mercredi 16 juin 2021

Tu es une grande fille maintenant

 

C'est l'anniversaire de qui aujourd'hui?
Celui de Joyce Carol Oates.
Bon anniversaire Joyce Carol Oates!

 

Hé oui, ça tombe le même jour que Bloomsday, que voulez-vous, il n'y a que 365 jours par an; mais où est le problème? Vos toasts célèbreront, alternativement, l'un et l'autre de ces anniversaires .

 

samedi 12 juin 2021

Walden, ou la vie dans l'espace

 If the Universe were to sleep,
where would her dreams lead?


 Le plus massif (540 pages) des albums publiés à ce jour par Tillie Walden est Dans un rayon de soleil (On a Sunbeam). Elle s'était essayée auparavant à des formes plus courtes (avec succès: do I love this part!? Yes I do!) et son album suivant, Sur la route de West (Are You Listening?) ne fait que 300 pages, bien tassées (pour nous décrire son rayon de soleil, Tillie prend davantage ses aises). Dans un rayon de soleil  est donc un peu comme ces gros gâteaux dont on se demande avec un peu d'inquiétude, une fois qu'on en a soufflé les bougies, si on arrivera à les finir (rassurez-vous: il arrive toujours, le moment où, en léchant sa cuillère, on se demande: mais où est-il passé?).
Dans un rayon de soleil se passe dans le futur. Et alors? Toutes les histoires se passent toujours dans le futur, tant qu'on ne les a pas lues. Si vous n'aimez pas la science-fiction, ce qui peut vous inciter à le lire tout de même, c'est qu'on n'y découpe pas des poulpes blindés avec des rayons-lasers.
Et si, amateurs chevronnés de littérature de genre, votre première réaction en le découvrant est "Mais c'est pas comme ça la science-fiction!" lisez la mise au point que Tillie Walden, sur son blog, fait sur son rapport avec la "sci-fi":

À quel point j'ai jamais été branchée science-fiction? Dans le temps j'ai eu un ET en peluche. Ça ne compte pas vraiment. Ce que je veux dire c'est: je ne connais rien sur le genre "science-fiction", ni sur les problèmes de la survie dans l'espace. Et j'ai toujours eu des notes vaseuses en classe de sciences, aussi.
Et pourtant, j'ai fait un livre de science-fiction. Rien n'est impossible, les enfants.
J'ai vu, par petits bouts, tous les gros succès populaires de space-opera: je m'y ennuie toujours. Pourquoi toujours ces longs couloirs tout blancs et ces hommes blancs tout blancs?


The closest I’ve ever gotten to being into sci fi was having an ET doll. And that doesn’t even really count. My point being: I know nothing about either the genre of science fiction or the actual mechanics of existing in space. I always got crummy grades in science, too.
And yet, I made a sci fi book. Anything is possible, kids.
I’ve seen a few snippets of all the big popular space movies, and they always bore me. Why are they so full of white hallways and white men?

 
Notons au passage que parmi la galerie des personnages de Dans un rayon de soleil, le seul qui présente quelque ressemblance avec ces "hommes blancs tout blancs" dont Tillie Walden note avec surprise l'omniprésence dans le "genre", est bien tout blanc (presque transparent, même; elle/il ne fait pas de bruit, s'exprimant dans le langage des signes), mais genderfluid. Quant aux "longs couloirs tout blancs", cherchez pas, il n'y en a pas.

© Tillie Walden

L'intrigue de Dans un rayon de soleil se passe dans (et autour) d'une station spatiale qui doit être cinquante fois plus grande (au moins) que le Nostromo, et dont les grandes fenêtres (c'est toujours plus cool, dans l'espace
, si on est dans un vaisseau avec de grandes fenêtres) ouvrent sur des paysages jamais vus dans les téléscopes. Sur cette station, on fait de l'archéologie spatiale. C'est donc dans un futur très lointain, mais un futur où les petites filles continueront de grandir dans des pensionnats (de filles, bien sûr). À ceux qui seraient tentés de reprocher à Tillie Walden de ne pas s'être assez documentée sur l'état actuel de la construction spatiale, je répondrai: et Ray Bradbury? C'est bien un des monuments de la science-fiction, non? Dans sa nouvelle Les pommes d'or du Soleil, il raconte bien qu'un jour futur, pour sauver la planète de la crise énergétique, des astronautes iront, dans un vaisseau spécialement conçu pour qu'on puisse s'approcher de l'astre d'aussi près qu'on peut le faire sans fondre, s'emparer d'un peu de la sève du Soleil au moyen d'un gigantesque bras articulé tenant une coupe d'or? Ça vous paraît conforme aux connaissances en ingénierie astronautique auxquelles Bradbury pouvait avoir accès à l'époque (1953) où il a écrit sa nouvelle? Si Bradbury a le droit de nous expliquer que l'exploration spatiale, ça servira à ramener les rayons du miel du soleil dans des coupes d'or, Tillie Walden a bien le droit de nous dire qu'on ira dans l'espace pour y réparer des cathédrales, en emportant en guise de trousse de secours, dans le compartiment sécurisé de sa combinaison étanche, les plus précieux souvenirs de son adolescence.

Dans un rayon de soleil raconte une longue histoire, dans laquelle il y aura des blessures à soigner, pas seulement celles des cathédrales de l'espace. Avant de vous embarquer, vérifiez que vous avez bien garni votre trousse de secours, dans le compartiment secret.


I could see myself making a sequel one day.
Tillie Walden


En anglais: On A Sunbeam, First Second Books, 2018
ISBN-10: 1250178142
ISBN-13: 978-1250178145
et:  Avery Hill Publishing Limited, 2018
ISBN-10: 9781910395370
ISBN-13: 978-1910395370

En français: Dans un rayon de soleil (traduit par Alice Marchand)
Gallimard Jeunesse, 2019
Collection : HORS SERIE BD
ISBN-10: 207510882X
ISBN-13: 978-2075108829


jeudi 3 juin 2021

C’est elle que je veux (Joyce Carol Oates, encore)

 

Les élèves qui ne sont pas sages,
ils devront passer des examens de pas sages.
Roland Bacri


Grotesques et arabesques. Joyce Carol Oates a consacré un petit essai à l’art du grotesque en littérature (Histoires de Grotesques et d’Arabesques est le titre collectif original de la série de contes que nous connaissons sous le nom plus banal d’Histoires Extraordinaires); cet essai est inclus dans son recueil Haunted (Hantises)
Grotesque: figure humaine déformée, nous apprennent les traités d’architecture. Folles Nuits! présente, de plusieurs figures littéraires aimées de Joyce Carol Oates, une série de portraits… déformés? recomposés? Différents en tous cas de leur image publique.
Ses modèles seraient-ils satisfaits?
Que penseraient-ils de ce traitement? Il faudrait pouvoir leur demander: quel dommage qu’Edgar Poe n’ait pas pu venir, retenu par ses nouvelles responsabilités de gardien de phare, que Mark Twain ait envoyé un mot d’excuses (un peu emberlificotées), qu’Henry James ne se sente pas très bien et qu’Hemingway ne soit plus que l’ombre de lui-même. Cependant - vous voyez, tout n'est pas perdu! - Emily Dickinson, exceptionnellement, descendra pour le thé.

Certains de mes visiteurs (you know who you are!) aiment bien Emily Dickinson: ça tombe bien.

Au sommaire de ce recueil:
Poe posthume: ou, Le Phare
(qui « s’inspire du manuscrit d’une page, intitulé The Lighthouse, trouvé dans les papiers d’Edgar Allan Poe après sa mort le 7 octobre 1849 à Baltimore » … sous une forme légèrement différente The Fabled Lighthouse at Viña del Mar, a été publié en 2004 dans une édition spéciale de McSweeney’s par Michael Chabon, nous dit une note).
La nouvelle, frénétique encore plus que gothique, pousse encore un peu davantage le contraste noir-blanc de la Relation d’Arthur Gordon Pym. Un Edgar Poe au caractère plus sombre que jamais y prend la parole avec le froid détachement des narrateurs du Chat Noir, de Morella ou de Bérénice.

Grand-papa Clemens et Poisson-Ange, 1906 recolle des pages arrachées du journal intime d’un écrivain statufié de son vivant: le Mark Twain qui apparaît dans ces pages n'est, lui - bien loin de l'Edgar Poe Posthume - ni froid ni détaché, c'est le moins qu'on puisse dire.
Dans Le Maître à l’hôpital Saint-Bartholomew, 1914-1916 puis dans Papa à Ketchum, 1961  nous surprenons à l'improviste, sans leur laisser le temps de rajuster leur cravate ou d'écluser leur verre, Henry James et Hemingway, autres écrivains statufiés, et pas totalement contents de l’être. Des nouvelles statues qu'elle leur élève, Joyce Carol Oates ne présente pas forcément le profil le plus flatteur, mais ces effigies sont assurément, même dans leurs petitesses, plus grandes que nature comme aiment à dire les Américains.
Dans ces quatre premières nouvelles, Joyce Carol Oates maintient une certaine distance avec ses modèles: que ce soit par le visible artifice du pastiche dans le cas de Poe, ou par la re-création pour les trois autres, elle ne nous laisse pas oublier qu'elle en peint des portraits destinés à ennoblir nos cimaises.

Mais qu’adviendra-t-il si elle ne peut pas s'empêcher d’aller chercher une de ses favorites là où elle était bien tranquille, et de la mêler à notre vie de résidents de ce stupéfiant vingt-et-unième siècle dans lequel nous vivons désormais?

Portrait de quelqu'un qui ressemble
un peu à Emily Dickinson
(ce n'est pas elle… pas vraiment… mais…)



EDickinsonRépliLuxe ne commence pas très loin de l’univers de Philip K. Dick: dans une de ces boutiques d'un futur proche où l’on vendra (bientôt, nous en a prévenu Dick) des simulacres (avec facilités de paiement), nous voyons entrer monsieur et madame Krim, un couple si conforme au modèle classique que Joyce Carol Oates, la plupart du temps, les désigne seulement par les noms "l’époux" et "l’épouse".

Dans le magasin violemment éclairé, d’autres couples s’entretenaient à voix basse, avec passion. On pouvait regarder des vidéos de RépliLuxes animés, feuilleter d’immenses catalogues. Des vendeurs attendaient, prêts à apporter leur aide. Dans le rayon BébéRépliLuxe, qui proposait des personnages d’enfants de moins de douze ans, les discussion s’échauffaient encore davantage. Grands sportifs, grands chefs militaires, grands inventeurs, grands compositeurs, musiciens, interprètes, leaders mondiaux, artistes, écrivains et poètes; comment choisir? Par bonheur, du fait des restrictions de copyright, de nombreux personnages éminents du vingtième siècle n’étaient pas disponibles, ce qui limitait considérablement le choix (peu de stars du petit écran, peu de figures du monde du spectacle postérieures à l’époque du cinéma muet). 
L’épouse dit à un vendeur: 
« mon cœur penche pour un poète, je crois! Auriez-vous…  » 
Mais Sylvia Plath n’était pas encore dans le domaine public, pas plus que Robert Frost ou Dylan Thomas. Walt Whitman était en promotion tout le mois d’avril, mais l’épouse fut saisie d’hésitation: « Whitman! Imagine un peu! Mais est-ce qu’il n’était pas… » 
(l’épouse, qui n’était nullement intolérante et n’avait pas la morale bourgeoise conventionnelle de ses voisines de Golders Green, ne put se résoudre à prononcer le mot gay).
Le mari se renseignait sur Picasso, mais Picasso n’était pas encore disponible. « Rothko, alors? » L’épouse dit en riant au vendeur: Mon mari est un peu snob en matière de peinture, il faut lui pardonner. Je suis sûre que personne chez RépliLuxe ne sait même qui est Rothko. »
Pendant que le vendeur consultait son ordinateur, le mari dit, d’un ton têtu: « Nous pourrions le prendre enfant. Il y a un « mode accéléré », nous assisterions à l’éclosion d’un talent visionnaire… » 
L’épouse dit: « Mais est-ce que ce Rothko n’était pas déprimé, est-ce qu’il ne s’est pas suicidé… »
et le mari répondit avec irritation: « Et Sylvia Plath, alors? Elle, elle s’est suicidée. » 
L’épouse dit: « Oh! mais avec nous, dans notre maison, je suis sûre que Sylvia ne le ferait pas. Nous serions une influence neuve, positive. »
Le vendeur déclara ne pas avoir de Rothko.
« Avez-vous Hopper, alors? Edward Hopper, peintre américain du XX° siècle? » Mais Hopper était encore protégé par le copyright.
L’épouse s’exclama soudain: « Emily Dickinson! C’est elle que je veux. »

Et le titre du recueil, d'où vient-il, au fait? C’est justement à Emily Dickinson qu’il est emprunté, tiens donc:

Wild Nights - Wild Nights!
Were I with thee
Wild Nights should be
Our Luxury!

Futile- the Winds -
To a Heart in port -
Done with the Compass -
Done with the Chart!

Rowing in Eden -
Ah, the Sea!
Might I but moor - Tonight -
In Thee!
*
Voilà un beau programme pour une seconde lune de miel!

Le vendeur demanda comment cela s’écrivait et tapa rapidement sur son ordinateur. Le mari fut frappé par l’excitation de sa femme, il était rare ces dernières années de voir Mme Krim aussi gamine, aussi vulnérable. Posant la main sur son bras (dans ce lieu public!) elle dit en rougissant:
 « Au fond  de moi j’ai toujours été poète, je crois. Ma grand-mère Loomis, celle du Maine, m’a donné un volume de ses « vers » quand j’étais toute petite. Mes premiers poèmes, je te les ai montrés quand nous nous sommes rencontrés, quelques-uns… C’est tragique la façon dont la vie nous arrache à… »   
Le mari céda: « Eh bien, va pour « Emily Dickinson »! Elle aura l’avantage de ne pas faire de bruit. Les poèmes prennent beaucoup moins de place que les toiles de six mètres; et ils ne sentent pas. Et puis, à ma connaissance, Emily Dickinson ne s’est pas suicidée… »
L’épouse s’écria: « Oh non! En fait, elle n’a cessé de soigner des parents malades. C’était un ange de miséricorde pour sa famille, toujours vêtue de blanc immaculé! Elle pourrait nous soigner si… »
L’épouse s’interrompit avec un petit rire nerveux. Le vendeur lut sur son ordinateur:
« "Emily Dickinson (1830-1886), poétesse révérée de la Nouvelle-Angleterre". Vous avez de la chance, monsieur et madame Krim, cette "Emily " fait partie d’une édition limitée qui sera bientôt définitivement épuisée mais que nous proposons encore tout le mois d’avril avec vingt pour cent de remise. EDickinsonRépliLuxe est programmé de trente à cinquante-cinq ans, âge de la mort du poète. Le client dispose donc de vingt-cinq années qui peuvent être accélérées à volonté, ou même parcourues à rebours… mais pas en-deçà de l’âge de trente ans, naturellement. Cette offre limitée expire le… »
Très vite l’épouse dit: « Nous le prenons. Nous la prenons! S’il vous plaît. »
L’épouse et le mari se tenaient par la main. Un frisson soudain de tendresse, d’affection, d’espoir enfantin passa entre eux. Comme si, contre toute attente, ils étaient de nouveau de jeunes amants, au seuil d’une nouvelle vie.


Cette nouvelle - je ne vous en dirai pas plus - est à la fois tendre et terrible. Elle réalise la fusion des deux courants qu’aima à explorer à tour de rôle Joyce Carol Oates: l’étrange - qui prend ici la forme de la science-fiction - et la peinture sans complaisance de la société américaine contemporaine. Une société qui a changé depuis l’époque des manoirs à nombreux pignons, mais pas nécessairement pour le meilleur. Pourtant, Oates nous assure que même dans un monde où tout s'achètera à crédit, il restera toujours des choses que la nuit parviendra à transfigurer.

Les citations ci-dessus proviennent de EDickinsonRépliLuxe, dans Folles Nuits, traduit par Claude Seban, éditions Philippe Rey, 2011 (Wild Nights!, 2008)

*Folles nuits - Folles nuits!
Si j''étais avec toi
De Folles nuits seraient
Notre volupté!

Futiles - les Vents -
Pour un Cœur au havre -
Adieu Compas -
Adieu Carte!

Voguer dans l'Éden -
Ah - la Mer!
Si je pouvais cette nuit - jeter l'ancre -
En toi!
Traduction des vers d’Emily Dickinson par Claire Malroux (Y aura-t-il pour de vrai un matin, José Corti, 2008)

 

Pour illustrer ce billet:
le portrait de quelqu'un qui ressemble un peu à Emily Dickinson
(ce n'est pas elle; c'est le portrait, daté de 1846, d'une dame de l'Ancien Monde peint par Barend Cornelis Koekkoek (1803-1862)… mais on imagine assez bien les créatifs chargés d'illustrer un dépliant pour vendre EDickinsonRépliLuxe mixant cette image avec la seule photo authentifiée d'Emily pour obtenir quelque chose de plus sexy: c'est ça l'art de la vente…) 

 

dimanche 30 mai 2021

Où il est question de procédures éthiques et de cobayes étiques

 

Ce matin vers l'aube, conversation animée avec une de mes nouvelles connaissances nocturnes, une strongwoman de fête foraine (son visage et son physique puissant me rappellent un des modèles de Toulouse-Lautrec, une artiste de cirque, je crois, dont il a laissé un portrait et plusieurs esquisses). Posément (mais on sent en elle une colère contenue) elle me donne les détails d'une expérience récente: on a testé sur différents animaux de laboratoire une molécule qui inhibe le processus d'assimilation de certains aliments. Privés de la possibilité de digérer des produits qui constituaient l'essentiel de leur alimentation, certains des sujets des tests sont morts de malnutrition.
Pendant qu'elle me parle, je me concentre sur ma tâche: je débite, en tranches aussi fines que possible, du lard fumé. Le bloc, qui sort du frigo, est un peu dur, j'ai du mal à obtenir des tranches régulières, j'espère que la cuisson les attendrira. Ce que le récit m'inspire, c'est un vague soulagement (je ne l'exprime pas, je pressens que ça agacerait mon interlocutrice): heureusement, me dis-je, qu'on ne fait les tests médicaux que sur des animaux, jamais sur des humains, ce serait contraire à toute éthique.
Bordel à nouilles, je me demande d'où sortent les drôles d'idées qui me viennent parfois en rêve. 

 

lundi 17 mai 2021

Pour écouter Tillie Walden

 Je trouve dans ma boite à mails un courrier du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis… un de plus… ils sont bavards en Seine-Saint-Denis… je ne me presse pas trop de l'ouvrir… qu'est-ce qu'ils ont trouvé cette fois? Fichtrebleu! ça parle de Tillie Walden! qu'est-ce que ça dit?

"Une classe du lycée Maurice Ravel à Paris a eu la chance de rencontrer la bédéiste Tillie Walden, récompensée d’un Eisner Award pour son dernier ouvrage Sur la route de West (Gallimard BD). Un événement organisé dans le cadre du dernier Salon, avec le soutien de l'Ambassade des États-Unis d'Amérique en France."

… et voilà que je réalise qu'il y a longtemps, très longtemps, trop longtemps que je remets à plus tard de vous parler de Tillie Walden. J'ai commencé (il y a cinq ans déjà!) par lire en ligne On a Sunbeam…  quand il a été publié en français sous le titre Dans un rayon de soleil, je me suis précipité dessus (ça, c'était il y a trois ans): je peux vous assurer que sur écran ou sur papier, en anglais ou en français, c'est toujours aussi bon!
En attendant que je trouve le temps de vous écrire un billet qui rende justice au talent de Tillie Walden (il faut parfois choisir: lire des livres ou écrire des billets dessus), allez donc l'écouter  (sur kibookin ou sur youtube) répondre aux questions des élèves du  lycée Ravel, elle leur dit tout! Et vous pouvez aussi chercher son dernier livre paru en français, Sur la route de West: c'est pas compliqué à trouver, c'est chez Gallimard BD! 

 

vendredi 14 mai 2021

À quoi ressemble une foule sans masques?

 

Se peut-il que nous l'ayons oublié? Nous allons bientôt pouvoir confronter nos souvenirs avec la réalité.

Si vous avez vraiment envie de les voir de plus près, cliquez!


 


Louis-Léopold Boilly   (1761-1845)

"Réunion de trente-cinq têtes d 'expression"

mardi 11 mai 2021

Histoire avec un cadeau dedans

 

L'histoire de la poupée de Kafka a intrigué beaucoup de gens. À tel point que certains ont écrit à Snopes - vous savez, le site de fact-checking - pour leur demander de la fact-chéquer. Diagnostic de Snopes: unproved.
Les gens de Snopes ont pris la chose au sérieux, et ils ont fait des recherches (sur le net évidemment, where else?) - sans rencontrer de difficultés majeures: si vous décidez de faire ces recherches par vous-même, ça vous prendra un quart d'heure. Vous apprendrez même que l'histoire est mentionnée dans un livre de Paul Auster: ça vous intéressera si comme moi vous aimez bien Paul Auster, sans pour autant avoir encore lu tout ce qu'il a écrit.

The vignette has enjoyed waves of popularity on social media in recent years and saw a resurgence in February and March 2021, prompting inquiries from Snopes readers. One especially influential iteration of it came in October 2011, when the psychoanalyst and writer May Benatar recalled the story in a column for HuffPost. That piece appears to have been the original written source of the wording of the final, touching message from Kafka: “Everything you love will probably be lost, but in the end, love will return in another way.”
Paul Auster included the doll story in his 2005 novel “The Brooklyn Follies,” and it inspired the March 2021 graphic novel “Kafka and the Doll” by Larissa Theule and Rebecca Green

Ils soulignent, notamment, que seules deux des sources de l'histoire rapportent un témoignage "de première main", toutes les autres étant des fictions dérivées de celles-ci:

... a “simple, perfect and true Kafka story,” which  [Dora] Diamant had originally relayed in person to Marthe Robert, a French Kafka translator, in the early 1950s […] ... according to the Irish-American Kafka scholar and translator Mark Harman, Diamant told a slightly different version to Max Brod...

Pour ma part, je ne mets pas en doute la fidélité des souvenirs de Dora Diamant; pourquoi le ferais-je? À votre avis, si je résumais devant deux personnes différentes à quelques années d'intervalle un échange de lettres que j'ai eu en 1985 avec… (peu importe, ça ne vous regarde pas), croyez-vous que je le ferais deux fois de la même façon?

Ce qui m'agace, c'est qu'il y ait tant de gens qui se soient cru permis - sans doute même s'y sont-ils senti obligés, tant est forte autour de nous la pression pour faire entrer les fictions dans des normes (celles dictées par, disons, pour faire court, "la société du spectacle") - d'enjoliver l'histoire, de lui trouver une fin bien conclusive
(on a retrouvé la petite fille soixante ans après:
elle allait bien, merci de demander
)
et, de surcroît, moralisante
(il y avait un papier caché dans la poupée,
paré de toute l'autorité
d'un message de l'au-delà!
).
Bref, une Hollywood Ending.

Une chose pourtant est sûre:
ce n'était pas son truc, à Kafka, les Hollywood Endings.
Kafka n'écrivait ni pour Fox, ni pour HBO, ni pour Netflix, et s'il a écrit Amerika, ce n'était pas dans l'espoir qu'il soit un jour adapté sur le Disney Channel.

Dan MacGuill, le fact-checker qui signe l'article de Snopes, choisit de laisser le mot de la fin (et je trouve ce choix singulièrement approprié) à un personnage de fiction: 

Tom Glass, the character who tells the tale in Paul Auster’s novel “The Brooklyn Follies”, describes the profound effect of the fake letters on the girl:
    "By that point, of course, the girl no longer misses the doll. Kafka has given her something else instead, and by the time those three weeks are up, the letters have cured her of her unhappiness. She has the story, and when a person is lucky enough to live inside a story, to live inside an imaginary world, the pains of this world disappear. For as long as the story goes on, reality no longer exists."



samedi 8 mai 2021

Encore un rêve de blancheur

 

 Cette nuit, dans un livre posé bien à plat sur la table, j'examine attentivement des reproductions de dessins. Des frottis d'encre de Chine; comme le papier n'est pas parfaitement blanc et un peu poreux - sans doute un papier recyclé - et comme les noirs manquent un peu de profondeur, le soupçon me gagne, que la reproduction n'est sans doute pas parfaite, et que les originaux offrent sans doute plus de contrastes. La page de gauche se soulève un peu, je tends la main pour l'aplatir; c'est quand ma main ne rencontre rien que je me rends compte que je suis dans mon lit, en train de dormir, c'est si évident que je ne prends pas la peine d'ouvrir les yeux; nous sommes distraits à ce moment par un appel un peu plaintif venant de l'attelage. L'homme, la femme et le garçon tournent la tête, visiblement préoccupés, et, avec un peu de retard, je les imite; les chiens sont calmes, seul le chef de file, un grand husky presque blanc, a levé la tête et nous regarde d'un air anxieux, comme s'il voulait nous faire part de quelque nouvelle urgente; c'est sûrement lui qui a gémi.
Il n'est jamais prudent de rester trop longtemps à l'arrêt sur la banquise; il est temps que je me lève.

 

mercredi 5 mai 2021

Il peut le dire? Elle peut le dire!

 

Il n'y a pas tant de bonnes nouvelles ces temps-ci sur le front de l'épidémie, profitons de celle-là: Monsieur et Madame Larousse se sont mis d'accord: on a le droit de dire, au choix, le covid ou la covid, c'est officiel (notons que la cadémie française, quant à elle, avait cru bien faire l'an dernier en disant que la coronaviruse c'était une fille. Bon, la cadémie c'est une vieille dame, il faut la comprendre, elle a encore un peu de mal avec toutes ces histoires de gendres fluidifiés. En revanche, le Petit Robert, ce galopin à majuscules, soutient que le covid c'est un petit (puisque sans majuscule) garçon. Alors, allez savoir.).

 

dimanche 2 mai 2021

J'aime tant le travail que je voudrais que...

 

Comment, me demandez-vous, ai-je occupé le premier mai, un jour où évidemment, il n'était pas question de travailler? Entre autres choses, j'ai regardé le film de Radu Jude, Peu m'importe si l'Histoire nous considère comme des barbares (suggéré par L'Œil des Chats). Il est encore visible gratis pour peu de temps (jusqu'au 4) sur Arte TV; trouvez donc un moment pour y jeter un coup d'œil, il n'est pas mal du tout.  Le talent et la verve des acteurs, apportant un peu de rire et de gaieté  Et si vous n'avez pas le temps ces jours-ci, vous pourrez un autre jour, grâce à votre abonnement, le retrouver sur Mubi…