jeudi 16 juillet 2015

Les tendances de la mode 2015 en quelques clics



Sagaces lecteurs, sauriez-vous deviner quel billet de ce blog a reçu depuis sa publication (et reçoit encore quotidiennement) le plus grand nombre de visites?
Celui-ci.

Il y a plusieurs leçons à en tirer.
D’une part, cela confirme ce que nous savions déjà: que le sérieux et la pertinence des études prévisionnelles de l'Institut Tororo sont unanimement reconnus dans le monde entier.
Cela confirme accessoirement que, la plupart du temps, la lecture des statistiques sert essentiellement à nous conforter dans nos convictions; mais est-il utile de s'étendre sur ce point?

D'autre part, cela nous rappelle qu'un blogueur averti anticipe les attentes de son public; je me dois donc de vous régaler (chers lecteurs), d'une nouvelle étude de tendances, en accord avec la saison.


L’écharpe en pashmina, c’est so 2000!

L'accessoire qui en 2015 s'accordera avec toutes vos tenues, c'est 
la chèvre sans cornes.
Toutes vos tenues? Oui, toutes! Des plus bohèmes...


... aux plus classiques.


Aux toilettes estivales même les plus succinctes,
la chèvre sans cornes apporte une touche de raffinement,
et ceci depuis la plus haute antiquité.


Si quelqu'un vous dit perfidement:
La chèvre sans cornes? Mais c'est pour les mémés! 
faites comme Quvenzhane Wallis, répondez-lui
Mêêêêêêêêê!


Mais attention: exigez la véritable chèvre sans cornes, 
et prenez exemple sur leur héroïne, Holly Ann: 
voyez comme elle la porte 
avec assurance et simplicité.


Où la trouver? Mais dans toutes les bonnes librairies bien sûr.

Je sens cependant qu'une question vous brûle les lèvres: 
et Felicia Day, que pense-t-elle de tout ça?
Hé bien, lorsqu'elle a pris connaissance de cette étude prévisionnelle, elle a eu exactement la même réaction que moi.

La phrase du jour: You're never weird on the internet (almost)

Ue réaction très saine, et parfaitement justifiée, 
si vous voulez mon avis.
Je vous laisse, j’ai, moi aussi, encore un petit creux 
(hé oui: bloguer, ça creuse).


Holly Ann, tome 1: La chèvre sans cornes 
est un album de Toussaint (scénario) et Servain (dessin), 
paru chez Casterman en 2015.
Vous pouvez en lire quelques pages en preview ici!

Les images du jour 
sont © photographes anonymes, Vogue, Casterman et Felicia Day.

lundi 13 juillet 2015

Fare thee well



Cette année, sous les lampions du 14 Juillet, 
la voix de Guy Piérauld ne percera pas le brouhaha pour demander à Elmer Fudd s'il y a du neuf. Y en aura-t-il seulement, du brouhaha? Nous n’aurons pas l’occasion cette fois de faire tinter nos verres contre celui de Gudule, et pas davantage contre celui de Tanith Lee, de Christopher Lee, de Jean Vautrin, de Patrick MacNee, d’Alain Nadaud, de Laura Antonelli, de Magali Noël, ou d’Eddy Louiss. 
Quant au Grateful Dead, s’il a ressuscité le temps de trois derniers concerts, ce fut pour annoncer que désormais il allait rester mort. 

Ce sera un 14 Juillet sans tintamarre. 
Nous lèverons nos verres en silence - pas très haut, embarrassés que nous serons de les lever dans le vide. 
Dans un silence pareil, le professeur Choron, s’il était encore là, n’aurait pas manqué de lâcher une belle grosse incongruité: c’est dans ces moments-là que son absence se fait sentir,
 et celle de Reiser, et celle de Gébé,
et celle de Fred, et celle
 de tous les autres. 
Alors, derrière nous, il y aura quelqu’un qui dira:
Fare thee well.

lundi 29 juin 2015

How to train your Wendigo


Tout ce que vous avez besoin de savoir sur les Wendigos, 
leurs besoins nutritionnels aussi bien qu'émotionnels
(ainsi que sur les menaces qui pèsent actuellement 
sur leur écosystème) se trouve, comme toujours, 
sur le tumblr d'Algésiras.



Adoptez le Wendigo! 
Ou du moins, allez lui témoigner un peu
d'amour: dans la conjoncture présente, 
ne pas le faire, ne serait-ce pas un peu rude?
Songez-y.


Illustration: dessin d'Algésiras (2015)

lundi 25 mai 2015

Sale temps pour les Pères Noëls


Gudule ne l'avait pas manqué, le Père Noël.


Pourtant, nous, elle va nous manquer, 


mercredi 20 mai 2015

Douceur de velours


O douceur du reblogage!
Oh que c’est reposant de rebloguer les blogueries d’autres blogueurs, au lieu d’en écrire de son cru! 
Je crois que si je me laissais aller, 
je continuerais comme ça. 
Jusqu'à présent, je me suis réfugié derrière un prétexte classique: 
pas de temps pas de temps pas de temps! 
Mais le temps a la fâcheuse manie de repousser, il repousse aussi touffu qu’avant même là où on l’a mis en coupe réglée, où on l’a surexploité jusqu'au malaise comme une forêt exotique…  
Déjà beaucoup de temps a poussé entre ce billet et le précédent, et bientôt il me faudra trouver un autre prétexte… lequel... voyons...
  
Voyons? J'ai dit voyons? 
Je sais! La fatigue oculaire.

J'en ai passé tant, de ce fameux temps, sur d'arides petits détails, qu'à présent les yeux me brûlent: il serait imprudent que je m'attarde davantage devant un écran. Voilà!

Bien, maintenant que je tiens un prétexte pour laisser ce blog en l'état, je peux, la conscience en repos, aller voir ce qui s’est publié ailleurs, par exemple chez Florizelle

Enfer et damnation! 
En un instant mon opportune fatigue oculaire s'envole: 
la propriétaire du Divan Fumoir Bohémien vient - sans le faire exprès, je veux le croire - de me priver de mon meilleur argument pour continuer à ne rien faire, en consacrant sa dernière note à une artiste un peu tombée dans l’obscurité, mais qui de son vivant, sans le moindre doute, gagnait à être connue.
Une miniaturiste. 
Elle s'appelait Sarah Goodrich, ou peut-être Goodridge, car, d'une humble origine, elle-même n'était pas très sûre de la façon dont on écrivait son nom.
Allez lire son histoire chez Florizelle. 
Et passez le temps qu'il faudra devant la petite boite qui abrite depuis deux cents ans un de ses petits  secrets.



Une boite de cuir rouge, un nid de velours blanc, deux pouces cinq huitièmes sur trois pouces un huitième: huit centimètres dans la plus grande dimension. il y a quatre centimètres entre ces deux petites roses. Si vous allez le voir sur le site du Met qui en a généreusement mis en ligne une version en haute définition vous pourrez zoomer jusqu’à apprécier le rendu du grain de la peau.


Je n’ai pas exagéré, j’avais vraiment les yeux fatigués 
quand j’ai affiché ce dernier billet de Florizelle, 
mais voilà qu'ils se sentent déjà 
beaucoup mieux.



Autoportrait, par Sarah Goodridge,
Réserves du Metropolitan Museum of Art, New York

vendredi 1 mai 2015

A page blanche, muguet bleu


La photo postée hier, si vous zoomiez dessus, vous pouviez y lire du Pessoa et c'était déjà très bien; sur celle que j'ai, aujourd'hui, empruntée au délicieux blog de Terri Windling, c'est encore mieux: sur les pages du petit carnet à spirale qu'elle a posé parmi les jacinthes des bois (que quelques-uns appellent muguet bleu), elle a laissé tout plein d'espace blanc,


vous n'aurez qu'à plisser un peu les yeux pour imaginer tout ce qui vous passera par la tête.


Photo © Terri Windling

jeudi 30 avril 2015

Pâquerettes


Votre intuition dit vrai, chers lecteurs: le mois d’Avril n’a pas été très favorable au blogage pour votre ami Tororo. 
Pour ne pas laisser la place refroidir, permettez-moi, aujourd'hui, de simplement rebloger une photo jolie comme tout:


elle est de François Matton, dont le blog est, 
pour le dire en peu de mots, 
trop trop bien.
Et faites comme François Matton:  profitez bien du beau temps!


Photo © François Matton.

jeudi 19 mars 2015

Exagérations


Parmi les écrivains post-exotiques, il en est dont l'existence n'est attestée que par les mentions plus ou moins obliques qu'en ont fait d'autres écrivains post-exotiques: ainsi Bogdan Schlumm.
Son nom ne figure pas dans l'inventaire fragmentaire de dissidents décédés, dans la leçon 1 du manuel Le post-exotisme en dix leçons; tandis que, s'il apparaît dans la bibliographie de 343 titres qui est le sujet de la leçon 10 du même ouvrage, ce n'est pas dans la liste des auteurs mais dans celle des titres d'ouvrages (le n° 27: Schlumm appelle Tassili, attribué à Wolfgang Gardel). Les autres sources qui mentionnent le nom de Schlumm sont encore plus incertaines, et rien ne permet de dissiper le doute: concernent-elles bien  Bogdan Schlumm, ou  Abram Schlumm? Tarchal Schlumm? Ingo Schlumm? ou encore Djonny Schlumm?  Le désir de reconnaissance qui aurait, suppose-t-on, habité le douteux Bogdan Schlumm n'en paraîtrait (s'il était confirmé) que plus pathétique.

Nulle part dans le monde n'ont été représentées intégralement et simultanément les sept saynètes de Bogdan Schlumm. Celui-ci, pendant une période de son séjour au pavillon Zenfl,  s'est ingénié à nous faire croire qu'une troupe d'amateurs de Singapour, le Baba et Nyonya Theater, jouait régulièrement, le deuxième dimanche de chaque mois de novembre, les Sept Piécettes bardiques dans leur forme polyphonique la plus radicale. Selon les dires de Bogdan Schlumm, le public asiatique venait assister à ces représentations en réservant des places depuis Sydney, Hong Kong ou Nagasaki, avec ce même enthousiasme qui pousse les fanatiques d'opéra chinois à traverser le globe pour aller écouter l'intégrale en cinquante-cinq actes du Pavillon aux pivoines. Renseignements pris, cette histoire de Singapour reflète surtout les désirs refoulés de Bogdan Schlumm, ses risibles songeries de gloire à grande échelle, en pleine contradiction avec ses discours hostiles au star system. En réalité, Schlumm exagérait les faits d'une manière éhontée. Le Baba and Nyonya Theater a donné une fois une piécette bardique, Baroud d'honneur avant le Bardo
La salle étant restée vide jusqu'à la fin, les comédiens ont décidé d'annuler la deuxième séance, qui était programmée pour le lendemain.

Bardo or not Bardo, Seuil, 2004
ISBN 2 02 062854 6



J'y pense: c'est l'occasion de faire un petit clin d'œil 
aux chats qui, l'autre jour, sont allés au théâtre

vendredi 13 mars 2015

Tiffany’s heart is aching




When I was a young boy, 
playing on the floor of my grandmother's 
front room, 
I glanced up at the television 

and saw Death, 



talking to a knight.

I didn't know much about death at that point. 
It was the thing that happened to ­budgerigars 
and hamsters. 
But it was Death, with a scythe and 
an amiable manner. 
I didn't know it at the time, of course, 
but I had just watched a clip from Ingmar Bergman's 
The Seventh Seal, wherein the knight 
engages in protracted dialogue, 
and of course the ­famous chess game, 
with the Grim Reaper who, it seemed to me, 
did not seem so terribly grim.

Quand j'étais petit, un jour que je jouais par terre dans la salle à manger de ma grand-mère, j'ai levé les yeux vers la télé et j'ai vu la Mort, en train de discuter avec un chevalier. A cet âge-là, la mort, ça ne me disait rien en particulier. J'avais constaté que c'était une chose qui pouvait arriver aux perruches et aux hamsters.
Mais là, c'était la Mort avec un grand M, une grande faux et des manières suaves. Je venais de voir une séquence du film de Bergman - ça non plus ça ne me disait rien à l'époque - Le Septième Sceau, celle dans laquelle le chevalier entame sa longue conversation - et sa partie d'échecs - avec la Mort, qui n'a pas l'air si effrayante que ça, ou du moins, c'est ce qu'il m'a semblé.


conférence donnée à la BBC, 1° février 2010

mercredi 11 mars 2015

Foto Splendid


Ce portrait sous verre, je l’ai encore très présent à l’esprit, et l’image, certes, a subi ensuite des dégradations, elle s’est craquelée et usée sous les regards et sous la neige, des mains boueuses l’ont tenue, des lampes de poche et des allumettes se sont allumées au-dessus d’elle, des pouces ont posé sur elle leur empreinte, mainte fois le vent l’a froissée et cornée, mais il suffit que je l’invoque telle qu’elle était à cette minute-là, sur le lit, à côté de ma main qui saignait, pour qu’aussitôt elle ressuscite, d’excellente qualité, indégradable, au contraire de tant d’autres objets et de tant d’autres êtres qui ont sans remède pourri dans ma mémoire.

Antoine Volodine,
Gallimard, 1997



Successivement, Eva Truffaut (Archives et Mythologies des lucioles) et Florizelle (Le divan fumoir bohémien) - deux blogs que je suis depuis longtemps - ont consacré, ces derniers mois, des billets à un projet au nom étrange: 
Collecția Costică Acsinte.

Sous ce titre, des photos, étranges aussi, des photos d’étrangers, de gens destinés à disparaître, qui avaient déjà à moitié disparu. Des images qui donnaient l'impression d'être en train de s'effacer sous nos yeux, c'était la première chose qu'on remarquait, ça les rendait encore plus fascinantes, certaines l'étaient au point qu'avant de lire la légende qui les accompagnait - je n'arrivais pas à quitter les photos des yeux, au point d'en oublier de lire ce qu'il y avait dessous - j’ai d’abord soupçonné qu’il s’agissait du travail d’un photographe contemporain, d’une recherche sur des techniques de tirage tombées en désuétude (comme celles qu'expérimente inlassablement Susan Hayek-Kent), peut-être? ou avec des objectifs anciens, comme en utilise Keith Carter? ou alors, que les images avaient été modifiées digitalement (je ne cherche pas d'exemple, il y en a trop)? ou qu'il s'agissait de collages et d'altérations, un peu dans l'esprit de ceux de Katrien de Blauwer?





Mais non, l'explication est toute simple: Florizelle nous la donne:
Dans le petit musée ethnographique du Județ  (juridiction) de Ialomita dans le sud-est de la Roumanie, des cartons de plaques photographiques prenaient la poussière jusqu'au jour où  ils attirèrent l’œil de Cezar Popescu  : il n'eut alors de cesse de convaincre les responsables du musée de les lui confier pour les préserver d'une destruction irrémédiable. Depuis novembre 2013,  il consacre son temps à restaurer et digitaliser les portraits individuels et collectifs que  Costică Acsinte (1897-1984) prit dans et à l'extérieur de son studio du centre de Slobozia „Foto Splendid Acsinte“,  de 1930 à 1960.

C’est normal, 
tout est normal, 
c’est ça que le temps fait 
aux visages.


Le site du projet "Collecția Costică Acsinte" est ici
le blog et le site personnel de Cezar Popescu sont .





J’avais épuisé ma réserve d’allumettes. 
Je ne voyais plus la photographie. 
Ma paume, que le verre avait 
entamée tout à l’heure, continuait 
à saigner dans le noir.

Gallimard, 1997