lundi 29 juin 2015

How to train your Wendigo


Tout ce que vous avez besoin de savoir sur les Wendigos, 
leurs besoins nutritionnels aussi bien qu'émotionnels
(ainsi que sur les menaces qui pèsent actuellement 
sur leur écosystème) se trouve, comme toujours, 
sur le tumblr d'Algésiras.



Adoptez le Wendigo! 
Ou du moins, allez lui témoigner un peu
d'amour: dans la conjoncture présente, 
ne pas le faire, ne serait-ce pas un peu rude?
Songez-y.


Illustration: dessin d'Algésiras (2015)

lundi 25 mai 2015

Sale temps pour les Pères Noëls


Gudule ne l'avait pas manqué, le Père Noël.


Pourtant, nous, elle va nous manquer, 


mercredi 20 mai 2015

Douceur de velours


O douceur du reblogage!
Oh que c’est reposant de rebloguer les blogueries d’autres blogueurs, au lieu d’en écrire de son cru! 
Je crois que si je me laissais aller, 
je continuerais comme ça. 
Jusqu'à présent, je me suis réfugié derrière un prétexte classique: 
pas de temps pas de temps pas de temps! 
Mais le temps a la fâcheuse manie de repousser, il repousse aussi touffu qu’avant même là où on l’a mis en coupe réglée, où on l’a surexploité jusqu'au malaise comme une forêt exotique…  
Déjà beaucoup de temps a poussé entre ce billet et le précédent, et bientôt il me faudra trouver un autre prétexte… lequel... voyons...
  
Voyons? J'ai dit voyons? 
Je sais! La fatigue oculaire.

J'en ai passé tant, de ce fameux temps, sur d'arides petits détails, qu'à présent les yeux me brûlent: il serait imprudent que je m'attarde davantage devant un écran. Voilà!

Bien, maintenant que je tiens un prétexte pour laisser ce blog en l'état, je peux, la conscience en repos, aller voir ce qui s’est publié ailleurs, par exemple chez Florizelle

Enfer et damnation! 
En un instant mon opportune fatigue oculaire s'envole: 
la propriétaire du Divan Fumoir Bohémien vient - sans le faire exprès, je veux le croire - de me priver de mon meilleur argument pour continuer à ne rien faire, en consacrant sa dernière note à une artiste un peu tombée dans l’obscurité, mais qui de son vivant, sans le moindre doute, gagnait à être connue.
Une miniaturiste. 
Elle s'appelait Sarah Goodrich, ou peut-être Goodridge, car, d'une humble origine, elle-même n'était pas très sûre de la façon dont on écrivait son nom.
Allez lire son histoire chez Florizelle. 
Et passez le temps qu'il faudra devant la petite boite qui abrite depuis deux cents ans un de ses petits  secrets.



Une boite de cuir rouge, un nid de velours blanc, deux pouces cinq huitièmes sur trois pouces un huitième: huit centimètres dans la plus grande dimension. il y a quatre centimètres entre ces deux petites roses. Si vous allez le voir sur le site du Met qui en a généreusement mis en ligne une version en haute définition vous pourrez zoomer jusqu’à apprécier le rendu du grain de la peau.


Je n’ai pas exagéré, j’avais vraiment les yeux fatigués 
quand j’ai affiché ce dernier billet de Florizelle, 
mais voilà qu'ils se sentent déjà 
beaucoup mieux.



Autoportrait, par Sarah Goodridge,
Réserves du Metropolitan Museum of Art, New York

vendredi 1 mai 2015

A page blanche, muguet bleu


La photo postée hier, si vous zoomiez dessus, vous pouviez y lire du Pessoa et c'était déjà très bien; sur celle que j'ai, aujourd'hui, empruntée au délicieux blog de Terri Windling, c'est encore mieux: sur les pages du petit carnet à spirale qu'elle a posé parmi les jacinthes des bois (que quelques-uns appellent muguet bleu), elle a laissé tout plein d'espace blanc,


vous n'aurez qu'à plisser un peu les yeux pour imaginer tout ce qui vous passera par la tête.


Photo © Terri Windling

jeudi 30 avril 2015

Pâquerettes


Votre intuition dit vrai, chers lecteurs: le mois d’Avril n’a pas été très favorable au blogage pour votre ami Tororo. 
Pour ne pas laisser la place refroidir, permettez-moi, aujourd'hui, de simplement rebloger une photo jolie comme tout:


elle est de François Matton, dont le blog est, 
pour le dire en peu de mots, 
trop trop bien.
Et faites comme François Matton:  profitez bien du beau temps!


Photo © François Matton.

jeudi 19 mars 2015

Exagérations


Parmi les écrivains post-exotiques, il en est dont l'existence n'est attestée que par les mentions plus ou moins obliques qu'en ont fait d'autres écrivains post-exotiques: ainsi Bogdan Schlumm.
Son nom ne figure pas dans l'inventaire fragmentaire de dissidents décédés, dans la leçon 1 du manuel Le post-exotisme en dix leçons; tandis que, s'il apparaît dans la bibliographie de 343 titres qui est le sujet de la leçon 10 du même ouvrage, ce n'est pas dans la liste des auteurs mais dans celle des titres d'ouvrages (le n° 27: Schlumm appelle Tassili, attribué à Wolfgang Gardel). Les autres sources qui mentionnent le nom de Schlumm sont encore plus incertaines, et rien ne permet de dissiper le doute: concernent-elles bien  Bogdan Schlumm, ou  Abram Schlumm? Tarchal Schlumm? Ingo Schlumm? ou encore Djonny Schlumm?  Le désir de reconnaissance qui aurait, suppose-t-on, habité le douteux Bogdan Schlumm n'en paraîtrait (s'il était confirmé) que plus pathétique.

Nulle part dans le monde n'ont été représentées intégralement et simultanément les sept saynètes de Bogdan Schlumm. Celui-ci, pendant une période de son séjour au pavillon Zenfl,  s'est ingénié à nous faire croire qu'une troupe d'amateurs de Singapour, le Baba et Nyonya Theater, jouait régulièrement, le deuxième dimanche de chaque mois de novembre, les Sept Piécettes bardiques dans leur forme polyphonique la plus radicale. Selon les dires de Bogdan Schlumm, le public asiatique venait assister à ces représentations en réservant des places depuis Sydney, Hong Kong ou Nagasaki, avec ce même enthousiasme qui pousse les fanatiques d'opéra chinois à traverser le globe pour aller écouter l'intégrale en cinquante-cinq actes du Pavillon aux pivoines. Renseignements pris, cette histoire de Singapour reflète surtout les désirs refoulés de Bogdan Schlumm, ses risibles songeries de gloire à grande échelle, en pleine contradiction avec ses discours hostiles au star system. En réalité, Schlumm exagérait les faits d'une manière éhontée. Le Baba and Nyonya Theater a donné une fois une piécette bardique, Baroud d'honneur avant le Bardo
La salle étant restée vide jusqu'à la fin, les comédiens ont décidé d'annuler la deuxième séance, qui était programmée pour le lendemain.

Bardo or not Bardo, Seuil, 2004
ISBN 2 02 062854 6



J'y pense: c'est l'occasion de faire un petit clin d'œil 
aux chats qui, l'autre jour, sont allés au théâtre

vendredi 13 mars 2015

Tiffany’s heart is aching




When I was a young boy, 
playing on the floor of my grandmother's 
front room, 
I glanced up at the television 

and saw Death, 


talking to a knight.

I didn't know much about death at that point. 
It was the thing that happened to ­budgerigars 
and hamsters. 
But it was Death, with a scythe and 
an amiable manner. 
I didn't know it at the time, of course, 
but I had just watched a clip from Ingmar Bergman's 
The Seventh Seal, wherein the knight 
engages in protracted dialogue, 
and of course the ­famous chess game, 
with the Grim Reaper who, it seemed to me, 
did not seem so terribly grim.

Quand j'étais petit, un jour que je jouais par terre dans la salle à manger de ma grand-mère, j'ai levé les yeux vers la télé et j'ai vu la Mort, en train de discuter avec un chevalier. A cet âge-là, la mort, ça ne me disait rien en particulier. J'avais constaté que c'était une chose qui pouvait arriver aux perruches et aux hamsters.
Mais là, c'était la Mort avec un grand M, une grande faux et des manières suaves. Je venais de voir une séquence du film de Bergman - ça non plus ça ne me disait rien à l'époque - Le Septième Sceau, celle dans laquelle le chevalier entame sa longue conversation - et sa partie d'échecs - avec la Mort, qui n'a pas l'air si effrayante que ça, ou du moins, c'est ce qu'il m'a semblé.

conférence donnée à la BBC, 1° février 2010

mercredi 11 mars 2015

Foto Splendid


Ce portrait sous verre, je l’ai encore très présent à l’esprit, et l’image, certes, a subi ensuite des dégradations, elle s’est craquelée et usée sous les regards et sous la neige, des mains boueuses l’ont tenue, des lampes de poche et des allumettes se sont allumées au-dessus d’elle, des pouces ont posé sur elle leur empreinte, mainte fois le vent l’a froissée et cornée, mais il suffit que je l’invoque telle qu’elle était à cette minute-là, sur le lit, à côté de ma main qui saignait, pour qu’aussitôt elle ressuscite, d’excellente qualité, indégradable, au contraire de tant d’autres objets et de tant d’autres êtres qui ont sans remède pourri dans ma mémoire.

Antoine Volodine,
Gallimard, 1997



Successivement, Eva Truffaut (Archives et Mythologies des lucioles) et Florizelle (Le divan fumoir bohémien) - deux blogs que je suis depuis longtemps - ont consacré, ces derniers mois, des billets à un projet au nom étrange: 
Collecția Costică Acsinte.

Sous ce titre, des photos, étranges aussi, des photos d’étrangers, de gens destinés à disparaître, qui avaient déjà à moitié disparu. Des images qui donnaient l'impression d'être en train de s'effacer sous nos yeux, c'était la première chose qu'on remarquait, ça les rendait encore plus fascinantes, certaines l'étaient au point qu'avant de lire la légende qui les accompagnait - je n'arrivais pas à quitter les photos des yeux, au point d'en oublier de lire ce qu'il y avait dessous - j’ai d’abord soupçonné qu’il s’agissait du travail d’un photographe contemporain, d’une recherche sur des techniques de tirage tombées en désuétude (comme celles qu'expérimente inlassablement Susan Hayek-Kent), peut-être? ou avec des objectifs anciens, comme en utilise Keith Carter? ou alors, que les images avaient été modifiées digitalement (je ne cherche pas d'exemple, il y en a trop)? ou qu'il s'agissait de collages et d'altérations, un peu dans l'esprit de ceux de Katrien de Blauwer?





Mais non, l'explication est toute simple: Florizelle nous la donne:
Dans le petit musée ethnographique du Județ  (juridiction) de Ialomita dans le sud-est de la Roumanie, des cartons de plaques photographiques prenaient la poussière jusqu'au jour où  ils attirèrent l’œil de Cezar Popescu  : il n'eut alors de cesse de convaincre les responsables du musée de les lui confier pour les préserver d'une destruction irrémédiable. Depuis novembre 2013,  il consacre son temps à restaurer et digitaliser les portraits individuels et collectifs que  Costică Acsinte (1897-1984) prit dans et à l'extérieur de son studio du centre de Slobozia „Foto Splendid Acsinte“,  de 1930 à 1960.

C’est normal, 
tout est normal, 
c’est ça que le temps fait 
aux visages.


Le site du projet "Collecția Costică Acsinte" est ici
le blog et le site personnel de Cezar Popescu sont .





J’avais épuisé ma réserve d’allumettes. 
Je ne voyais plus la photographie. 
Ma paume, que le verre avait 
entamée tout à l’heure, continuait 
à saigner dans le noir.

Gallimard, 1997

mardi 10 mars 2015

Prochainement


J'en ai déjà parlé, ici, et , mais 
au cas où votre mémoire vous jouerait des tours
(ça m'arrive bien, à moi!), 
je vous le rappelle:


ont reçu les premiers exemplaires, juste sortis des presses, 
des versions papier de leurs webcomics respectifs:



Ces deux albums seront, l'un et l'autre, bientôt disponibles!
Nimona chez Harper Collins!
Bon, il vous faudra attendre avril 
pour lire le premier, 
et mai pour le second,
mais ce sont tout de même de bonnes nouvelles, 
non?

Les bonnes nouvelles, 
il faut se jeter dessus quand il y en a, 
ce n'est pas comme s'il y en avait tous les jours.



Photos empruntées aux blogs de 

lundi 9 mars 2015

Rêve en couleurs Pantone et lettrage Comic Sans



Au moment où je me couche, 
je ne m’endors pas tout d’un coup, 
mais par petites étapes: ces quelque secondes d’activité onirique ne produisent tout d’abord que des scènes désespérément prosaïques.

Je gribouille quelque chose dans les marges d’un livre.
Puis j’ouvre les yeux, à demi-réveillé.

J’ai à peine réalisé que je suis dans mon lit,
voilà que je dois me concentrer sur une tâche délicate: épingler au revers de mon veston le petit insigne doré des donneurs de sang.
Le vent souffle si fort qu'il rend difficile cette action pourtant simple. 

Je m’éveille à nouveau à demi. 

Enfin je m’enfonce dans l’obscurité du premier sommeil. 
Je ne sais pas ce que je deviens à ce moment là.

Peu à peu, tandis qu’au-dehors la lune chemine,
les lumières du rêve s’allument,
jusqu’à ce qu’enfin le sommeil de l’aube sorte du four la spécialité qu’il a mitonnée toute la nuit,  une pièce montée cascadant d’images brillamment colorées. 
Je suis l’un des deux sidekicks de quelque 
justicier masqué. 
À nous trois, nous exécutons la parade qui va réduire à néant le plan machiavélique de notre arch-Némésis: il s’agit de transporter 
jusqu’au cœur de son repaire des armes d’une grande sophistication, des sortes de disques 
(du diamètre d’une roue de camion) 
pourvu d’un de ces dispositifs anti-gravité dont les auteurs de comics gardent jalousement le secret, il suffira de leur donner une petite impulsion initiale et ils s’élèveront, animés d’un mouvement de rotation qui ira s’accélérant et décrivant des trajectoires elliptiques,
leur bord tranchant découpera comme du beurre les structures, tuyaux, câbles, pylônes, de la machinerie infernale. 
C’est une entreprise délicate, car ces armes ne sont pas sans danger pour celui qui les utilise et de surcroît quand elles sont lancées il n’y a aucun moyen de les arrêter: c’est le principe même de 
l’arme du jugement dernier 
(pour les détails, voir Docteur Folamour).
Mais le super-méchant que nous combattons a lui aussi élaboré en secret une riposte: 
tandis que nous progressons difficilement par couloirs et passerelles en tenant nos armes fatales à bout de bras comme de géantes pizzas, nous l’apprenons par les lunettes-écrans incorporées à nos masques 
de super-héros:
il a entrepris de ruiner la popularité de notre 
super-team!
... les bulletins d’actualité que nous recevons montrent notre ennemi en train de raconter à de jeunes membres de notre fan-club d'horribles calomnies sur notre équipe. 
N’y a-t-il pas là de quoi nous déstabiliser
au point de nous faire perdre le sens de l’équilibre?
Heureusement que je me réveille
avant d’avoir lâché ma pizza.