mardi 6 février 2018

Pendant le Temps d'Argent



Ursula Le Guin est morte quand finissait Nivose, le mois dont son traducteur français a emprunté le nom pour le donner à la planète Gethen, où se passait son roman La Main gauche de la nuit (dans l'original, on nous dit que Gethen signifie simplement "Hiver").

Que faire en février, Pluviose, quand le ciel est gris et qu'on a le cœur lourd? Relire Ursula Le Guin, je suppose que vous y avez pensé vous aussi.
Nous voyagerons, pas tout à fait mais presque à la vitesse de la lumière.
Nous nous endormirons sous les ailes des dragons.
Nous changerons le monde avec nos rêves.
Quand nous nous réveillerons, ce sera avec la certitude que ça y est, ça a été annoncé, c'est officiel, on est à la veille de la révolution, puis, au bout de quelques instants, nous nous souviendrons que nous sommes une vieille dame et que nous avons de l'arthrite.

Il sera toujours temps alors de nous rendormir.


mercredi 24 janvier 2018

Late in the day




The Old Music

I sought a newer music,
but it rang false and wrong.
I'd find a tune and lose it,
hearing an older song.

I'd find a tune and lose it,
and always, all day long,
among my thoughts and doings
half heard some older song.

Among my thoughts and doings
a tune would ring out strong,
yet change when I pursued it,
lost in that older song.

The tunes of my own choosing 
all sounded false and wrong.
I sought a newer music,
I found an older song.


Late in the day, poems 2010-2014
PM Press, 2016
ISBN 978 262963 122 6


dimanche 14 janvier 2018

Nouvelle mouture



Cette nuit j'ai appris - en rêve - qu'on moulait désormais deux variétés de présent, le présent incessant et le présent inincessant.
La mouture du présent incessant étant ordinairement plus fine.
Puis je me suis réveillé: c'était le matin.
L'heure de moudre le café.

lundi 8 janvier 2018

Qu'est-ce qui est rond? qu'est-ce qui est esquinté?


Didier Da vient de nous rappeler que le 7 janvier était l'anniversaire de la naissance de Roland Topor (il y a soixante-dix-neuf ans de cela).

Les éditeurs se souviennent à présent de Topor, il était temps ( Les Cahiers Dessinés ont sorti, trois ans de suite, trois recueils de ses dessins: je vous en ai déjà parlé; ah, non? Je croyais).

C'est ainsi qu'à peine débarqué de la hotte du Père Noël - il y a quinze jours, donc - The Milk of Dreams de Léonora Carrington s'est trouvé un petit copain: Un Monsieur Tout Esquinté de Nicolas et Roland Topor, édition nouvelle, sapée façon peau-rouge.



Ils se sont tout de suite bien entendus, c'est rien de le dire.
Depuis, ils font les quatre cents coups parmi les autres livres, ils jouent à cache-cache et à le Père Noël sait quoi d'autre encore.
Ils donnent un peu le tournis à Rose qui est arrivée en même temps qu'eux et qui essaie de les convaincre de lui donner la main pour qu'ils dansent tous les trois une ronde, ça va bien un moment, mais ce divertissement paraît décidément trop sage pour les deux petits sacripants qui ne tardent pas à repartir au galop (sur les traces de bisons et de dinosaures, je pense). 
Et Rose reste toute seule. 
À danser sa ronde.
C'est dans l'ordre des choses puisque le monde est rond.


Léonora CarringtonThe Milk of Dreams 
(Leche del Sueño
dessins de Léonora Carrington légendés par elle-même), 
(New York Review Children Collection), 2013


Nicolas et Roland ToporUn Monsieur Tout Esquinté 
(dessins de Nicolas avec un petit coup de main de Roland ici et là, 
surtout pour écrire bien proprement les légendes, 
et en introduction un entretien exclusif avec Nicolas, par Roland)
première édition André Balland 1972;
nouvelle édition United Dead Artists, 2017

Gertrude Stein, Le monde est rond 
(The World  Is Round, Scott Books, 1939
avec des illustrations de Clement Hurd)
traduction nouvelle de Martin Richet 
(avec des illustrations d'Alice  Lorenzi), 
éditions Cambourakis, 2017
(il y a aussi une édition bilingue, 
aux Éditions Esperluète, 2011; 
c'est pas celle-là que j'ai eue pour Noël) 



lundi 1 janvier 2018

Bonnes résolutions pour… voyons… on est en quelle année, déjà?




Même bonne, une loi est forcément maladroite. 
C'est pourquoi il faut toujours questionner ou contester son application. Ce questionnement ou cette contestation corrigeront sa maladresse et serviront donc la justice.

Il existe de mauvaises lois qui légitiment l'injustice. Ces lois-là ne sont pas maladroites, car leur application renforce précisément ce qu'elles étaient censées renforcer. Ces lois-là, il faut les combattre, les ignorer, les braver. 
Mais il va de soi, compañeros, que notre opposition à ces lois sera forcément maladroite! 
John Berger, 
De A à X, (From A to X, Verso, 2008) 
traduit par Katya Berger Andreadakis,  
éditions de l'Olivier, 2009,
ISBN 978 2 87929 630 2

lundi 25 décembre 2017

Inspectons le contenu des boites



Aujourd'hui 25 décembre, 
journée internationale de l'ouverture des boites.
Que trouverons-nous à l'intérieur?



Leonora Carrington
The Milk of Dreams
New York Review Books 
(New York Review Children Collection), 2013
ISBN 978 1 68137 094 1



lundi 4 décembre 2017

Le facteur est passé



Et j'ai trouvé ça dans ma boite aux lettres.



Je partage cette information avec vous, car (qui sait?) vous n'avez peut-être pas eu le temps d'aller au salon du livre de jeunesse de Montreuil, qui vient de décerner à Blexbolex sa Pépite d'or; et comme ça, vous aurez peut-être, quand même, une occasion de rencontrer Blexbolex, dont vous avez sûrement retenu le nom si, il y a quelques années, vous lisiez Ferraille (facile; Blexbolex, ce n'est pas un nom si répandu que ça).



vendredi 24 novembre 2017

Suspension et incrédulité


Un clin d'œil à une lectrice fidèle (se reconnaîtra-t-elle?):





Où sont passés janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre et octobre? 
Il paraît que lorsqu'on a éliminé les explications impossibles à une énigme, il faut se tourner sans un regard en arrière vers les explications possibles, seraient-elles même improbables.


Images © Warner bros (and others).

lundi 23 octobre 2017

Aussitôt, plongeant dans l'espace-temps...



Je l'ai finalement vue, cette fameuse adaptation de Valérian par Luc Besson.
L'accueil fait à ce film, par les gens qui aiment la BD, n'était pas des plus encourageants. Tous s'accordaient pour dire, en des termes plus ou moins vigoureux, "pour le rôle de Valérian, Dane De Haan est une énorme et incompréhensible erreur de casting".
Même le très sage Phersv 
(philosophe jusqu'au fatalisme, il résume ainsi ses impressions sur le film: 
"Pour aller vite, ce n'est pas si mal"), 
sur son blog Anniceris, ne peut s'empêcher de remarquer: 
"Le principal défaut me paraît être le manque de "chimie" visible à l'écran entre les deux personnages."

Il n'aurait sans doute pas été évident pour Besson de trouver un acteur ressemblant physiquement au personnage dessiné par Mézières (qui se souvient que Mézières quand il avait créé Valérian il y a un demi-siècle, s'était inspiré de photos d'Hugues Aufray? J'ai entendu quelqu'un au fond de la salle demander "c'est qui Hugues Auffray?" Bon, c'était un chanteur des années 60 qui avait un petit peu, à l'époque, la tête qu'a Vincent Cassel aujourd'hui. Vincent Cassel aurait peut-être été un choix envisageable, mais il était déjà pris pour jouer le lieutenant Blueberry).

Mon impression? Hé bien... ce n'est pas encore ici et maintenant que vous lirez que Dane De Haan dans Valérian n'était pas une énorme et incompréhensible erreur de casting. Incompréhensible, ou du moins inattendue: Besson a des talents divers (mais si!), au nombre desquels on a pu compter une certaine aptitude à réunir à l'écran des couples improbables et qui pourtant marchaient comme sur des roulettes.

Je me permets cependant de hasarder une hypothèse: Dane De Haan était peut-être, parmi les acteurs interviewés pour le rôle, celui qui, physiquement (en dépit de l'âge qui est inscrit sur ses papiers d'identité), ressemblait le plus à ce à quoi Besson ressemblait quand il avait huit ans, l'âge où il envisageait ainsi son avenir: "Quand je sera grand je me marierai avec Laureline, d'abord. Et puis je ferai agent spatio-temporel comme métier, aussi".
Il se trouvait des petits malins, dans la cour de l'école, pour lui répondre:
"D'abord même pas t'es cap de faire agent spatio-temporel, d'abord".
Ce qui le poussait à renchérir:
"Si je suis cap. Et puis aussi je me marierai avec Laureline, d'abord".
Les malins ricanaient encore plus fort, et un petit garçon de huit ans se retrouvait par terre.
Distribuer à Dane De Haan le rôle de Valérian était peut-être, pour Luc, une façon civile de réaliser la promesse qu'il avait faite à ces petits caïds de bac à sable et que des circonstances indépendantes de sa volonté l'avaient empêché de mettre à exécution: "Tu vas voir ta gueule à la prochaine récré".

Luc Besson est un grand garçon maintenant,
cette photo sans trucage en apporte la preuve.

J'espère sincèrement pour Luc Besson qu'en visionnant les rushes de son film, il a eu la joie de se reconnaitre dans le personnage, et de voir se matérialiser ce vieux rêve.

Ça, au moins, c'est une motivation que je peux admettre. Il y a des rêves auxquels il ne faut pas renoncer.
Pour ma part j'ai récemment décidé que quand je serai grand je me marierai avec Judy Hopps.
Et rien ne m'y fera renoncer.

mercredi 11 octobre 2017

Sonnent les matines



Allons bon, j'avais perdu de vue un instant que dans ce rêve c'était la guerre, et que dans cette guerre j'avais à jouer un rôle bien précis: faire redémarrer ce fichu engin! Et (fichu rêve, dans lequel je me trouvais être le seul mécano du commando) mes quatre équipiers n'avaient rien trouvé de mieux, pour m'encourager, que de se mettre à chanter.
Adossés au mur en ruine, alignés et souriants comme pour une photo, ils répétaient:

FRÈRES JACQUES! FRÈRES JACQUES!
Doo-dee-doo… Doo-dee-doo…
Doone, done, deene…  Doone, done, deene…
Doo-dee-dong! Doo-dee-dong!

C'était, apparemment, ce qui, dans leur répertoire, approchait le plus d'une chanson en français.
Il faut le reconnaître, pour des Alliés, ils prononçaient ce qu'ils en avaient retenu, "frères Jacques"  (le reste, ils l'improvisaient) d'une façon assez  convaincante, malgré leurs accents aussi exotiques qu'indéfinissables. Étaient-ils néo-zélandais? écossais? australiens? gallois? cockneys? irlandais? un peu de tout cela? La couleur sable de leurs uniformes devait au moins autant à la poussière accumulée pendant des heures de route dans le désert qu'à aucun règlement militaire; quand je les observais du coin de l'œil, il me semblait bien que l'un d'eux portait un kilt - ou s'agissait-il de jodhpurs en tartan? - un autre, un couvre-chef bizarre… mais bon, c'était des alliés, c'est toujours ça.
Et ces couleurs… elles ressemblaient de plus en plus à celles d'une photo sépia. Fichu sable! Et fichue guerre. On nous avait expliqué que si cette guerre était nécessaire, c'était parce qu'elle devait être la dernière, plus jamais d'autre guerre après ça: cela voulait-il dire que c'était la première? La deuxième? La prochaine?
Et fichue mécanique aussi. 
Le rêve s'achevait, et je n'avais toujours pas fini de la réparer. 
Je n'entendais plus chanter FRÈRES JACQUES.  
Depuis combien de temps? 
En levant les yeux, devant le mur lézardé, je ne voyais plus personne.