dimanche 11 février 2018

Des paradis à perdre (Ursula Le Guin, 2: L'anniversaire du monde, 1)


Il pensait à son rêve, à la pierre qui parlait. 
Il aurait aimé entendre ce qu'elle disait.
Ursula Le Guin, 
Musique Ancienne et les femmes esclaves, 
dans L'Anniversaire du Monde 



Ce billet-ci est la suite de ce billet-là. 
Reprenons: je vais m'épancher un peu sur les nouvelles qui composent L'Anniversaire du Monde.

L'Anniversaire du Monde

Toujours dans la préface à L'Anniversaire du monde, l'auteur revient, un peu plus loin, sur la construction de son recueil (composé de textes écrits entre 1994 et 2002), dont le sommaire comprend:
Puberté en Karhaïde; 
La Question de Seggri; 
Un amour qu'on n'a pas choisi; 
Coutumes montagnardes; 
Solitude; 
Musique Ancienne et les femmes esclaves; 
L'Anniversaire du monde; 
Paradis perdus.
"Ces sept nouvelles [les premières] ont une structure commune: elles montrent, d'une façon ou d'une autre, par ou à travers un observateur (qui a tendance à s'intégrer à la population), des gens dont la société diffère de la nôtre, dont la physiologie même peut être différente, mais qui ressentent les choses comme nous."[…] La dernière et [la plus] longue nouvelle, Paradis perdus, ne suit pas ce schéma".


La première nouvelle du recueil, Puberté en Karhaïde, malgré son titre qui dans notre idiome répand des odeurs médicamenteuses d'infirmerie, est une histoire de non-amour.
Non! Ça ne veut pas dire que c'est une histoire triste (pas une histoire de cœurs brisés ou quelque chose de ce genre): je vous rappelle que le non-amour est à l'amour ce que les non-anniversaires sont aux anniversaires: la même chose mais à un autre moment - on dit aussi (demandez aux spécialistes que sont, en ces matières, respectivement, Lewis Carroll et Serge Gainsbourg) ananniversaire et anamour... tiens, finalement, je trouve qu'anamour c'est plus joli. Alors c'est une histoire d'anamour. Une histoire d'amour qui ne peut prendre place qu'à un moment bien précis.
On dirait d'ailleurs, tout simplement, que c'est une histoire sur la découverte de l'amour, si ça ne se passait sur cette fichue planète glaciale dont les habitants ne sont sexués qu'à temps partiel; en effet, la province de Karhaïde, vous savez où c'est: ça se trouve sur la planète Gethen, que vous avez déjà visitée (n'est-ce pas?) dans La Main Gauche de la Nuit. Vous n'avez pas lu La main gauche de la nuit? Qu'est-ce que vous faites encore là? Pardon, je me suis laissé emporter. Mais non, tout de même, si vous ne l'avez pas encore lu vous devriez. D'abord, si vous ne l'avez pas lu, vous devez vous sentir perdus au milieu de ces histoires d'Ekumen, de Cétiens et d'ansibles: ce roman est une bonne porte d'entrée dans l'univers de Le Guin. Et puis...  c'est un roman qui a été publié à une époque charnière; il serait intéressant de demander à toutes celles et ceux qui ont contribué à l'émergence, dans les trente dernières années, des études sur le genre si, par hasard, La Main Gauche de la Nuit n'aurait pas fait partie de leurs lectures d'adolescence…


Les trois nouvelles suivantes (La Question de Seggri; Un amour qu'on n'a pas choisi; Coutumes montagnardes) tournent autour d'un paradoxe qu'on pourrait résumer ainsi: on peut bien essayer de les rendre plus simples; on peut bien essayer de les rendre plus compliqués; mais rien ne coule jamais de source, rien, jamais, ne va de soi dans les rapports entre les sexes. Thème qu'on pourrait croire rebattu (de La Princesse de Clèves au Journal de Bridget Jones), et sur lequel Le Guin est revenue souvent (dans chacun de ses écrits, en fait): elle le traite pourtant, une fois de plus, brillamment, et sans facilités (pas tout à fait sans clichés toutefois: mais que celui qui n'a jamais cliché lui jette la première pierre).

J'avoue une tendresse particulière pour la cinquième nouvelle, Solitude, qui, elle, a pour thème principal la relation entre une mère et sa fille.
Et, en arrière-plan, la tendresse maternelle un peu envahissante de toutes les civilisations pour ceux qu'elles entendent faire profiter de leurs bienfaits.
Cette nouvelle porte un sous-titre: "Appendice à 
PAUVRETÉ: le second rapport sur Onze-Soro, du Mobile* Entselenne'temharyonoterregwis** Feuille; 
par sa fille Sérénité".
Certains paragraphes ont, pour des raisons compréhensibles, un peu de la sécheresse d'un rapport pour une académie; d'autres, au contraire... vous verrez bien.
Je l'aime au point que je lui consacrerai la totalité d'un des prochains billets de cette série consacrée aux nouvelles d'Ursula Le Guin.

À suivre...

Notes

* Mobile est le titre que portent les agents de l'Ekumen qui se rendent sur les planètes extérieures au système de Hain.
Ceux qui, sur la planète-mère, centralisent les informations reçues des Mobiles s'appellent, vous n'en serez pas surpris, des Stabiles.

** Oui, vous avez remarqué? Les personnages de Le Guin (héritage de - ou peut-être clin d'œil amusé à - certaine tradition de la science-fiction) ont des noms de famille difficiles à mémoriser (et ne parlons même pas de les prononcer). Heureusement qu'ils ont des prénoms de hippies.


Sauf indication contraire, les citations (paragraphes en vert) apparaissant dans le texte sans autre indication d'origine proviennent de la préface d'Ursula Le Guin à L'Anniversaire du Monde; les autres des différentes nouvelles de ce même recueil.


Le site officiel d'Ursula Le Guin;
sa bibliographie selon wikipedia.

L'Anniversaire du Monde, nouvelles 
(The Birthday of the World, Harper Collins, 2002; 
traduction française de Patrick Dusoulier, 
Robert Laffont, 2006)


mercredi 7 février 2018

Musique Ancienne est un joli nom (Ursula Le Guin, 1)


Ai-je vraiment besoin de vous recommander de lire les romans d'Ursula Le Guin? La main gauche de la nuit, vous l'avez déjà offert à tous les gens que vous aimez bien, Terremer, vous les avez déjà tous lus et relus (la première fois vous aviez dix ans, la dernière fois c'était il y a quinze jours), Le nom du monde est Forêt, après l'avoir lu vous l'avez planté et depuis son feuillage donne de l'ombre à votre terrasse.


Les nouvelles d'Ursula Le Guin, c'est une autre affaire. L'édition française les a un peu dispersées (les Américains viennent de les ressortir en deux gros volumes: parions qu'un éditeur français aura bientôt la même idée): vous auriez donc pu en rater, et ce serait dommage car elles prolongent ses gros livres, elles en reprennent les thèmes sous de nouveaux angles et parfois obligent à les regarder d'un autre œil.
On pourrait commencer par Quatre chemins vers le pardon et L'anniversaire du monde, qu'en pensez-vous?



Cette nuit-là, dormant dans la chambre qui donnait sur la terrasse 
de Yaramera, Esdan rêva qu'il avait perdu une petite pierre ronde 
et plate qu'il avait toujours sur lui dans un petit sac. 
La pierre venait du pueblo. Quand il la serrait dans sa paume 
pour la réchauffer, elle était capable de parler, de parler avec lui. 
Mais cela faisait longtemps qu'il ne lui avait pas parlé. 
Il s'apercevait maintenant qu'il ne l'avait plus. 
Il l'avait perdue, laissée quelque part. 
Il pensait que c'était dans le sous-sol de l'ambassade, 
mais la porte était fermée à clef, 
et il ne trouvait pas l'autre porte.
Il se réveilla. C'était le petit matin. 
[…] 
Il pensait à son rêve, à la pierre qui parlait. 
Il aurait aimé entendre ce qu'elle disait.
Ursula Le Guin, 
Musique Ancienne et les femmes esclaves, 
dans L'Anniversaire du Monde 


Un des cailloux dans mon sac d'âme, 
un vilain petit caillou gris que j'avais ramassé 
un certain jour à un certain endroit dans les collines 
au-dessus de la rivière pendant le Temps Argenté, 
un petit morceau de mon monde: 
voilà ce qui est devenu mon monde. Chaque nuit, je le sortais 
de mon sac et je le tenais dans ma main, 
en pensant à la lumière du soleil dans les collines 
au-dessus de la rivière, en écoutant le doux bruissement 
des systèmes du vaisseau, comme un océan mécanique.
Ursula Le Guin, 
Solitude, 
dans L'Anniversaire du Monde 



"Cette présentation permet de faire des choses qu'un roman ne permet pas"

Dans la préface à L'Anniversaire du monde, Ursula Le Guin tente, en se référant à son recueil précédent, de définir ces deux derniers recueils par leur forme commune.
"Mon livre Four Ways to Forgiveness (Quatre chemins vers le pardon) comporte quatre nouvelles interconnectées. Une fois de plus, je supplie qu'on trouve un nom, afin qu'on la reconnaisse, à cette forme de fiction (qui remonte au moins aussi loin que le Cranford d'Elizabeth Gaskell, et que l'on rencontre de plus en plus fréquemment, avec un intérêt grandissant): un recueil de nouvelles liées par le lieu, les personnages, le thème et l'action, afin de constituer non pas un roman, mais un tout. Il y a un terme péjoratif qu'on utilise en anglais, "fix-up" (assemblage), pour désigner les livres contenant des nouvelles collées ensemble avec un ruban adhésif fait de mots, leurs auteurs ayant entendu dire que les recueils de nouvelles "ne se vendent pas". Mais sous sa véritable forme, il ne s'agit pas d'un assemblage aléatoire, pas plus qu'on ne saurait le dire d'une suite de Bach pour violoncelle seul. Cette présentation permet de faire des choses qu'un roman ne permet pas. C'est une vraie forme littéraire, et elle mérite un vrai nom. On pourrait peut-être l'appeler "une suite de nouvelles"? Je pense que c'est ce que je vais faire".

Je ne suis pas certain que la traduction française "une suite de nouvelles" rende entièrement justice à l'intention de Le Guin.
Il n'y a certes rien de péjoratif dans le mot français suite (contrairement à l'anglais "fix-up" qui tend à évoquer un travail de bricolo); si à ce mot l'on devait reprocher quelque chose, ce serait justement sa neutralité.
Le mot anglais "suite" évoque une forme musicale*, de façon, non pas certes exclusive, mais plus précise que le mot français, à qui l'usage donne bon nombre de sens plus généraux, parmi lesquels celui de suite musicale n'arrive qu'à un rang modeste. Pourtant, le recueil Quatre chemins vers le pardon n'est pas dépourvu de ressemblances, en effet, avec une suite pour violoncelle seul: il y a entre les textes qui le composent une certaine unité de ton, et une gravité qui évoque assez bien le violoncelle... "suite", dirons-nous donc.

Et le recueil "L'Anniversaire du monde", comment le décrire?
pourquoi ne pas aller plus loin et l'appeler "Suite instrumentale pour conte, récit, mémoire, nouvelle, compte-rendu, fable et apologue", comme on dit "Suite pour clavicorde, théorbe et contrebasse"… tant pis pour la lourdeur de la formule en français, car, dans chacun de ses textes, Le Guin joue de chacune de ces formes comme d'un instrument. Tantôt, c'est la répétitivité incantatoire du conte (la caresse insistante de l'archet sur les cordes de la viole de gambe), tantôt, les accélérations du récit d'aventures (appels éclatants de cuivres!); parfois, la sécheresse pseudo-technicienne du jargon de la science-fiction (vibration métallique de cordes pincées) vient couper court à des envolées lyriques, que, d'autres fois (glissando de violons), elle laisse se développer*…

L'Ekumen

...Il s'appelait 
Mattinyehedarheddyuragamuruskets** Havzhivza. Le mot havzhiva signifie "galet cerclé": une petite pierre avec une inclusion de quartz qui forme un anneau tout autour. Les gens de Stse attachent de l'importance aux pierres et aux noms. Traditionnellement, on donne aux garçons appartenant aux lignages du Ciel, de l'Autre Ciel et de l'Interférence Statique le nom d'une pierre ou d'une qualité désirable chez un homme: courage, patience ou grâce. Les Yehedarhed étaient une famille traditionaliste pour qui la lignée et le sang comptaient beaucoup. "Savoir qui sont les tiens, c'est savoir qui tu es", disait Granit, le père de Havzhiva. C'était un homme aimable et réservé, qui prenait à cœur son rôle de père. Il aimait beaucoup les proverbes.
(Un homme du peuple, 
dans  Quatre chemins vers le pardon)

Une petite pierre avec une inclusion de quartz
qui forme un anneau tout autour.


L'Ekumen, dans tous les textes de Le Guin qui en font mention, est présenté comme un projet en devenir plutôt que comme un état stable d'une civilisation; il a été rendu possible en grande partie grâce à l'invention de l'ansible, un dispositif de transmission instantanée de l'information dû aux découvertes cétiennes en physique temporelle (une invention bien pratique, en ce qu'elle permet  d'expliquer que la déperdition d'information entre des civilisations réparties sur des dizaines de systèmes solaires soit réduite à un minimum; ah! que feraient les écrivains de science-fiction sans les découvertes des savants originaires de Tau Ceti?).
Le voyage physique, quant à lui, reste soumis aux principes de la physique classique et donc à l'impossibilité de dépasser la vitesse de la lumière ; il s'effectue sur des vaisseaux qualifiés de NAFAL (Nearly As Fast As Light). Le système planétaire dans lequel le "projet Ekumen" a vu le jour s'appelle Hain; l'étendue physique de l'Ekumen n'est pas précisée, mais les distances y sont, bien entendu, astronomiques. Presque aussi rapides que la lumière... cela implique malgré tout que les voyages à la rencontre d'autres peuples demandent des années, parfois la moitié d'une vie; aussi, c'est un choix crucial, pour les citoyens de l'Ekumen, de rejoindre les rangs des agents mobiles - ceux, diplomates, chercheurs, anthropologues ou "coopérants", qui effectuent des missions loin de leur planète natale. 
D'où une dichotomie dans la société des planètes rattachées à l'Ekumen: une partie des institutions s'attache à inventer des solutions innovantes, parfois radicales, aux problèmes qui se posent à des sociétés planétaires, dont certaines sont soumises à des conditions (économiques, écologiques) particulières, voire uniques (isolement ou dépendance; rareté ou abondance de certaines ressources, environnement mutagène...); une autre partie, à préserver des traditions venues du fond des âges, perçues comme composantes essentielles de l'identité humaine.

Les noms des lignages du Ciel, de l'Autre Ciel et de l'Interférence Statique vous ont fait penser à ceux des clans de L'Eau-Amère, de la Boue ou du Rocher-Debout que vous avez rencontrés dans les romans policiers de Tony Hillerman? Ce n'est pas un hasard. La structure sociale des planètes de l'Ekumen reproduit, à l'échelle d'un amas stellaire, celles des sociétés humaines les plus traditionnelles; par opposition aux centres urbains où sont concentrées les industries, les académies, les communautés rurales se donnent à elles-mêmes le nom de pueblos, un terme emprunté au passé de la Terre. 
Et une des sources d'inspiration constantes de Le Guin, ce sont ces sociétés rurales du Sud-Ouest des États-Unis: les Navajos, comme les Hopis et les Zunis, en font partie.

Quatre chemins vers le pardon

 Les liens entre les nouvelles qui composent Quatre chemins vers le pardon  (Trahisons;  Jours de pardon; Un homme du peuple ; Libération d'une femme) sont plus visibles que ceux, ténus, entre les textes de L'Anniversaire du monde. Cette tétralogie explore une direction précise du projet de Le Guin.  Le Guin  regrettait-elle de n'avoir pas mis en œuvre son projet de description de l'Ekumen d'une façon assez systématique? Elle s'en est plusieurs fois expliqué: non, les nouvelles et romans rattachées à ce qu'on a pris l'habitude (a posteriori) d'appeler le "cycle de l'Ekumen" n'ont pas été pensées dans le cadre d'un projet grandiose, une historiographie imaginaire comme  celles de L'Instrumentalité de Cordwainer Smith, de la Psychohistoire d'Asimov ou encore de l'Histoire du Futur de Robert Heinlein.
Les chroniques futures d'Ursula LeGuin, on pourrait les qualifier de crépusculaires; car ce n'est pas la saga de bâtisseurs d'Empire qu'elles racontent, mais les efforts des survivants d'une entreprise impériale qui appartient désormais à un lointain passé pour, en passant par une longue série d'essais et d'erreurs, en recoller des morceaux (le cadre commun aux récits de Quatre chemins est une société planétaire qui, longtemps isolée, a adopté une structure sociale rigide basée sur l'esclavagisme: le changement, dans cette société, ne sera pas moins douloureux que l'a été la guerre civile américaine).

Quatre chemins examine différents moments de la mutation  que traverse une société; le ton général est mélancolique. Des personnages qui se sont, à des titres divers, fortement impliqués dans cette mutation font le bilan de leur existence, et constatent que les changements mêmes qu'ils ont appelé de leurs vœux  les marginalisent ou les excluent. Sous le récit de science-fiction affleure le souvenir des désillusions du vingtième siècle; thème déjà central dans une des plus mémorables nouvelles de LeGuin, À la veille de la Révolution.
Au lendemain des révolutions, les farandoles dans les rues ne durent qu'un temps, au claquement joyeux des chaussures de danse succèdent, soit le martèlement oblitérateur des bottes, soit l'envahissant silence des pantoufles.
C'est un peu pour cette raison qu'au lieu de m'attarder sur Quatre chemins vers le pardon, je préfère consacrer plus de place aux nouvelles qui composent L'Anniversaire du Monde.

À suivre ...


Notes

* “The great fantasies, myths and tales are indeed like dreams: they speak from the unconscious to the unconscious, in the language of the unconscious—symbol and archetype. Though they use words, they work the way music does: they short-circuit verbal reasoning, and go straight to the thoughts that lie too deep to utter… ”
Ursula K. Le Guin   
The Child and the Shadow 
(inédit en français, 1974)
Les grands récits imaginaires, les mythes, les légendes fonctionnent comme les rêves: l'inconscient y parle à l'inconscient, dans la langue de l'inconscient - symbole et archétype. Ils se servent de mots, mais l'effet qu'ils produisent est celui de la musique: ils court-circuitent le raisonnement, ils jettent des coups de sonde vers des strates d'idées situées trop loin du langage pour être verbalisées.

** Oui, vous avez remarqué? Les personnages de Le Guin (héritage de - ou peut-être clin d'œil amusé à - certaine tradition de la science-fiction) ont des noms de famille difficiles à mémoriser (et ne parlons même pas de les prononcer). Heureusement qu'ils ont des prénoms de hippies.


Sauf indication contraire, les citations (paragraphes en vert) apparaissant dans le texte sans autre indication d'origine proviennent de la préface d'Ursula Le Guin à L'Anniversaire du Monde; les autres des différentes nouvelles de ce même recueil.


Le site officiel d'Ursula Le Guin;
sa bibliographie selon wikipedia.

L'Anniversaire du Monde, nouvelles 
(The Birthday of the World, Harper Collins, 2002; 
traduction française de Patrick Dusoulier, 
Robert Laffont, 2006)
Quatre chemins de pardon, nouvelles
(Four Ways to Forgiveness,  Harper Collins, 2000;
traduction française de Marie Surgers,
L'Atalante, 2007)

mardi 6 février 2018

Pendant le Temps d'Argent



Ursula Le Guin est morte quand finissait Nivose, le mois dont son traducteur français a emprunté le nom pour le donner à la planète Gethen, où se passait son roman La Main gauche de la nuit (dans l'original, on nous dit que Gethen signifie simplement "Hiver").

Que faire en février, Pluviose, quand le ciel est gris et qu'on a le cœur lourd? Relire Ursula Le Guin, je suppose que vous y avez pensé vous aussi.
Nous voyagerons, pas tout à fait mais presque à la vitesse de la lumière.
Nous nous endormirons sous les ailes des dragons.
Nous changerons le monde avec nos rêves.
Quand nous nous réveillerons, ce sera avec la certitude que ça y est, ça a été annoncé, c'est officiel, on est à la veille de la révolution, puis, au bout de quelques instants, nous nous souviendrons que nous sommes une vieille dame et que nous avons de l'arthrite.

Il sera toujours temps alors de nous rendormir.


mercredi 24 janvier 2018

Late in the day




The Old Music

I sought a newer music,
but it rang false and wrong.
I'd find a tune and lose it,
hearing an older song.

I'd find a tune and lose it,
and always, all day long,
among my thoughts and doings
half heard some older song.

Among my thoughts and doings
a tune would ring out strong,
yet change when I pursued it,
lost in that older song.

The tunes of my own choosing 
all sounded false and wrong.
I sought a newer music,
I found an older song.


Late in the day, poems 2010-2014
PM Press, 2016
ISBN 978 262963 122 6


dimanche 14 janvier 2018

Nouvelle mouture



Cette nuit j'ai appris - en rêve - qu'on moulait désormais deux variétés de présent, le présent incessant et le présent inincessant.
La mouture du présent incessant étant ordinairement plus fine.
Puis je me suis réveillé: c'était le matin.
L'heure de moudre le café.

lundi 8 janvier 2018

Qu'est-ce qui est rond? qu'est-ce qui est esquinté?


Didier Da vient de nous rappeler que le 7 janvier était l'anniversaire de la naissance de Roland Topor (il y a soixante-dix-neuf ans de cela).

Les éditeurs se souviennent à présent de Topor, il était temps ( Les Cahiers Dessinés ont sorti, trois ans de suite, trois recueils de ses dessins: je vous en ai déjà parlé; ah, non? Je croyais).

C'est ainsi qu'à peine débarqué de la hotte du Père Noël - il y a quinze jours, donc - The Milk of Dreams de Léonora Carrington s'est trouvé un petit copain: Un Monsieur Tout Esquinté de Nicolas et Roland Topor, édition nouvelle, sapée façon peau-rouge.



Ils se sont tout de suite bien entendus, c'est rien de le dire.
Depuis, ils font les quatre cents coups parmi les autres livres, ils jouent à cache-cache et à le Père Noël sait quoi d'autre encore.
Ils donnent un peu le tournis à Rose qui est arrivée en même temps qu'eux et qui essaie de les convaincre de lui donner la main pour qu'ils dansent tous les trois une ronde, ça va bien un moment, mais ce divertissement paraît décidément trop sage pour les deux petits sacripants qui ne tardent pas à repartir au galop (sur les traces de bisons et de dinosaures, je pense). 
Et Rose reste toute seule. 
À danser sa ronde.
C'est dans l'ordre des choses puisque le monde est rond.


Léonora Carrington, The Milk of Dreams 
(Leche del Sueño, 
dessins de Léonora Carrington légendés par elle-même), 
(New York Review Children Collection), 2013


Nicolas et Roland Topor, Un Monsieur Tout Esquinté 
(dessins de Nicolas avec un petit coup de main de Roland ici et là, 
surtout pour écrire bien proprement les légendes, 
et en introduction un entretien exclusif avec Nicolas, par Roland)
première édition André Balland 1972;
nouvelle édition United Dead Artists, 2017

Gertrude Stein, Le monde est rond 
(The World  Is Round, Scott Books, 1939
- avec des illustrations de Clement Hurd)
traduction nouvelle de Martin Richet 
(avec des illustrations d'Alice  Lorenzi), 
éditions Cambourakis, 2017
(il y a aussi une édition bilingue, 
aux Éditions Esperluète, 2011; 
c'est pas celle-là que j'ai eue pour Noël) 



lundi 1 janvier 2018

Bonnes résolutions pour… voyons… on est en quelle année, déjà?




Même bonne, une loi est forcément maladroite. 
C'est pourquoi il faut toujours questionner ou contester son application. Ce questionnement ou cette contestation corrigeront sa maladresse et serviront donc la justice.

Il existe de mauvaises lois qui légitiment l'injustice. Ces lois-là ne sont pas maladroites, car leur application renforce précisément ce qu'elles étaient censées renforcer. Ces lois-là, il faut les combattre, les ignorer, les braver. 
Mais il va de soi, compañeros, que notre opposition à ces lois sera forcément maladroite! 
John Berger, 
De A à X, (From A to X, Verso, 2008) 
traduit par Katya Berger Andreadakis,  
éditions de l'Olivier, 2009,
ISBN 978 2 87929 630 2

lundi 25 décembre 2017

Inspectons le contenu des boites



Aujourd'hui 25 décembre, 
journée internationale de l'ouverture des boites.
Que trouverons-nous à l'intérieur?



Leonora Carrington, 
The Milk of Dreams, 
New York Review Books 
(New York Review Children Collection), 2013
ISBN 978 1 68137 094 1



lundi 4 décembre 2017

Le facteur est passé



Et j'ai trouvé ça dans ma boite aux lettres.



Je partage cette information avec vous, car (qui sait?) vous n'avez peut-être pas eu le temps d'aller au salon du livre de jeunesse de Montreuil, qui vient de décerner à Blexbolex sa Pépite d'or; et comme ça, vous aurez peut-être, quand même, une occasion de rencontrer Blexbolex, dont vous avez sûrement retenu le nom si, il y a quelques années, vous lisiez Ferraille (facile; Blexbolex, ce n'est pas un nom si répandu que ça).



vendredi 24 novembre 2017

Suspension et incrédulité


Un clin d'œil à une lectrice fidèle (se reconnaîtra-t-elle?):





Où sont passés janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre et octobre? 
Il paraît que lorsqu'on a éliminé les explications impossibles à une énigme, il faut se tourner sans un regard en arrière vers les explications possibles, seraient-elles même improbables.


Images © Warner bros (and others).