vendredi 28 février 2020

Ça ne lui ressemble pas


C'était devenu un gimmick dans les pages des Échos des savanes de la bonne époque: Claire Bretécher n'était pas ressemblante (elle tenait à le préciser pour éviter toute équivoque), Gotlib et Mandryka n'y pouvaient rien: c'était justement à ça qu'on la reconnaissait.



Ressemblante ou pas, Claire Bretécher va nous manquer.
Beaucoup.
Ce qui ne lui ressemble vraiment pas, en fait, c'est d'être partie (pas même un 1er avril ou à la rigueur un 29 février) sans accompagner sa sortie du moindre gag, sans même nous faire connaître au préalable l'opinion du Docteur Ventouse, qui en d'autres temps ne lui fut pourtant pas avare de confidences.

"Docteur, le numéro vingt-six est devenu non-vivant, qu'est-ce qu'on fait?"

Elle n’allait jamais aux enterrements, elle ne supportait pas ça. D’ailleurs, je n’irai pas au sien car elle ne serait pas allée au mien. Elle fuyait les emmerdements. Un artiste, ça a besoin de se préserver. Elle ne savait peut-être pas tout faire. 
Mais ce qu’elle faisait, elle le faisait bien.
Delfeil De Ton
Dessin R. B.

vendredi 7 février 2020

Tablée


Vous avez aimé la recette toute simple que j'ai trouvée dans un livre de recettes de Philippe Annocque, et dont je vous ai fait part l'année dernière?
En voici une autre qu'on pourrait croire écrite spécialement pour cette rubrique "à table!".

HIPNATA! hurlait-elle.
DABIDO! braillait-il de son côté.
Heureusement que j'étais là pour appeler à table.


 Philippe Annocque, Vie des hauts plateaux,  
ISBN 979-10-92723-06-9

vendredi 31 janvier 2020

Sale temps pour les funambules


Ces funambules (sans se concerter, chacun dans son coin) avaient tendu des cordes raides sur lesquelles ils effectuaient des cabrioles, sans jamais tomber dans l'abîme qui s'étendait au-dessous-d'eux à perte de vue.
Quel abîme? Je parle du bon goût, bien sûr.
Les limites de ce fameux bon goût,  vous pensez s'ils les connaissaient!
Équipés comme ils l'étaient d'une vaste culture, ils auraient pu en tracer une carte les yeux fermés, en estimer au pouce près la profondeur; et si en exécutant leur numéro ils se contorsionnaient parfois (accrochés à leur ombrelle) jusqu'à en effleurer la surface, ils réussissaient, à l'ébahissement du public, à ne jamais y tremper un orteil.

Cet hiver, au premier rang des spectateurs, le vieux 2019 et le jeune 2020, au coude à coude pour la première et la dernière fois, entre deux salves d'applaudissements, échangèrent un clin d'œil et entonnèrent d'une seule voix la fameuse punchline:  

Et, appréciant la référence, ces trois artistes de cirque aérien répondirent par la plus finale des révérences.

Toshio Saeki est mort le 21 novembre 2019, on ne l'a su que bien plus tard.
Alasdair Gray l'a suivi le 29 décembre (le décalage dû au fait qu'il tenait à fêter, le 28, son 85e anniversaire), 
et Terry Jones le 21 janvier de la nouvelle année.

Toshio Saeki.
Vous imaginez ce que ça aurait pu donner si Roland Topor s'était dit après une soirée bien arrosée: Tiens, juste pour me marrer, la prochaine fois que je dessine une sangsue géante qui sort d'une fille par un trou pour entrer dans un garçon par un autre, je dessine tout ça comme si j'étais Edgar-Pierre Jacobs, les copains vont en faire une tête, arkh-arkh-arkh! 
Ça c'était à peu près la manière de Toshio Saeki: un humour aussi déplacé que celui de Topor (moins le rire de Topor, que celui-ci était seul au monde capable de produire), une application aussi minutieuse que celle de Jacobs. 
Pendant cinquante ans, Saeki dessina de lumineux intérieurs japonais, des jardins zen parfaitement ratissés, dans lesquels étaient perpétrées des abominations indicibles.
Je vous souhaite bonne chance si vous cherchez ses gros bouquins publiés dans les années 80-90, mais un de ses premiers recueils, Red Box, vient d'être réédité, d'abord au Japon par Kokushokankokai, puis chez nous par Cornélius.

Alasdair Gray maniait le pinceau et la plume.
Peu soucieux d'appliquer des recettes, il produisit des peintures, des fresques et des vitraux qui se gardaient bien de se rattacher à aucune école; il illustrait aussi ses livres, tous imprévisibles, qui n'ont en commun que de vous emmener là où vous ne vous attendiez pas à aller.
Si vous voulez du long, il a écrit Lanark, un livre-labyrinthe où vous serez sûrs de vous perdre; si vous voulez du court, il a disséqué l'énorme Frankenstein et l'a ré-assemblé (avec une remarquable économie de points de suture) sous la forme d'une novella taille mannequin, Pauvres créatures (Poor Things).

Quant à Terry Jones

Terry Jones, déjà raide en 1977.
Il a tout fait. Tout. Même des choses sérieuses (mais sans oublier de rester Terry Jones). C'était lui qui se chargeait de dire "Moteur!" sur les plateaux où l'on tournait les sketches des Monty Pythons, et "Coupez!" quand il devenait évident qu'il fallait faire une retouche de maquillage aux Chevaliers qui disent Ni, au chœur des pharisiens ou aux employés de la Crimson Permanent Assurance. Croyez-moi, ce n'était pas une petite responsabilité. Réaliser par la suite des séries didactiques pour la BBC, ce fut pour lui de la petite bière (et il s'y connaissait, en bière).
Et comment oublier que, pour accompagner les merveilleux dessins de Brian Froud, c'est lui et nul autre qui rédigea les notices biographiques (judicieusement concises, elles vont droit à l'essentiel) de Luerk, de Püg, de Pilch, de Sküell, de Gibbergeist et Candlewic, de Maeliciöüs et Klunkit et de tant d'autres?
Quant à l'aisance sans pareille avec laquelle il porta les bigoudis, le fichu de rayonne et la blouse de nylon aux tons pastel dans les rôles de ménagère britannique qu'il incarna tant de fois avec brio, elle remplissait d'une admiration silencieuse son aîné de peu d'années, Michou, qui, le cœur brisé, ne tarda pas à le suivre.


Oui, sale temps en ce début d'hiver. 
J'espère que le 21 février la météo sera meilleure. 

dimanche 26 janvier 2020

Tas de ris de rats


Hé bien ça y est, nous sommes entrés dans l'année du Rat!


Ce rat-ci, comme tous les rats de bibliothèque, se savait le bienvenu sur ce blog: soucieux du protocole, il a sagement attendu le début de l'année lunaire pour se présenter. 
Mais, infatigables voyageurs du net, vous avez sûrement noté, en feuilletant les Mélakarnets, qu'une certaine souricette s'est montrée moins patiente, et a, depuis quelques jours déjà, élu domicile chez  nos amis Mélaka et Reno -  plus précisément sur Reno.
C'est dans l'ordre des choses: les muridés (rats, souris, mulots et campagnols) sont, depuis l'aube de l'Histoire, de si fidèles commensaux des humains que les sages chinois voient en eux des signes extérieurs de prospérité. Heureux présage, donc, pour Mélaka et Reno:  puissent toutes leurs entreprises prospérer!

Au fait, vous avez pensé à vous abonner à Mazette?

 

jeudi 16 janvier 2020

Mince, il ne manquait plus que ça



Dans ce rêve, je suis emprunté, timide, maladroit - je veux dire, encore plus que dans la vie de tous les jours. Je ne trouve rien à répondre à une remarque acerbe; j'oublie un rendez-vous; après avoir serré la main de deux personnes (que je connais bien), je décide, pour la forme, de serrer la main d'une troisième personne (que je ne connais pas du tout, et qui se trouve là, à ce qu'il me semble, par hasard); au moment où je commence à me diriger vers elle, la main tendue avec un enthousiasme feint, je réalise que je me trouvais juste un peu trop loin d'elle, au moment où j'ai amorcé ce geste, pour qu'il semble naturel: je dois faire encore trois grands pas la main tendue et j'ai l'air plus empoté que jamais (flûte flûte, me dis-je intérieurement, j'aurais dû m'approcher d'abord et tendre la main ensuite).

Mais mes petits soucis sont éclipsés par la nouvelle qui s'abat sur nous: le président - le président Nixon - vient de mourir dans un accident d'avion, au faîte de sa popularité, et les institutions du pays sont menacées par une crise. J'entends un officiel déclarer d'un air consterné: "Tout ce qu'il a accompli va être jeté bas par les adversaires déterminés qu'il s'était fait…"


Tout le monde est désolé pour ce pauvre président.


C'était un rêve, rappelez-vous.  



mardi 7 janvier 2020

Et ni, ni


En ce 7 janvier 2020, ta d loi du cine, "squatteur" chez dasola nous propose un large choix de lectures utiles, voire indispensables; pâle d'envie devant le souci d'exhaustivité de mon confrère squatteur, j'ose à peine avouer que j'ai quelques chouchous dans cette longue liste: par exemple  
d'Honoré (La Martinière, 2016), ou 
Ni Dieu ni Eux de Tignous 
(Le Chêne - c'est à dire Hachette - 2017).

vendredi 3 janvier 2020

Nananniversaire, nanananana


C'est l'anniversaire de qui aujourd'hui?
Celui de Greta Thunberg.
Bon anniversaire Greta Thunberg!

S'il te plaît, Greta, dis-nous que tu les enterreras tous? 
Hein? S'il te plaît?




mercredi 1 janvier 2020

En 2020, gagnons du temps


Ce matin, Kwarkito, levé de bonne heure, nous rappelait à point nommé le mot de Gramsci
"Je veux que chaque matin soit pour moi 
une année nouvelle".
 
Écoutons Gramsci, ne faisons pas les choses à moitié: 
en 2020, je vous souhaite 366 bonnes années!


 

lundi 30 décembre 2019

Le drone qui plantait des arbres


Et maintenant, un conte d'hiver, pour finir, comme le veut la tradition, l'année au coin du feu.

L'Homme qui plantait des arbres est une nouvelle écrite en 1953 par Jean Giono pour « faire aimer à planter des arbres », selon ses termes. Dans ce court récit, le narrateur évoque l'histoire du berger Elzéard Bouffier, qui fait revivre sa région, en Haute Provence, entre 1913 et 1947, en y plantant des arbres.
À l'origine commande du magazine américain Reader's Digest, en février 1953, sur le thème « Le personnage le plus extraordinaire que j'ai rencontré » ("The Most Unforgettable Character I've Met"), le texte, soumis en anglais, fut, après quelques tergiversations, refusé par le magazine "en raison du doute sur l'existence du personnage d'Elzéard Bouffier" (scrupuleux, le magazine chargea des envoyés spéciaux d'enquêter sur place).
Si, comme le déclara plus tard l'écrivain, l'œuvre est pure fiction, pour donner un nom à son berger taciturne, Giono n'a pas eu à chercher bien loin: il n'aurait eu qu'à changer quelques lettres au nom de l'illustre Elzéard Rougier, le poète des santons (un nom connu de tous à Manosque, mais qui peut-être n'évoquait rien pour les responsables du Reader's Digest: au contraire de l'éditeur américain, le lecteur provençal se dit qu'en usant d'un artifice aussi visible pour son public habituel, Giono voulait dès le départ signaler la nature fictive de son personnage). Giono accueillit favorablement la proposition de l'édition américaine de Vogue de le publier  à titre gratuit, en laissant planer le doute sur le statut du texte; par la suite Giono déclara renoncer à tous droits d'auteur sur cette nouvelle, et en encouragea toutes les réimpressions (et il y en eut beaucoup: ce serait, estime-t-on, l'ouvrage de Giono le plus traduit dans le monde et le plus médiatisé).


En ce moment un groupe de passionnés canadiens cherche un financement participatif pour lever une escadre de drones éduqués à survoler les gastes landes et à les bombarder de semences d'arbres, prêtes à germer.

Qu'est-ce que je pense de ce projet? J'éprouve, à vrai dire, des sentiments un peu mêlés.
D'un côté, quitte à construire des drones, mieux vaut les employer à ça qu'à peigner les girafes.
D'un autre côté, les gens qui ont eu cette idée ont l'air bien sympathique (ils ont aussi l'air d'être tout acquis à des idées typiques de leur génération: je me demande ce que c'est que cette "secret sauce" dont ils parlent avec tant de gourmandise, et dans laquelle ils entendent tremper leurs graines); ils se donnent beaucoup de mal pour convaincre les donateurs que leur projet a été précédé de toutes sortes d'études préliminaires afin de lui assurer les meilleures chances de succès.
Mais cela voudrait-il dire que nous avons déjà renoncé à "faire aimer à planter des arbres" comme le rêvait Giono - je veux dire, planter avec les mains? Serait-il désormais plus réaliste de faire appel à des drones que d'essayer de recruter des volontaires pour aller enfoncer des glands et des faines  au flanc des collines? Un financement participatif pour offrir à ces volontaires des sandwichs, en compensation du temps qu'ils consacreraient à ce projet, serait-il voué à l'échec? jugé pas assez innovant?


Faites-vous vous-mêmes une opinion: je me contente de vous signaler l'existence de ce projet. Et non, je ne pense pas que ce soit une fiction déguisée "à la Giono".


 
Au moment d'entrer dans le tube qui me ramènera à mon conapt au 517e étage de la résidence Castleview-in-the-Sky, dans le dédale aérien qui domine Néo-Frisco, je me retourne vers la Nova Express Cruiser dont la luminescence s'atténue peu à peu tandis qu'elle refroidit lentement dans le garage. 
Un mouvement de tendresse irraisonnée me pousse à poser la main sur la carrosserie pailletée comme la gaine d'une des sirènes à mi-temps de Las Vegas. Elle est encore tiède comme le flanc d'un mustang, et mon geste sentimental se termine en caresse. 
Quand j'étais jeune, il y a un siècle déjà (comme le temps passe), les véhicules volants appartenaient à l'univers de la science-fiction: pour leur apparition dans notre vie quotidienne, on citait des dates prudemment situées dans un futur aléatoire: 1975! 1996! 2001! 2019!… Mais personne n'émettait de doute sérieux sur le fait que ce serait le moyen de transport idéal pour ramener les citoyens du futur de leur bureau à Vancouver à leur domicile en Californie, ou à leur résidence secondaire sous l'eau bleue du golfe du Mexique.

À nous qui, enfants, lisions avidement Amazing Stories, ça nous a semblé terriblement long de devoir attendre, pour piloter les voitures volantes promises, le début de cette époque fabuleuse: le vingt-et-unième siècle! Et puis, en cinquante ans, la magie s'est un peu dissipée, l'enchantement un peu terni, surtout pour les nouvelles générations. Je trouve que j'ai eu de la chance de vivre assez vieux (je devrais dire assez jeune, puisque mon assurance - je la paie assez cher pour ça! - me donne droit au traitement réjuvénateur standard tous les six mois) pour assister à tous ces changements et les apprécier pour ce qu'ils furent. 

Bientôt on installera partout des cabines de téléportation et les Buick Galaxyclash aux miroitantes calandres holographiques, on ne les conduira plus entre les flèches des buildings que lors des parades de Thanksgiving, puis un jour elles finiront dans des musées virtuels, fantômes désormais entièrement convertis en hologrammes.
 

Je me demande à quoi ressemblerait la planète si nous avions fait des choix différents. Il y a eu, je m'en souviens - c'était il y a longtemps - un projet pour faire reboiser par des robots les contreforts des Rocheuses, et aussi, je crois, les rives des Grands Lacs - et puis… on a préférer affecter les rangers mécanoïdes à d'autres tâches jugées plus urgentes. 
Qui sait? S'il y avait encore des arbres en Amérique du Nord, on ne serait pas obligé, si on veut voir un peu de verdure, de s'inscrire sur liste d'attente pour des vacances sur le plateau de Roraïma. Bien sûr, on a eu raison d'entourer ce qui reste de la forêt amazonienne d'un champ de force, pour tenir à l'écart les braconniers et les coupeurs de bois clandestins: même s'il n'y avait pas eu l'argument économique du pactole que représentent aujourd'hui les vacances vertes, on ne pouvait pas laisser ces gens faire n'importe quoi. Une bonne partie des habitants de la planète se comportent encore de façon irresponsable. Les drones sont mieux employés à signaler l'usage illégal du bois comme combustible domestique dans certaines régions arriérées. 
Pourtant… qu'est-ce que ça donnerait, si on replantait ici et là  quelques arbres? Le croiriez-vous, j'ai une amie (une "vieille" amie - elle a mon âge) qui cultive des tomates dans sa bulle au-dessus de West Chicago! Et ça pousse! Elle garde secrète la formule des nutriments qu'elle utilise, mais quand on y pense, ce ne doit pas être si compliqué que ça. J'essaierai bien, moi aussi, quand je prendrai ma retraite… mais ça, pour le moment, je n'y pense pas (qui y pense sérieusement, d'ailleurs, alors qu'on a encore Mars à terraformer? Rien que là, il y a du boulot pour tout le monde, pour un siècle ou même deux, en attendant qu'on s'attaque à la terraformation de Proxima Centauri IV et VII, les prochaines sur la liste).

Warning: fiction inside!

mercredi 25 décembre 2019

Célébrons de façon responsable



Une page de conseils pratiques pour passer sereinement la période des fêtes: ne laissez pas le désordre s'installer, rangez au fur et à mesure, un petit peu à la fois.



Vous verrez, si c'est fait dans la bonne humeur, ça ne va pas casser l'ambiance.

Noël joyeux!