vendredi 22 mai 2020

J'ai joué! J'ai gagné!


Cette nuit je visionne l'interview du pontife de quelque religion inconnue hors de l'oniropée. 
Le prélat est un homme fortement charpenté, aux traits un peu affaissés - il ressemble assez au Michel Piccoli vieillissant qui apparaît dans Habemus Papam; en voilà une curieuse coïncidence, n'est-ce pas? 
Il est drapé jusqu'au menton dans quelque chose qui ressemble à une toge (ou au vêtement de l'ihrâm, celui des pèlerins qui font le hajj; en tous cas ce n'est pas une soutane ou un camail, la confession à laquelle il appartient n'est, clairement, pas une de ces religions qui conviennent au premier venu), et, contrairement à celui de Piccoli dans le film de Moretti, son regard, vif et inquisiteur, ne laisse pas transparaître la moindre incertitude. 
Je l'avoue, je ne prête pas assez d'attention à ce reportage pour pouvoir en restituer le contenu (cadré en très gros plan, l'homme répond longuement à de brèves questions, d'une voix monocorde), jusqu'au moment où, à l'image numérique un peu terne et manquant de définition (filmée avec un portable?), se substitue ce qui semble être un document d'archives, tourné sans doute avec des moyens techniques bien supérieurs, car l'image en est nette, brillante et contrastée: en plan plus large, on y retrouve le pontife, rajeuni d'un grand nombre d'années, un demi-siècle peut-être (plus de doute: c'est bien un document d'archives, qu'est-ce que ça pourrait être d'autre?), vêtu du même costume sacerdotal, mais animé d'une conviction et même d'une excitation juvéniles, il exulte:
Je joue, je gagne! Je joue, je gagne!

Sur ces mots, le document aux vives couleurs rejoint les archives, et l'écran redevenu terne affiche à nouveau le plan très rapproché, la talking head du début: cette fois le vieil homme (son ton triomphal ne peut faire illusion: sa voix brisée n'est presque plus qu'un murmure) confirme:
J'ai  joué! J'ai gagné!

Aucun commentaire: