mercredi 25 décembre 2019
Célébrons de façon responsable
Une page de conseils pratiques pour passer sereinement la période des fêtes: ne laissez pas le désordre s'installer, rangez au fur et à mesure, un petit peu à la fois.
Vous verrez, si c'est fait dans la bonne humeur, ça ne va pas casser l'ambiance.
Noël joyeux!
lundi 23 décembre 2019
Ça y est, je sais!
Ce que je peux faire?
Ça y est, je sais (et je vais le faire): je vais renouer avec une tradition de ce blog que j'ai laissée un peu tomber en désuétude: celle de la guirlande de Noël!
Vous vous demandiez encore avec quoi remplir les chaussettes de l'industrieuse Tante Adélie, du grave Oncle Pandolphe, du fantasque cousin Sigismond, de votre tatillonne filleule Persille, sans oublier la BBF de Persille, Homélie, et la cousine d'Algésiras, Sigismonde?
Vous vous demandiez encore avec quoi remplir les chaussettes de l'industrieuse Tante Adélie, du grave Oncle Pandolphe, du fantasque cousin Sigismond, de votre tatillonne filleule Persille, sans oublier la BBF de Persille, Homélie, et la cousine d'Algésiras, Sigismonde?
Tante Adélie vous en a déjà fait la confidence: chaque fois qu'elle tombe par hasard sur un dessin d'Yves Chaland, ça lui rappelle son ardente jeunesse. Yves Chaland, Une vie en dessins vient de paraître aux éditions Champaka: offrez-lui cette somme!
2019 fut une année féconde pour Frédérik Peeters:
Sigismond se perdra et se retrouvera dans les pages de Saccage (éditions Atrabile), et Pandolphe qui aime bien qu'il y ait une place pour chaque chose et que chaque chose soit à sa place, appréciera de retrouver en un seul volume la tétralogie Aâma (chez Gallimard).
Sigismond se perdra et se retrouvera dans les pages de Saccage (éditions Atrabile), et Pandolphe qui aime bien qu'il y ait une place pour chaque chose et que chaque chose soit à sa place, appréciera de retrouver en un seul volume la tétralogie Aâma (chez Gallimard).
Persille et Homélie, sa bestest best friend, vous ont souvent régalé de leurs théories aventureuses sur l'univers qu'Alain Damasio nous a révélé (il y a déjà pas mal d'années) dans La Horde du Contrevent (également disponible en Folio SF): Éric Henninot, dessinateur de son état, en offre à présent sa vision personnelle (tome un: Le cosmos est mon campement; tome deux: L'escadre frêle - Delcourt) - il est plutôt doué, ce garçon - tandis qu'Antoine Saint-Epondyle (non, ce n'est pas un nom que je viens d'inventer, vérifiez) s'est essayé à en faire l'exégèse (avec en annexe un entretien avec Éric Henninot, justement): L'étoffe dont sont tissés les vents (Goater Editions). Entassez tout cela sous le petit arbre éco-responsable qui orne leur studio: vous savez qu'elles ont la saine habitude de tout partager!
Tous vos proches ont déjà noté que le prochain livre de Manuela Draeger, Kree, est annoncé pour février (aux éditions de L'Olivier): mais, habitant aux antipodes, Sigismonde, la cousine d'Algésiras, est-elle au courant? Ne prenez pas de risque et annoncez-lui que vous l'avez précommandé pour elle: elle appréciera sûrement (et Algésiras ne vous en voudra pas d'avoir pris les devants: pour sa gentille cousine elle a déjà mis de côté In Humus de Linnea Sterte et Dans un rayon de soleil de Tillie Walden. Il y en a qui sont gâtés).
Courez, il y a encore des librairies ouvertes!
jeudi 19 décembre 2019
Et maintenant?
Puis un autre toast a suivi, puis beaucoup d'autres, car c'est ce jour-là que, justement, j'ai appris qu'une autre personne qui va nous manquer à tous s'était elle aussi définitivement absentée (à la suite de quoi … je n'ai donc pas pu vous présenter l'intégralité de mes programmes, et j'vous prions de ben vouloir nous en excuser).
Et maintenant?
Qu'est-ce que j'peux faire?
J'sais pas quoi faire…
Qu'est-ce que j'peux faire?…
…
vendredi 13 décembre 2019
L'avenir incertain des séries ambitieuses
Cette nuit je dois faire visiter une maison - une grande villa style Beverly Hills - à des acheteurs potentiels, un couple aisé, visiblement l'affaire les tente, ils veulent tout voir…
Ce n'est déjà pas simple et voilà que ça se complique: Hannibal Lecter débarque à l'improviste (il a les traits de Mads Mikkelsen, pas ceux d'Anthony Hopkins), enfin, débarque, façon de parler, il descend d'une montgolfière - toujours aussi discret, il réussit contre toute attente à ne pas se faire remarquer - et, en quelques mots, il sait les choisir ses mots le bougre, m'expose sa situation délicate: il est poursuivi, et il compte sur le vieil ami que je suis (dans ce rêve, nous sommes de vieux amis) pour l'aider à dégonfler, replier, et ranger rapidement dans une malle son improbable engin… toujours aussi doué pour mettre les gens dans sa poche, l'animal! Mais tout se passe bien, dégonflage et démontage sont étonnamment faciles, et je rejoins mes acheteurs sans qu'ils aient rien remarqué tandis que Mads (pardon, Hannibal) s'éclipse. Il faut dire qu'ils semblent fascinés, ces snobs, par un panneau de photos accroché dans le salon, des souvenirs des précédents propriétaires: des photos bien anodines pourtant, la plupart, prises dans le jardin de la villa, montrent des animaux familiers (des canetons! des lapins!) et des plantes grasses: a priori des images qui ne peuvent avoir une valeur, sans doute sentimentale, que pour ceux qui les ont prises… pourtant, la dame chic insiste pour voir de plus près une de ces photos, une qui, justement, cadre en gros plan une plante en pot et pas grand chose d'autre… comme c'est à ce moment-là que le rêve commence à se défaire, c'est en ruminant ce choix inattendu que je me réveille, et voilà où j'en suis de mes ruminations quand je reprends totalement conscience:
dans un feuilleton bien conçu (tout dans ce rêve, jusqu'au plus menu détail, semble sorti tout droit d'une série télé!) il devrait y avoir à l'arrière-plan de la photo un détail révélateur, compromettant sans doute (mais pour qui?), que le scénariste garderait en réserve pour un futur coup de théâtre… pourtant je n'ai rien remarqué?
Mais, j'en ai peur, nous ne saurons jamais la suite: les scénaristes des rêves se voient rarement accorder les moyens de leurs ambitions pour plus d'un épisode, jamais, a fortiori, pour une saison complète (et c'est peut-être leur frustration qui les pousse à parsemer leurs productions de détails tordus qu'un esprit également tordu pourrait interpréter comme des symboles sexuels plus ou moins bien planqués).
lundi 9 décembre 2019
Bientôt le 15!
Du jamais vu à jet continu: tout ce qui arrive est inédit
et la routine est une vue de l'esprit,
c'est un point de vue qu'on peut défendre.
Il vient buter contre l'expérience qui sort de sa manche
le gigot du dimanche, ton anniversaire,
l'aube aux doigts de rose, la lessive, Noël, la vaisselle,
n'oublie pas de racheter du café, la mère
et le bébé vont bien; et pourtant cet agneau
bardé d'aulx - voire chacun de ses flageolets - a une histoire,
unique est le rêve qu'interrompt ton réveil et qui déjà t'a fui,
et les anges sont épouvantés à l'idée
de deux aubes semblables.
Didier Da Silva
Oui, je sais, certains d'entre vous sont déçus.
Ceux qui, parmi vous, ont acheté dès sa sortie le livre de Didier Da Silva, Dans la nuit du 4 au 15, en espérant que s'ils commençaient à lire ce livre magique le soir du 4, ils se réveilleraient au matin du 15: et hop! Plus que dix jour avant Noël, toujours ça de gagné.
Ils savent maintenant que ce n'est pas en cela que réside la magie du livre: c'est la pendule que sa lecture fait avancer plus vite, pas le calendrier, et chaque fois que vous en aurez consommé un peu (à des doses que vous calculerez vous-mêmes; rien n'oblige à le lire d'un trait, bien que la tentation soit grande), vous pourrez constater que le temps a passé plus vite que vous ne vous y attendiez: déjà dix heures!
Vous vous demandiez s'il y a un point commun entre un opportuniste et un illusionniste? Vous le savez maintenant, et aussi que c'est Georges Palante qui a écrit que c'est parmi les sentimentaux que se recrutent les ironistes (on se demande ce qu'en pense l'auteur de L'ironie du sort?), que Le Bateau Ivre a l'âge exact du Captain Cap, que l'instrumentarium de L'enfant et les sortilèges ignore le saxophone au profit de l'éoliphone, de la crécelle à manivelle, de la râpe à fromage, du wood-block, des crotales et du luthéal, quel est le mot définitif qu'Alfred Jarry eût (probablement) dit à Dale Carnegie s'il l'avait rencontré, que le rhum et les cigarettes ne valent rien pour la santé (c'est un expert qui l'a dit), qu'Isaac Asimov commence là où Jimmy Guieu finit, et que quand même, il y a des jours heureux.
Bref, moi qui n'attendais de ce livre que le plaisir tout simple de retrouver Didier Da Silva pour une fois ailleurs que sur son blog (j'ai bien aimé ses livres précédents, vous l'ai-je dit?) je n'ai pas été déçu.
Le 15 décembre sera l'anniversaire de la naissance de Louis Lazare Zamenhof, le Doktoro Espéranto (quatre jours après l'anniversaire de sa mort un 11 décembre). Moi mon papa, à moi, il était espérantiste dans sa jeunesse; son espoir s'amenuisa quand il constata que, des correspondants hongrois, autrichiens, allemands avec qui il échangeait des timbres et des projets utopiques, il cessait peu à peu de recevoir des lettres: les échanges internationaux étaient mal vus par les autorités de certains pays dans cette décennie 30-40 où bouillonnaient leurs adolescences, et les flammes vertes dont (pour répandre la bonne nouvelle de l'avènement d'une langue universelle) ces innocents décoraient leurs enveloppes, rendaient dérisoirement facile la tâche des cabinets noirs.
Vous, je ne sais pas, mais Tororo lèvera son verre ce jour-là en souvenir du Doktoro.
Didier Da Silva, Dans la nuit du 4 au 15,
Quidam éditeur, 2019
ISBN 978-2-37491-097-0
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samedi 30 novembre 2019
Jusques en haut des cuisses, elle est bottée
Dans les années 60, Crepax, ce n'était pas rien, vous pouvez me croire.
Lorsque son héroïne, Valentina, apparaissait sur les couvertures de Linus ou de Charlie (mensuel), le cœur des lecteurs faisait un bond. À présent, il est moins fréquent qu'on la croise dans les magazines. La donna con gli stivali était une des incarnations des rêveries de son époque, et les modes changent. Les années Valentina, c'était aussi celles de Model Shop, de Slogan, de Blow-up…
On a peine à croire que Valentina ait pu faire ses débuts comme simple sidekick d'un émule italien des super-héros américains: Neutron. L'unique super-pouvoir de celui-ci, modeste comparé à ceux de Superman, de Flash ou de Hulk, était sa faculté d'immobiliser les choses et les gens grâce à son Regard Paralysant. Une faculté pas si différente de celle que possédait le dessinateur milanais, de figer sur le papier ses héroïnes félines au milieu des plus incroyables bonds de tigresse (comme tout super-héros, Neutron avait une identité secrète, sous laquelle il exerçait un "vrai métier": photographe. Quelle identité? Philip Rembrandt, carrément! Pourquoi se contenter de peu? Le fumetto ne nous a d'ailleurs jamais dit si c'était son vrai nom ou sa signature d'artiste). Crepax Guido et Neutron-Philip avaient d'autres traits communs: tous deux dotés d'un physique anguleux, économes de paroles, ils partageaient la vie d'une compagne qui ressemblait un peu à Louise Brooks. Au cours des décennies suivantes, les relations Valentina-Neutron évoluèrent (quelque peu) vers le registre de la comédie domestique (ils se mirent en ménage, eurent un enfant). Ce qui ne les empêcha pas de continuer à visiter occasionnellement des univers inquiétants. Tandis que l'environnement autour de Valentina s'apaisait (le décor de l'Italie du Nord - Milan, Venise... - prend plus d'importance dans les aventures ultérieures de Valentina, qui avaient débuté dans de mystérieux mondes souterrains), les bizarreries et les fantasmes, Crepax alla les chercher ailleurs, dénonçant le déploiement de troupes de reîtres et de lansquenets pour réprimer des manifestations pacifistes, rendant compte des périples d'astronefs pirates et revisitant des classiques de la littérature érotique et fantastique.
Crepax était fan de jazz et de Louise Brooks (la coupe de cheveux de Valentina vous rappelle peut-être quelque chose?). Dans un des premiers numéros de Charlie (mensuel), Wolinski, peu sensible aux nuances, présenta ainsi la créature, son créateur et les circonstances de la création; "Crepax vit à Milan avec sa femme Luisa. Luisa, c'est Valentina". Plus tard, Crepax, gêné par cette simplification, ressentit le besoin de préciser:
![]() |
| pour lire la bulle plus commodément: clic! |
Alors, où est Valentina? où est Luisa? où est Louise?
Au milieu (sous Louise Brooks exactement: pas à côté, pas n'importe où) c'est Guido Crepax. Fichtre, il ressemble à Neutron, on pourrait les confondre… je suis un peu embarrassé.
Ah, oui, ça me revient, pour reconnaître Valentina sur ce genre de photo de famille, il y a un truc mnémotechnique: c'est celle qui est toute nue. Oui, de toutes les héroïnes de papier des peu frileuses décennies 60-70, Valentina est celle qui s'est toujours sentie le plus à son aise lorsque les circonstances l'amenaient à partir à l'aventure sans vêtements, surpassant même en aisance, dans cette discipline, Barbarella, Paulette et Red Sonja, parfaitement.
Il y a en ce moment une exposition Crepax à la galerie Martel: ce n'est pas si fréquent, essayez de ne pas la rater, vous avez jusqu'au 6 décembre.
Galerie Martel
17, rue Martel - 75010 Paris
17, rue Martel - 75010 Paris
Ouvert de 14h30 à 19h
Du mardi au samedi
Du mardi au samedi
Dessins de Guido Crepax (1933-2003)
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dimanche 24 novembre 2019
Toutes choses ont leur saison
Algésiras (qu'on ne présente plus) et Caroline (d'Un dernier livre avant la fin du monde) ont déjà dit beaucoup de bien de l'album de Linnea Sterte, In Humus (initialement paru, après avoir été partiellement prépublié en ligne, sous le titre Stages of Rot).
Vous vous dites que j'arrive bien tard?
Une des leçons du roman graphique de Linnea Sterte est que chaque chose arrive à son heure.
Il y a un temps pour nager, baleine, dans l'espace, et un temps pour se transformer en humus.
Notez, s'il vous plaît, que, si In Humus raconte une histoire, elle le fait en prenant son temps et en étant économe de paroles. Ni le rythme, ni les enjeux ne sont ceux d'une BD classique. Vous n'y trouverez probablement rien (ou très peu) de ce qui vous a accroché dans Valérian et Laureline, L'Incal, Les Méta-barons ou Aldébaran... si ces titres sont des exemples de ce que vous préférez en BD de SF.
Vous y trouverez... autre chose.
Parmi ces choses: un dessin d'une grande sensibilité.
Si vous avez pris plaisir à lire, par exemple, 40 days in the desert B, de Moebius, vous vous sentirez parfaitement à l'aise dans l'univers de Linnea Sterte.
Peut-être vous demandez-vous "Alors, In Humus/Stages of Rot, c'est une histoire de baleine?"...
C'en est une, si on veut, mais pas seulement. L'illustration de couverture du premier tirage de l'album différait fortement de celle qui a été choisie pour l'édition française (et qui reprend celle des tirages les plus récents de PeowStudio, chez qui l'album a déjà connu plusieurs réimpressions!)
Cette couverture originale, on aurait pu croire qu'elle recouvrait un recueil de haikus...
et, ma foi, ce n'était pas si loin de la vérité.
L'envie soudaine de s'essayer à la composition de haikus est un des effets secondaires possibles de l'exposition aux dessins de Linnea Sterte.
Linnea Sterte,
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jeudi 21 novembre 2019
La maison des bois
L'un de mes neveux (les vieilles personnes ont la manie de parler de leurs neveux) m'a raconté qu'il avait rêvé qu'il se promenait dans une forêt et qu'il arrivait finalement devant une maison de bois, blanche, que la porte s'ouvrait et que j'en sortais. Après quoi, l'enfant m'a demandé: "Dis-moi, qu'est-ce que tu faisais dans cette maison?"… il est clair qu'il ne faisait pas la différence entre le rêve et la réalité.
Cité par María Esther Vázquez dans Borges: images, dialogues et souvenirs
(Borges, imágenes memorías, díalogos, 1977, Monte Avila Editores)
traduit de l'espagnol par François Maspéro, Seuil, 1985
Il faut en effet la candeur d'un enfant pour demander à Borges ce qui l'amène à se rendre parfois dans une petite maison de conte au fond d'une forêt qui n'existe pas: il est clair que c'est un de ses secrets d'écrivain.
dimanche 17 novembre 2019
lundi 4 novembre 2019
Je vais où s'en va le vent
Chanson adaptée par Pierre Barouh d'une intemporelle ballade irlandaise,
créée par Marie Laforêt en 1964
(originellement en anglais, dans le film
"La redevance du fantôme" d'après Henry James)
Marie Laforêt, 1939-2019
Marie Laforêt, 1939-2019
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