a bitch, and then you die".

lundi 24 juillet 2023

Laissées en cadeau

 Jane nous a laissé quelque chose en cadeau. C'est gentil, non?



samedi 22 juillet 2023

Fous-rires, murmures, silences, fumées

 Je regretterai leur absence à l'avenir: les fous-rires de Jane Birkin, les murmures d'Astrud Gilberto, les silences de Milan Kundera.
Et ils me manqueront aussi, bien sûr, bien que je ne les aie jamais vus "en vrai", que je n'aie même jamais entendu le vent les faire bruire (car, oui, au cas où vous vous poseriez la question, l'absence d'un silence aussi peut nous rendre chagrins) les millions d'hectares de forêt canadienne partis rejoindre les millions d'hectares de brousse australienne et de pinèdes grecques, au paradis des fumées.

lundi 17 juillet 2023

Avoir trahi

 Depuis la mi-Juin je n'ai guère été d'humeur à bloguer. J'étais triste. Notre amie Fresca, dans son journal, a évoqué il y a quelques jours une tristesse assez semblable à la mienne:

At the same time, this summer I've been sad.
I miss all the old people who knew me when I was young--including  ones I wasn't close to--the aunts and uncles, neighbors, friends of my parents––even ones I didn't particularly like––they were there.
And now they're not.

Moi aussi, des gens qui ne sont plus là me manquent. Alors que j'aurais eu envie de vous parler de trucs marrants, de BD rigolotes, d'images qui bougent bien, de livres intéressants, j'avais l'impression que chaque jour amenait des mauvaises nouvelles, encore des mauvaises nouvelles... par-ci, par-là, quelques nouvelles si absurdes qu'elles en étaient presque drôles (mais pas vraiment, en fait) et pouf! Encore une mauvaise nouvelle qui me coupait l'envie de blogger. Ça a culminé fin Juin, quand j'ai appris qu'Héctor Abad Faciolince, sorti manger une pizza avec des amis à Kramatorsk, s'était retrouvé au milieu de décombres, deux des amies avec lesquelles il venait de trinquer à un avenir meilleur gravement blessées (lui-même, par chance, ne l'étant que légèrement); je me suis senti paradoxalement coupable envers cet Héctor Abad que je n'ai jamais rencontré, parce que j'avais accumulé, il y a quelques années, des notes sur les deux livres, El olvido que seremos et Traiciones de la memoria,* dans lesquels il racontait une histoire qui m'avait fasciné, notes dont je pensais tirer un billet pour ce blog; et puis j'avais pensé à autre chose, et puis j'avais oublié...  un autre exemple de trahison de la mémoire. Plus diligent que moi, Chris Kearin avait résumé en temps utile - au moment de la parution de la traduction anglaise du récit d'Héctor Abad - l'enquête, ou plutôt la quête, qui avait inspiré le livre: en vidant les poches de son père après sa mort, le narrateur y avait trouvé un bout de papier sur lequel le matin même son père avait recopié  un poème atribué à Borges: "Aquí. Hoy."; mais, s'était-il demandé, pourquoi ce poème n'apparaissait-il dans aucune des bibliographies de Borges? Se pouvait-il qu'il s'agît d'une fausse attribution? Et il était parti à la recherche de l'origine de ce poème, se disant confusément que, s'il levait les doutes sur l'identité de l'auteur, il rendrait d'une certaine façon justice à son père. Vous connaissez mon goût pour les quêtes donquichottesques: cette histoire m'avait touché, et j'en étais à songer à réparer ma négligence, quand j'ai appris le premier Juillet qu'une des deux amies  de Faciolince blessées dans le bombardement, la journaliste ukrainienne Victoria Amelina, venait de mourir à l'hopital: à côté de ça, quelle importance avait encore ma mauvaise conscience? Cela peut-il servir à quelque chose, ce qu'on écrit sur un blog?

Et si je recopiais à mon tour le poème qu'un bout de papier dans la poche d'un mort a fait sortir de l'oubli?

   Ya somos el olvido que seremos.
    El polvo elemental que nos ignora
    y que fue el rojo Adán y que es ahora
    todos los hombres, y que no veremos.
    Ya somos en la tumba las dos fechas
    del principio y el término, la caja,
    la obscena corrupción y la mortaja,
    los ritos de la muerte y las endechas.
    No soy el insensato que se aferra
    al mágico sonido de su nombre.
    Pienso con esperanza en aquel hombre
    que no sabrá que fui sobre la tierra.
    Bajo el indiferente azul del cielo
    esta meditación es un consuelo.

 

 *Ces deux livres sont parus en France aux éditions Gallimard.  

lundi 19 juin 2023

On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a

 

Oh que je voudrais qu'il pleuve des bonnes nouvelles, pour que nous puissions nous en réjouir ensemble, chers visiteurs! Mais en ce moment il ne pleut que de l'eau, avec la semaine dernière quelques grêlons en prime. En cherchant bien, j'ai pourtant trouvé quelque chose qui ressemble un peu à une bonne nouvelle. Vous vous en souvenez peut-être: en faisant il ya trois ans l'éloge d'Alasdair Gray,  j'avais mentionné (trop brièvement) un de ses romans, court mais foisonnant: Pauvres Créatures (Poor Things) dans lequel il revisitait, avec l'irrévérence qui était sa marque de fabrique, le mythe du Prométhée moderne. Un livre que je ne pensais pas voir un jour adapté à l'écran, en raison de sa structure: deux rapports, l'un long et sinueux, l'autre bref et incisif (et, de plus, ils sont contradictoires), sur les mêmes événements; tirer des deux une continuité cinématographique? ça semblait un pari hasardeux. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler*; car contre toute attente le roman vient d'être adapté, et pas par n'importe qui: par Yorgos Lanthimos, qui n'est guère plus respectueux des règles du cinéma mainstream que Gray ne l'est de celles de la littérature blanche.  Alors, le résultat pourrait bien être intéressant. Je suis curieux de voir (le film n'est pas encore sorti du côté de chez moi) comment Lanthimos s'y est pris pour insuffler vie à ce drôle de bébé! Ce n'est sans doute pas le genre de film qui reste longtemps à l'affiche: je vous conseille donc de guetter son passage.

 *À vrai dire, je me demande si le titre que j'ai choisi pour ce billet, "On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a", ne me rend pas, déjà, coupable de spoiler? C'est quasiment le résumé du livre!

mercredi 14 juin 2023

Cette route n'est pas pour le vieil homme

 Y aurait-il eu plus noires provinces de la nuit
 qu’il les eût trouvées.
 Cormac McCarthy, Un Enfant de Dieu

 

 Cormac McCarthy, lui aussi, a choisi un chemin qui bifurque, sans attendre qu'on lui souhaite son anniversaire: sans doute en avait-il vu assez pour parvenir à la conclusion que les anniversaires, c'est toujours un peu la même chose.

 

dimanche 4 juin 2023

Nous nous reverrons, Philippine, ce n'est qu'un au revoir

 

 Vous connaissez tous, j'imagine, le bon mot attribué à Brian Eno à propos du Velvet Underground:
«Je parlais à Lou Reed l'autre jour et il me disait que le premier album des  Velvet Underground  n'a été vendu qu'à    30 000 exemplaires dans ses cinq premières années. Je pense que chacun de ceux qui ont acheté une de ces 30 000 copies a fondé un groupe!»


À propos des films de Jacques Rozier, les gens du cinéma (les historiens, les critiques) ont souvent parlé de  «succès public relatif», de  «succès d'estime». Mais le soupçon m'est venu que tous les gens qui en ont vu, des films de  Jacques Rozier, se sont mis,  par la suite,  à se projeter dans leur tête des films qui ne ressembleraient pas aux autres films et qui n'existeraient que pour eux.

Jacques Rozier, 1926-2023


mardi 30 mai 2023

Mai s'en va, nous on reste (pour le moment)

 Tous ces gens qui ne s'étaient jamais rencontrés jusqu'à présent, peut-être auront-ils désormais des occasions de discuter entre eux des sujets qui les touchaient de près: Jean-Louis Pesch et Aline Kominsky de bande dessinée, Helmut Berger et Martin Amis de stratégies pour ne pas sourire quand on est pris en photo, Tina Turner et Jean-Louis Murat de chansons? Ou alors: Aline Kominsky fera rire Tina Turner, Martin Amis fera sourire Helmut Berger et Jean-Louis Murat donnera des idées de BD à Jean-Louis Pesch?
La seule chose qui est sûre, c'est que personne ne sait de quoi demain sera fait.

jeudi 25 mai 2023

Pons Pons Pons Pons

 

 Souriez! 

 

Vous pourrez voir tout l'été une rétrospective de l'œuvre de Louis Pons au musée Cantini.
L'exposition s'appelle "J'aurai la peau des choses" (c'est du Louis Pons tout craché).
Les samedis, vous pourrez même dessiner sur les murs.

Enfin, sur un mur.
Un mur spécial.
Il faudra s'inscrire avant.

Musée Cantini, 19 rue Grignan  13006 Marseille
Du 24 mars 2023 au 03 septembre 2023
Tél. : 04 13 94 83 30
Mail :  musee-cantini@marseille.fr
Tarifs d’entrée : plein 6 €/réduit 3 €
Du mardi au dimanche de 9h à 18h
Fermeture hebdomadaire le lundi,
sauf les lundis de Pâques et de
Pentecôte
(profitez-en!).

Dessin © Louis Pons & Fata Morgana

mardi 23 mai 2023

Nimona: un phénix qui a eu chaud

 Netflix isn’t the hero we needed, but the hero we deserve.
(un fan de Nimona sur internet)


Vous qui commenciez à désespérer de voir un jour Nimona passer de la page à l'écran, la nouvelle vient de tomber: l'animation est bouclée!

Récapitulons:
2012 naissance de Nimona le webcomic;
2014 conclusion de la série sur le web (saluée, en son temps, ici)
2015 Nimona est publiée, sous la forme d'un bel album relié, chez Harper Collins! Plus tard Dargaud en  publiera une version française aussi soignée, qui sera suivie d'une édition brochée petit format.
2019 on annonce pour bientôt une adaptation animée! ce devait être une collaboration entre WebToons et le studio Henson. Ce choix, ainsi que celui de Patrick Osborne comme réalisateur, me semblait de bon augure. On estime alors que le film pourrait sortir en 2020...
2020 Patrick Osborne et le studio Henson ont passé la main à Nick Bruno et Troy Quane de Blue Sky Studio, et le projet avance bien, mais le covid 19 passe par là, et le confinement ralentit tout...
2022 le film est, annonce-t-on, terminé à 75%,  quand Blue Sky qui produisait le film est racheté par l'oncle Picsou. On connaît les habitudes du vieux grigou: une fois propriétaire de Blue Sky, il décide que l'entreprise ne vaut pas la peine d'être conservée, et les projets qu'elle développait non plus...
Oui mais, aussi entre-temps, la carrière de Stevenson a pris un autre tour: le reboot de l'antique série Masters of the Universe (un truc du vingtième siècle; ça vous rappelle quelque chose?) connaît, sous le nom de She-Ra and the Princesses of Power, un succès inattendu, et "Indy" Stevenson , scénariste et producteur exécutif de cette nouvelle série, est devenu quelqu'un de "bankable". Ça, ça plait aux financiers. Voilà la production de Nimona qui reprend, cette fois, sous le label Annapurna et, teaser à l'appui, le lancement est annoncé pour...
2023!

Seulement sur Netflix.


Ma réaction à toutes ces nouvelles est mitigée. Netflix est capable du meilleur comme du pire, n'est-ce pas? Et quand c'est le pire, c'est pas le meilleur du pire. L'équipe d'animation a connu plusieurs changements, au vu du premier teaser le style graphique est très différent de celui du comic, Stevenson, bien que toujours co-producteur exécutif, ne semble pas avoir eu la maîtrise totale du script... gardons tout de même espoir; n'avais-je pas conclu mon dernier billet sur le sujet par un optimiste "Nimona s'en sort toujours"?