vendredi 19 février 2010

MURAKAMI Haruki, 1

- D'après mon expérience, quand on cherche désespérément quelque chose, on ne le trouve pas. Et quand on s'efforce d'éviter quelque chose, on peut être sûr que ça va venir vers nous tout naturellement. Bien sur, ce n'est qu'une théorie.
- Si vous appliquez cette théorie à mon cas, que va-t-il m'arriver si je cherche quelque chose et essaie de l'éviter en même temps?
- C'est une question difficile, dit Oshima en souriant. Puis il reprend après une petite pause: Si je peux me permettre de le donner, voilà mon avis. Peut-être que ce que tu cherches ne viendra pas sous la forme à laquelle tu t'attends.



De Kafka sur le rivage. J'espère que cette note sera la première d'une longue série de notes sur Haruki Murakami - je l'espère et à la fois je le crains, car en s'attaquant à ce Japonais mutant, on a affaire à forte partie.
Bref, je cherche et j'essaie en même temps d'éviter d'en parler... voyons, quelle influence cela pourra-t-il avoir sur la forme que cela va prendre?

vendredi 29 janvier 2010

Les deux visages de Janvier (Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski)

Janvier , consacré à Janus, n’est il pas le mois le plus propice pour rendre compte d’un ouvrage intitulé Janua Vera - même si la première édition en remonte à deux ans, et la réédition en collection de poche à l’été dernier?
D'ailleurs, l'auteur, Jean-Philippe Jaworski, à la fois auteur de jeux de rôles et romancier, ne peut-il pas invoquer pour lui-même la tutelle du dieu aux deux visages?

Janua Vera est un recueil de nouvelles, qu’on peut lire indépendamment l’une de l’autre car elles n’ont à première vue de commun que leur cadre: un même univers de fantasy, le Vieux Royaume, à différents moments de sa longue histoire.
Individuellement, chaque nouvelle est une réussite, chacune dans un style et, à certains égards, dans un genre différent. Parmi les quelques compte-rendus de ce recueil que j’ai lus ici et là, quelques-uns objectaient à son hétérogénéité stylistique, et, en particulier, reprochaient à la première nouvelle un ton “pompeux”; il m’a semblé au contraire que cette variété procède d’une recherche du ton juste pour chaque histoire, qui est plutôt à porter au crédit de l’auteur.
Pour répondre à l’objection soulevée, dans le cas de cette première nouvelle, le style délibérément archaïsant, incantatoire à l’exemple de l’Aïnulindalë de Tolkien, ancre le texte à sa place dans le cycle: située chronologiquement longtemps avant les autres, elle se réfère à une conception anhistorique du monde - ce qui ne sera pas le cas des suivantes, qui dépeignent différents moments de l’évolution d’une société de plus en plus urbaine, aux hiérarchies de plus en plus complexes. Mais loin d’être déconnectée des autres, cette nouvelle (qui, d’une façon significative, donne son nom au recueil) propose au contraire une clé pour leur lecture: dans toutes ces fictions, la principale menace ne viendra pas de quelque déferlement de ténèbres extérieures - pas de hordes de gobelins, d’hommes-reptiles ni de mutants du chaos en vue - mais du plus intime des protagonistes, de leur inséparable part d’ombre.

Des nouvelles qui suivent, la plus longue (Mauvaise donne) constitue, il n’est pas sans intérêt de le savoir, une sorte de prologue à un roman à venir: de ce roman, Gagner la Guerre, il sera brièvement question plus loin. Entre en scène, donc, dans Mauvaise Donne, le personnage picaresque qui sera le héros et le narrateur de Gagner la Guerre; l’auteur a su trouver, pour faire parler ce personnage ambigu, une langue familière juste assez pour éviter à la fois de s’embourber dans des archaïsmes jargonnants et de déraper dans des anachronismes indésirables.

Le ton de ce récit à la première personne contraste d’ailleurs vivement avec celui, souvent élégiaque, de la plupart des autres. Chacun de ces courts textes a sa tonalité (pour ne pas dire sa musique) propre: le premier, on l’a vu, s’acquitte scrupuleusement de toutes les figures imposées de la High Fantasy (vocabulaire antiquisant et syntaxe biblique, énumérations de toponymes exotiques); le Service des Dames impose la précision factuelle du roman historique tel qu’on l’entend aujourd’hui à la thématique de la littérature courtoise (un peu comme si Cormac Mac Carthy ou Arturo Perez-Reverte revisitaient un lai de Marie de France), tandis que le Conte de Suzelle évoque irrésistiblement le Marcel Schwob du Livre de Monelle.
Quant à la dernière nouvelle, le Confident... je préfère vous la laisser découvrir.

Je n’ai pas encore lu, je dois l’avouer, Gagner la Guerre, premier (et gros!) roman de cet auteur. Il n’est pas rare qu’un auteur qui réussit dans la nouvelle ne connaisse pas le même succès sur une plus longue distance. C’est pourtant avec confiance que je parie sur la réussite de Jaworski dans ce passage (difficile) de la forme courte au roman-fleuve, si grande est la maîtrise dont témoigne la nouvelle qui permet de faire le lien entre Janua Vera et ce roman.

Coïncidence: ma sage et savante amie Algésiras, plus prompte que moi, vient de consacrer, dans son blog, une note enthousiaste* à Gagner la Guerre... Vous faites ce que vous voulez, mais moi, je sais ce qu’il me reste à faire.

* à lire dans les archives, à la date du 25 janvier 2010. Je le précise parce que son blog ne permet pas les liens directs vers une note archivée.

Mise à jour du 31/03/10: et voici que l'insaisissable Li-An (légendaire précog de classe A, recherché sur vingt-cinq mondes), qui avait déjà, l'an dernier, attiré l'attention des lecteurs de son blog sur Janua Vera, vient à son tour de dire du bien de Gagner la guerre... ça devient difficile d'être original.


Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski (première édition les Moutons Electriques, 2007; nouvelle édition Folio SF, 2009)

mercredi 2 décembre 2009

Anniversaire

Hé bien ça y est, ce blog a trois ans! Tout le monde le dit, et, au début, je n'y croyais qu'à moitié mais c'est pourtant vrai: un blog, ça fait passer le temps.

mardi 20 octobre 2009

Racontons-nous un dessin de Sempé!

Une salle de réunion. Une table elliptique prévue pour deux cents personnes. Des fauteuils de cuir au design si savant qu'il les fait ressembler à des téléphones, à des rasoirs ou à des râpes à cors. Trois petits hommes au long nez, au menton fuyant et au front dégarni - lunettes d'écaille, costume trois pièces, pochette, cravate. Ils ont jailli de leur fauteuil dans la chaleur du débat, ils se dandinent, ils gesticulent, ils invectivent: si l'image n'était en noir et blanc, on pourrait vérifier qu'ils sont tout rouges; et on pourrait constater que tous leurs poils sont hérissés, s'ils avaient permis à leur système pileux aucune autre fantaisie qu'une petite moustache en brosse - plus timides en cela que leurs prédécesseurs, bâtisseurs d'empire qui ne craignaient d'arborer ni les côtelettes à la Gladstone, ni l'impériale à la Badinguet, ni les moustaches à la Bismarck. Ils sont présents aussi, d'ailleurs, ces illustres devanciers - dans des cadres tarabiscotés, aux mesures de l'immense salle dont ils frôlent le plafond; ils froncent les sourcils par-dessus leurs lorgnons, pincent les lèvres par-dessus leur faux col, crispent leurs poings aux entournures de leurs gilets brodés: empêchés par le vernis enfumé d'intervenir dans le débat, ils doivent se contenter d'écraser d'une désapprobation muette le chahut de cour de récré que font leurs successeurs.

Et, en italiques sous l'image (vous vous y attendiez), la légende nous apprend ce qu'ils se disent:

"Non, Monsieur! NON, MONSIEUR! Un dessin de Sempé, ça ne se RACONTE pas!"





Note pour les internautes du futur qui se demanderont quelles fées carabosses ont bien pu présider à la naissance de ce billet: en l'honneur du nouvel album du maître, Sempé à New-York / Cent dessins pour Le New-Yorker, tout juste arrivé dans les librairies, trois jours durant, tout le monde des media y est allé, avec plus ou moins de talent, de son racontage de dessin de Sempé...
Pourquoi n'aurais-je pas pris ma part du fun, en vous racontant un Sempé imaginaire?...

dimanche 4 janvier 2009

2009: tororo shiru pour tout le monde, champagne pour les autres

Puisque vous êtes tous fans de ce blog, je suppose, chers lecteurs, que l'idée de savourer un bon tororo shiru de votre façon doit bien souvent vous faire venir l'eau à la bouche... avouez!
Que faire?
Suivez donc ce simple pas-à-pas (sans oublier de dire merci à Noriko pour la recette - French translation provided by yours truly):

- TORORO SHIRU -

Ingredients:
Yamato imo: 300g
OEuf: 1 spécimen
Fumet de poisson: 1 tasse
Sel: 1/2 cuiller à soupe
Sauce de soja: 1/2 cuiller à soupe
Aonori: un petit peu
Riz: une certaine quantité

Préparation:
1. Epluchez le yamato imo et râpez-le; incorporez l'oeuf et le sel
2. Mélangez le fumet de poisson et la sauce de soja, portez à ébullition puis versez-y le yamato imo dûment râpé et assaisonné
3. Servez le bouillon au yamato imo avec du riz, et agrémentez d'aonori à volonté.

Bon appétit!
Bien du plaisir à vous en 2009, vous qui vous régalez de TORORO SHIRU!

English version here.

Ah bon, ça ne vous suffit pas et maintenant vous voulez tout savoir sur le yamato imo? c'est ici.

2009: celebrate with tororo shiru

Since you all enjoy this blog, I assume, dear readers, that while reading it you more than once fancied having some all-yours tororo shiru just for yourself... didn't you?
Here's an easy 3-steps recipe, courtesy of Noriko (please visit her site and say thanks!) in Noriko's own words:

- TORORO SHIRU -

Ingredients:
Yamato imo: 300g
Egg: 1 peace
Fish soup stock: 1 cup
Salt: 1/2 tbsp
Soy sauce: 1/2 tbsp
Aonori: a little
Rice: some

Preparation:
1. Cut the yamato imo and grate it, add egg and salt.

2. Boil fish soup stock and soy sauce, mix the yamato imo.

3. Serve the yamato imo with aonori on rice.

Bon appétit!
Have the best year 2009, and keep enjoying TORORO SHIRU to your heart's content!

Version française ici.

...so, you're insatiable and now you want to know about yamato imo? Read here.

samedi 6 décembre 2008

Dear Diary

Bon anniversaire, cher blog!
Que dis-tu? C'était il y a trois jours?

Euh.... huit jours, tu es sûr?
Il faut me comprendre, un 8 mal écrit ça ressemble beaucoup à un 3... soit dit en passant, pour un blog, tu pourrais faire un effort sur l'écriture: on dirait des pattes de mouches!

Allons bon, il est vexé maintenant.

mercredi 11 juin 2008

Happy unbirthday, Richard

Richard Brautigan est né en 1935. A ta naissance, il aurait donc pu - s’il avait été présent - te tenir maladroitement quelques instants dans de grands bras osseux d’adolescent dégingandé de 19 ans.

Quand, en 1958, il a publié son premier recueil de poèmes, tu aurais été assez grand pour célébrer cet événement en décrivant, à quatre pattes, quelques cercles autour de lui en imitant le bruit de la locomotive.

Quand, dix ans plus tard, il publia La Pêche à la Truite en Amérique, tu avais juste l’âge requis pour concevoir l’idée perverse d’essayer de le mettre dans l’embarras en lui demandant, d’un air innocent, s’il se souvenait combien il avait pris de truites la dernière fois que vous aviez passé ensemble une journée au lac.

Le 25 octobre 1984, tu aurais pu être en train de déchirer le troisième brouillon d’une lettre dans laquelle tu lui aurais demandé, sur un ton d’abord aggressif, puis sarcastique, et enfin, dans la dernière version, faussement détaché, pourquoi il n’avait pas répondu à l’invitation à ton trentième anniversaire que, quelques mois plus tôt, tu lui aurais envoyée (cette fois, tu t’y étais pourtant pris à temps, n’est-ce pas ?), quand une voix inconnue, au téléphone, t’aurait appris sa mort.

Rien de tout cela n’est arrivé, et il devait encore s’écouler des années avant que tu n’apprennes qu’avait un jour existé quelque part un homme du nom de Richard Brautigan, et plus longtemps encore avant que tu ne réalises qu’il te manquait, comme pourrait te manquer un grand frère dont tu regretterais de n’avoir pas été plus proche quand il en était encore temps.

dimanche 27 avril 2008

Le temps passe

Aujourd'hui nous sommes le 96 février.
La fin du mois approche.

lundi 12 novembre 2007

Célébrons comme il se doit

Le billet précédent me fournit une excellente introduction au sujet de celui d'aujourd'hui: célébrons comme il se doit, chers lecteurs, le passage du cap des 200 messages et des 1000 commentaires par cet excellent blog!...
...pourquoi pas en allant l'inonder de commentaires élogieux?