vendredi 19 mai 2017

Ectopie d'un rêve qui est fatigué



Cette nuit, je dois partir à la recherche d'Atom Egoyan, pour l'interviewer. J'ai, pour retrouver sa trace, une piste semée, non de petits cailloux, mais de feuilles dactylographiées jetées sur le macadam à intervalles réguliers. Les feuillets sont passés, cornés, froissés, salis par des traces de pas; sans doute attendent-ils depuis longtemps que quelqu'un les remarque.
Soudain la piste s'arrête, devant un de ces cylindres de métal qu'on plante au bord des trottoirs pour empêcher les voitures de s'y garer. Quelqu'un a fait un rouleau du reste des feuillets et l'a fourré - comme dans une corbeille à papiers - dans l'ouverture en haut du cylindre: il en dépasse assez pour que je puisse l'en sortir et le réunir à la liasse que j'ai déjà ramassée.
Ceci fait, quand je lève les yeux, Atom Egoyan est devant moi.
Il regarde dans le vide, et quand il se met à parler, c'est avec un fort accent marseillais.
Pour être précis, il parle avec la voix de Robert Guédiguian.
D'ailleurs, il a aussi le visage de Robert Guédiguian.
Pourtant, je ne doute pas que ce soit Atom Egoyan.
Cela me surprend un peu, mais pas trop. Sans doute les gens qui habitent dans les rêves forment-ils une sorte de grande famille: quoi d'étrange à ce qu'ils aient, précisément, un air de famille? Rien n'arrive à me surprendre dans ce rêve, même pas le fait que je reconnais le décor autour de nous. Mon enquête ne m'a pas entraîné très loin: la rue dans laquelle nous nous trouvons, facilement identifiable, se trouve à cent mètres de chez moi.

"Ce projet-ci, j'y ai travaillé longtemps".

Il parle doucement, comme pour lui-même.
L'Atom Egoyan de mon rêve semble fatigué.
Peut-être ce rêve est-il fatigué.
Ou alors, c'est moi qui suis fatigué.


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